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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mardi 17 Avril, 2007 21:21 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 177-178 a écrit: |
Quoi qu'il en soit, il différerait moins du monde actuel que celui-ci ne diffère de ce qu'il serait si le précepte de l'amour de Dieu était pleinement observé par tous ses habitants. Essayons de nous le représenter dans ces conditions; l'imagination ne fera pas tous les frais du tableau, et notre travail pourra servir à en réaliser les traits dans la vie pratique.
Chaque homme et chaque femme dans le monde, chaque enfant parvenu à l'âge de raison, est lié par la chaîne d'or de cet aimable précepte.
Chrétien ou juif, mahométan ou idolâtre, toutes les âmes, quel que soit leur degré de ténèbres ou de lumière, sont soumises à ce commandement universel.
Rien de plus conforme à la raison : chaque créature a été faite par Dieu pour lui-même; elle n'a donc rien à faire que l'oeuvre de Dieu, rien à chercher que la gloire de Dieu; or, cette oeuvre et cette gloire, il a plu à Dieu de les placer dans l'amour, dans le facile tribut d'un amour rationnel tout à la fois et surnaturel.
Et il ne nous a pas laissé d'incertitude sur l'étendue du précepte : « Écoute, ô Israël, le seigneur notre Dieu est le seul seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces. »
Saint Matthieu nous raconte qu'un docteur de la loi demandant à Jésus : Maître, quel est le grand commandement de la loi ? Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit; c'est là le plus grand et le premier commandemenlt. » Moïse dit : de toute ta force; et saint Matthieu, de tout ton esprit. Ainsi, il est solennellement déclaré que Dieu est l'objet de notre amour, et que cet amour doit avoir un double caractère : il doit être universel, c'est ce que signifient le coeur, l'âme, l'esprit et la force; il ne doit pas être partagé, car il exige le coeur tout entier, l'âme tout entière, l'esprit tout entier, la force tout entière.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mercredi 18 Avril, 2007 20:52 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 178-179 a écrit: |
Si maintenant nous le prenons dans son plus bas degré, faisant abstraction des héroïques manifestations de l'amour qui sont, ou l'ornement d'une piété dévote, ou le fruit d'une haute perfection, à quoi chacun est-il astreint par ce précepte, aussitôt qu'il a l'usage de la raison ?
A aimer Dieu plus que tout au monde; à mettre Dieu au-dessus de tout, à suivre la volonté de Dieu aussitôt qu'elle lui est connue, à faire, au moins par une intention générale, toutes ses actions pour la gloire de Dieu.
Rien dans son coeur ne doit être mis en balance avec Dieu; son âme ne doit être remplie que de Dieu; son esprit ne doit rien mettre en comparaison avec Dieu : sa force doit être employée au service de Dieu avec une énergie qu'il n'applique à rien autre.
Si, depuis l'âge de raison jusqu'au dernier jour de sa vie, il a le malheur de manquer à quelqu'une de ses obligations, il doit réparer sa faute par une douleur mêlée d'amour et fondée sur l'éternelle bonté de Dieu.
Telle est la loi pour le monde entier : dans la vaste et populeuse Asie, sur les côtes où les villes se pressent et dans les immenses cités de l'Europe, d'une mer à l'autre à travers l'Afrique, depuis les huttes les plus reculées au nord de l'Amérique jusqu'au cap dont le front s'élève en face des glaces antarctiques, dans toutes les îles de l'Océan et jusque sur le rocher de corail couronné de palmiers, partout s'étend le commandement de l'amour.
Il oblige autant, plus, si c'était possible, que la défense du meurtre.
Pas une créature de Dieu, sauf les enfants baptisés de l'Église catholique, n'est entrée et n'entrera jamais dans son éternelle joie, sans y avoir été fidèle, ou sans avoir, par la douleur, mérité le pardon de sa désobéissance.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Jeudi 19 Avril, 2007 22:10 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 179-181 a écrit: |
On peut se livrer à des considérations plus effrayantes que celle-là; mais nous n'en connaissons pas qui soit, plus profondément sérieuse. Car n'oublions pas que nous parlons non d'un conseil, mais d'un commandement, non de perfection, mais d'obligation, non de possibilité, mais de nécessité. C'est l'alphabet même de la vraie religion, le point fondamental de notre catéchisme, le premier principe de notre salut; et la raison s'unit à la révélation pour soumettre les âmes des hommes à ce précepte universel.
Le monde y est-il obéissant ? Voyons ce qu'il serait dans cette hypothèse. Nous allons supposer que, par toute la terre, tous, hommes, femmes et enfants au-dessus de sept ans, aiment Dieu toujours, par-dessus tout et sans partage. La terre alors pourrait s'appeler un monde de coeurs indivisiblement unis. Notre planète, cette portion de la création de Dieu, ce beau jardin, qu'éclaire la lune et qui tourne au troisième rang autour du soleil, aurait le privilége d'être un monde vivant de coeurs humains remplis d'amour, sur lesquels Dieu régnerait par l'empire d'un amour sans partage.
C'est là, pour nous servir du langage humain, ce que Dieu se proposait, ce qu'il attendait; c'est là le paradis et la cour qu'il avait préparés pour son Fils incarné. Le monde réel n'est-il pas aussi différent d'un tel ordre de choses que du monde imaginaire dont tout à l'heure nous tracions le tableau ?
Si chaque classe en son lieu, si chaque esprit dans sa mesure et son degré, aimaient Dieu comme le veut le commandement, quels magnifiques résultats ! Pour les énumérer, il nous faudrait pénétrer dans tous les coins du monde, dans les plus secrets sanctuaires de la vie, et épier la révolution que l'amour divin apporterait avec lui. Tout changerait : le monde ne serait pas un monde de saints, puisque nous ne supposons pas l'amour héroïque, austère, poussé jusqu'au sacrifice de soi-même, mais seulement l'amour du précepte commun. La souffrance volontaire appartient à l'idée de l'incarnation ou en découle, car l'austérité chrétienne est une forme de l'amour qui n'a que les dehors de communs avec les orgueilleuses expiations et les pénitences des Indous.
