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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 22 Mai, 2009 21:45 Sujet du message: Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, p. 7 a écrit: |
AVANT-PROPOS
Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne
Il nous faut d'abord préciser la place qu'occupe le Saint-Esprit, et particulièrement les inspirations du Saint-Esprit, dans notre vie chrétienne, et pour cela nous faire un tableau d'ensemble des merveilles de cette vie chrétienne que nous sommes destinés à vivre dans sa perfection, car la vie religieuse est la perfection de la vie chrétienne : ce n'est pas une vie à part, elle plonge ses racines dans la vie chrétienne. Elle est plus parfaite par un plus grand amour, plus grand en ce que, non seulement il retranche ce qui est défendu, mais immole ce qui est permis : c'est là la différence entre la vie chrétienne et la vie religieuse. Pour l'une et l'autre le commandement est le même : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toutes tes forces. » Il y a des âmes chrétiennes qui sont plus saintes que les nôtres, parce qu'elles mènent une vie plus profonde, plus sacrifiée, plus héroïque. Elles ne sont pas pour autant dans l'état de perfection, parce qu'elles ne font pas officiellement profession de tendre à la perfection par le retranchement du permis; elles font bien le retranchement, mais là n'est pas leur soin principal.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Samedi 23 Mai, 2009 22:45 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, pp. 8-11 a écrit: |
I. La vie chrétienne
La vie chrétienne, ainsi appelée parce qu'elle nous a été apportée par le Christ, c'est notre vie éternelle du ciel déjà inaugurée dès maintenant, avec tout ce qui la compose, la remplit, avec tous ses éléments, sauf un seul : nous ne voyons pas Dieu. Et, par suite, notre charité n'est pas excitée comme elle le sera par la vision divine; et aussi, il est toujours possible que nous perdions cette vie, tandis qu'au ciel, nous ne pourrons pas nous en détacher.
Est-ce que maintenant nous possédons Dieu aussi réellement et substantiellement que dans la vie éternelle ? Oui. Notre âme a ce bonheur quand elle possède la grâce sanctifiante; nous possédons Dieu aussi réellement que les bienheureux.
Dieu est partout et tout entier partout. Nous ne pouvons pas facilement nous en faire une idée. Dieu, qui est l'Esprit infini, est d'une manière spéciale en tout. Notre âme est dans tout notre corps. Dieu est dans toute la création. Partout où il crée, conserve, fait agir, Dieu existe tout entier. Quand nous disons que Dieu est immense, cela signifie qu'il est absolument partout présent, non seulement comme nous, quand nous voyons, mais par sa personne, réellement, substantiellement. Il ne peut faire les choses sans les créer, et on est là où on crée, sans intermédiaire. Il est donc en tout.
Mais combien il est plus en l'âme du juste ! S'il est tout entier dans les choses, c'est qu'il le faut, puisqu'il produit l'être de toute chose; mais il y est matériellement, avec indifférence complète du côté de l'être qui ne se doute pas de sa présence, qui n'a pas de quoi savoir qu'il reçoit son Dieu. Il impose là sa présence. Dans une âme humaine, Dieu rencontre déjà un pouvoir lointain de le connaître et de l'aimer. Mais quand cette âme possède la grâce sanctifiante, qui est une participation à la nature divine elle-même, qui lui permet de faire les actes réservés à Dieu, de le connaître et de l'aimer, elle est capable de se saisir de son Dieu, elle est divinisée. Elle peut faire, dans son plan de créature, cet acte souverain de Dieu qui se saisit, se possède lui-même, par sa connaissance et son amour, dans sa vie éternelle. Quand l'âme est capable de se saisir ainsi de Dieu, il demeure en elle doublement : d'abord par cette présence nécessaire qu'il a en tout être, ensuite parce que l'âme, par la pensée et par l'amour, a le pouvoir de s'ouvrir devant cette présence, étant capable de recevoir cet hôte intérieur et de l'hospitaliser. C'est ce qu'on appelle l'habitation de Dieu dans les âmes des justes. Dieu y est comme chez lui. L'âme, esprit vivant, s'ouvre pour recevoir le Divin Esprit; par sa pensée et son amour divinisés, elle a pouvoir d'atteindre l'Esprit Divin, de le connaître, de l'aimer, d'entrer avec lui en relations, relations inégales, mais intimes, puisque, de part et d'autre, on a de quoi se comprendre et s'aimer.
La vie chrétienne est donc l'habitation personnelle de Dieu avec l'âme qui s'ouvre pour lui donner l'hospitalité. Cela se réalise par la puissance qui fait les enfants de Dieu, dont parle l'évangile de saint Jean (1). Nous avons tout cela si, par la miséricorde divine, nous sommes en état de grâce. Dieu siège dans le fond de nous-mêmes. Quand nous désirons sa présence, c'est là qu'il nous faut chercher l'hôte intérieur, l'ami avec lequel nous pouvons mener, dans une certaine familiarité, une vie intime, béatifiante pour ceux qui comprennent ces choses. L'âme dans cet état est une sorte de semence de l'éternité. Dans la semence, il y a tout ce qui fera la plante; il suffira qu'elle soit nourrie par l'humidité, par le soleil, pour que tout se déploie; mais cela ne changera pas sa nature. Notre âme, avec sa capacité de saisir Dieu, et Dieu, germe fécondant, se trouvant à l'intérieur de l'âme, c'est la semence du ciel, de la béatitude; au fond, le ciel et l'âme juste, c'est la même chose; tout est préparé en celle-ci, mais ce n'est pas l'époque de la moisson. Ce don est fait dès le baptême : dans le petit enfant baptisé, il y a Dieu substantiellement présent, et par la grâce sanctifiante, il y a la capacité de s'emparer de Dieu.
