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Si vis pacem
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Posté le: Mardi 02 Février, 2010 20:58 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 391-392 a écrit: |
Le point de départ de l'hérésie antiliturgique en Occident remonte au IV° siècle, à Vigilance.
Son point de départ connu est Vigilance, ce Gaulois immortalisé par les éloquents sarcasmes de saint Jérôme. Il déclame contre la pompe des cérémonies, insulte grossièrement à leur symbolisme, blasphème les reliques des saints, attaque en même temps le célibat des ministres sacrés et la continence des vierges; le tout pour maintenir la pureté du christianisme. Comme on voit, cela n'est pas mal avancé pour un Gaulois du IVe siècle. L'Orient, qui n'a produit en ce genre que l'hérésie iconoclaste, épargna du moins, quoique par inconséquence, les rites et les usages de la Liturgie qui n'avaient pas un rapport immédiat avec les saintes images.
Les blasphèmes de Bérenger contre le dogme de l'Eucharistie au XI° siècle signe de l'insurrection du rationalisme contre le culte chrétien au sein des nations occidentales.
Après Vigilance, l'Occident se reposa pendant plusieurs siècles; mais quand les races barbares, initiées par l'Église à la civilisation, se furent quelque peu familiarisées avec les travaux de la pensée, il s'éleva des hommes d'abord, puis des sectes ensuite, qui nièrent grossièrement ce qu'elles ne comprenaient pas, et dirent qu'il n'y avait point de réalité là où les sens ne palpaient pas immédiatement. L'hérésie des sacramentaires, à jamais impossible en Orient, commença au XI° siècle, en Occident, en France, par les blasphèmes de l'archidiacre Bérénger. Le soulèvement fut universel dans l'Église contre une si monstrueuse doctrine; mais on dut prévoir que le rationalisme, une fois déchaîné contre le plus auguste des actes du culte chrétien, n'en demeurerait pas là. Le mystère de la présence réelle du Verbe divin sous les symboles eucharistiques, allait devenir le point de mire de toutes les attaques; il fallait éloigner Dieu de l'homme, et, pour attaquer plus sûrement ce dogme capital, il fallait fermer toutes les avenues de la Liturgie qui, si l'on peut parler ainsi, aboutissent au mystère eucharistique.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mercredi 03 Février, 2010 21:28 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 392-393 a écrit: |
Terrible déchainement de Satan après l'an 1000.
Bérenger n'avait donné qu'un signal : son attaque allait être renforcée en son siècle même et dans les suivants, et il en devait résulter, pour le catholicisme, la plus longue et la plus épouvantable attaque qu'il eût jamais essuyée. Tout commença donc après l'an 1000 : C'était peut-être, dit Bossuet, le temps de ce terrible déchaînement de Satan marqué dans l'Apocalypse, après mille ans; ce qui peut signifier d'extrêmes désordres : mille ans après que le fort armé, c'est-à-dire le démon victorieux, fut lié par Jésus-Christ venant au monde (1).
L'hérésie manichéenne reparait en Occident, toujours ennemie des formes extérieures du culte, comme au temps des Léon, des Gélase et des Augustin.
L'enfer remua la lie la plus infecte de son bourbier, et pendant que le rationalisme s'éveillait, il se trouva que Satan avait jeté sur l'Occident, comme un secours diabolique, l'impure semence que l'Orient avait sentie, avec horreur, dans son sein, dès l'origine, cette secte que saint Paul appelle le mystère d'iniquité, l'hérésie manichéenne. On sait comment, sous le faux nom de gnose, elle avait souillé les premiers siècles du christianisme; avec quelle perfidie elle s'était, suivant les temps, cachée au sein de l'Église, permettant à ses sectateurs de prier, de communier même avec les catholiques, et pénétrant jusque dans Rome même, où il fallut, pour la découvrir, l'œil pénétrant d'un saint Léon et d'un saint Gélase. Cette secte abominable, livrée sous le prétexte de spiritualisme à toutes les infamies de la chair, blasphémait en secret les plus saintes pratiques du culte extérieur, comme grossières et trop matérielles. On peut voir ce que saint Augustin nous en apprend, dans le livre contre Fauste le Manichéen, qui traitait d'idolâtrie le culte des saints et de leurs reliques.
Dès le IX° siècle on la retrouve en Arménie dans la secte des pauliciens.
Les empereurs d'Orient avaient poursuivi cette secte infâme par les ordonnances les plus sévères, sans pouvoir l'éteindre. On la retrouve, au IX° siècle, en Arménie, sous la direction d'un chef nommé Paul, d'où le nom de pauliciens fut donné à ces hérétiques en Orient; et ils y deviennent assez puissants pour soutenir des guerres contre les empereurs de Constantinople. Pierre de Sicile, envoyé vers eux par Basile le Macédonien, pour traiter d'un échange de prisonniers, eut le loisir de les connaître, et écrivit un livre sur leurs erreurs.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Jeudi 04 Février, 2010 20:10 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 393-395 a écrit: |
Dans le portrait de ces sectaires tracé par Bossuet, d'après Pierre de Sicile, on reconnaît les traits de l'hérésie antiliturgiste.
« Il y désigne ces hérétiques, dit Bossuet, par leurs propres caractères, par leurs deux principes, par le mépris qu'ils avaient pour l'Ancien Testament, par leur adresse prodigieuse à se cacher quand ils voulaient, et par les autres marques que nous avons vues. Mais il en remarque deux ou trois qu'il ne faut pas oublier : c'était leur aversion particulière pour les images de la croix, suite naturelle de leur erreur, puisqu'ils rejetaient la passion et la mort du Fils de Dieu; leur mépris pour la sainte Vierge, qu'ils ne tenaient point pour Mère de Jésus-Christ, puisqu'il n'avait pas de chair humaine; et surtout leur éloignement pour l'Eucharistie (1). Ils disaient encore que les catholiques honoraient les saints comme des divinités, et que c'était pour cette raison qu'on empêchait les laïques de lire la sainte Écriture, de peur qu'ils ne découvrissent plusieurs semblables erreurs (2). »
Les manichéens arrivent en Occident par la Bulgarie et sous les noms de cathares, de publicains, d'albigeois, de patarins, ils infestent l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre et surtout le midi de la France.
