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Colette Yver - La femme dans l'Église martyre
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Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Mi ca El !? Index du Forum -> Place et rôle de la femme dans la société chrétienne
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Domitille



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MessagePosté le: Mercredi 05 Mai, 2010 21:32    Sujet du message: Colette Yver - La femme dans l'Église martyre Répondre en citant

     
                                                                           LA FEMME DANS L'ÉGLISE MARTYRE

          1° Les Siècles décisifs.
Citation:
     Cependant, avant que les Apôtres n'eussent eu, nous semble-t-il, le temps d'achever leur enseignement — car l'homme croit toujours que sa journée n'est pas finie et rarement la mort est d'accord avec lui pour attendre que la récolte soit au grenier — voici venir, comme dans un éclatement, l'ère héroïque de l'Eglise avec la persécution soudaine de Néron, en 67.

     Et désormais, ce qui manquait à l'enseignement des Fondateurs de l'Eglise — à supposer qu'ils n'eussent pas tout dit — c'est le sang des martyrs qui va le crier pour le monde et pour les siècles, aussi éloquent que le grand Paul lui-même, et venant encore aujourd'hui à nos âmes comme un enivrement de foi.

     Pendant trois cents ans, contre une armée de bourreaux s'avancera, toujours croissante et renaissant de son sang même, la troupe innocente du Christ. L'Eglise est établie à Jérusalem, à Antioche, en Asie Mineure, en Macédoine, en Grèce ; la voici à Rome, à Carthage, à Alexandrie, à Lyon. Puis dans tout le sud de la Gaule et dans les profondeurs de l'Egypte. Et partout c'est à la Rome impériale confondue avec son Olympe qu'elle se heurte, Rome qui sans trop savoir défend de la faillite imminente ses dieux. C'est un grand drame et le plus émouvant qu'il y eût jamais. Ces trois siècles furent pour les chrétiens des alternatives de massacres et de périodes paisibles.

     Eusèbe raconte que sous Trajan (91-117) « Pline le Jeune, illustre gouverneur, étonné de la multitude des martyrs, écrivit à l'Empereur qu'il n'avait rien vu de criminel dans les Chrétiens. Ils se levaient avant l'aurore pour chanter des hymnes au Christ comme à un dieu. Mais l'adultère, le meurtre et les autres crimes étaient repoussés par eux ».

     Comme réponse, Trajan établit en décret qu'il ne fallait pas rechercher la tribu des Chrétiens. Seulement les punir quand on les rencontrerait.



à suivre.
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MessagePosté le: Jeudi 06 Mai, 2010 21:13    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Aussi voyait-on tantôt des persécutions massives et tantôt des exécutions isolées, au hasard des dénonciations. Alexandrie, Carthage, Rome, Lyon, connurent les plus épouvantables tueries, surtout au IIIe siècle.

     Donc, dans cette période qui s'étend de Néron à Constantin, il n'y eut pas que bûchers allumés, croix dressées pour les Chrétiens, bêtes à l'amphithéâtre, glaives levés sur le col des vierges inébranlables. Des accalmies permettaient à l'Eglise de s'organiser et de prendre peu à peu sa forme définitive. Ces trois siècles sanglants furent son adolescence. C'est là qu'elle accomplit sa croissance miraculeuse se développant, par un prodige, d'autant plus qu'elle était écrasée. C'est là qu'elle eut ses grands docteurs, Justin, Irénée, Origène, et cet homme extraordinaire que fut Tertullien, caractère si extrême dont la profonde culture fut une des plus vives lumières chrétiennes tant qu'il ne s'érigea pas contre l'Eglise dont la sagesse pouvait seule tempérer ses dérèglements, et qui sombra dans de ridicules hérésies. C'est là que l'Eglise unifia les cérémonies de son culte, que se dessina toujours plus nettement la prépondérance de l'Eglise de Rome sur les autres Églises.


