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Si vis pacem
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Posté le: Vendredi 01 Juin, 2007 11:16 Sujet du message: Les saints de la Famille Capétienne |
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| R.P. Charton, Les saints de la famille capétienne, pp. 5-6 a écrit: |
Saint Félix de Valois, de la branche royale des Vermandois
arrière petit-fils d'Henri Ier, Roi de France,
fondateur de l'ordre de la Très Sainte-Trinité. (+ 1212)
Les historiens modernes qui ont étudié la généalogie de ce saint fondateur des Trinitaires ratifient d'un commun accord la filiation que lui donne Moreri dans son Dictionnaire historique : « Hugues de France, surnommé le Grand..., troisième fils de Henri, premier du nom, roi de France, et d'Anne de Russie, fut comte de Vermandois et de Valois, par son mariage avec Adèle, fille de Herbert IV, comte de Vermandois..., laissant pour enfant Raoul, premier du nom..., surnommé le Vaillant, comte de Vermandois, de Valois, d'Amiens et de Crespi, seigneur de Péronne, etc... sénéchal de France. Il avait épousé : 1° Aliénor (1), soeur de Thibault, quatrième du nom, comte de Champagne, qu'il répudia l'an 1142, ce pourquoi il fut excommunié; 2° Alix, dite Pétronille, fille de Guillaume X, duc de Guyenne. Du premier lit, vint Hugues, né le 9 avril de l'an 1121, lequel fut élevé par saint Bernard, se fit religieux et fonda l'Ordre de la Trinité de la Rédemption des captifs, avec saint Jean de Matha, l'an 1198, mourut le 4 novembre de l'an 1212 à Cerfroid, et a été canonisé l'an 1677 par le pape Innocent XI, sous le nom de Félix de Valois. »
De cette généalogie, il appert que saint Félix de Valois est descendant des premiers rois capétiens, mais aussi que, par son aïeule Adèle, femme de Hugues le Grand, il a reçu le sang de Charlemagne. L'empereur, en effet, donna pour apanage à son second fils Pépin le Vermandois et le Valois. A son tour, Pépin céda à son fils aîné Herbert, le Vermandois, à son fils puîné Pépin, le Valois : ce qui, dans la même maison, fut la souche de deux branches distinctes. Le dernier représentant de la seconde, connu sous le nom de bienheureux Simon de Crespy, renonça au monde et laissa pour héritière de ses Etats, sa soeur, Hildebrande, laquelle se maria à Herbert IV de Vermandois. Et, ainsi, fut reconstitué l'apanage primitif du Vermandois et du Valois réunis, laissé par Charlemagne à Pépin son fils.
Fille et héritière d'Herbert et d'Hildebrande, Adèle épousa le fils du roi Henri Ier, Hugues de France, et lui apporta en dot son comté dont il prit le nom. Ce fut un grand homme que ce prince. Il n'y eut à la première croisade d'autre Capétien que lui; mais il y représenta noblement la race. Il se couvrit de gloire à Dorylée, à Nicée, et à Antioche. Revenu en France pour y lever une nouvelle armée, il retourna près de ses compagnons d'armes et succomba aux blessures reçues pendant le siège d'Héraclée. Brave jusqu'à la témérité, il était religieux et bon, ennemi juré du faste et des plaisirs. Sa mort fut un deuil pour tous les Croisés.
Le père de notre saint, Raoul, premier du nom comme chef de la branche royale de Vermandois, quatrième du nom comme héritier des anciens comtes impériaux, était surnommé le Vaillant. Il le fut, en effet, et il servit avec une fidélité à toute épreuve le roi Louis VI, son cousin. C'est à lui et à Suger que, partant pour la croisade, Louis VII confia l'administration du royaume, et cela en dit assez. Aliénor ou Eléonore, mère de saint Félix, appartenait également à l'une des plus anciennes familles du royaume, elle était même apparentée aux rois d'Angleterre.
(1) Eléonore.
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à suivre ...