C'était bien déjà, comme l'on voit, l'hérésie antiliturgiste toute formée. Il ne lui manquait que des populations disposées à l'accueillir. Pour arriver en Europe, la secte passa par la Bulgarie où elle jeta de profondes racines; ce qui fut cause qu'on donna, dans l'Occident, le nom de bulgares à ses adeptes. En 1017, sous le roi Robert, on en découvrit plusieurs à Orléans, et peu après, d'autres dans le Languedoc, puis en Italie, où ils se faisaient nommer cathares, c'est-à-dire purs; enfin jusqu'au fond de l'Allemagne. Leur parole infâme avait miné en dessous comme le chancre (3), et leur doctrine était toujours la même, fondée sur la croyance aux deux principes, et sur la haine de tout l'extérieur du culte, renforcée de toutes les abominations gnostiques. Du reste, fort dissimulés, confondus dans l'Église avec les orthodoxes, prêts à toute sorte de parjures, plutôt que de se laisser deviner, quand une fois ils avaient résolu de ne pas parler. Ils étaient déjà très-puissants, au XII° siècle, dans le midi de la France, et l'on ne peut douter que Pierre de Bruis et Henri, dont les doctrines eurent pour adversaires saint Bernard et Pierre le Vénérable, ne fussent leurs deux chefs principaux. On les voit en 1160 passer en Angleterre, où ils furent appelés poplicains ou publicains. En France, on les désigne sous les noms d'albigeois, à cause de leur puissance dans une de nos provinces, et les plus profondément initiés aux dégoûtants mystères de la secte sont appelés patarins.
La croisade prêchée contre les albigeois comprime l'expansion du manichéisme, mais cette hérésie reste cachée, comme une semence des erreurs qui éclatent au XVI° siècle et surtout du quiétisme.
On sait avec quel zèle les populations catholiques du moyen âge se jetèrent contre ces sectaires : l'Église crut pouvoir publier contre eux la croisade, et une guerre d'extermination commença, à laquelle prirent part, directe ou indirecte, tous les grands personnages de l'Église et de l'État. On étouffa la doctrine des albigeois, au moins quant à sa prédominance extérieure; elle resta sourdement comme semence de toutes les erreurs qui devaient éclater au XVI° siècle, et les doctrines de son monstrueux mysticisme se perpétuèrent jusqu'à nos jours dans l'hérésie quiétiste, plus dangereuse ennemie peut-être de la vraie doctrine liturgique, que le pur rationalisme lui-même.
(1) - Ibidem, livre XI, § 14.
(2) - Ibidem
(3) - II Tim. II, 17.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 05 Février, 2010 22:40 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 395-396 a écrit: |
Au XII° siècle, la secte des vaudois, nouvelle forme de l'hérésie antiliturgiste, sape audacieusement tout l'édifice du culte catholique.
Une nouvelle branche de la secte, moins mystique et par conséquent plus appropriée aux mœurs de l'Occident, poussait à Lyon, sur le même tronc du manichéisme importé d'Orient, au moment même où le premier rameau était menacé d'une destruction violente. En 1160, à Lyon, Pierre Valdo, marchand, formait la secte de ces fanatiques turbulents, connus sous le nom de pauvres de Lyon, mais surtout sous celui de vaudois, du nom de leur fondateur. Ce fut alors qu'on put présager l'alliance de l'esprit de la secte avec celui dont Bérenger avait été chez nous le premier organe. Dégagés bientôt des opinions manichéennes, impopulaires chez nous, ils prêchent surtout la réforme de l'Église, et, pour l'effectuer, ils sapent audacieusement tout l'ensemble de son culte. D'abord, pour eux, il n'y a plus de sacerdoce, tout laïque est prêtre; le prêtre, en péché mortel, ne consacre plus; par conséquent, plus d'Eucharistie certaine; les clercs ne peuvent posséder les biens de la terre; on doit avoir en horreur les églises, le saint Chrême, le culte de la sainte Vierge et des saints, la prière pour les morts. Il faut en référer sur toutes choses à l'Écriture sainte, etc. Les vaudois trouvent la morale de l'Église scandaleuse pour son relâchement, et affichent même une rigueur de conduite qui contraste avec les débordements des albigeois.
Au XIV° siècle, Wiclef dogmatise de la même façon en Angleterre.
Mais la France n'était pas le seul théâtre de cette réaction violente contre la forme dans le catholicisme. A la fin du XIV° siècle, Wiclef se levait en Angleterre et faisait entendre presque tous les blasphèmes des vaudois. Cependant, comme tout système d'erreur en religion a besoin, pour avoir quelque consistance, de, s'appuyer de près ou de loin sur le panthéisme, le mysticisme gnostique ne pouvant convenir aux masses, chez nous, comme nous l'avons remarqué, Wiclef imagina d'étayer ses doctrines dissolvantes sur un système de fatalisme dont la source était une volonté immuable de Dieu dans laquelle se trouvaient absorbées toutes les volontés des créatures.
Jean Huss prépare en Allemagne une immense révolte contre l'Église romaine.
Vers le même temps, Jean Huss dogmatisait en Allemagne et préparait cette immense révolte qui allait séparer, pour des siècles, des nations entières de la communion romaine. Lui aussi appuyait fortement sur des conséquences exagérées du dogme de la prédestination, et passant à la pratique, humiliait le sacerdoce devant le laïcisme, prêchait la lecture de l’Écriture sainte aux dépens de la Tradition, et rompait en visière à l'autorité souveraine en matière liturgique, par les réclamations qu'il faisait entendre pour l'usage du calice dans la communion laïque.