La terre ne ressemblerait pas non plus à un immense monastère, car tous les hommes seraient et resteraient dans le monde, qui serait un moyen de servir Dieu, et non un obstacle qu'il faudrait surmonter ou un piége que la prudence devrait éviter. Il n'y aurait nas de méchanceté qui mît l'enfer sur la terre, et cependant la terre ne serait pas le ciel, parce qu'elle n'aurait pas la vision de Dieu : elle ressemblerait au purgatoire plus qu'a toute autre chose, car l'amour de Dieu n'empêcherait pas la souffrance, quoiqu'il supprimât presque la tristesse; mais il donnerait aux hommes la force de s'élever vers Dieu avec une patiente énergie, jusqu'à ce qu'ils arrivassent à voir celui qu'ils auraient tant aimé.
La terre entière serait le théâtre de la religion, non d'enthousiasme religieux, ou d'extraordinaire sainteté, mais de religion active, pratique, exclusive, mêlée aux affaires. L'esprit général serait préoccupé des devoirs religieux; on ne traiterait pas la religion avec indifférence; elle animerait chaque individu, serait comme sa passion dominante, développerait en lui l'action d'une puissance bien réglée. Tout cela, remarquez-le bien, resterait dans les limites du précepte commun, et n'aurait pas le caractère sublime et surnaturel de la vie des saints canonisés. Nous ne parlons pas ici, il faut ne point l'oublier, de ce qui est possible, encore moins de ce qui est concevable; nous ne sortons pas de la réalité.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 20 Avril, 2007 21:27 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 181-183 a écrit: |
Et dans le monde politique , quel changement ! L'amour de Dieu serait la fin honorable, naturelle et exclusive de tous les États et de toutes les nations; la diplomatie se transformerait en une mutuelle entente pour la gloire de Dieu, et, ayant perdu tous ses mystères, elle serait aussi délivrée de tous ses mensonges.
Traités de commerce, questions des frontières, droit d'intervention, — quel nouveau caractère l'amour de Dieu imprimerait à toutes celles de ces choses qu'il laisserait subsister ! Le monde mercantile deviendrait calme et indifférent ; personne n'aurait hâte de devenir riche. On n'ôterait à la prière, à la louange, aux oeuvres de miséricorde, et à la confession peut-être de quelques péchés véniels, que le temps nécessaire à s'assurer la nourriture, l'habillement et un modeste bien-être. Je parle du bien-être parce que, dans notre hypothèse, les hommes ne seraient pas des saints. Leur littérature ne produirait rien que de chaste, de vrai, rien qui ne peut élever l'âme et ne respirât la foi. Les journaux, tels que nous les connaissons, deviendraient heureusement impossibles.
Il pourrait bien se faire qu'on eût moins d'ardeur pour les recherches d'antiquaires, ou qu'on ne prodiguât pas autant sa vie dans l'intérêt de la science, mais une plus vigoureuse réalité pénétrerait et animerait toute chose. Bien des professions changeraient de caractère, beaucoup cesseraient d'exister. Les systèmes d'éducation seraient profondément modifiés. Les prisons et la police disparaîtraient. Les sessions an parlement seraient courtes : on y parlerait peu et on ferait beaucoup. Le ton des conversations changerait; une sorte de calme étrange se répandrait sur les hommes, sans être toutefois incompatible avec l'énergie, mais avec une énergie si différente de ce que nous entendons sous ce nom, que nous ne pouvons nous en faire une idée exacte.
Pour compenser cette apparente indifférence qui pourrait négliger quelques-uns des objets auxquels à présent notre activité se porte avec une prédilection maladive, quels progrès le monde ferait dans d'autres directions ! Quelle magnifique hauteur atteindraient les controverses ! La paix, la lumière et l'amour de Dieu por-teraient les intelligences à un niveau mille fois plus élevé; les produits de l'esprit humain seraient incomparablement plus profonds et plus beaux qu'ifs ne sont maintenant, l'activité intellectuelle s'accroîtrait sans mesure et s'appliquerait plus volontiers aux branches les plus hautes de la philosophie. Quels progrès gigantesques les sciences physiques devraient probablement aussi à ces dernières études, et à la puissance d'intelligence qu'une grâce plus abondante développerait en nous.
Qui pourrait imaginer que nous ne connaîtrions pas beaucoup mieux la nature et ses mystérieuses propriétés, si nous avions sur leur divin auteur la connaissance plus parfaite que donne l'amour ? La science du beau deviendrait plus riche et plus féconde, appelée qu'elle serait à servir aux sanctuaires de Dieu et non plus seulement aux caprices de l'homme. La somme du bonheur de chacun grandirait aussi au delà de tout calcul. Tous les autres amours seraient comme glorifiés par l'amour de Dieu,et jailliraient du cœur des hommes avec un essor et une abondance que maintenant le péché arrête complètement. Les perfections morales de notre nature produiraient des fruits exquis et généreux qui ne se montrent à présent que rarement et à de longs intervalles.
Mais, par-dessus tout, il y aurait un monde d'actes surnaturels sortant à flots et sans s'arrêter de tous les coeurs, nous unissant à Dieu, purifiant nos intentions les plus communes et nous conduisant jour par jour à un état d'excellence bien supérieur à celui où nous sommes.
Quel est le précepte dont la simple observance produirait de semblables merveilles ? C'est celui qui est en ce moment imposé à chacun de nous avec la plus inévitable universalité et l'obligation la plus pressante. Ne mérite-t-il pas toute notre attention ?
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Jeudi 26 Avril, 2007 22:34 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 183-184 a écrit: |
Jusqu'ici nous avons traité deux questions tout à fait élémentaires : « Pourquoi Dieu veut-il que nous l'aimions ? Pourquoi nous aime-t-il ? »
Si Dieu veut que nous l'aimions, il est évident qu'il doit exister un amour qui soit pour nous possible, et qui puisse satisfaire à cette volonté. Cependant, dans le cours de nos recherches nous avons rencontré en nous assez de misère, de petitesse et de pauvreté pour nous faire craindre de ne pouvoir ressentir pour Dieu un amour réel et digne de lui être offert.
C'est là que Dieu vient au secours de notre mépris de nous-mêmes, le préserve de ses propres excès, et prévient le tort qu'il pourrait nous faire, en nous donnant le commandement essentiel et absolu de l'aimer de tout notre coeur, de toute notre âme, de tout notre esprit, de toutes nos forces. Il nous en rend l'accomplissement possible en nous dévoilant dans leur admirable variété les motifs de notre amour, il nous le rend facile en donnant à nos âmes la capacité de transformer l'amour au gré de leurs facultés diverses.
Nous avons donc à présent à examiner les motifs qui nous portent à aimer Dieu, et les diverses espèces d'amour qu'il est heureusement en notre pouvoir d'offrir à notre très-miséricordieux Créateur.