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 01 Juin, 2007 17:41 Sujet du message: |
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| R.P. Charton, Les saints de la famille capétienne, pp. 6-8 a écrit: |
L'enfant qui naquit d'eux fut appelé Hugues, en souvenir d'Hugues le Grand, son aïeul. Dès ses premières années, il apprit à bonne école l'amour de Dieu et de la prière. Parente de saint Bernard, la comtesse Eléonore conduisit plusieurs fois à Clairvaux son jeune enfant, pour y recevoir la bénédiction du saint Abbé, qui le prit dès lors sous sa protection toute particulière. La charité était avec la piété sa vertu favorite. Dieu récompensa plusieurs fois par des miracles son inépuisable générosité envers les malades et les indigents. La miséricorde aussi trouvait place en son coeur. Il convertit, dit-on, par ses prières, un misérable condamné à mort dont il avait obtenu la grâce. Il allait croissant en sagesse et en âge devant Dieu et devant les hommes, quand survint un événement malheureux qui devait orienter sa vie dans un sens différent de celui que tout faisait prévoir.
Alléguant des raisons de parenté avec son épouse, Raoul fit approuver par certains évêques la dissolution de son mariage, déshérita le fils qu'il en avait eu, et contracta une nouvelle alliance avec la princesse Alix d'Aquitaine. Celle-ci était fille de ce duc fameux Guillaume, qui, après avoir longtemps pillé et scandalisé ses Etats, finit par se convertir et est honoré comme un saint. A l'annonce de cet adultère, que le prince veut faire sanctionner, Bernard de Clairvaux, protecteur de la femme répudiée, frémit d'indignation et fit excommunier par le Pape le comte prévaricateur. Celui-ci se repentit et fut absous. Il retomba dans sa faute et fut excommunié à nouveau, jusqu'au jour où la mort de son épouse légitime lui permit de contracter mariage avec Alix d'Aquitaine.
Abandonnée de son mari, la comtesse Eléonore se réfugia dans ses terres à Saint-Quentin, non sans avoir auparavant renoncé, pour son fils, à l'héritage des Vermandois. Ce fils, elle le confia à son frère Thibault, comte de Champagne, qui l'éleva dans la connaissance de toutes les sciences divines et humaines, dans l'amour et la pratique des vertus chrétiennes. Le jeune Hugues y fit de tels progrès, qu'il demanda de lui-même à aller achever son éducation à Clairvaux, près de saint Bernard. Il y passa toute sa jeunesse, heureux d'y trouver un de ses propres cousins, Henri de France, fils de Louis VI, lequel était venu demander au monastère le bonheur que son noble coeur ne trouvait pas à la cour des rois. Une sainte émulation s'établit entre les deux princes, de sorte qu'on ne savait auquel attribuer la palme de la piété et de l'humilité monastiques. Ni Hugues, ni Henri n'étaient pourtant destinés à finir leurs jours à Clairvaux. Henri de France y fit bien profession; mais, longtemps après le départ de Hugues, il en fut tiré par l'Eglise de Beauvais dont il se vit obligé d'accepter la charge. Il mourut archevêque de Reims, non sans avoir rendu à cette métropole les services les plus signalés. Hugues, notre saint, après quelques années passées auprès de saint Bernard et de ses moines, retourna chez son oncle Thibault, croyant obéir en cela à la voix de Dieu qui l'appelait à une autre vie. Il avait, d'ailleurs, pris l'avis de l'Abbé de Clairvaux qui approuva son projet.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 01 Juin, 2007 21:24 Sujet du message: |
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| R.P. Charton, Les saints de la famille capétienne, pp. 8-9 a écrit: |