Luther arrive avec Calvin et Zwingle pourr affranchir l'homme de la double servitude du pouvoir enseignant et du pouvoir liturgique.
Vint enfin Luther, qui ne dit rien que ses devanciers n'eussent dit avant lui, mais prétendit affranchir, en même temps, l'homme de la servitude de la pensée à l'égard du pouvoir enseignant, de la servitude du corps à l'égard du pouvoir liturgique. Calvin et Zwingle le suivirent, traînant après eux Socin, dont le naturalisme pur était la conséquence immédiate des doctrines préparées depuis tant de siècles.
Socin pose le dernier terme, et l'hérésie antiliturgiste s'arrête à lui.
Mais à Socin toute erreur liturgique s'arrête; la Liturgie, toujours de plus en plus réduite, n'arrive pas jusqu'à lui. Maintenant, pour donner une idée des ravages de la secte antiliturgiste, il nous a semblé nécessaire de résumer la marche des prétendus réformateurs du christianisme depuis trois siècles, et de présenter l'ensemble de leurs actes et de leur doctrine sur l'épuration du culte divin. Il n'est pas de spectacle plus instructif et plus propre à faire comprendre les causes de la propagation rapide du protestantisme. On y verra l'œuvre d'une sagesse diabolique agissant à coup sûr, et devant infailliblement amener de vastes résultats.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Lundi 08 Février, 2010 21:53 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 397-398 a écrit: |
Résumé de la doctrine de ces prétendus réformateurs du culte divin et caractère de l'hérésie antiliturgique. La haine de la tradition dans les formules du culte divin.
1° - Le premier caractère de l'hérésie antiliturgique est la haine de la Tradition dans les formules du culte divin. On ne saurait contester ce caractère spécial dans tous les hérétiques que nous avons nommés, depuis Vigilance jusqu'à Calvin, et la raison en est facile à expliquer. Tout sectaire voulant introduire une doctrine nouvelle, se trouve infailliblement en présence de la Liturgie, qui est la tradition à sa plus haute puissance, et il ne saurait avoir de repos qu'il n'ait fait taire cette voix, qu'il n'ait déchiré ces pages qui recèlent la foi des siècles passés. En effet, comment le luthéranisme, le calvinisme, l'anglicanisme se sont-ils établis et maintenus dans les masses ? Il n'a fallu pour cela que la substitution de livres nouveaux et de formules nouvelles, aux livres et aux formules anciennes, et tout a été consommé. Rien ne gênait plus les nouveaux docteurs; ils pouvaient prêcher tout à leur aise : la foi des peuples était désormais sans défense. Luther comprit cette doctrine avec une sagacité digne de nos jansénistes, lorsque, dans la première période de ses innovations, à l'époque où il se voyait obligé de garder encore une partie des formes extérieures du culte latin, il établit le règlement suivant pour la messe réformée :
Règlement de Luther pour la messe réformée.
« Nous approuvons et nous conservons les introït des dimanches et des fêtes de Jésus-Christ, savoir de Pâques, de la Pentecôte et de Noël. Nous préférerions volontiers les psaumes entiers d'où ces introït sont tirés, comme on faisait autrefois; mais nous voulons bien nous conformer à l'usage présent. Nous ne blâmons pas même ceux qui voudront retenir les introït des Apôtres, de la Vierge et des autres Saints, LORSQUE CES TROIS INTROÏTS SONT TIRÉS DES PSAUMES ET D'AUTRES ENDROITS DE L'ÉCRITURE (1). » Il avait trop en horreur les cantiques sacrés composés par l'Église elle-même pour l'expression publique de sa foi. Il sentait trop en eux la vigueur de la Tradition qu'il voulait bannir. En reconnaissant à l'Église le droit de mêler sa voix dans les assemblées saintes aux oracles des Écritures, il s'exposait par là même à entendre des millions de bouches anathématiser ses nouveaux dogmes. Donc, haine à tout ce qui, dans la Liturgie, n'est pas exclusivement extrait des Écritures saintes.
Suppression des formules de style ecclésiastique remplacées par des lectures de l'Écriture sainte choisie trop souvent avec un art infernal de manière à inculquer l'erreur.
2° - C'est en effet le second principe de la secte antiliturgiste, de remplacer les formules de style ecclésiastique par des lectures de l'Écriture sainte. Elle y trouve deux avantages : d'abord, celui de faire taire la voix de la Tradition qu'elle craint toujours; ensuite, un moyen de propager et d'appuyer ses dogmes, par voie de négation ou d'affirmation. Par voie de négation, en passant sous silence, au moyen d'un choix adroit, les textes qui expriment la doctrine opposée aux erreurs qu'on veut faire prévaloir; par voie d'affirmation, en mettant en lumière des passages tronqués qui, ne montrant qu'un des côtés de la vérité, cachent l'autre aux yeux du vulgaire. On sait depuis bien des siècles que la préférence donnée, par tous les hérétiques, aux Écritures saintes sur les définitions ecclésiastiques, n'a pas d'autre raison que la facilité qu'ils ont de faire dire à la parole de Dieu tout ce qu'ils veulent, en la laissant paraître ou l'arrêtant à propos.
(1) - Lebrun, Explication de la Messe, tom. IV, pag. 13.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mercredi 10 Février, 2010 21:17 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 398-400 a écrit: |
Motifs de la préférence donnée par les hérétiques des derniers temps à l'Écriture sainte sur les définitions ecclésiastiques et libertés qu'ils prennent à l'égard des livres sacrés.