Quand nous toucherons notre vie éternelle, il n'y aura pas à regarder à l'est ni au couchant; elle jaillira des profondeurs de l'âme sanctifiée par la grâce, elle sera la révélation de ce que nous étions : « Ce que nous serons n'a pas encore apparu », dit saint Paul, mais déjà cela est. Dans le fond de nos âmes, il y a tout ce qui fera notre béatitude. Dieu y est substantiellement présent. Le Père est là, le Fils est là, le Saint-Esprit est là; et là, le Père engendre son Verbe, le Verbe, expression parfaite du Père, reflète le Père; et tous deux s'aiment infiniment, et de cet amour procède le Saint-Esprit. Vie d'intimité du Parfait avec lui-même, dans la connaissance et l'amour. L'âme chrétienne est, par la foi, le témoin de ce spectacle si extraordinaire qui se passe en elle et qui la met dans un état d'adoration.
Dieu est là, mais nous avons cependant encore une route à parcourir. D'un côté, nous sommes au terme puisque nous avons Dieu; mais d'un autre côté, nous ne l'avons pas pour le posséder toujours, et nous ne jouissons pas du spectacle visible de sa perfection et de sa gloire : nous devons gagner notre éternité définitive par les actes de la vie chrétienne. Le petit enfant qui meurt après son baptême est transporté au lieu de la divine vision; pour nous, nous avons à faire fructifier les dons que Dieu nous a faits. Nous avons vu sa mise, il faut maintenant nos efforts. La route qui nous sépare de l'éternité est longue, difficile, semée d'obstacles; et puis, il y a divers degrés, on peut y parvenir plus ou moins vite et plus ou moins parfaitement, obtenir une vue plus ou moins complète de ce spectacle, une possession plus ou moins grande de ce bien infini.
(1) - Jean, I, 12
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Dimanche 24 Mai, 2009 17:47 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, p. 11-13 a écrit: |
II. — Rôle du Saint-Esprit dans la vie chrétienne
Or, Dieu ne reste pas inactif vis-à-vis des efforts que nous devons faire pour parcourir la route qui nous fera rejoindre notre destinée définitive. Et d'abord, c'est lui qui a créé notre âme et qui lui a donné la grâce avec ces vertus infuses qui s'appellent les vertus théologales et les vertus morales, qui lui a donné aussi les dons du Saint-Esprit. Mais, de plus, au dedans de nous, il conserve, entretient, met en mouvement cette vie que nous tenons de lui. Il n'est pas un geste de notre vie spirituelle sans que Dieu soit là.
Et c'est maintenant qu'apparaît le rôle du Saint-Esprit. Quand il s'agit de créer, tout est commun au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Le Père a voulu que, pour l'œuvre du salut, le Fils s'incarnât et souffrît pour nous. L'un et l'autre ont voulu, le salut accompli, que le Saint-Esprit fût chargé de le continuer par la sanctification de nos âmes. Le Christ, sans doute, est toujours là; il est la tête de l'Église, il nous vivifie par ses sacrements, nous distribue ses grâces actuelles, nous instruit par l'Église, nous enveloppe de son action. Mais surtout, il nous envoie perpétuellement son Saint-Esprit : « Je vous enverrai le Saint-Esprit, dit-il, il vous enseignera, vous suggérera toutes choses et sera le consolateur de mon départ (1). » C'est au Saint-Esprit qu'est dévolu, d'une manière mystérieuse, le soin de notre sanctification. Il est le maître de la route, chargé, par le Père et par le Fils, de nous conduire à la vie éternelle.
Or, le Saint-Esprit a deux façons de nous conduire. Souffle d'amour du Père et du Fils, il agit sous forme d'inspirations qui prennent une double voie. Quelquefois, simplement, il nous laisse agir par nous-mêmes, faire des actes de foi, d'espérance, de charité, ou des actes de prudence, de justice, de force ou de tempérance; nous mettons nous-mêmes ces actes en branle. Le Saint-Esprit veille sur cette action, nous sommes sous l'impression de cet amour divin; mais nous gardons la maîtrise, la conduite de notre vie. Pour faire un acte d'adoration, par exemple, nous nous y appliquons, nous faisons nous-mêmes un effort; de même, pour un acte de justice ou de charité, nous réfléchissons à la meilleure manière de faire, nous veillons à ne pas blesser la charité par nos paroles, nous agissons fortement pour réprimer notre impression... Le Saint-Esprit n'est pas absent, il est la cause première qui applique à l'action nos énergies surnaturelles; mais nous gardons la direction. Et c'est là le fond de la vie chrétienne : le gouvernement surnaturel, mais personnel, de nous-mêmes par les vertus chrétiennes.