                                                                                                                        ***
     Avant donc d'étudier la femme martyre, et pour plus de logique, il nous faut rechercher ce que fut la femme dans l'Eglise en ce temps-là qui va jusqu'à la reconnaissance officielle du Christianisme par l'empereur Constantin.

     Des textes abondants et des provenances les plus diverses nous renseigneront et nous la montreront disciplinée et distinguée par l'Eglise, sévèrement conduite et singulièrement honorée, enfin jouant dans la vie chrétienne d'alors son rôle effacé et touchant.



à suivre.
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MessagePosté le: Vendredi 07 Mai, 2010 21:44    Sujet du message: Répondre en citant

     
            2° Quelques médaillons.
Citation:
     Le Ier siècle paraît avoir fait grand cas des filles de Philippe qui auraient reçu le don de prophétie.
Il n'était pas rare que dans ce printemps miraculeux de l'Eglise, encore imprégné de la présence humaine à peine évanouie de Jésus, les premiers chrétiens fussent inspirés. Le fait était assez courant même pour que saint Paul donnât là-dessus des instructions générales. Il le fait dans sa première épître aux Corinthiens, où il est obligé de réglementer pour les assemblées le droit de parler qu'avaient les Prophètes ou Inspirés, ces chers premiers Chrétiens ayant une tendance à se faire entendre tous à la fois. Il leur recommande donc, si l'Esprit leur suggère quelque enseignement, de parler l'un après l'autre.

     Philippe, le diacre, avait quatre filles auxquelles ce don avait été accordé. Le premier qui en parle est saint Luc dans les Actes (XXI, 8).

     « Nous partîmes le lendemain (de Ptolémaïs) et nous arrivâmes à Césarée. Etant entrés dans la maison de Philippe, l'évangéliste, qui était l'un des sept, nous logeâmes chez lui. Il avait quatre filles vierges qui prophétisaient. »

     « L'un des sept » signifie sans conteste l'un des sept diacres. Ces quatre jeunes filles n'avaient donc pas pour père Philippe, l'un des douze, comme l'a dit un historien. Elles eurent l'insigne bonheur de recevoir et de traiter à table saint Paul « pendant plusieurs jours », d'entendre ses entretiens avec le diacre, leur père. Lorsque quelques semaines plus tard, Paul revint de Jérusalem ici, sous bonne escorte, et fut emprisonné pour deux années à la forteresse, les quatre jeunes filles obtinrent sans doute le privilège de visiter l'illustre prisonnier et de recevoir encore ses leçons. Quelles femmes à tel régime ne seraient devenues parfaites ! Celles-ci atteignirent vraisemblablement à la sainteté. Il existe, en effet, du IIe siècle, un texte de l'écrivain Papias dans les Explications des Sentences du Seigneur, grâce auquel on connaît deux miracles dus à ces Prophétesses. Un certain Barrabas avait pris un poison mortel, mais les filles de Philippe intervinrent, et le breuvage qui devait tuer cet homme ne lui fit aucun mal, « pas plus que de l'eau claire ». Il dit également qu'elles accomplirent la résurrection merveilleuse d'un mort.
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MessagePosté le: Samedi 08 Mai, 2010 20:42    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Ce Pappias qui est assez connu comme écrivain médiocre avait un immense mérite : il était disciple de Polycarpe, dont il ne se lassait pas d'entendre les souvenirs sur saint Jean.

     Si nous connaissons très peu de détails sur ces quatre saintes, même pas leur nom, nous pouvons être sûrs de leur célébrité dans l'Eglise primitive, car un autre écrivain cité par Eusèbe, Polycrate, évêque de l'Eglise d'Ephèse, écrivait au Pape Victor (l'évêque des Romains), à la fin du IIe siècle : « De grands astres se sont couchés en Asie qui se lèveront au jour dernier, lors de la venue du Sauveur, quand il viendra du Ciel avec gloire pour chercher les saints : Philippe, l'un des douze apôtres (on voit la confusion que fait Polycrate), qui repose à Hiérapolis ainsi que deux de ses filles qui ont vieilli dans la virginité ; et l'autre qui, après avoir vécu dans l'Esprit-Saint, a été ensevelie à Ephèse. Jean aussi, l'Apôtre qui a dormi sur la poitrine du Sauveur, qui, prêtre a porté la lame d'or, a été martyr et docteur, a aussi son tombeau à Ephèse. »