Nous verrons ailleurs ce qu'ont fait en ce genre les jansénistes, obligés, d'après leur système, à garder le lien extérieur avec l'Église; quant aux protestants, ils ont presque réduit la Liturgie tout entière à la lecture de l'Écriture, accompagnée de discours dans lesquels on l'interprète par la raison. Quant au choix et à la détermination des livres canoniques, ils ont fini par tomber au caprice du réformateur, qui, en dernier ressort, décide non plus seulement du sens de la parole de Dieu, mais du fait de cette parole. Ainsi Martin Luther trouve que, dans son système de panthéisme, l'inutilité des œuvres et la suffisance de la foi sont dogmes à établir, et dès lors il déclarera que l'Épître de saint Jacques est une épître de paille, et non une épître canonique, par cela seul qu'on y enseigne la nécessité des œuvres pour le salut. Dans tous les temps, et sous toutes les formes, il en sera de même; point de formules ecclésiastiques; l'Écriture seule, mais interprétée, mais choisie, mais présentée par celui ou ceux qui trouvent leur profit à l'innovation. Le piège est dangereux pour les simples, et ce n'est que longtemps après que l'on s'aperçoit qu'on a été trompé, et que la parole de Dieu, ce glaive à deux tranchants, comme parle l'Apôtre, a fait de grandes blessures, parce qu'elle était maniée par les fils de perdition.
Introduction de formules nouvelles qui aident au maintien de l'erreur.
3° - Le troisième principe des hérétiques sur la réforme de la Liturgie est, après avoir expulsé les formules ecclésiastiques et proclamé la nécessité absolue de n'employer que les paroles de l'Écriture dans le service divin, voyant ensuite que l'Écriture ne se plie pas toujours, comme ils le voudraient, à toutes leurs volontés; leur troisième principe, disons-nous, est de fabriquer et d'introduire des formules diverses, pleines de perfidie, par lesquelles les peuples sont plus solidement encore enchaînés à l'erreur, et tout l'édifice de la réforme impie sera consolidé pour des siècles.
Contradiction habituelle des hérétiques avec leurs propres principes.
4° - On ne doit pas s'étonner de la contradiction que l'hérésie présente ainsi dans ses œuvres, quand on saura que le quatrième principe, ou, si l'on veut, la quatrième nécessité imposée aux sectaires par la nature même de leur état de révolte, est une habituelle contradiction avec leurs propres principes. Il en doit être ainsi pour leur confusion dans ce grand jour, qui vient tôt ou tard, où Dieu révèle leur nudité à la vue des peuples qu'ils ont séduits, et aussi parce qu'il ne tient pas à l'homme d'être conséquent; la vérité seule peut l'être. Ainsi, tous les sectaires, sans exception, commencent par revendiquer les droits de l'antiquité; ils veulent dégager le christianisme de tout ce que l'erreur et les passions des hommes y ont mêlé de faux et d'indigne de Dieu; ils ne veulent rien que de primitif, et prétendent reprendre au berceau l'institution chrétienne. A cet effet, ils élaguent, ils effacent, ils retranchent; tout tombe sous leurs coups, et lorsqu'on s'attend à voir reparaître dans sa première pureté le culte divin, il se trouve qu'on est encombré de formules nouvelles qui ne datent que de la veille, qui sont incontestablement humaines, puisque celui qui les a rédigées vit encore. Toute secte subit cette nécessité; nous l'avons vu chez les monophysites, chez les nestoriens; nous retrouvons la même chose dans toutes les branches de protestants. Leur affectation à prêcher l'antiquité n'a abouti qu'à les mettre en mesure de battre en brèche tout le passé, et puis ils se sont posés en face des peuples séduits, et leur ont juré que tout était bien, que les superfétations papistes avaient disparu, que le culte divin était remonté à sa sainteté primitive.
Non seulement les novateurs suppriment les formules de style ecclésiastiques, mais ils changent tout ce que l'Église a emprunté aux saintes Écritures.
Remarquons encore une chose caractéristique dans le changement de la Liturgie par les hérétiques. C'est que, dans leur rage d'innovation, ils ne se contentent pas d'élaguer les formules de style ecclésiastique qu'ils flétrissent du nom de parole humaine, mais ils étendent leur réprobation aux lectures et aux prières mêmes que l'Église a empruntées à l'Écriture; ils changent, ils substituent, ne voulant pas prier avec l'Église, s'excommuniant ainsi eux-mêmes, et aussi craignant jusqu'à la moindre parcelle de l'orthodoxie qui a présidé au choix de ces passages.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Jeudi 11 Février, 2010 21:11 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 400-402 a écrit: |
Retranchement de tout ce qui dans le culte divin exprime les mystères.
5° La réforme de la Liturgie étant entreprise par les sectaires dans le même but que la réforme du dogme dont elle est la conséquence, il s'ensuit que, de même que les protestants se sont séparés de l'unité afin de croire moins, ils se sont trouvés amenés à retrancher dans le culte toutes les cérémonies, toutes les formules qui expriment des mystères. Ils ont taxé, de superstition, d'idolâtrie, tout ce qui ne leur semblait pas purement rationnel, restreignant ainsi les expressions de la foi, obstruant par le doute et même la négation toutes les voies qui ouvrent sur le monde surnaturel. Ainsi, plus de sacrements, hors le baptême, en attendant le socinianisme qui en affranchira ses adeptes; plus de sacramentaux, de bénédictions, d'images, de reliques des saints, de processions, de pèlerinages, etc. Il n'y a plus d'autel, mais simplement une table; plus de sacrifice, comme dans toute religion, mais seulement une cène; plus d'église, mais seulement un temple, comme chez les Grecs et les Romains; plus d'architecture religieuse, puisqu'il n'y a plus de mystères; plus de peinture et de sculpture chrétiennes, puisqu'il n'y a plus de religion sensible; enfin, plus de poésie dans un culte, qui n'est fécondé ni par l'amour, ni par la foi.
Extinction totale de cet esprit de prière qu'on appelle onction dans le catholicisme.