Avant tout, remarquons que l'amour qui nous est commandé est un amour personnel. Ce n'est pas le sentiment que donne le témoignage d'une bonne conscience ou la récompense qu'apporte avec soi un devoir accompli, ou les attraits de la vertu, ou l'immensité du bonheur qui nous attend, ou le penchant qu'un esprit bien réglé a pour qui est juste et convenable.
C'est un amour personnel, caractérisé par l'ardeur, la générosité, l'intimité, la souveraineté, et tout ce qui distingue, en un mot, un amour personnel de celui d'une chose ou d'un lieu : c'est l'amour d'un Être, de trois Personnes divines, de Dieu.
Il se révèle à nous dans divers affectueux rapports qui donnent à notre amour quelque chose de plus intense et de plus personnel, de plus loyal et de plus dévoué, et en même temps mieux adapté à notre nature humaine.
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Si vis pacem
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Posté le: Lundi 14 Mai, 2007 21:27 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 184-185 a écrit: |
Mais quand nous devons répondre de l'amour d'un autre, il est très-important d'en connaître la nature et le degré. Reprenons donc brièvement, au risque de nous répéter, les principaux traits de l'amour de Dieu pour l'homme, tels que la théologie les expose.
L'amour de Dieu pour sa créature n'est pas le fruit de sa misériricorde ni d'aucune autre de ses divines perfections prises en elles-mêmes. Son amour pour nous fait partie de sa bonté naturelle, et sa bonté naturelle est purement l'excellence de sa divine nature considérée en elle-même. La bonté de Dieu, comme enseigne l'école, peut être envisagée sous trois aspects différents.
Il est bon, en raison de la perfection de sa nature, et c'est là sa bonté naturelle; il est bon en raison de sa sainteté, et c'est là sa bonté morale; il est bon en raison de sa bienfaisance, et c'est ce que nous appelons communément sa bienveillance. Mais, en réalité, cette dernière sorte de bonté est simplement une part de la première, une conséquence nécessaire à la perfection de sa nature ou de sa bonté naturelle; en sorte que l'amour de Dieu pour sa créature, ou la divine bienveillance, fait partie de la per-rection de la nature divine.
Comment donc pourrait-on exprimer la valeur de l'amour de Dieu ? Combien est sublime la dignité dont il revêt sa pauvre créature, et comme cette origine de son amour pour nous, cachée dans les profondeurs des sources premières de la divinité, réduit et lui-même, et ses complaisances, et ses dons, et sa justice, et sa colère aux proportions de l'amour pur et simple !
Ecoutons encore un instant la théologie. La nature divine est une plénitude de perfection, une abondance et une « surabondance, » comme l'appelle saint Denis; non que Dieu soit trop plein ou qu'il cesse jamais d'être rempli, mais parce qu'il est éternellement rempli jusqu'à déborder de tout ce qu'il y a de vrai, de beau, de magnifique et de bon. Or, la plénitude même a besoin de se communiquer; c'est la conséquence de l'abondance, c'est la nécessité de l'abondance extrême.
Il semble, que, même pour la créature, ce soit une loi, ombre d'une loi plus haute, que plus un être est parfait, c'est-à-dire rempli des perfections propres à sa nature, plus il tend à se communiquer jusqu'à ce que, franchissant ses limites, il s'épanche au dehors. C'est ce que nous observons dans l'amour humain, dans la bienveillance humaine, dans la science humaine. L'exubérance accompagne inévitablement la perfection. Ainsi, cette « surabondance » de Dieu, cette excessive plénitude de la nature divine doit nécessairement se communiquer éternellement. Cette communication peut se faire de deux manières : la première naturelle et nécessaire, qui doit être et être toujours; la seconde, libre, que Dieu peut suspendre, qui est un don, qui n'est pas nécessaire, mais qui, s'il a plu à Dieu de la faire, ne peut pas facilement être séparée de lui, même par sa pensée.
Nous pouvons concevoir un être tel qu'un Dieu qui ne crée pas, mais nous ne pouvons concevoir ce qu'il aurait été : il n'aurait pas ressemblé à notre Dieu actuel; il n'aurait pas ressemblé à notre Père céleste, n'ayant ni bienveillance, ni souveraineté, ni providence, ni miséricorde, ni justice, ni cette perfection qui fait de lui la fin de toutes choses. Sa bonté naturelle aurait été différente, tout aussi infiniment parfaite, mais d'une perfection tout autre, et que nous ne pouvons concevoir.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mardi 15 Mai, 2007 21:42 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 186-188 a écrit: |
Puisque la perfection de la nature divine est infinie, sa communication naturelle et nécessaire doit aussi être infinie, et elle doit avoir ce mystérieux et adorable caractère qu'elle se communique sans se multiplier, car, comment pourrait se multiplier ce qui est infini ? De là vient la fécondité de la nature divine considérée dans ses trois personnes : le Père, source de la divinité; le Fils, éternelle connaissance de lui-même; le Saint-Esprit, éternel amour de lui-même; une seule essence en trois Personnes divines, égales. Du besoin de se communiquer ou de la fécondité de la nature divine, il suit nécessairement que le Père engendre toujours, que le Fils est toujours engendré, que le Père et le Fils produisent toujours leur amour mutuel, et que le Saint-Esprit est toujours produit.
Et, à cause de l'infinie plénitude de sa nature divine, il ne peut, dans cette communication naturelle et nécessaire d'elle-même, y avoir d'inégalité d'aucune sorte, pas de préséance, pas d'antériorité, pas de diminution, pas d'infériorité, pas de subordination (1). Ce ne sont point là de vaines paroles, c'est l'éternelle vie de Dieu, ce sera aussi notre vie éternelle.
Outre cette communication nécessaire et naturelle de la divine nature, il est encore une communication libre, une expansion qui est un don, une générosité profondément propre à la naturelle bonté de Dieu, mais qu"il peut retenir sans cesser d'être bien.
Nous avons appelé fécondité la communication nécessaire de la divine nature; nous donnerons à sa communication libre le nom de bienveillance; toutes deux étant en fait des conséquences de la bonté naturelle de Dieu, avec cette différence que l'une est nécessaire et l'autre libre. On ne peut compter en combien de manières la divine nature peut se communiquer librement à des êtres intelligents, et chacune de ces manières représente une création rationnelle particulière et différente; nous n'en connaissons que deux : celles qui ont produit les anges et les hommes; mais il peut y en avoir un million de fois plus qu'il n'y a d'étoiles dans le ciel. Nous n'osons supposer que la double création des anges et des hommes ait épuisé tous les modes possibles dans lesquels la nature divine peut librement se communiquer à des intelligences et à des volontés créées.