     Mais quant à la sépulture des Prophétesses, Eusèbe contredit Polycrate qui prétendait avoir dans son diocèse et dans sa ville même, Ephèse, le tombeau de l'une d'elles, près de celui de Jean.

     Eusèbe, en effet là-dessus, cite aussitôt le « Dialogue entre Gaïus et Proclus » :

     « Proclus est de notre avis en ce qui concerne les filles de Philippe. Il parle ainsi : « Il y eut à Hiérapolis en Asie, quatre prophétesses, filles de Philippe, leur tombeau est là ainsi que celui de leur père. »



à suivre.
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MessagePosté le: Lundi 10 Mai, 2010 20:47    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Il ne faut pas entendre strictement ce nom de prophétesses dans le sens d'annonciatrices de l'avenir. Il s'agit plutôt d'une grande sagesse inspirée par l'esprit de Dieu qui habitait ces âmes. Les Commentateurs qui ont eu à expliquer le verbe prophetare dans la traduction latine de saint Paul, lui attribuent le sens d'une heureuse et juste interprétation des Écritures, des exhortations efficaces aux Fidèles, du don de convaincre, du don de ferveur dans les louanges à Dieu.

     Sans doute, les diaconesses citées par saint Paul, Phœbé, Marie, la très chère Perside, Syntiche, Evodie, étaient-elles plus ou moins dans ce sens, des Prophétesses. Mais il faut que les filles du diacre Philippe aient singulièrement marqué sur l'esprit de leur temps pour que leur mémoire et jusqu'au lieu de leur sépulture aient ainsi occupé les générations chrétiennes qui suivirent. On a tout lieu de croire que ces vierges enflammées de l'Esprit divin travaillaient grandement à la conversion des Juifs à Césarée.
Après la prise de Jérusalem, émigrant sans doute de Judée vers la Phrygie, c'est à Hiérapolis qu'elles exercèrent leur zèle pour la foi du Christ, non point dans les assemblées des fidèles, car Paul a défendu aux femmes de se faire entendre à l'église, mais dans le privé, de femme à femme, et en illustrant leur enseignement de ces charismes qui se perpétuèrent parmi les premiers Chrétiens jusqu'au IIe siècle : guérison de malades, résurrections de morts, signes surnaturels, grâces exceptionnelles accordés dans cette époque extrême à ces fiers soldats chargés de vaincre à tout prix. Leurs figures, quoique bien brouillées, pareilles à ces fresques des catacombes qui ne s'inscrivent plus sur la muraille effritée que par quelques taches de couleur éparses, nous montrent cependant, au frontispice de l'Histoire Chrétienne, l'activité religieuse si nouvelle de la femme dans l'Eglise.



à suivre.
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MessagePosté le: Mardi 11 Mai, 2010 21:43    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Dans la première Apologie sur les Chrétiens * que saint Justin, le philosophe, qui enseignait dans une école privée, sur le Viminal, au milieu du IIe siècle, adressait à l'empereur Verus, qu'il me soit permis encore de détacher, pour la placer en médaillon, la figure bien significative d'une dame romaine, si en relief et caractéristique de son époque, qu'elle exige de comparaître ici.

     Rome était plongée dans le plus brillant matérialisme, luxe que les lois se voyaient obligées de réprimer, déploiement insensé des fortunes féminines. « C'est un fléau qu'une femme opulente », avait dit Sénèque naguère. Honte des familles, désordres des femmes encouragés par les maris. («Cui vivit adultera conjux Papia lex placuit », disait Ausone.) Orgies dans les riches villas de l'Aventin entre grandes dames et esclaves...