6° La suppression des choses mystérieuses dans la Liturgie protestante devait produire infailliblement l'extinction totale de cet esprit de prière qu'on appelle onction dans le catholicisme. Un cœur révolté n'a point d'amour, et un cœur sans amour pourra tout au plus produire des expressions passables de respect ou de crainte, avec la froideur superbe du pharisien; telle est la Liturgie protestante. On sent que celui qui la récite s'applaudit de n'être pas du nombre de ces chrétiens papistes qui rabaissent Dieu jusqu'à eux par la familiarité de leur langage vulgaire.
Proscription du culte de la sainte Vierge et des saints.
7° Traitant noblement avec Dieu, la Liturgie protestante n'a point besoin d'intermédiaires créés. Elle croirait manquer au respect dû à l'Être souverain, en invoquant l'intercession de la sainte Vierge, la protection des saints. Elle exclut toute cette idolâtrie papiste qui demande à la créature ce qu'on ne doit demander qu'à Dieu seul; elle débarrasse le calendrier de tous ces noms d'hommes que l'Église romaine inscrit si témérairement à côté du nom de Dieu; elle a surtout en horreur ceux des moines et autres personnages des derniers temps qu'on y voit figurer à côté des noms révérés des apôtres que Jésus-Christ a choisis, et par lesquels fut fondée cette Église primitive, qui seule fut pure dans la foi et franche de toute superstition dans le culte et de tout relâchement dans la morale.
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Si vis pacem
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Posté le: Vendredi 12 Février, 2010 23:54 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 402-404 a écrit: |
Revendication de l'usage de la langue vulgaire dans le service divin.
8° La réforme liturgique ayant pour une de ses fins principales l'abolition des actes et des formules mystiques, il s'ensuit nécessairement que ses auteurs devaient revendiquer l'usage de la langue vulgaire dans le service divin. Aussi est-ce là un des points les plus importants aux yeux des sectaires. Le culte n'est pas une chose secrète, disent-ils; il faut que le peuple entende ce qu'il chante. La haine de la langue latine est innée au cœur de tous les ennemis de Rome; ils voient en elle le lien des catholiques dans l'Univers, l'arsenal de l'orthodoxie contre toutes les subtilités de l'esprit de secte, l'arme la plus puissante de la papauté. L'esprit de révolte qui les pousse à confier à l'idiome de chaque peuple, de chaque province, de chaque siècle, la prière universelle, a, du reste, produit ses fruits, et les réformés sont à même tous les jours de s'apercevoir que les peuples catholiques, en dépit de leurs prières latines, goûtent mieux et accomplissent avec plus de zèle les devoirs du culte que les peuples protestants. A chaque heure du jour, le service divin a lieu dans les églises catholiques; le fidèle qui y assiste laisse sa langue maternelle sur le seuil; hors les heures de la prédication, il n'entend que des accents mystérieux qui même cessent de retentir dans le moment le plus solennel, au canon de la messe; et cependant ce mystère le charme tellement, qu'il n'envie pas le sort du protestant, quoique l'oreille de celui-ci n'entende jamais que des sons dont elle perçoit la signification. Tandis que le temple réformé réunit, à grand'peine, une fois la semaine, les chrétiens puristes, l'Église papiste voit sans cesse ses nombreux autels assiégés par ses religieux enfants; chaque jour, ils s'arrachent à leurs travaux pour venir entendre ces paroles mystérieuses qui doivent être de Dieu, car elles nourrissent la foi et charment les douleurs. Avouons-le,c'est un coup de maître du protestantisme d'avoir déclaré la guerre à la langue sainte; s'il pouvait réussir à la détruire, son triomphe serait bien avancé. Offerte aux regards profanes, comme une vierge déshonorée, la Liturgie, dès ce moment, a perdu son caractère sacré, et le peuple trouvera bientôt que ce n'est pas trop la peine qu'il se dérange de ses travaux ou de ses plaisirs pour aller entendre parler comme on parle sur la place publique. Otez à l'Église française ses déclamations radicales et ses diatribes contre la prétendue vénalité du clergé, et allez voir si le peuple ira longtemps écouter le soi-disant primat des Gaules crier : Le Seigneur soit avec vous; et d'autres lui répondre : Et avec votre esprit. Nous traiterons ailleurs, d'une manière spéciale, de la langue liturgique.
Affranchissement des pratiques de la Liturgie papiste, et diminution de la somme des prières publiques et particulières.
9° En ôtant de la Liturgie le mystère qui abaisse la raison, le protestantisme n'avait garde d'oublier la conséquence pratique, savoir l'affranchissement de la fatigue et de la gêne qu'imposent au corps les pratiques de la Liturgie papiste. D'abord, plus de jeûne, plus d'abstinence; plus de génuflexion dans la prière; pour le ministre du temple, plus d'offices journaliers à accomplir, plus même de prières canoniales à réciter, au nom de l'Église. Telle est une des formes principales de la grande émancipation protestante : diminuer la somme des prières publiques et particulières. L'événement a montré bientôt que la foi et la charité, qui s'alimentent par la prière, s'étaient éteintes dans la réforme, tandis qu'elles ne cessent, chez les Catholiques, d'alimenter tous les actes de dévouement à Dieu et aux hommes, fécondées qu'elles sont par les ineffables ressources de la prière liturgique accomplie par le clergé séculier et régulier, auquel s'unit la communauté des fidèles.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mardi 16 Février, 2010 0:21 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 404-405 a écrit: |
Haine de la puissance papale commune à toutes les sectes dissidentes.