La création, s'il est permis de parler ainsi, n'est peut-être que dans son enfance, et comme Dieu semble avoir un amour inconcevable pour l'ordre; comme lui, en qui il n'y a pas de succession, se plait à produire les choses successivement dans le temps et dans l'espace, nous pouvons croire que quand le jugement dernier aura terminé l'épreuve de la famille humaine, d'autres natures peupleront les mondes matériels et, des demeures immatérielles d'une beauté toute spirituelle, et qu'ainsi Dieu continuera toujours à, épancher sa féconde bienveillance. Il m'est impossible de contempler le ciel étoilé sans que cette pensée me vienne avec la force d'une croyance. Il peut y avoir des créatures raisonnables inférieures à l'homme, quoiqu'il soit bien difficile de s'en faire une idée; mais, quelque limitée que soit notre capacité, nous pouvons concevoir une perpétuelle succession de créatures dont la supériorité s'élève par des degrés sans nombre.
Ainsi la création, c'est Dieu, faisant librement ce que, dans la génération du Fils et la procession du Saint-Esprit, il fait nécessairement. La bonté naturelle de Dieu, que nous avons dit être l'excellence de la nature divine, est l'unique explication de toutes ses opérations, soit au dedans, soit au dehors : en sorte que le même amour qui produit toujours en Dieu la sainte Trinité, fait par sa libre volonté les anges et les hommes, et les embrasse dans une éternelle compassion.
Sous quel aspect la créature se présente à nous, et comment pouvons-nous penser à quelque chose qui ne soit pas Dieu ? Oui, l'origine de nos âmes immortelles est plus que royale, et l'amour divin ouvre à leurs destinées d'immenses et éternels espaces ! A mesure que nos pensées s'élèvent, nous ne voyons plus la terre que comme un atome, et nos affections s'en détachent toujours davantage; en dépit des tendres souvenirs qu'elle réveille, elle n'est plus pour nous qu'une simple planète, quand la fuite de la vie et l'impression de la grâce nous rapprochent de Dieu : mais pourquoi, hélas! attendons-nous du temps, qui s'écoule si lentement, une transformation que la grâce accomplirait bien mieux ?
(1) - le lecteur doit distinguer entre la divine Essence se communiquant elle-même, et la divine Essence s'engendrant elle-même. Cette derniére expression est condamnée par le concile de Latran.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Jeudi 17 Mai, 2007 22:08 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 188-190 a écrit: |
Mais ces considérations sur l'amour de Dieu pour ses créatures sont loin de renfermer tout ce qu'on peut dire de son amour pour l'homme.
La création des anges est incomparablement plus magnifique que celle des hommes. Ceux-ci sont tous d'un seule espèce, tandis que nous ne pouvons douter des différences spécifiques qui existent entre les anges; quelques-uns ont pensé que les anges ne se reproduisant pas comme les hommes par la génération, chaque ange formait une espèce à part; d'autres avancent, pour des raisons dans lesquelles ce n'est pas le moment d'entrer, que chacun des neuf choeurs des trois hiérarchies se compose de trois espèces, ce qui en porterait le nombre à vingt-sept.
Quoi qu'il en soit, personne ne doutera qu'au moins les hiérarchies et même les choeurs diffèrent spécifiquement les uns des autres.
Quant à nous, il ne nous semble pas probable que la terre, avec son infinie variété de quadrupèdes et d'oiseaux, d'insectes et de poissons, ait sur le grand monde angélique l'avantage de posséder des espèces sans nombre; et si les différences spécifiques des anges sont plus simples que celles des êtres terrestres, leur simplicité même les rend plus saisissantes.
Cependant, malgré la supériorité du monde angélique, et peut-être parce que nous en connaissons moins les prérogatives particulières, les hommes semblent avoir sur les anges bien des avantages indubitables. Les anges imitent la virginité de la sainte Trinité, sans reproduire sa fécondité; l'homme partage la fécondité de Dieu, et Marie, pure fille de l'homme, et dont la nature était purement humaine, partage à la fois et la virginité et la fécondité, et, comme mère de Dieu, gouverne les anges dans le ciel avec la suprématie royale.
Notre humble planète a été le théâtre de l'incarnation et du crucifiement du Fils de Dieu, qui s'est uni notre nature, et non celle des anges a eu une mère de race humaine, une âme d'homme, un corps d'homme ; il a parlé le langage des hommes et a eu des pensées d'homme; il a tout pris de l'homme : son état, ses habitudes, ses gestes, jusqu'à ses infirmités. Quand les anges sont tombés, il n'a pas tendu la main pour les retenir au bord de l'abîme de douleurs, mais il pardonne à l'homme, non une fois, ou deux fois, ou soixante-dix fois sept fois, mais plusieurs fois par jour et pendant de longs jours.
C'est que ses rapports avec l'homme sont bien différents. Son amour pour l'homme, ainsi que celui qu'il porte aux anges, vient de sa bonté naturelle ; mais celui qu'il a pour nous est d'une autre nature, et paraît renfermer davantage. Du moins, il a certaines particularités qui lui sont propres : une tendresse, un attachement, une patience, une recherche, une attraction vers nous que le pardon de la chute et le mystère de l'incarnation ne font que prouver.
D'où vient cette prédilection pour la race humaine ? D'où cette préférence accordée par la nature divine à la nature humaine sur la nature angélique ?
Est-ce à cause de notre petitesse et de notre misère ? Est-ce parce que la nature divine, brûlant de se communiquer, et voulant le faire autant qu'il était possible, ne s'est trouvée satisfaite qu'en atteignant le point le plus bas de la création rationnelle, et qu'ainsi la profondeur de son abaissement est devenue la mesure de sa joie et de son amour ?
S'il en est ainsi, les nouvelles créations seront peut-être au-dessous des anges, les aînés de Dieu, mais bien certainement au-dessus de l'homme, ce degré le plus bas dans l'échelle des créations intellectuelles, que cependant le Verbe incarné a choisi pour embrasser de là toutes les créations sous son empire, les réunir dans un parfait ensemble, les plus élevées comme les plus humbles, et les rapprocher dans l'unité de Dieu.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 18 Mai, 2007 21:34 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 190-191 a écrit: |
Tel est le seul tableau que nos efforts; aidés de la théologie, aient pu tracer de l'amour de Dieu pour l'homme. C'est à cet amour immense que nous avons l'obligation de répondre; ce n'est point un conseil de perfection que nous puissions indifféremnient suivre ou négliger, c'est un commandement dont l'oubli, nous conduirait à une perte éternelle.