     L'une de celles-là, et des pires, — d'après Justin — sans doute bel esprit, devint curieuse de la secte nouvelle. Cent ans après la mort de Jésus, le Christianisme était assez répandu à Rome, pour que notre auteur, on le voit, ait ouvert une « didascale » dans la Ville, sous le signe de la Croix. Dès le règne de Trajan, quarante ans plus tôt, Pline le Jeune se plaignait déjà que la religion nouvelle se répandît chez ses concitoyens, que les sacrifices fussent troublés, les temples abandonnés. Enfin le fait est là : elle alla trouver un certain Ptolémée, chrétien assez notoire pour que Justin, le nommant, ne donne aucun détail signalisateur, prêtre sans doute, et qui l'instruisit.



* Cette première Apologie nous est conservée dans Eusèbe.

à suivre.
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MessagePosté le: Mercredi 12 Mai, 2010 20:52    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Aussitôt, sous l'illumination, cette pécheresse s'effondre dans le repentir le plus fervent. Elle croit. Elle a compris le royaume du Ciel. Elle connaît la pureté, la charité, l'humilité, le détachement, l'amour du Christ. Cette grande voluptueuse ignorante de tout frein devient tout à coup une Chrétienne.
On a peine à concevoir cette personnalité nouvelle, ou du moins qu'une même personne puisse soudain prendre à nos yeux un si différent visage. Les opérations de la Grâce sont ainsi et ne s'expliquent pas.

     Notre Romaine anonyme, une fois enivrée de vérité, voulut éclairer à son tour le compagnon de ses débauches et lui transmettre les enseignements qu'elle avait reçus. Mais, d'après Justin, celui-ci ne voulut rien entendre quand elle lui parla des châtiments qui attendent ceux dont la vie se passe dans l'impureté. Il railla la Chrétienne et continua de se conduire comme par le passé. Alors, cette fière créature se demanda si ce n'était pas une impiété de demeurer encore sa femme, et possédée par l'Evangile au point qu'elle ne pouvait vivre qu'en s'y accordant étroitement, elle résolut de quitter ce mari. « Ses proches » la supplièrent. Elle se fit violence et resta, dit Justin. « Cependant, son mari partit pour Alexandrie et elle apprit qu'il se conduisait plus mal encore. Aussi, pour ne pas devenir complice de ses crimes, lui donna-t-elle ce que vous appelez vous autres Romains *, le Repudium, et se sépara de lui. »

     Voilà donc cette femme libre de s'adonner à la vie mortifiée des chrétiennes, à leur charité, à leurs visites des malades et des pauvres, à leurs réunions du matin dans les hypogées.

     Pendant ce temps, que fit le mari, là-bas, à Alexandrie, où il continuait ses désordres ? Furieux du « repudium » de sa femme, il écrivit aux tribunaux romains et la dénonça comme chrétienne. En conséquence de cette vengeance odieuse, elle est poursuivie.



* Justin était originaire de Syrie-Palestine.
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MessagePosté le: Jeudi 13 Mai, 2010 21:54    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Mais le surnaturel l'avait trop attirée vers ces régions paisibles où les épreuves et les souffrances ne vous atteignent que dans une sorte de narcose, pour qu'elle craignît les supplices et la mort. C'est ici que cette Romaine convertie nous apparaît dans la pleine métamorphose que le Christ accomplissait chez ses fidèles. Voici la belle Chrétienne de cette race noble; la voici héroïque, sereine, sans plaintes, sans regret, sans nervosité, sans terreur. Se sentant proche de son Dieu qu'elle va enfin posséder, elle songe à mettre de l'ordre dans sa fortune. Nous avons vu que, si la femme, à Rome, ne pouvait disposer sans son tuteur des biens patrimoniaux, maisons des champs, esclaves, bêtes de trait, labours, elle pouvait acheter toutes espèces de biens et en disposer. Celle-ci avait peut-être à prendre sur les propriétés dont elle était maîtresse des dispositions concernant les pauvres.