10° Comme il fallait au protestantisme une règle pour discerner parmi les institutions papistes celles qui pouvaient être les plus hostiles à son principe, il lui a fallu fouiller dans les fondements de l'édifice catholique, et trouver la pierre fondamentale qui porte tout. Son instinct lui a fait découvrir tout d'abord ce dogme inconciliable avec toute innovation : la puissance papale. Lorsque Luther écrivit sur sa bannière : Haine à Rome et à ses lois, il ne faisait que promulguer une fois de plus le grand principe de toutes les branches de la secte antiliturgiste. Dès lors, il a fallu abroger en masse le culte et les cérémonies, comme l'idolâtrie de Rome; la langue latine, l'office divin, le calendrier, le bréviaire, toutes abominations de la grande prostituée de Babylone. Le Pontife romain pèse sur la raison par ses dogmes, sur les sens par ses pratiques rituelles; il faut donc proclamer que ses dogmes ne sont que blasphème et erreur, et ses observances liturgiques qu'un moyen d'asseoir plus fortement une domination usurpée et tyrannique. C'est pourquoi, dans ses litanies émancipées, l'Église luthérienne continue de chanter naïvement : De l'homicide fureur, calomnie, rage et férocité du Turc et du Pape, délivrez-nous, Seigneur (1). C'est ici le lieu de rappeler les admirables considérations de Joseph de Maistre, dans son livre du Pape, où il montre, avec tant de sagacité et de profondeur, qu'en dépit des dissonances qui devraient isoler les unes des autres les diverses sectes séparées, il est une qualité dans laquelle elles se réunissent toutes, celle de non romaines. Imaginez une innovation quelconque, soit en matière de dogme, soit en matière de discipline, et voyez s'il est possible de l'entreprendre sans encourir, bon gré, mal gré, la note de non romain, ou si vous voulez de moins romain, si on manque d'audace. Reste à savoir quel genre de repos pourrait trouver un catholique dans la première, ou même dans la seconde de ces deux situations.
Un vaste presbytérianisme est la conséquence immédiate de la suppression du pontificat souverain.
11° L'hérésie antiliturgiste, pour établir à jamais son règne, avait besoin de détruire en fait et en principe tout sacerdoce dans le christianisme; car elle sentait que là où il y a un pontife, il y a un autel, et que là où il y a un autel, il y a un sacrifice, et partant un cérémonial mystérieux. Après donc avoir aboli la qualité du Pontife suprême, il fallait anéantir le caractère de l'évêque, duquel émane la mystique imposition des mains qui perpétue la hiérarchie sacrée. De là un vaste presbytérianisme, qui n'est que la conséquence immédiate de la suppression du Pontificat souverain. Dès lors, il n'y a plus de prêtre proprement dit; comment la simple élection, sans consécration, ferait-elle un homme sacré ? La réforme de Luther et de Calvin ne connaîtra donc plus que des ministres de Dieu, ou des hommes, comme on voudra. Mais il est impossible d'en rester là. Choisi, installé par des laïques, portant dans le temple la robe d'une certaine magistrature bâtarde, le ministre n'est qu'un laïque revêtu de fonctions accidentelles; il n'y a donc plus que des laïques dans le protestantisme; et cela devait être, puisqu'il n'y a plus de Liturgie; comme il n'y a plus de Liturgie, puisqu'il n'y a plus que des laïques.
(1) - Lutherisches Gesangbuch. Leipzig. Pag. 667.
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Si vis pacem
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Posté le: Mardi 16 Février, 2010 21:49 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 405-407 a écrit: |
Toute la hiérarchie résumée dans la personne du prince devenu le Pontife suprême.
12° Enfin, et c'est là le dernier degré de l'abrutissement, le sacerdoce n'existant plus, puisque la hiérarchie est morte, le prince, seule autorité possible entre laïques, se proclamera chef de la Religion, et l'on verra les plus fiers réformateurs, après avoir secoué le joug spirituel de Rome, reconnaître le souverain temporel pour pontife suprême, et placer le pouvoir sur la Liturgie parmi les attributions du droit majestatique. Il n'y aura donc plus de dogme, de morale, de sacrements, de culte, de christianisme, qu'autant qu'il plaira au prince, puisque le pouvoir absolu lui est dévolu sur la Liturgie par laquelle toutes ces choses ont leur expression et leur application dans la communauté des fidèles. Tel est pourtant l'axiome fondamental de la Réforme et dans la pratique et dans les écrits des docteurs protestants. Ce dernier trait achèvera le tableau, et mettra le lecteur à même de juger de la nature de ce prétendu affranchissement, opéré avec tant de violence à l'égard de la papauté, pour faire place ensuite, mais nécessairement, à une domination destructive de la nature même du christianisme. Il est vrai que, dans les commencements, la secte antiliturgiste n'avait pas coutume de flatter ainsi les puissants : albigeois, vaudois, wiclefites, hussites, tous enseignaient qu'il fallait résister et même courir sus à tous princes et magistrats qui se trouvaient en état de péché, prétendant qu'un prince était déchu de son droit, du moment qu'il n'était pas en grâce avec Dieu. La raison de ceci est que ces sectaires craignant le glaive des princes catholiques, évêques du dehors, avaient tout à gagner en minant leur autorité. Mais du moment que les souverains, associés à la révolte contre l'Église, voulaient faire de la religion une chose nationale, un moyen de gouvernement, la Liturgie réduite, aussi bien que le dogme, aux limites d'un pays, ressortissait naturellement à la plus haute autorité de ce pays, et les réformateurs ne pouvaient s'empêcher d'éprouver une vive reconnaissance envers ceux qui prêtaient ainsi le secours d'un bras puissant à l'établissement et au maintien de leurs théories. Il est bien vrai qu'il y a toute une apostasie dans cette préférence donnée au temporel sur le spirituel, en matière de religion; mais il s'agit ici du besoin même de la conservation. Il ne faut pas seulement être conséquent, il faut vivre. C'est pour cela que Luther, qui s'est séparé avec éclat du pontife de Rome, comme fauteur de toutes les abominations de Babylone, ne rougit pas lui-même de déclarer théologiquement la légitimité d'un double mariage pour le landgrave de Hesse, et c'est pour cela aussi que l'abbé Grégoire trouve dans ses principes le moyen de s'associer tout à la fois au vote de mort contre Louis XVI à la Convention, et de se faire le champion de Louis XIV et de Joseph II contre les Pontifes romains.