Il nous faut donc à présent chercher quels sentiments de notre nature humaine Dieu a doués du pouvoir de l'aimer, par quels canaux il a voulu que coulât notre amour, quels motifs en peuvent développer les actes, quels sont les rapports sur lesquels il s'établit.
Nous verrons que Dieu est si essentiellement bon, que chaque situation qu'il prend vis-à-vis de nous est un nouveau titre et un nouveau droit à notre amour. Nous ne disons pas que les réprouvés l'aimeront; cependant, même de leur part, sa miséricorde exigerait l'amour, soit parce que le châtiment n'est venu qu'après une longue patience, soit parce qu'il est moins sévère qu'ils ne l'ont mérité, ou que Dieu pourrait, en leur donnant plus de force passive, les faire souffrir davantage.
Quant à nous, dont les comptes avec la miséricorde sont encore ouverts, il est de toute vérité que chacun des rapports que Dieu établit avec nous, nous fournit un nouveau et pressant motif de l'aimer d'un amour sans cesse renaissant.
Avant tout, nous sommes, les sujets de Dieu; personne n'est tenté de mettre en question sa souveraineté; sans sa protection, et son aide, nous serions perdus et réduits au néant. L'obéissance envers lui est plus sûre et plus douce que toute la liberté que nous pourrions rêver. Il est notre roi, et jamais monarque n'a mérité autant que lui la popularité la plus enthousiaste; il règne sur nous avec une inconcevable douceur, à peine sentons-nous le poids de son sceptre.
Son omniprésence est, comme l'air qui nous entoure, indispensable à la santé et à la vie, mais imperceptible... Il gouverne par l'amour; s'il punit, ce n'est qu'après des trahisons ré¬
pétées, et alors même sa justice emprunte les traits de sa miséricorde, au point que, de ce côté-ci de la tombe, nous pouvons à peine distinguer le châtiment de l'amour.
Il pardonne avec une facilité sans égale, jusqu'à compromettre pour ainsi dire sa dignité royale par l'usage libéral qu'il fait de sa prérogative de merci : son pardon n'attend pas les rigueurs de l'enquête ou la honte de la conviction, il l'accorde sans le dire, sans en faire montre, sans nous en avertir, sans se réserver le mérite de l'indulgence, sans même, comme dans le baptême et pour les péchés oubliés, que nous ayons la conscience de notre culpabilité : souvent il pardonne avant que l'offense soit complète; nous péchons, à moitié sûrs que nous serons pardonnés.
Quant aux conséquences de nos péchés envers les autres, il est comparativement rare qu'il nous en fasse porter la responsabilité, il s'en charge et les fait peser sur sa propre administration, ce qui, en vérité, demande un amour, une sagesse et un pouvoir que seul il possède. Jamais roi de la terre ne pourvut comme lui aux besoins de ses sujets; dans l'empire des esprits même, un monarque angélique ne pourrait approcher de cette adorable sollicitude. Pas une nécessité qui ne soit prévue : les immenses réseaux de la nature et de la grâce enveloppent chaque existence individuelle, la préservent de tout danger, la pénètrent d'une onction et d'une douceur qui lui donnent la vigueur et la joie, remplissent chaque homme de sentiments si vifs qu'il lui semblerait que le monde a été fait pour lui seul, et qu'au lieu d'avoir Dieu pour sa fin, c'est lui qui est la fin de Dieu.
Dans l'exercice de sa royauté, tout est équitable, à propos, harmonieux, souple; rien de heurté, de brusque, de précipité, de troublé, d'impérieux. Déjà donc, à titre de sujets seulement, nous sommes obligés au dévouement d'un amour aussi ardent, aussi généreux, aussi fidèle qu'il est facile, noble et délicieux.
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Si vis pacem
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Posté le: Dimanche 20 Mai, 2007 21:03 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 192-193 a écrit: | Mais nous sommes en outre ses serviteurs, il est notre maître aussi bien que notre roi.
Toute servitude entraîne mille motifs d'humilité; le serviteur, s'il oublie qu'il est serviteur, cesse par là même de l'être comme il faut.
Cependant, si nos sentiments et nos pensées sont justes, nous devrons être portés à la présomption plutôt qu'à l'abjection en songeant que nous sommes au service de notre Créateur.
Les annales de l'histoire et les souvenirs de la vie privée nous fournissent maints exemples de l'attachement qu'un serviteur dont le coeur est noble peut ressentir pour un maître terrestre. D'où provient ce beau sentiment ? De ce que le maître se montre sensible aux services et à la fidélité. Mais qui l'est plus que Dieu ?
Prodigieux mystère ! Dieu se comporte toujours avec nous de manière à nous prouver qu'il garde le souvenir de nos légers services, qu'il oublie nos maladroites négligences, qu'il accueille tout ce que nous faisons avec une satisfaction que sa bienveillance rend extrême, et quand nos faits mériteraient sa disgrâce, ses reproches et ses châtiments, c'est tout au plus si son regard attristé nous apprend que nous avons blessé son coeur.
Il ne permet jamais que le travail nous accable; il ne laisse jamais notre fatigue sans récompense; il encourage et soutient nos défaillances. C'est presque, si nous osons parler ainsi, la faute de sa bonté trop facile, s'il nous est possible de nous oublier, de prendre le rôle de maître, de nous étonner de ce qu'il ne veille pas pour nous servir; et, en vérité, il manque rarement de le faire et de changer de place avec nous quand nous en avons besoin.
Son indulgence est un incessant miracle : nous ne garderions pas un mois un domestique qui nous traiterait comme nous le traitons. Méchants, maussades, indociles, voilà comme nous répondons aux avances de son immense amour qui va jusqu'à vôuloir traiter d'éga à égal avec nous, de peur qu'un air de condescendance, ne pût blesser les pointilleuses susceptibilités de notre puéril orgueil.
Quant aux gages, soit ceux qu'il a promis, soit ceux qu'il y ajoute sous forme de cadeaux fréquents et de profits imprévus, sa munificence surpasse les bontés d'un maître terrestre autant que la richesse du Créateur est au-dessus de la pauvreté de la créature.