     Vraisemblablement alors, elle vint trouver le philosophe de Viminal qui paraît bien la connaître, lui confiant son désir de mettre en ordre ses affaires avant de comparaître devant ses juges.

     Et Justin, dans son Apologie, glissa une supplique en faveur de cette chrétienne qui ne demandait rien qu'un délai pour disposer encore de ses propres avant de mourir, — grâce à quoi sa mémoire a surnagé les obscurités des siècles pour venir jusqu'à nous.

     « Elle te présente à toi, Empereur, une requête et elle exprime le désir qu'il lui soit donné d'arranger ses affaires, promettant que celles-ci terminées elle viendrait répondre à l'accusation, si tu y consentais. »

     On sait le sort que fit Antonius Verus à l'Apologie de Justin. Marc-Aurèle, neveu de l'Empereur, sur qui l'auteur avait tablé pour s'intéresser du point de vue philosophique, qui était le sien, à la secte chrétienne, ne daigna pas prendre au sérieux son confrère du Viminal, et le Palatin tout entier opposa à l'Apologie un méprisant silence.



à suivre.
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MessagePosté le: Vendredi 14 Mai, 2010 21:14    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Nous ne savons pas ce qu'il advint de la Chrétienne évoquée dans le célèbre document et qui, malgré cette pénombre, semble obsédante tant elle synthétise toutes ces grandes libertines del'aristocratie romaine qui passèrent alors, et de la même manière, à l'Eglise. Si avant de subir le martyre elle régla ses affaires comme elle le désirait tant — et combien ce trait de la race pratique à laquelle elle appartenait me paraît saisissant ! — nous l'ignorerons. Nous connaîtrons seulement l'épilogue que donne Eusèbe de l'histoire et qui est que le mari, dans sa fureur, dénonça aussi Ptolémée qui l'avait faite chrétienne, et le livra aux tribunaux.

     Que l'Eglise ait attaché un grand prix à la perfection de l'âme de la femme, nous en avons d'innombrables exemples.

     Pourquoi ne pas citer encore avec Eusèbe, à ce sujet, Chrysophora, « sœur très fidèle », Grecque et probablement Athénienne, à qui, en l'an 177, Denys l'Aréopagite, évêque d'Athènes, prenait la peine d'écrire une lettre — laquelle existait encore, paraît-il, au début du IVe siècle quand Eusèbe composait son Histoire Ecclésiastique — lettre où Denys « lui donnait les avis qui correspondaient à sa situation et lui présentait l'aliment de vérité qui lui convenait ». On voit, par ces termes mêmes, quels soins un évêque encore si proche du paganisme mysogine, prenait de l'âme, de l'entendement d'une femme, jusqu'à chercher pour elle les arguments spéciaux que requéraient sans doute les particularités de son esprit.



à suivre.
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MessagePosté le: Samedi 15 Mai, 2010 21:39    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Eusèbe ne dit-il pas plus loin, d'ailleurs, à propos d'Origène, que tout jeune homme il annonçait la parole de Dieu non seulement aux hommes mais aux femmes, et que c'est la raison pour laquelle il poussa la crainte de la tentation jusqu'à l'héroïsme.

     Tertullien a tracé un portrait idéal de la femme chrétienne telle qu'on pouvait la voir à Carthage au IIe siècle. Le morceau est si beau qu'on ne peut en défaire une ligne :