Cela a ses inconvénients : nous possédons les vertus d'une manière si imparfaite ! Nous pouvons tomber si facilement dans des fautes plus ou moins graves, moins graves cependant dans la vie religieuse! Il y a tant de pièges, de difficultés, de tentations, auxquelles même dans la vie religieuse nous n'échappons pas ! Le Saint-Esprit, qui a tant fait que de nous donner ces énergies qui sont les vertus, et de nous aider à les mettre en pratique, ne pourrait-il pas venir à notre secours plus efficacement ? S'il prenait la direction lui-même, comme cela nous serait avantageux, comme nous serions assurés contre ces défaillances ! Or, cela existe. Cette seconde intervention de l'Esprit-Saint nous est garantie par ce que nous appelons les sept dons du Saint-Esprit, dons de Sagesse, d'Intelligence, de Conseil, de Force, de Science, de Piété et de Crainte de Dieu. Le Saint-Esprit, par des inspirations correspondantes à ses dons, nous actionne, nous pousse lui-même; et alors, nous sommes dans ses mains comme des instruments, nous n'avons plus la première place dans la direction de notre conduite : remplis de ses secours, nous n'avons qu'à consentir à son œuvre, le travail est plus facile, les difficultés sont éliminées.
Telle est la différence entre les deux manières de travailler à notre salut. On pourrait les comparer à la marche d'une barque à la rame ou à la voile. A rame, il faut travailler à force de bras et diriger la barque : on garde la tête. Mais à voiles, si le vent souffle, il n'est plus besoin, ou au moins plus aussi nécessaire, de se donner de la peine; on va plus vite et on est moins fatigué.
Agir par les vertus actives de foi, d'espérance et de charité et par les vertus morales infuses de prudence, de justice, de force et de tempérance avec toutes leurs ramifications, demande des efforts. C'est là le fond de notre vie, car l'Esprit ne souffle pas toujours. Cependant, ce moyen de surcroît, ce souffle nous est garanti par le fait même qu'avec la grâce sanctifiante nous possédons les dons qui nous sont infusés avec le baptême.
(1) - Jean, XIV, 16, 26
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Si vis pacem
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Posté le: Lundi 25 Mai, 2009 20:37 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, p. 17 a écrit: |
CHAPITRE PREMIER
Le Don de crainte
« Le premier commencement de la Sagesse, c'est la crainte du Seigneur (1). »
Le premier souffle que produit dans l'âme le Saint-Esprit, sa toute première inspiration, lorsque par exemple il convertit une âme du mal au bien ou inaugure un progrès, c'est la Crainte de Dieu.
Le mot : crainte de Dieu, nous glace; nous aimons parler d'amour de Dieu et non pas de crainte, et nous avons raison. Cependant il est une crainte que nous ne pouvons pas récuser.
(1) - Ps. CX, 10.
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Si vis pacem
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Posté le: Mardi 26 Mai, 2009 22:15 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, pp. 17-19 a écrit: |
I. — La crainte, don du Saint-Esprit
Il est une crainte qui n'est autre chose que la peur, la passion de la peur, passion très peu honorable et purement humaine. Il y a de pauvres âmes qui craignent ainsi Dieu et qui, par peur, se cachent de lui. Adam et Ève eurent peur au paradis terrestre, parce qu'ils avaient péché; de même le serviteur infidèle qui, craignant la sévérité de son maître, cacha son talent. Telle fut la crainte de saint Pierre, qui prit peur d'une servante et renia son Maître. Cette peur nous fait pécher, elle est mauvaise : elle n'a pas ses entrées dans le royaume de Dieu.
Il est une autre crainte, celle des serviteurs. Lorsque cette crainte, appelée crainte servile, est le seul motif de nos bonnes actions, elle les vicie à fond. C'est le fait de celui qui ne servirait Dieu que par crainte de ses jugements et de l'enfer, et qui dirait; S'il n'y avait pas d'enfer, je mènerais autrement ma vie. Cette crainte servile est mauvaise, capable d'engendrer des péchés...
Il est cependant une certaine crainte de serviteur, crainte des jugements de Dieu, de ses châtiments, qui peut être utilisée pour de bonnes fins. Cette crainte peut nous aider, nous retenir dans certains cas. On l'utilise dans l'éducation des enfants, par exemple, qui ne sont pas encore accessibles aux motifs élevés. Lorsque l'amour de Dieu n'en est pas exclu, quand elle n'est pas le motif unique, cette crainte est un moyen, elle a sa bonté; elle fait certaines conversions, et peut retenir dans la vraie voie. Le Concile de Trente la déclare un don de Dieu, contre les Protestants.