Qui n'aimerait pas mieux être au service d'un tel maître, que d'avoir un monde entier à sa disposition ? Qu'est-ce qu'avoir le domaine sur la création, quand on peut posséder le créateur ?
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Si vis pacem
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Posté le: Lundi 21 Mai, 2007 21:42 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 193-195 a écrit: |
Dieu est encore notre ami. Il faut, pour dire cela, un acte de foi et un grand ! Mais, il en est ainsi; l'Infini, le Tout-Puissant, le Très-Saint est notre ami intime. Nous doutons que jamais une amitié humaine ait en réalité duré pendant tout le cours de deux existences. S'il est rare qu'on manque habituellement de sincérité avec ceux qu'on aime beaucoup, il l'est encore plus qu'on ait
en ses amis une confiance illimitée.
L'amitié se montre souvent susceptible; elle a sa petite diplomatie pour découvrir si ses soupçons injurieux sont fondés, ses silences orgueilleux, qui se refusent aux explications, ses ruptures puériles, pour amener la réconciliation. Vraiment, l'amitié est un roman qui a souvent été écrit parmi les hommes, mais qui a été rarement réalisé autrement que dans un drame.
Aussi, demandons-nous proverbialement d'être préservés de nos amis, et disons-nous que celui qui a beaucoup de connaissances et peu d'amis, est de tous les hommes le plus heureux et le moins exposé.
Depuis le temps de David et de Jonathas, il y a eu à peine une douzaine d'amitiés qui aient été capables de résister à une circonstance douteuse, louche, ou à un rapport adroitement présenté. Et l'amitié à son plus haut degré, dans sa ferveur fiévreuse, qu'est-ce autre chose qu'une tyrannie ?
Nos amis se regardent comme des dieux; nous sommes faits pour servir d'instruments à leurs plaisirs, à leur ambition ou à leurs caprices. L'amitié n'est pas, comme le mariage,consacrée par un sacrement.Cependant il faut que nous ayons un ami; la solitude du coeur nous répugne; mais il n'est de véritable ami que Dieu.
Dans le monde qu'il a fait, il est presque le seul exemple de la fidélité. Voyez quelle amitié est la sienne ! Il agit comme s'il avait de nous meilleure opinion que nous-mêmes : il ne soupçonne rien, car il est Dieu; il pardonne les offenses à mesure que nous les commettons, et son pardon se manifeste aussitôt qu'il est accordé; son amour pour nous est toujours aussi vif que s'il ne faisait que de naître; il prouve, témoigne son amitié par des présents dont l'exubérante variété ne lasse jamais, tandis que leur magnificence et leur prix merveilleux dépassent l'attente la plus ambitieuse, et que la grâce avec laquelle ils sont offerts ôte à la gratitude tout sentiment de dépendance, et conduit plutôt à l'égalité familière de l'amour.
Dès que nous le voulons, nous pouvons être les amis de Dieu, et il s'abandonne à ses amis si complètement qu'il semble appartenir à nous seuls, et que tout ce qui est à lui est à nous.
Dieu est notre père; et nous sommes ses enfants de prédilection. Paresseux et prodigues, indignes d'être encore appelés ses fils, et cependant toujours ses héritiers, toujours les objets de la tendresse paternelle la plus prodigue.
Quelle mère a jamais veillé sur le berceau, de son premier-né avec la sollicitude qu'il a pour nous ? Quel père a jamais partagé les peines de ses enfants autant que Dieu l'a fait, et leur a plus généreusement abandonné ses trésors, sans même imposer la moindre charge à leur reconnaissance ? Quel amour paternel demeura-t-il un amour véritable en punissant aussi rarement, ou, quand il punissait, en le faisant avec une main si légère et une répugnance aussi forte ?
L'amour divin peut-il tout à fait se justifier de nous avoir gâtés par son indulgence ? Jamais l'affection d'un père n'a forcé ses enfants à pleurer leur faute en leur laissant voir le chagrin qu'il en ressentait et en redoublant les preuves de sa tendresse avec autant de patience que Dieu en a mis à toucher nos coeurs endurcis et à nous amener, humiliés quoique plus aimants, à ses pieds. La rigueur même de ses châtiments nous devient chère, tant il les accompagne de saveurs et de nouvelles inventions de son amour. Oh ! quel père est père comme Dieu ! Le Père éternel, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père de toutes ses créatures, le Père qui donne à toute paternité son nom dans le ciel et sur la terre ! Quand nous pensons à lui, nous oublions l'amour de nos pères d'ici-bas, car auprès de lui à peine semblent-ils des pères.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mardi 22 Mai, 2007 22:27 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 195-196 a écrit: |
Il est notre Créateur et nous sommes ses créatures, les dernières et les plus humbles de celles qui peuvent le glorifier par un culte raisonnable, et celles cependant a aimées plus que les anges et qu'il a choisies pour se les unir plus étroitement. La terre ne nous fournit pas de terme de comparaison qui nous puisse faire apprécier l'excès de son amour. Il nous a choisis, et le choix e.d l'acte le plus élevé de l'amour; il nous a choisis quand nous étions encore dans l'abîme du vide, perceptibles seulement à l'oeil pénétrant de sa préférence et de son amour; il nous a choisis plutôt que d'autres; il a spécialement aimé en nous ce que nous devions être par la grâce, et que d'autres ne voudraient ou ne pourraient pas être.
C'est là son premier choix, il est éternel: notre image vivait de toute éternité dans l'intelligence divine, et y était aimée avec une complaisance infinie. Il a préparé nos destinées, tracé notre vie, mesuré nos chagrins avec amour et sagesse, et tempéré nos joies de façon qu'elles ne nous fussent pas nuisibles; il nous a marqué notre oeuvre, donné une vocation et destiné une place particulière et une couronne dans le ciel. Il n'est rien de beau ou de bon en nous, rien d'attrayant et d'agréable hors de nous qui ne vienne de notre création; si nous en jouissons, c'est au titre de créatures du Dieu infiniment bon.
Tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes capables d'être et d'avoir est à lui; si nous ne sommes pas en ce moment dans les cachots de l'éternelle perdition, ce n'est que par l'entremise de sa bonté. Notre création est notre part dans l'infinie bonté de Dieu. Que serions-nous sans elle ?
Certes, tout amour de notre part ne peut être qu'un bien pauvre retour pour un tel amour de la part le Dieu.