     « Elle va visiter ses frères dans les réduits les plus pauvres. Elle se lève la nuit pour prier et assister aux solennités de l'Eglise. Elle se rend à la table du Seigneur et pénètre dans les prisons pour baiser les chaînes des martyrs, pour répandre de l'eau sur les pieds des saints. S'il vient un frère étranger, elle prépare sa maison pour lui donner l'hospitalité. Dans les festins, loin d'elle les hymnes profanes et les chants de volupté. Bien différente de ces espèces de bacchantes qui, gorgées de viandes ou de vin, ne peuvent digérer qu'à force de neige ou qui vont vomir leurs repas pour en recommencer un autre, elle invoque Jésus-Christ et se prépare à la tempérance par la salutation divine.
« On ne la voit pas aux spectacles et aux fêtes des Gentils. Elle reste chez elle et ne se montre dehors que pour des motifs graves, pour visiter les frères malades, assister aux Saint-Sacrifice, écouter la Parole de Dieu. Point de bracelets pour la main qui doit porter le poids des chaînes. Point de perles ni d'émeraudes pour orner une tête que menace l'épée de la persécution. »

     Sévère, excessif comme tout Tertullien peint avec des oppositions violentes de lumières et d'ombres tragiques et conservant cependant une noble grâce, comme les portraits de l'École espagnole, celui-ci résume tout ce qu'on a pu dire sur ce que fut la Chrétienne des premiers siècles. Il n'y a rien à y ajouter ; nous sommes instruits.

     Cependant, il nous reste à tourner une page plus pathétique et nous n'aurons le secret de cette tendresse impérieuse qu'a toujours montrée l'Église envers les femmes que lorsque nous aurons connu la Martyre.



à suivre.
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MessagePosté le: Dimanche 16 Mai, 2010 19:22    Sujet du message: Répondre en citant

     
            3° La martyre.
Citation:
     Cette sanglante aurore du Christianisme nous apparaît dans l'éloignement baignée d'une ineffable lumière de foi. Ces êtres surhumains se meuvent sur le théâtre d'une antiquité grandiose, allégés comme des Anges de notre égoïsme, de notre sybaritisme, de notre horreur de la douleur et de la mort.

     Cependant, cette humanité semblable à la nôtre ne volait à de si horribles trépas que grâce au secours d'un don suprêmement accordé. Beaucoup succombèrent à la terreur des tourments. Ils étaient de chair et d'os comme nous, et ne nous dépassaient que par leur Foi : « Le glaive, le feu, l'eau, la dislocation des membres, tout, pourvu que j'obtienne Jésus-Christ ! » s'écriait Ignace d'Antioche, à Rome, en l'an 106. Mais un tel bouillonnement de vie surnaturelle n'était pas donné à tous et nous avons bien des textes nous laissant deviner l'angoisse de l'Église martyre dans l'appréhension que les frères ne sacrifiassent aux idoles. Le petit Origène, à Alexandrie, tremblait que son père, dans sa prison, n'apostasiât et lui écrivait : « Surtout ne cède pas à cause de ma mère et de moi. » Ainsi y avait-il à Carthage, où les gouverneurs romains furent si spécialement féroces, des exodes en masse des chrétiens qui, dès le bruit que la persécution se rallumait, fuyaient les épreuves auxquelles ils avaient peur de succomber. Nous le savons par l'intransigeance des écrits de Tertullien qui flétrissait une telle prudence, bien que l'Église, dans sa sagesse, l'approuvât. Parlant d'évêques qui avaient peur de fléchir et suivaient leurs ouailles, l'intraitable Tertullien s'écriait : « Lions dans la paix. Lièvres au combat * ! »



* Dans son Histoire des Persécutions, Paul Allari nous dit que sous les persécutions de Dèce en Afrique, tous les citoyens furent tenus de venir s'inscrire sur des registres pour y déclarer leur foi, et que le nombre des apostolats fut immense. A prix d'argent beaucoup de chrétiens restés fidèles obtenaient des Duumvirs d'être inscrits parmi ceux qui avaient sacrifié. On les appelait des « libellatiques ».

à suivre.
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MessagePosté le: Lundi 17 Mai, 2010 20:38    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Ces quelques évocations laissent deviner l'état d'appréhension où vivaient nos pères à l'approche de ces « combats ». Quel opprobre pour une famille chrétienne si quelque membre allait renier Jésus-Christ devant l'idole ! Quelle honte pour une communauté chrétienne si plusieurs frères sacrifiaient !