Il y a enfin la crainte filiale, celle des enfants. Lorsqu'une âme aime vraiment Dieu de tout son cœur, voyant en lui la Bonté parfaite, l'unique Bien, sachant qu'il est son Père qui l'aime, elle ne laisse pas de voir cependant combien il est grand, majestueux, enfermé dans son secret impénétrable, avec ses jugements redoutables, sa toute-puissance infinie. Que fera-t-elle entre ces deux perspectives : un Dieu terrible et un Dieu Père ? De quel côté se tournera le mouvement de son cœur ? Lui faudra-t-il, à cause de sa majesté, fuir son Père ? Ou rejeter toute crainte à cause de sa bonté, qui n'empêche cependant pas sa justice? Si vraiment elle aime Dieu, elle n'a qu'un seul parti à prendre : se rejeter du côté de son Père. Que peut-elle craindre, en effet, sinon d'être séparée de lui ? Elle craindra donc parce que Dieu est saint, et qu'elle est pécheresse; parce qu'il est grand, et qu'elle est si petite. Mais ce sera la crainte d'un enfant pour son Père qu'elle sait bon, et elle en viendra à se jeter entre ses bras pour se rassurer contre sa grandeur même. Cette crainte n'oublie pas sans doute la majesté de Dieu, sa justice et ses châtiments, mais elle se retourne en affection, en un désir plus ardent de lui appartenir, de ne jamais être séparée de lui. Quelle différence entre cette crainte d'être séparé de Dieu et la crainte servile qui ne fait obéir à ses commandements que par peur de lui ! La crainte filiale dans son fond est faite d'amour. Elle est crainte toujours : on a peur d'être indigne de la majesté, de la perfection, de la sainteté de Dieu; mais c'est une crainte inspirée par l'amour. C'est cette crainte qu'inspire le Saint-Esprit quand nous mettons en acte notre don de Crainte, lequel ne se trouve que dans l'âme qui aime Dieu.
Cette inspiration de crainte est intimement liée, on le voit, avec ce que nous appelons la piété, cette partie de la vertu de religion par laquelle nous regardons Dieu comme un Père. C'est pourquoi, au dire de saint Thomas, le don de Crainte est un des auxiliaires de la vertu de religion. Les âmes vraiment pieuses, qui regardent Dieu comme un Père, reçoivent de l'inspiration du don de Crainte une surabondance de force pour adhérer à leur Père.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mercredi 27 Mai, 2009 21:31 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, pp. 19-21 a écrit: |
II. — Les effets du don de crainte
De cet état d'une âme soumise à l'action de l'Esprit de Crainte, il résulte qu'elle s'abandonne à Dieu, qu'elle se met complètement dans ses mains. « Seigneur, dit-elle, prenez-moi, saisissez-vous de moi, je vous appartiens, tenez-moi, serrez-moi pour que je ne puisse pas me séparer de vous. » Cet abandon, cette remise de tout notre être avec toutes ses énergies entre les mains de Dieu afin qu'il s'en empare, c'est l'effet immédiat du don de Crainte.
Or, cela : être bien en mains, c'est la qualité maîtresse d'un bon instrument. Même avec un instrument défectueux, si nous l'avons bien en mains, nous ferons plus qu'avec un instrument plus perfectionné, plus précieux, mais que nous n'aurons pas bien en mains, qui pourra convenir pour d'autres, mais ne sera pas à notre taille, avec lequel nous ne serons pas à l'aise.
Le gouvernement du Saint-Esprit a ceci de spécial, nous l'avons vu, que, par les dons, Dieu se sert de nous comme d'instruments. Il nous gouverne lui-même par ses inspirations. Le don de Crainte est ainsi le premier dans l'ordre du perfectionnement de l'âme. « La crainte est le commencement de la Sagesse (1). » En effet, de même qu'avant de faire quelque chose il faut que nous ayons en mains l'instrument, que l'ouvrier prend d'abord son outil, de même, avant de nous travailler par ses inspirations, le Saint-Esprit s'empare de nous. Tout à l'heure, ce sera la Force, la Piété, la Science, le Conseil, l'Intelligence, la Sagesse. Actuellement, nous n'en sommes qu'au début et ce commencement est la remise de nous-mêmes entre les mains du Saint-Esprit qui, par des ascensions successives, nous conduira jusqu'à la Sagesse.
C'est en opérant cette remise de nous-mêmes entre les mains de Dieu, que le don de Crainte devient l'auxiliaire de la vertu théologale d'espérance. L'espérance est une vertu par laquelle nous comptons recevoir la béatitude éternelle, appuyés sur le secours divin. Ce n'est pas en nous-mêmes que nous espérons, c'est peu en nos mérites; nous comptons uniquement sur le secours divin, qui est le meilleur de nos mérites. Seul, en effet, le secours divin est proportionné à la béatitude. Ainsi, en nous mettant sous l'emprise du secours divin, le don de Crainte est l'auxiliaire de l'espérance avec laquelle il s'harmonise. Étant bien en mains de Dieu, nous sommes bien placés pour recevoir son secours et obtenir par lui le paradis.
(1) - Ps. CX, 10.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Jeudi 28 Mai, 2009 21:59 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, pp. 21-23 a écrit: |
Mais entrons plus avant dans les activités du don de Crainte.