Mais nous ne sommes pas seulement les créatures de Dieu, nous sommes encore ses élus. Il a fait comme un second choix de nous en Jésus-Christ; il a prévu notre chute, il a vu que nous hériterions de la faute d'Adam, et que nous y ajouterions nos péchés actuels; il n'a pas exagéré notre honte, mais il l'a connue mieux que tous
les hommes et tous les anges ensemble ne la pourraient connaître; il a pénétré notre insupportable corruption;
il en a contemplé toute la laideur : elle était incroyable.
Tant de grâces méprisées, tant d'inspirations négligées, tant de sacrements profanés, et avec une telle perversité, si souvent, et dans des circonstances tellement aggravantes que, si nous en avions la vision complète, peut-être nous tomberions morts.
Et cependant ce ne fut pas assez pour empêcher son amour de nous choisir pour être baignés dans le sang précieux de son fils incarné; il nous a appelés à un magnifique héritage de grâces et aux prérogatives royales de sa sainte Église.
En vertu de cette élection, il nous a accordé le don de la foi, et nous a ouvert les portes d'or par où s'échappent les sources vivifiantes des sacrements. Par son premier choix, il nous a choisis et tirés du néant pour nous donner la vie; par le second, il nous fait sortir des ténèbres et nous donne la lumière.
Ici encore, sa bienveillance échappe à toutes les comparaisons de l'amour de la terre. Quand nous considérons qui est celui qui nous a choisis, qui nous sommes nous-mêmes, ce qu'il nous donne par son élection, la manière dont il le donne, et la fin pour laquelle il nous a choisis, nous sommes forcés d'avouer que, si nous ne pouvons reconnaître dignement son élection, nous lui devons au moins la ferveur et la fidélité d'un amour de toute la vie. Il nous a élus en Jésus-Christ, avant la création du monde, afin que nous soyons saints et sans tache à ses yeux dans l'amour.
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Si vis pacem
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Posté le: Jeudi 24 Mai, 2007 22:00 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 196-197 a écrit: | Peut-on rien dire de plus ? Oui, il est encore un lien qui nous unit étroitement à Dieu : c'est la fin de ce que la création a commencé, c'est la consommation du choix éternel de Dieu ; c'est l'union de nos âmes avec lui comme avec un époux, car elles sont ses épouses aussi bien que ses créatures et ses élues, et par cela même qu'elles sont ses créatures et ses eues; mais comment décrire les caractères propres de cette union intime ?
Ces fiançailles mystiques des saints sont le fruit d'opérations si grandioses de la grâce, de mystères surnaturels si transcendants, que le langage ne peut les exprimer sans paraître empreint d'enflure et de fausseté; or, si telle est la nature des fiançailles sur la terre, que doit être leur consommation dans le ciel !
Oh! qui oserait dépeindre les caresses intérieures que l'âme reçoit de celui qui l'a aimée éternellement et l'a tirée du néant dans le transport de l'amour créateur ? Qui essayerait de rendre par des paroles humaines l'espèce d'égalité avec Dieu dont ces âmes jouissent, ou l'étrange communauté de biens à laquelle il les admet ? Et pourquoi se sert-il du nom d'épouses, sinon pour exprimer cette glorieuse unité ? Le mariage est devenu le symbole de l'unité de Dieu et l'image de l'union de Jésus-Christ avec son Église. L'amour conjugal devait l'emporter sur tous les autres liens, il devait faire oublier au coeur de la jeune femme le foyer de son père et de sa mère, il devait surmonter la folle idolâtrie de la mère pour son premier-né, et cependant tout cela n'est que l'ombre la plus effacée, l'image la plus faible de l'union de l'âme avec Dieu.
Comment l'aimer comme nous le devons ? Ou plutôt, pouvons-nous lui offrir un sentiment qui mérite le nom d'amour ? Pouvons-nous même essayer d'aimer celui qui nous a aimés d'un amour si excessif ? Notre amour ne doit-il pas se réduire à une crainte silencieuse ? Non, car l'amour est la loi de toute la création, la belle, la douce loi, le commandement inattendu, presque incroyable :
« TU AIMERAS LE SEIGNEUR TON DIEU DE TOUTE TON AME, DE TOUT TON COEUR, DE TOUT TON ESPRIT, DE TOUTES TES FORCES ! »
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Si vis pacem
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Posté le: Vendredi 25 Mai, 2007 22:22 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 197-199 a écrit: |
L'imagination de l'homme peut se donner essor et créer les tableaux les plus fantastiques : qu'elle s'élève à présent sur l'aile des vents, qu'elle interroge les hauteurs et les profondeurs du ciel, qu'elle s'abandonne aux rêves les plus merveilleux et conçoive les combinaisons les plus impossibles, pourra- t-elle se représenter, pourra-t-elle même vaguement soupçonner un amour plus grand, plus prodigieux, plus varié, plus parfait, plus d'accord avec la liberté de la créature, que celui que Dieu a montré et montre chaque jour aux enfants des hommes ?
A moins qu'il n'eût attenté à notre liberté, qu'il ne nous eût enlevé par force au ciel, qu'il n'eût là fait une nouvelle violence à notre nature pour lui faire soutenir et aimer sa vue qui, sans la sainteté, nous serait insupportable, à moins qu'il n'eût fait tout cela, et c'eût été montrer sa puissance plus que son amour, pouvons-nous imaginer une rédemption plus complète et plus abondante que celle par laquelle Dieu a racheté l'homme ? Énumérez tout ce qu'il a fait pour vous : —d'abord votre éternelle prédestination et l'amour créateur qui vous tire du néant; — puis votre âme immortelle et raisonnable avec les magnifiques dons qui lui sont accordés; — votre, corps avec tous ses sens qui doit un jour se transformer et revêtir une beauté suprême, tandis que chaque sens glorifié transmettra à l'âme de tels torrents de délices enivrantes qu'elle ne pourrait les supporter sans son immortalité; — le monde matériel tout entier fait pour vos jouissances intellectuelles et physiques, si vaste et si beau qu'une légère connaissance d'une de ses parties, les minéraux, par exemple, ou les plantes, suffit pour rendre un homme fameux parmi ses semblables; — la tutelle des saints anges qui vous est accordée; — votre élection en Jésus-Christ, qui vous fait jouir de la foi et des sacrements; — le don que vous a fait Dieu de son Fils unique pour prendre votre nature, souffrir, mourir et vous racheter de vos péchés; — le don de son précieux sang et de son pardon renouvelé des millions de fois depuis l'âge de raison, ou plutôt depuis la première heure de votre régénération; — votre conservation, qui n'est que votre création sans cesse continuée, et qui, jour et nuit, dans le temps et dans l'éternité future, exige autant l'influx du Très-Haut, qu'il l'a fallu pour faire sortir notre âme du néant; —tous les secours spéciaux, toutes les grâces si sagement ménagées à vos besoins; toutes les prévisions de la divine tendresse que vous retrouverez à l'heure de la mort; —la présence de la troisième Personne de la sainte Trinité habitant par la grâce dans votre âme, — enfin, votre récompense sans mesure, qui n'est pas un don de Dieu, ni une immense collection de plaisirs créés, ni les joies les plus parfaites des anges et des hommes multipliées un million de fois, mais Dieu, le Dieu vivant lui- même.