     Mais que ne durent pas être leurs craintes à l'égard des sœurs !
Car l'on pouvait demander à des hommes faits du métal qui constituait les légions romaines d'aller au combat pour le Christ. Mais les femmes ! Les petites esclaves qui ne savaient que tendre les épaules sous les coups d'étrivières ; ces brocanteuses de la Porte Capène habituées à geindre sur le pas de leur boutique ; plus tard ces Romaines aux membres parfumés dont la jeunesse s'était passée à la piscine, dans la mollesse et les plaisirs des bains ; ces épouses-enfants si puériles des gynécées grecs ; ces vases fragiles, ces créatures soumises, ces âmes craintives qu'allaient-elles faire en face des bêtes, de la croix, du feu, du glaive !

     Ce qu'elles ont fait, nous le savons aujourd'hui où, à une telle question, une pléiade de noms surgissent : Agnès, Cécile, Blandine, Vivia-Perpé-tua, Félicité. On connaît l'existence d'une liste des martyrs de Lyon et « l'on était confondu, paraît-il, devant le grand nombre des noms de femmes », soit qu'elles fussent plus nombreuses dans l'Eglise, soit que la fureur politique du gouverneur les eût trouvées moins habiles à lui échapper.

     Elles furent innombrables, celles qui partout, aussi bien qu'à Lyon, héroïques et tranquilles, devinrent les témoins du Christ, justifiant aux yeux du paganisme la grande considération que l'Église avait attachée à l'âme religieuse de la Femme.



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MessagePosté le: Mardi 18 Mai, 2010 21:52    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Voici Vivia-Perpetua à Carthage. Elle appartient à l'une des plus illustres familles latines de la ville. Seule dans ce milieu païen élégant, elle a passé à la secte nouvelle pour l'immense désolation des siens. Que de craintes d'une dénonciation ! Hélas ! on a vu la belle jeune femme se rendre à l'aube au cimetière du Nord de la ville où les Chrétiens célèbrent les saints mystères trois fois par semaine *. C'en est fait de sa vie, elle est mise en prison avec une jeune esclave, Félicité, qui va être mère.

     Ces prisons étaient affreuses, repoussantes. Et qu'on imagine les promiscuités qui y attendaient cette patricienne ! On nous la montre y recevant chaque jour la visite du petit enfant qu'elle allaitait ; et aussi la visite d'un père suppliant qui ne cessait de l'implorer pour l'abjuration. Mais elle restait inflexible et sereine, n'ayant de souci que pour sa petite compagne Félicité, dont elle redoutait la faiblesse. La captivité fut longue, car on attendait beaucoup de l'abjuration de cette Chrétienne illustre, et on entendait bien la lasser par des temporisations. Enfin Félicité mit au monde son enfant. Perpétua avait sevré le sien. Un jour, on décida de les soumettre à la torture.

     Je transcris textuellement ici le beau récit de M. Paul Allard :

     « Perpétua et Félicité avaient été exposées à une vache furieuse, animal qui ne paraissait pas ordinairement dans ces jeux. Selon l'usage, elles avaient été dépouillées de leurs vêtements et enveloppées d'un filet. En cet état, la délicatesse aristocratique de Perpétua, la langueur de Félicité à peine accouchée et dont les seins ne pouvaient retenir leur lait, firent pitié à cette foule étrange, mobile, qui tout à l'heure exigeait le martyre. On rendit leurs vêtements aux deux chrétiennes. Perpétua fut assaillie la première. La vache furieuse la souleva de terre et la fit retomber sur le dos. Dans la chute, sa tunique s'était rompue. Comme la Polyxène antique, soucieuse de mourir avec décence, elle rassemble les plis de son vêtement, puis ne voulant pas, dans sa fierté de martyre, avoir les cheveux épars comme une femme en deuil, elle rattacha sur son front l'agrafe qui les retenait. Ainsi parée, elle se releva et apercevant Félicité qui gisait comme brisée, elle lui tend la main, la soulève de terre. Voyant ces deux femmes debout, le peuple est une seconde fois touché et ordonne « qu'on les fasse sortir par la porte des Vivants.» « — Quand donc nous expose-t-on à cette vache ? » demande Perpétua qui, dans l'extase, avait perdu le souvenir de ce qui s'était passé. Rappelée par la vue de ses blessures au sentiment de la réalité, l'héroïque jeune femme a encore la force d'exhorter un catéchumène, Rusticus, et son frère qu'elle avait fait appeler. « — Restez fermes dans la Foi. Aimez-vous les uns les autres. Ne vous scandalisez pas de nos souffrances ! »