Qu'avons-nous à craindre? Pourquoi craignons-nous Dieu ? A cause d'une seule chose : parce que nous avons en nous, par notre volonté, notre liberté, le terrible pouvoir de nous séparer de lui. C'est donc moins Dieu que nous craignons, que notre volonté pécheresse. L'effet du don de Crainte sera de nous retourner, avec la toute-puissance de l'inspiration du Saint-Esprit, vers notre volonté perverse pour la combattre, y renoncer, l'anéantir en crucifiant notre chair selon le mot du psaume : « Transpercez mes chairs par la crainte (1). » Quand on craint d'échapper à Dieu, on craint le péché et tout ce qui est occasion de péché : nos vices et jusqu'à nos petites défaillances, faiblesses, impuissances.
Nous avons expérimenté cet effet du don de Crainte après une bonne confession : peut-être avions-nous fait quelque faute plus grave, et la considérant avec amertume sous le regard de Dieu, sentant Dieu tout près de nous, au bout de notre acte de foi, nous le regardions comme un Père et nous disions : Comment ai-je pu faire cela à mon Père ? et pour une aussi petite chose me séparer de lui ? Nous éprouvions un sentiment de contrition, nous avions ce cœur brisé qui voudrait anéantir sa faute, qui la déteste par amour de Dieu... Dans le sacrement de pénitence, le don de Crainte agit à son suprême degré pour toutes les âmes. Pendant et après l'absolution, c'est toujours sous l'influence de la crainte filiale que nous sommes : l'Esprit de Crainte nous inspire la pénitence, le regret de nos fautes, et par suite le désir de lutter contre ces fautes pour les combattre.
Saint Thomas nous déclare encore que le don de Crainte est un auxiliaire puissant de la vertu de tempérance. Ceux qui craignent vraiment Dieu, en enfants, à cause des fautes dont ils voient dans leur chair la source toujours renaissante, sont tempérants, pénitents, sobres, humbles. La tempérance n'a pas de meilleur auxiliaire que cet Esprit de Crainte qui nous met en garde contre la volonté pécheresse.
Ce don de Crainte est donc un aide, tantôt pour la piété qu'il favorise, tantôt pour l'espérance qu'il accentue, tantôt pour la tempérance qu'il fait régner.
Quand l'âme, ayant reçu ce don de Crainte et redoutant d'être séparée de Dieu, s'est remise totalement entre ses mains, pour qu'il ne la lâche pas, et fasse d'elle ce qu'il veut, quand elle s'est mise à fuir le péché et ses occasions, elle est entrée dans l'état des âmes timorées. Le mot latin « timor » veut dire crainte. L'âme timorée est craintive selon le Saint-Esprit.
Elle n'est pas scrupuleuse, car le scrupule n'a rien à faire avec le don de Crainte; il est une infirmité, une épreuve naturelle ou surnaturelle.
Cette âme n'a pas non plus une conscience trop large, quoiqu'elle ait une certaine largeur d'esprit, mais qui ne va pas jusqu'au mépris des petites choses. Elle est établie d'emblée dans un juste milieu, à égale distance d'une crainte exagérée et d'une trop grande largeur de conscience; elle a une conscience juste, timorée.
Il est des âmes ainsi remarquables par la rectitude de leur tenue; elles sont au point, justes, éloignées de tout excès; elles sont aimables, agréables même, mais sans laisser-aller, ayant le sentiment qu'elles sont tenues; ce sentiment anime leurs pensées, leurs jugements, leurs manières de faire; leur attitude est un modèle. Ce qui les tient, c'est la véritable crainte, la crainte selon le Saint-Esprit; crainte qui ne glace pas d'épouvante puisqu'elle est filiale, mais qui tient en respect et empêche de céder à l'entraînement de la nature. Elles sont tenues par l'Esprit-Saint dans ce juste milieu, qu'avec nos propres vues il nous est si difficile de déterminer. Il les y a établies d'emblée.
(1) - Ps. CXVIII, 120.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 29 Mai, 2009 22:30 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, pp. 23-25 a écrit: |
III. — Degrés de l'Esprit de crainte
Au fur et à mesure que notre amour va grandissant, ce don de Crainte nous trouve plus dociles. L'âme s'épanouit. Ce qui restait de crainte un peu raide se fond, la confiance déborde. Car la crainte filiale a des degrés; au bas il s'agit encore de se morigéner; mais l'âme s'épanouit de plus en plus, et elle dit avec joie ces paroles du psaume des Complies : « Celui qui habite dans le secours du Seigneur a sa demeure sous sa protection » et encore : « Vous espérerez sous ses ailes » (1), dans le sens où Notre-Seigneur se comparait à la mère qui couve ses poussins. Dieu est devenu cette mère et, protégée par ses ailes, l'âme ne conserve de la crainte qu'une transe d'amour, un frisson d'admiration : c'est la suprême transfiguration de la crainte.
Ainsi nous apparaît sainte Rose, tout épanouie comme une rose tremblante au sommet de sa tige; elle fut pourtant une rude pénitente, elle a exploré tous les degrés de la crainte, mais, dans son épanouissement, ce n'est plus que la fille du Père.
Ainsi sont les anges devant la majesté de Dieu. Ils sont heureux, mais ils chantent nuit et jour : « Il est Saint », « Sanctus », entrant toujours plus dans le mystère de sa sainteté et se trouvant en sa présence si imparfaits, si petits... Ils restent saisis d'une transe d'admiration qui est le suprême aboutissant du don de Crainte, dans l'état de gloire. Émotion douce puisqu'elle a pour objet la majesté qui reste sur le visage d'un Père.