En sorte qu'à parler exactement, comme dit un théologien, ce n'est pas simplement Dieu qui est la fin de l'homme, mais Dieu possédé, Dieu qui, par une ineffable communication de lui-même, devient notre propriété, notre bonheur.
Dans ce catalogue des démonstrations de l'amour, il est des choses si grandes et si exclusivement divines que, livrée à elle-même, l'intelligence des anges les plus élevés ne les eût jamais soupçonnées. Une fois l'Incarnation révélée, elle pourrait servir de base à bien des spécutations; mais aurions-nous pu, sans une nouvelle révélation, aller jusqu'à imaginer une incarnation dans l'humilité, la honte, la pauvreté, l'obscurité ?
Une fois supposé que notre bien-aimé Seigneur a vécu ser la terre pendant trente-trois ans, et l'a.quittée ensuite, nous aurions pu concevoir quelque extension possible de son amour : nous aurions pu penser, par exemple, qu'il ajouterait quelque chose à sa tendresse pour nous, s'il restait en personne sur la terre jusqu'au jour du jugement, pour que nous puissions le servir et partager les priviléges de Marie et de Joseph, des Apôtres et des pieuses femmes de la Judée; l'avoir près de nous d'une manière sensible, et l'adorer ainsi prosternés à ses propres pieds. Mais qui jamais eût pu soupçonner comment il accomplirait notre désir, et bien plus largement que nous ne l'avions conçu, par le prodigieux mystère du Saint-Sacrement ?
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Samedi 26 Mai, 2007 21:32 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 197-199 a écrit: |
Nous pourrions aussi concevoir que c'eût été une grande consolation de l'avoir toujours sur la terre pour lui demander les permissions dont nous aurions besoin, consulter son incontestable autorité sur nos embarras de conscience; recevoir de lui l'autorisation formelle de poursuivre pour sa gloire nos plans favoris, obtenir le pardon de nos plus abominables péchés, entendre de sa bouche l'explication des passages difficiles de l'Écriture sainte, être instruits enfin par sa bouche infaillible de la vérité ou de l'erreur contenue dans des doctrines douteuses.
C'eût été là, en effet, à la fois une immense consolation pour nous, et une nouvelle manifestation de son amour, émanée du fécond mystère de l'Incarnation. Mais ce sont précisément toutes ces faveurs qu'il nous a préparées en établissant la papauté. Il a donné au Saint-Père la plénitude de sa puissante juridiction, afin que, dans nos besoins, elle nous soit dispensée avec une sagesse qu'il conduit avec une libéralité égale à la sienne propre, avec un droit qui n'est pas inférieur au sien, puisque, en fait, c'est le sien.
Ces deux mystères analogues, le saint Sacrement et la Papauté, nous semblent étendre les bienfaits de l'Incarnation aussi loin que notre imagination peut atteindre.
Mais il est une conséquence que l'incarnation semblerait devoir entraîner, et qui cependant ne s'en déduit pas certainement. Si nous avions mûrement étudié tous les caractères de l'Incarnation quand elle nous a été annoncée pour la première fois, avec ses tendresses prodigues, ses souffrances volontaires et surabondantes, ses torrents d'intolérables ignominies, ses supplices atroces et variés, l'éloquence du sang versé jusqu'à la dernière goutte, nous en aurions conclu que, sous la nouvelle loi, la perfection serait obligatoire, que le précepte nous serait imposé d'aimer et de vivre comme des saints. Nous n'aurions pas trouvé d'abus de pouvoir dans le commandement qu'eût fait le Seigneur de jeûner longuement, de se flageller souvent, de pratiquer des austérités volontaires, de dormir sur la dure, de s'imposer des veilles fatigantes.
Nous n'aurions été ni surpris ni mécontents, si, en retour de ce qu'il avait fait pour nous, et pour nous faire honorer, par l'imitation, les souffrances de sa vie, il nous eût défendu, sous peine de péché mortel, tous ou presque tous les amusements et les récréations du monde. Mais ce qui nous semble extrêmement étonnant, qui serait incroyable, si la foi ne nous en rendait pas certains, c'est que l'incarnation et le crucifiement n'ont rien ajouté au précepte primitif de l'amour de Dieu, qu'elles ont plutôt diminué qu'augmenté nos obligations, que plus l'amour nous a comblés au delà de notre puissance de retour, plus il nous est devenu facile d'y répondre, de le reconnaître, et que plus Dieu a fait de son côté pour notre salut, moins nous voudrons nous sauver. Nous ne nous lasson, jamais d'admirer ce résultat de l'Incarnation auquel nous devions si peu nous attendre, et qui en même temps atteste un amour sans mesure et sans bornes.
Concluons. La théologie, avec ses innombrables et merveilleuses inductions, donne à l'imagination le moyen de s'exercer presque sans limites à la recherche des choses possibles. Or, nous avons rapproché les extrêmes autant que nous l'avons pu, nous avons supposé les conjonctures les plus impossibles, et nous n'avons pu, malgré nos efforts, concevoir un cas où la liberté de l'homme soit sauvegardée, en même temps que Dieu ajouterait à l'amour qu'il porte à la race humaine.
Nous ne pouvons pas agrandir ou embellir ce qui existe ni rêver quelque chose de possible qui s'y puisse surajouter. L'amour de Dieu pour l'homme épuise toutes les ressources de notre imagination.N'est-ce pas là ce que Dieu faisait comprendre; ne nous disait-il pas qu'il avait épuisé les ressources de sa sagesse et de son pouvoir, quand il inspirait au prophète isole ces plaintes pathétiques : « 0 vous, habitants de Jérusalem ! et vous, hommes de Juda ! soyez juges entre moi et ma vigne. Qu'aurais-je pu faire à ma vigne que je n'aie point fait ?»
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