Telles sont les principales maximes de la secte antiliturgiste. Nous n'avons, certes, rien exagéré; nous n'avons fait que relever la doctrine cent fois professée dans les écrits de Luther, de Calvin, des Centuriateurs de Magdebourg, de Hospinien, de Kemnitz, etc. Ces livres sont faciles à consulter, ou plutôt l'œuvre qui en est sortie est sous les yeux de tout le monde. Nous avons cru qu'il était utile d'en mettre en lumière les principaux traits. Il y a toujours du profit à connaître l'erreur; l'enseignement direct est quelquefois moins avantageux et moins facile. C'est maintenant au logicien catholique de tirer la contradictoire.
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Si vis pacem
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Posté le: Mercredi 17 Février, 2010 21:12 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 408-410 a écrit: |
CHAPITRE XV
Réforme catholique de la Liturgie. — Paul IV. Pie IV. — Concile de Trente. Saint Pie V. Bréviaire romain. Missel romain. — Introduction de la Liturgie réformée en Italie, en Espagne, en France et dans le reste de l'Occident. — Palestrina. — Sixte-Quint. Congrégation des Rites. — Grégoire XIII. Réforme du calendrier. Martyrologe romain. — Clément VIII. Pontifical romain. Cérémonial romain. — Auteurs liturgistes du XVI° siècle.
Le XVI° siècle, au sein duquel les véritables doctrines liturgiques avaient souffert de si rudes atteintes, et qui avait été témoin des réformes malavisées de Ferreri et de Quignonez, devait néanmoins voir s'accomplir une véritable, solide et légitime réforme; mais c'était aux pontifes romains qu'il était réservé de l'entreprendre par eux-mêmes et de la consommer. Comme toujours, le clergé régulier dut influer sur une œuvre si importante; mais ce n'étaient déjà plus les franciscains. A l'action insuffisante des ordres mendiants s'était adjoint le zèle de cette nouvelle branche qui venait de pousser au grand arbre de l'état religieux, et qu'on désignait sous le nom de Clercs réguliers. Les plus anciens de cette milice, les théatins, fondés par saint Gaétan de Thienne, attachèrent leur nom à la première tentative de réforme liturgique qui puisse être prise au sérieux, et préparèrent le grand résultat obtenu plus tard par saint Pie V.
Clément VII charge saint Gaétan et Jean-Pierre Caraffa de concourir au nouveau bréviaire.
Clément VII, le même qui chargea Quignonez de travailler à un nouveau bréviaire, avait donné la même commission à saint Gaétan et à Jean-Pierre Caraffa, l'un de ses premiers associés, qui plus tard fut pape sous le nom de Paul IV. Le Bref qui leur confère cette marque de haute confiance apostolique existe encore dans les annales des théatins (1), où il porte la date du 21 janvier 1529. Le bréviaire de Quignonez fut préféré, parce que sans doute il était moins long, et disposé dans une forme plus élégante : celui des théatins, dû en partie à Caraffa, alors évêque de Chieti, ne se recommandait que par le maintien des antiques et vénérables usages, par l'épuration des histoires apocryphes, la correction des rubriques, la substitution des vraies leçons des saints Pères à des homélies tirées d'auteurs hétérodoxes, tels que Origène, Eusèbe Emissène, etc. (2). Caraffa était trop grand amateur de l'antiquité et trop grave pour ne pas dédaigner l'œuvre de Quignonez; il suivit donc l'exemple de saint François Xavier, et montra, même ouvertement, son mépris pour le bréviaire de ce cardinal (3).
Devenu Paul IV, Caraffa refuse à l'avenir la permission d'user de la Liturgie abrégée de Quignonez et continue son travail sur le bréviaire.
Il vint à monter en 1555, sur la chaire de Saint-Pierre, et l'un de ses premiers soins fut de déclarer qu'on n'accorderait plus, à l'avenir, la permission d'user de cette liturgie abrégée, bien qu'il ne jugeât pas encore à propos de retirer les facultés d'en user qui avaient été antérieurement obtenues. Il se remit ensuite à travailler avec ardeur à la rédaction de son bréviaire réformé; mais, comme il voulait accomplir par lui-même cette œuvre si importante et si digne d'un pape, il arriva qu'étant détourné par les nombreuses et graves préoccupations de la dignité suprême, il ne put arriver à mettre ce bréviaire en état d'être promulgué. Il mourut en 1559, après quatre ans d'un pontificat énergique, qu'il avait commencé ayant déjà atteint sa soixante-dix-neuvième année.
(1) - Silos. Hist. Theatin., Iib. III. Apud Bolland., tom. II, August die VII, pag. 251.
(2) - Vita e gesti di Giovanni Pietro Caraffa, cioè di Paolo IV Pontefice Massimo, raccolti dal P. D. Antonio Caracciolo. Mss. de l'an 1633, cité par Arevalo. Hymnodia Hispanica pag. 392 et seq.
(3) - Ibidem.
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Si vis pacem
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Posté le: Jeudi 18 Février, 2010 22:07 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 410-412 a écrit: |
Paul IV ne consent pas à la reprise des travaux du concile de Trente, et veut que la réforme de l'Église soit opérée par l'action immédiate des souverains pontifes.