C'était l'époque où, sur l'ordre du Pape et les instances du roi Louis VII, saint Bernard prêchait la seconde croisade. De concert avec son cousin Henri de Champagne, Hugues prit la croix et suivit en Palestine l'armée chrétienne. Gardant le plus strict incognito, pour ne pas susciter d'ennuis aux chefs de la croisade, il prit part à toutes les batailles, mais sut garder au milieu des camps le recueillement de la vie érémitique à laquelle il aspirait. Après les hostilités, l'armée quittant la Palestine, son cousin Henri, qui avait été son inséparable compagnon d'armes, s'efforça en vain de le ramener en France avec lui. Hugues demeura dans les Saints Lieux, espérant sans doute y trouver un endroit propice à cette vie, objet de ses désirs. Il ne l'y trouva pas et revint enfin en Occident, mendiant son pain comme un pauvre pèlerin. Où fixa-t-il d'abord sa vie aventureuse avant de s'établir à Cerfroid ? On l'ignore. Il semble assez probable que ce fut en Italie. Il y rencontra un solitaire à qui il ouvrit son coeur, et dont il résolut de partager l'existence. Celui-ci l'accueillit avec bonté et le fit ordonner prêtre. Il lui changea son nom de Hugues en celui de Félix, comme pour briser les derniers liens qui le rattachaient au monde, et lui montrer qu'il avait trouvé en Dieu la félicité véritable. Nos saints ermites ne vivaient qu'au milieu des rochers, se nourrissant de ce qu'ils pouvaient, travaillant la terre, vaquant aux plus humbles occupations et aux exercices de la pénitence et de la prière. Comme on ignore le lieu où il vécut ainsi, on ignore le temps qu'il y passa. Après la mort de son compagnon, mû par un instinct céleste, il retourna dans sa patrie. Dieu fut très lent à préparer notre saint à sa mission finale. Celle-ci était née dans le coeur de Félix pendant la croisade, à la vue des malheureux captifs qui gémissaient dans les fers des Sarrasins. Il avait résolu de les racheter et de consacrer sa vie à cette oeuvre; mais il attendait qu'en sonnât l'heure... Et Dieu voulait lui montrer que cette oeuvre venait de lui seul.
Sa sainte mère, son père Raoul, avaient depuis longtemps quitté la terre. Raoul, dit le Lépreux, son frère du second lit, était mort également, laissant à sa fille Elisabeth la possession des comtés de Vermandois et de Valois. Douce attirance des lieux où s'écoulèrent nos premiers ans ! C'est là que, nouvel Alexis, Félix décida de s'établir, sûr de n'être pas reconnu et de ne causer à personne le moindre désagrément. Tous ceux qui l'avaient connu naguère, ou bien le croyaient mort, ou bien le supposaient moine dans quelque solitude éloignée. Il ne vint à l'idée de personne que ce personnage mystérieux pût être le fils de l'infortunée et sainte comtesse Eléonore. Il avait, à cette époque, dépassé la soixantaine.
Au diocèse de Meaux, dans une cabane abandonnée, sise au fond d'un vallon boisé et presque impénétrable, notre saint fixa sa demeure, résolu cette fois à y vivre et à y mourir. Sa vie fut là ce qu'elle avait été précédemment. De longues années s'écoulèrent encore, pendant lesquelles s'acheva le règne de Louis VII, et Philippe-Auguste monta sur le trône. La troisième croisade avait eu lieu, sans plus de succès apparent que la seconde. L'aube du XIIe siècle allait se lever. Un jour, Félix épanchait son âme en une prière fervente pour les chrétiens prisonniers des infidèles, quand Dieu daigna lui montrer, dans une vision, l'homme qui allait avec lui réaliser l'oeuvre de leur rachat. Au même instant, un jeune prêtre récemment ordonné, alors étudiant à Paris, recevait l'inspiration de se rendre dans une solitude qui lui était indiquée, où il trouverait le vieillard dont la parole serait pour lui la parole de Dieu même. Ce jeune prêtre était Jean de Matha.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Samedi 02 Juin, 2007 10:10 Sujet du message: |
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| R.P. Charton, Les saints de la famille capétienne, pp. 9-11 a écrit: |
Peu de jours après cet avertissement céleste, une voix se fit entendre au fond de l'âme du saint ermite : « Voici celui que tu attends ». Il sort de sa cellule, et voit venir à lui un jeune homme, qui, à son tour, à la vue du vieillard, reconnaît celui qu'il cherchait. Avec la plus exquise charité fraternelle, tous deux se donnent le baiser de paix, et épanchent l'un dans l'autre leur coeur qui pensait et aimait de même. Ensemble ils prient et méditent de longs mois.