Vivons dans cette crainte et tâchons d'en éprouver tous les degrés. Le Saint-Esprit, au fond de notre âme, cherche à nous l'inspirer, à enflammer notre cœur d'amour filial, de crainte d'échapper aux mains de notre Père, de crainte de la moindre occasion de faute. Ouvrons nos âmes, tendons la voile généreusement, avec confiance. Cela dépend de nous, car c'est à nous, avec le secours ordinaire de la grâce, d'user de nos dons habituels. Et l'Esprit divin soufflera. Par son souffle, nous serons délivrés d'une multitude de complications dans lesquelles nous nous débattons. Nous gémissons de nous voir irritables, indociles, paresseux dans la prière...; nous luttons ici et là, nous nous repentons, nous sommes pardonnés, nous nous maintenons un certain temps, puis nous retombons; il y a des disputes, des tentations obscures dans lesquelles nous nous débattons. C'est bien, il faut le faire. La vénérable Agnès de Langeac a dit : « Il faut un bon combat à chaque tentation. » Cependant, ne voudrions-nous pas trop agir, et tout seuls ? Puisque le Saint-Esprit veut bien prendre le gouvernement de nos vies, usons de lui : nous arriverons plus vite et plus efficacement au même résultat que par des luttes.
Il faut pour cela aimer davantage. Il faut que le Bon Dieu soit tout pour nous, que nous l'aimions par-dessus tout. Est-ce une peine d'aimer ? Il est vrai, Dieu est déconcertant. Même dans l'Eucharistie, nous ne le voyons pas et nous ne devons pas le voir ; il nous faut acheter l'éternité. Mais cependant, il y a des heures où nous pouvons percer le voile, éprouver sa douceur, entrer en intimité avec lui. Soyons ainsi toujours plus unis à Dieu, et nous ne ferons plus qu'un avec le Saint-Esprit : « Celui qui adhère à Dieu (par l'amour) ne fait plus qu'un même esprit avec lui (2). » Son Esprit se déverse dans une âme qui l'aime, et sous son empire nous marcherons allègrement de vertus en vertus. Si nous rencontrons des obstacles, nous passerons par-dessus, au lieu de les renverser un à un. La besogne est ainsi plus efficace et moins pénible. Essayons; mettons notre âme sous l'inspiration de l'Esprit d'amour, nous livrant davantage, en un mot, à l'action du Bon Dieu. Car « Dieu commence à régner dans une âme lorsque cette âme est sous l'inspiration du don de Crainte de Dieu qui fait les pauvres d'esprit. »
(1) - Ps. XC, 1 et 4.
(2) - I Cor., VI, 17.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mardi 02 Juin, 2009 21:52 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, p. 26 a écrit: |
CHAPITRE II
Béatitude de la pauvreté
« Bienheureux les pauvres par l'esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient (1). »
Au premier abord, on ne voit pas le rapport qui existe entre la pauvreté par l'esprit (ou pauvreté par aspiration) et le don de Crainte (2). Quel est donc ce rapport entre cette pauvreté que nous inspire le Saint-Esprit et le don de Crainte ?
(1) - Matth., V, 3.
(2) - On peut traduire « pauperes spiritu » : pauvres par l'esprit, ou pauvres d'aspiration. En effet, il y a en présence deux esprits : l'esprit de Dieu et le nôtre. Si nous traduisons « spiritu » par : notre esprit, nous pouvons dire : pauvreté d'aspiration; si nous y voyons l'Esprit de Dieu, nous disons : pauvreté inspirée par l'Esprit de Dieu. Mais pauvreté d'aspiration et pauvreté par l'inspiration du Saint-Esprit, c'est tout un. Car, si notre esprit a des aspirations de pauvreté, c'est l'Esprit de Dieu qui les lui inspire.
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Si vis pacem
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Posté le: Mercredi 03 Juin, 2009 21:46 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, pp. 26-28 a écrit: |
I. — Don de crainte et pauvreté par l'Esprit
Rappelons-nous que le don de Crainte n'est pas le don de crainte servile, qui est chez beaucoup un don de Dieu, mais qu'on trouve chez les pécheurs. Le don du Saint-Esprit au contraire ne se rencontre que dans les âmes qui aiment déjà Dieu; il a pour effet de nous rapprocher de Dieu comme d'un Père et, afin d'éviter de nous séparer de lui, de nous jeter dans ses mains pour faire de nous ce qu'il voudra.