* Si l'on ne pouvait arrêter en masses les Chrétiens dans cet endroit, c'est que Tertullien, fort instruit en Droit romain, avait fondé là une association funéraire inviolable d'après les lois de Rome.

à suivre.
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MessagePosté le: Mercredi 19 Mai, 2010 21:30    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     « Le peuple, de nouveau, les rappela. Tous alors, d'un pas ferme, se rendirent dans l'amphithéâtre et avant de livrer leur gorge au couteau, se donnèrent solennellement le baiser de paix. Puis, immobiles, silencieusement, attendirent le glaive. Devant Perpétua se présenta un gladiateur novice qui tremblait ; un premier coup mal dirigé la blessa entre les côtés ; elle poussa un cri, puis, saisissant la main du bourreau elle appuya elle-même la pointe du poignard sur sa gorge. Cette vaillante femme ne pouvant mourir que de sa propre main, dit le narrateur original. »


                                                                                                     *****

     Potamène, illustre Vierge d'Alexandrie, fille de Marcella, était merveilleusement belle. L'historien de l'Eglise, Eusèbe, atteste que la beauté était en elle comme une fleur dans son éclat. Elle vivait lors des persécutions de Sévère à la fin du IIe siècle. Cent ans plus tard, au temps de notre auteur, des hymnes et des chants enthousiastes témoignaient encore de sa célébrité dans le monde chrétien.

     « Basilide, écrit Eusèbe, conduisit Potamène au martyre. Après avoir soutenu mille combats contre ceux qui en voulaient à la pureté de son corps et à la virginité qui était sa gloire, et supporté mille tourments, elle endura des tortures terribles dont le récit donne le frisson, puis subit avec sa mère Marcella le supplice du feu. »


à suivre.
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MessagePosté le: Jeudi 20 Mai, 2010 21:18    Sujet du message: Répondre en citant

     
Citation:
     Décius, impitoyable aux chrétiens, mit une sorte de rage à remplir Alexandrie de l'horreur des massacres. Nous tenons de Denys, évêque de cette ville, que, pendant la persécution, on vit une sainte vieille femme du nom d'Apollonia, qui avait consacré sa vie et sa virginité à Dieu, montrer une force qui confondit et électrisa en même temps la masse des Frères.

     On n'exigeait d'elle cependant, que de prononcer la formule du sacrifice qui rendait à l'Empereur le culte de l'adoration. Sur son premier refus, l'on fit tomber toutes ses dents à force de lui frapper la mâchoire.

     — Prononceras-tu maintenant la formule sacrée ? lui demanda le bourreau.

     Elle persiste dans son refus.

     Alors on l'emmène un peu en dehors de la ville et, devant les splendeurs de la cité « en forme de chlamyde », on dresse un bûcher qu'on allume. Sous menace de la jeter dans la flamme on lui présente de nouveau l'image de l'empereur en lui enjoignant de donner enfin la preuve de son loyalisme. « Alors avec douceur, dit Denys, elle s'excusa de ne pouvoir accomplir cet acte d'impiété, et sans attendre même la violence du bourreau, elle leva les yeux vers le ciel pour offrir à Dieu son sacrifice et s'élancer elle-même dans les flammes pour être consumée. »



à suivre.
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