La réputation de leur sainteté attire autour d'eux des frères, désireux de partager leur vie de pénitence et de prière. Peu à peu se forme dans leur solitude une sorte de monastère peuplé d'hommes de bonne volonté, résolus à recevoir d'eux tel genre de vie, telle mission qu'ils voudront bien leur imposer. Jamais peut-être aucune vie de saint n'a, mieux que celle-ci, fait ressortir cette vérité, que les grandes oeuvres de Dieu s'établissent lentement, et que Dieu soumet à de sages retards la réalisation des désirs de ses serviteurs. Jamais aussi, peut-être, aucun saint ne s'est abandonné de façon plus héroïque aux lenteurs de l'action divine, puisque c'est seulement dans la plus extrême vieillesse, après une vie d'attentes indéfinies, que Félix put mener à bonne fin un projet conçu vers la vingtième année dans tout l'enthousiasme de la jeunesse.
Un jour, comme nos deux saints conversaient ensemble, sur les bords du torrent qui animait leur Thébaïde, ils voient venir à eux un cerf d'une éclatante blancheur, portant dans son bois une croix rouge et bleue. Or, c'est une croix pareille que Jean de Matha avait aperçue, à sa première messe, sur la poitrine d'un ange qui lui était apparu. Plusieurs fois, le même signe se renouvela. Les deux ermites y virent une invitation à se croiser, selon leur désir, pour le rachat des captifs, sous l'invocation de la Très Sainte Trinité qu'ils adorèrent dans la trinité des couleurs. En souvenir de cette apparition, l'endroit où ils habitaient fut appelé Cervus frigidus, d'où Cerfroid.
Ensemble ils se mettent en route pour Rome. A cette date, Félix n'avait pas moins de soixante-douze ans ; mais, malgré les remontrances de ses frères, il n'hésite pas à accomplir ce pénible voyage. Innocent III, grand entre les grands Papes, gouvernait alors la sainte Eglise. Il reconnaît, en Jean de Matha, un de ses amis à l'Université de Paris, le reçoit avec bonté ainsi que son compagnon dont il apprend avec surprise la royale origine. Ils sont encore à Rome quand le Pape est favorisé d'une vision, pendant qu'il célèbre le saint sacrifice de la Messe. Il voit un ange vêtu de blanc, portant la croix rouge et bleue que nous connaissons, et appuyant ses mains sur deux captifs enchaînés, qu'il semble prendre sous sa protection. L'illustre Pontife raconte lui-même cette apparition dans la Bulle qu'il publie pour notifier à l'univers chrétien la fondation du nouvel Ordre religieux voué à la Rédemption des captifs. Il revêt de ses propres mains nos deux ermites d'un habit semblable à celui de l'ange, et les charge de rédiger la règle que lui-même approuvera plus tard. Réconfortés par la bénédiction du Souverain Pontife, les fondateurs reprennent le chemin de Cerfroid. Saint Félix en restera le supérieur, tandis que saint Jean de Matha, plus jeune, s'occupera de fonder, comme ministre général, de nouveaux couvents à travers le monde, de collecter des aumônes pour le rachat des captifs, et d'aller lui-même au loin exercer, au péril de sa vie, son oeuvre de charité en leur faveur.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Dimanche 03 Juin, 2007 20:57 Sujet du message: |
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| R.P. Charton, Les saints de la famille capétienne, pp. 11-13 a écrit: |
Dieu ne sembla multiplier les jours de son serviteur saint Félix, qu'afin de lui laisser le temps d'affermir autour de lui les premiers religieux que le ciel lui avait envoyés. Sa bonté, sa piété, son inaltérable patience, lui gagnaient tous les coeurs. Il étendit au loin son influence, fonda lui-même de nombreux monastères en Champagne, dans l'Ile de France, et dans les autres provinces limitrophes. Le démon l'attaqua plusieurs fois d'une façon visible; mais le saint en eut raison par la foi.