La première chose que le Saint-Esprit fera sera de nous prémunir contre le seul obstacle sur la terre qui puisse nous faire quitter la volonté divine, à savoir, notre volonté pécheresse, notre amour du péché. Or, l'amour du péché se nourrit d'objets, sans quoi il ne peut pas vivre : le monde, nos propres passions lui fournissent les richesses avec lesquelles il entretient sa vie. Quel est cet aliment ? Saint Jean dit : « Tout ce qu'il y a sur la terre est concupiscence des yeux, concupiscence de l'esprit, concupiscence de la chair (1). » Il y a sur la terre, dans le monde — ce monde que Notre-Seigneur déteste —, des objets qui nous attirent et qui favorisent la concupiscence de la chair par les tentations inférieures, la concupiscence des yeux par les biens de ce monde, la concupiscence de l'esprit par l'orgueil, l'indépendance. Dans le monde, il n'y a pas autre chose, et c'est pourquoi Notre-Seigneur l'a haï, avec ces trois attraits qui tendent à soustraire au règne de Dieu, pour nous faire pécher, nos désirs, nos aspirations, notre volonté.
L'inspiration de la Crainte de Dieu nous arme contre notre volonté pécheresse, nous arme contre ces trois concupiscences qui vont vers les richesses du monde, en nous détachant des objets de ces concupiscences : détachement de la chair, détachement de l'indépendance immodérée, détachement des richesses. Or, cela, c'est l'esprit de pauvreté. Le mouvement de haine de notre volonté pécheresse, d'aversion pour tous les biens dont elle se nourrit, que nous inspire la crainte parfaite, se traduit par un sentiment, une volonté d'appauvrissement vis-à-vis de tous ces biens.
Quelle différence avec l'esprit du monde qui, dans une poursuite effrénée, se rue sur les plaisirs, les honneurs, l'indépendance, la fortune. L'Esprit de Dieu est une tendance justement opposée. Saint Paul dit : « Ce qui était pour moi — au point de vue humain — un gain, je l'ai regardé comme immondice (2). » Tel est le renversement que produit en nous l'Esprit de Crainte; ce qui est l'objet de nos désirs charnels devient pour nous un objet d'horreur; nous nous en détournons parce que nous craignons, même en l'acceptant dans une mesure modique, de nous y agglutiner, et de nous séparer ainsi de Dieu notre Père, parce que nous craignons sa justice qui nous attend et que nous n'avons de refuge qu'en lui et de sécurité que dans cet esprit de pauvreté qu'il nous inspire vis-à-vis de tout ce qui pourrait nourrir notre volonté pécheresse.
Ainsi se raccorde le don de Crainte avec la béatitude des pauvres par l'esprit.
(1) - I Jean, II : 16
(2) - Philipp., III, 8.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Jeudi 04 Juin, 2009 22:17 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, pp. 28-30 a écrit: |
II. — Le mouvement essentiel du don de crainte
Voici un trait bien représentatif de ce que murmure au fond de l'âme l'Esprit de Crainte, lorsqu'il inspire ce sentiment, ce désir de pauvreté envers tout ce qui fait l'objet de la concupiscence humaine. Nous le trouvons dans la vie de saint Benoît-Joseph Labre, vie plus admirable qu'imitable et qui n'est pas celle d'un homme vivant en communauté. Ce saint avait un culte, une passion pour la pauvreté. Or, quand il mendiait et qu'on lui donnait quelque chose, au moment où on allait le servir, il disait : « Peu, peu », craignant toujours de recevoir trop et de faire des réserves. Lorsque ce pauvre de Dieu fut au moment de sa mort, il murmurait quelque chose; on se pencha pour l'entendre et on recueillit encore ces mots : « Peu, peu. »
C'est ce petit mot que, en face de toute concupiscence du monde, nous murmure le Saint-Esprit. Peu ! Ce qui est nécessaire suffit; le reste, il n'en est pas besoin. Saint Paul disait dans le même sens : « Ayant de quoi nous nourrir, soyons contents (1). » La règle de saint Augustin veut que nous mettions notre étude à diminuer nos besoins plutôt qu'à augmenter nos ressources, et elle nous en estime plus heureux. C'est, sous toutes ces formes, la même inspiration de Dieu qui, par des touches divines, vient inspirer dans notre âme le désir d'appauvrissement des biens du monde. « Il nous inspire la négligence de toute créature, afin que le Créateur puisse être trouvé », dit l'Imitation. Et cela revient à ce que dit saint Augustin : « Toutes les fois que chez nous la concupiscence diminue, l'amour de Dieu augmente (2). » L'amour de Dieu régnera pleinement quand la concupiscence sera nulle.
Mais il faut que ce mouvement de détachement, d'appauvrissement, provienne bien de l'inspiration du Saint-Esprit. Il ne faut pas qu'il provienne de la raison orgueilleuse; ainsi en fut-il pour Diogène qui, voyant un jour un homme boire dans ses mains, brisa le petit vase qu'il avait conservé comme indispensable, le jugeant désormais inutile; cet homme avait mis son orgueil dans son appauvrissement. C'est au contraire par amour de Dieu, sous l'inspiration divine de l'Esprit de crainte, que nous nous éloignons du péché, de toute source du péché. Nous sommes les enfants de l'Esprit de crainte et nous avons en lui un auxiliaire dans nos combats.
(1) - I Tim., ; VI, 8.
(2) - Saint Augustin, De Doctrina Christiana, III, ch. 10; Liber de Diversis Quæstionibus, 83, q. XXXVI.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 05 Juin, 2009 22:11 Sujet du message: |
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| Gardeil Ambroise - Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne. Juvisy, 1934, pp. 30-32 a écrit: |
III. — La pauvreté des aspirations, auxiliaire de l'état religieux
Cette lutte contre les trois concupiscences fait le fond de l'état religieux. L'état religieux n'est pas autre chose que l'amour éminent de Dieu qui va, non seulement jusqu'à s'abstenir de ce qui est contraire à l'amour de Dieu, le péché, mais à sacrifier même ce qui est permis et parfaitement légitime. Il s'établit par les vœux : vœux d'obéissance, de pauvreté, de chasteté, qui sont des engagements, que nous prenons solennellement pour toujours, de renoncer aux trois concupiscences : l'indépendance de la volonté, les biens de ce monde, le plaisir. Ainsi, par le détachement de ces choses, la promesse et la pratique quotidienne que nous en faisons, nous arrivons à maîtriser les concupiscences et à dégager l'amour supérieur de Dieu, de manière à toujours progresser dans cet amour. L'Esprit de Crainte, pour autant qu'il nous inspire ce désir d'appauvrissement, est identique à l'esprit de l'état religieux. C'est le même esprit, sous deux formes. Si le Saint-Esprit seul nous inspire cet appauvrissement, c'est simplement la bonne vie chrétienne; si nous employons en outre la discipline, l'organisme de la vie religieuse, c'est un moyen de plus, mais toujours le même but. Ce que recherche l'esprit religieux, c'est ce qu'inspire l'Esprit de Crainte. Sous l'influence du don de Crainte, nous nous retrouvons donc dans le terre à terre de notre vie quoditienne, dans ces différents exercices, ces sacrifices que nous avons à faire, par la pratique des voeux, pour diminuer en nous l'attrait des objets de concupiscence. La matière de nos actes est la même, seul l'esprit diffère. Au lieu de lutter contre chaque détail pour acquérir l'esprit de dégagement vis-à-vis des objets de nos attaches, pour réprimer nos pensées d'orgueil, notre esprit d'indépendance, au lieu de chercher à réduire les difficultés une à une, nous recevons l'Esprit de Dieu qui, fondé sur un plus grand amour, nous inspire un détachement général. Il nous murmure ce mot : Peu, peu, en quoi que ce soit. S'il s'agit d'indépendance : peu; d'attachement à nos aises et à nos facilités : peu; de concupiscence du cœur, d'affection humaine : peu... En tous les domaines : peu. Il nous instruit sur l'ensemble, non pas sur un détail. Il nous pousse avec une insistance toute-puissante, et si nous lui livrons l'entrée, nous irons jusqu'au bout de la perfection. Sa touche diffère du travail de mineur que nous sommes obligés de faire nous-mêmes habituellement : détacher chaque jour, bloc par bloc, dans l'obscurité de la foi, par devoir, tout ce qui s'oppose à l'union divine. Ce travail est excellent cependant et nécessaire, car le Saint-Esprit n'est pas obligé de toujours agir en nous selon ses dons. Mais si l'âme vit dans son atmosphère, aimant de plus en plus, se mettant toujours plus en ses mains, elle deviendra de plus en plus impressionnable, elle éprouvera un désir général et puissant d'appauvrissement et arrivera ainsi aux petits détachements de la vie religieuse.
Tous nos grands saints en étaient là. Lorsque saint Dominique voyait les pitances des frères trop fortes à son gré, les bâtiments trop confortables, son cœur s'exhalait fortement. A un chapitre, il voulait qu'on laissât l'administration des biens aux frères convers, afin de favoriser le dépouillement. Après l'établissement des constitutions, il demanda à ses frères d'accepter sa démission, il ne voulait pas être maître : cela le préoccupait. Peu, disait-il à sa manière, qui allait jusqu'à laisser tout pour partir chez les Cumans, au bout du monde.
Saint François d'Assise est le type de l'amant de la pauvreté. Il était vraiment le pauvre du Bon Dieu, travaillé par l'esprit d'appauvrissement; c'était comme un souffle violent partant du fond de son âme et l'accompagnant toujours. Il veut que lui et les siens soient toujours plus détachés à tous les points de vue : pauvres dans la nourriture, le vêtement, les demeures, se faisant mendiants. Il ne veut en rien avoir affaire avec tout ce qui est l'objet de la concupiscence.
Notons qu'il ne s'agit pas ici de pauvreté sous forme de vertu, par laquelle on fait des sacrifices. Cette forme est excellente. Mais c'est ici la pauvreté qui vient du Saint-Esprit; c'est comme un souffle qui dessèche, qui pousse le cœur au détachement.
Notre-Seigneur est le modèle; il nous prêche la pauvreté sous toutes ses formes : « Que celui qui veut venir après moi, dit-Il, se renonce, qu'il vende ses biens... et qu'il me suive (1). » Il veut nous inculquer cet esprit fondamental. L'Esprit de Crainte nous le fait retrouver, il nous le communique comme conséquence de l'amour. C'est cet esprit d'appauvrissement total qui veut que, tout en gardant ce qui est nécessaire pour faire notre oeuvre, nous n'y soyons pas attachés et nous nous dépouillions du reste.
(1) - Mc., VIII, 34; X, 21.
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