Sa dévotion filiale envers la très sainte Vierge avait toutes les délicatesses et les plus saintes audaces. Il l'honorait sous le titre très consolant de Notre-Dame du Bon-Remède. Aussi Marie lui apparut-elle plusieurs fois, pour récompenser son ardente piété. La plus célèbre de ces apparitions eut lieu au couvent de Cerfroid, le 8 septembre 1212, dans la nuit même qui précéda la fête de la Nativité de Marie. Aux approches de cette solennité, l'amour du saint vieillard pour sa reine bien-aimée et sa ferveur pour l'honorer redoublèrent tellement d'intensité, qu'il se sentit pressé, dit son historien, d'un vif désir d'être témoin de la pompe et de la majesté du triomphe de Marie dans le ciel. Il brûlait de contempler à découvert et sans voile ce qu'il n'avait pu admirer jusque-là que des yeux de la foi. La Mère de Dieu, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité, et qui, dans son incompréhensible bonté, prévient les moindres souhaits de ses enfants, résolut de satisfaire la pieuse curiosité du fervent anachorète. Elle n'ouvrit pas sous ses yeux le paradis; elle descendit elle-même entourée de sa cour, et, pour une nuit, transporta le ciel à Cerfroid. A l'heure des matines, aucun des religieux n'entendit la cloche qui les appelait à la récitation du saint office; par une disposition divine, tous restèrent plongés dans le sommeil. Or, tout à coup, le saint, qui avait passé la nuit au pied des autels, vit la porte de l'église s'ouvrir, la nef et le choeur s'illuminer de clartés célestes, telles qu'on n'en voit pas sur la terre, et, revêtus de l'habit de l'Ordre, une troupe d'anges s'avancer vers les stalles des religieux pour y chanter l'Office. Marie elle-même les suivait, portant le même costume. Quand ils se furent distribués en deux choeurs, elle prit place au milieu d'eux. Un siège restait vide à sa droite. Elle fit signe au saint de l'occuper, ce qu'il exécuta immédiatement dans un transport d'indicible joie. Marie commença bientôt le chant de ses propres louanges, auquel se mêlait la voix des esprits bienheureux : Nativitatem beatae Mariae Virginis celebremus. Le saint ermite s'efforça de s'unir aux matines célestes. Mais sa voix refusait d'obéir aux divins transports qui agitaient son coeur. Volontiers il se fut écrié, comme saint Pierre sur le Thabor : « Oh ! qu'il fait bon ici! Faisons-y notre demeure ! » L'Office terminé, l'angélique théorie sortit de l'église comme elle y était entrée. Marie se pencha vers l'oreille de son serviteur, et lui annonça que ce qu'il venait de voir n'était qu'un rêve auprès de la réalité qu'il contemplerait bientôt.
Il rendit son âme à Dieu, le 4 novembre 1212, étant âgé de quatre-vingt-cinq ans. Dès lors, il fut regardé comme un saint non seulement par ses religieux, témoins des dernières années de sa vie, mais par tous les fidèles des alentours. Son nom fut aussi en bénédiction chez les captifs délivrés par ses enfants. Ceux-ci étaient connus en France sous l'appellation de Mathurins, qui tire son origine de saint Mathurin dont ils desservaient l'église à Paris, ou sous le nom plus répandu de Trinitaires. Ils devinrent très nombreux au moyen âge, tant que les Turcs tinrent en captivité des esclaves chrétiens. En France seulement, ils étaient répartis en six provinces comprenant une centaine de monastères. Ils arrivèrent, dit-on, à compter 800 communautés dans le monde entier. Innombrables furent les chrétiens dont ils brisèrent les chaînes. On en fait monter le chiffre, dans les statistiques forcément incomplètes de l'Ordre, à 900.000 et plus ; ce qui, joint aux 500.000 délivrés par les Pères et Frères de la Merci, donne un total d'au moins 1.400.000 personnes rendues à la liberté, par ces deux Ordres religieux, depuis le début du XIIIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe. Souvent ces généreux rédempteurs restaient eux-mêmes en captivité pour racheter les pauvres esclaves. Beaucoup moururent dans les fers, beaucoup furent martyrisés pour leur foi. On peut dire de l'Ordre de la Sainte Trinité qu'il fut l'un des plus bienfaisants qui aient paru dans l'Eglise. Les hommes oublient, Dieu se souvient.
Gloire à ce fils de France qui trouva dans son coeur tant d'amour pour ses frères ! Gloire à ce jeune prince qui, né au sein de la fortune et des grandeurs, a tout quitté, jusqu'à son nom, pour devenir, dans la solitude, le serviteur de Dieu et des pauvres ! Gloire à Dieu qui l'a suscité dans l'Eglise, qui a changé son humilité en immortalité, qui l'a grandi de tout ce qu'il avait tenté de faire pour s'abaisser, qui a illuminé son obscurité de toutes les splendeurs dont il couronne sa propre crèche et sa propre croix !
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