Après la mort de Paul IV, Pie IV, son successeur, mit tous ses soins à la continuation du concile ouvert à Trente sous Paul III, en 1545, et depuis suspendu à diverses fois. Paul IV, dans son zèle ardent pour les droits du Siège apostolique, n'avait pas voulu consentir à la reprise des travaux de ce concile, persuadé que l'autorité du Pontife romain, employée avec fermeté et persévérance, suffisait pour accomplir la réforme de l'Église. Au reste, Paul IV était digne de concevoir une pareille espérance; mais il était dans les plans de la divine Providence que, pour s'accommoder davantage aux idées et aux prétentions de ce siècle, un concile, entravé d'ailleurs en mille manières par les puissances et les nationalités temporelles, eût la plus grande part à l'œuvre de la réforme catholique. Il est vrai aussi d'ajouter que cette assemblée eut le bonheur de se sentir dirigée par des légats dévoués au Siège apostolique, dont ils recevaient et transmettaient les instructions, et qu'une suite de grands pontifes, saint Pie V, Grégoire XIII, Sixte-Quint, Clément VIII, Grégoire XV, se montra disposée à appliquer les canons de Trente avec cette vigueur inviolable qui en a fait pénétrer l'esprit et les maximes dans toutes les institutions catholiques, depuis cette grande époque.
Dans le dessein de Dieu, la réforme liturgique devait être l'oeuvre propre d'un successeur des Gélase et des Grégoire.
Paul IV avait pensé que la réforme de la liturgie ne pouvait se faire qu'à Rome; qu'elle devait être l'œuvre propre d'un pontife romain, successeur des Gélase et des Grégoire. Il ne tint pas à Pie IV, comme nous verrons, que cette réforme ne se fît à Trente; mais le divin auteur de l'Église, qui a établi Rome métropole du gouvernement ecclésiastique, et son Église la mère de tous les fidèles, sut bien amener les choses au point où elles devaient être, et la publication de la Liturgie réformée se fit définitivement par l'autorité du souverain Pontife, dans cette capitale du catholicisme. Avant de raconter ce grand événement, il est nécessaire que nous donnions quelques détails sur les dispositions dans lesquelles se trouvait le concile au sujet de la réforme liturgique.
Projet de réforme liturgique dressé par le concile de Cologne en 1536.
Nous avons parlé, au chapitre précédent, des nécessités qui réclamaient impérieusement l'attention des pasteurs de l'Église, sur la matière si grave du culte divin. Dès l'an 1536, on avait tenu à Cologne un concile dont les canons, très-expressifs, sont de la plus haute importance pour caractériser les éléments qui se remuaient alors au sein de l'Église. Il fut assemblé par le fameux archevêque Hermann, qui eut depuis le malheur d'embrasser le luthéranisme. Cette circonstance explique plus que suffisamment l'extrême liberté avec laquelle la discipline de cette époque se trouve parfois qualifiée dans les actes de ce concile. Sur l'article de la Liturgie, aux sixième et au onzième canon de la seconde partie, on articule le projet d'une réforme ; on affirme que le bréviaire se trouve contenir des histoires dépourvues d'autorité et de gravité, plainte qui n'aurait rien eu que de très-légitime ; mais on émet hardiment le vœu de voir supprimer même les histoires authentiques, pour les remplacer par de simples lectures de l'Écriture sainte (1). Quant au missel, les Pères réprouvent, avec raison, plusieurs innovations qu'on y avait introduites, et qui offensaient le respect dû au plus auguste des mystères (2). La prétention émise ici sur l'Écriture sainte, comme matière unique de la Liturgie, avait déjà été exprimée en Allemagne, dans les articles de réforme proposés par l'empereur au concile de Bâle (3).
(1) - Nam cum olim a sanctissimis Patribus institutum sit, ut solæ Scripturæ sacræ in Ecclesia recitarentur, nescimus qua incuria accident, ut in earum locum successerint alia cum his neutiquam comparanda, atque interim historiæ sanctorum tam inculte ac tam negligenti judicio conscriptæ, ut nec auctoritatem habere videantur, nec gravitatem. Deo itaque auctore, deque concilio capituli nostri, ac theologorum, aliorumque piorum virorum, reformationem Breviariorum meditabimur. (Conc. Labb., tom. XIV, p. 504.)
(2) - Peculiaria missarum argumenta, recens præter veterum institutionem inventa, etiam Patribus displicuerunt, quod tantum mysterium pro affectu cujuslibet tractari non deceat. Prosas indoctas nuperius missalibus cæco quodam judicio invectas prætermittere per nos liceret. Videbimur ergo operæ pretium facturi, si Missalia perinde atque Breviaria pervideri curemus, ut amputatis tantum superfluis, et quæ superstitiosius invecta videri possint, ea tantum, quæ dignitati Ecclesiæ et priscis institutis consentanea fuerint relinquantur. (Ibidem.)
(3) - Breviaria et Missalia expurganda, resecandaque omnia quæ non ex divinis sint desumpta Litteris, et tædiosam prolixitatem psalmorum et orationum, habito delectu, contrahendam. Articul. XII. (Vid. Grandcolas, Commentaire hist. sur le Brév. Rom., tom. I, pag. 20.)
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Si vis pacem
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Posté le: Vendredi 05 Mars, 2010 22:19 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 412-414 a écrit: |
Réclamations contre le bréviaire de Quignonez et demandes d'une réforme de la Liturgie présentées au concile de Trente.
Dans la première période du concile de Trente, les Pères n'eurent pas le loisir de s'occuper de la Liturgie; mais on a vu plus haut que déjà des réclamations en forme avaient été déposées contre le bréviaire de Quignonez. Le concile ayant été momentanément suspendu, nous retrouvons encore des réclamations concernant la Liturgie, dans un projet de réforme dressé par Charles-Quint, à Augsbourg. On y demande que la forme des prières de l'Église soit ramenée aux institutions des anciens Pères; que l'on donne à des hommes pieux et doctes le soin de purger les bréviaires de tout ce qu'ils contiennent d'apocryphe et de moins conforme à la pureté du culte divin (1). A la reprise du concile, sous Pie IV, on trouve dans un mémoire donné au cardinal de Lorraine, qui se rendait à Trente, en 1502, l'injonction faite à ce prélat par le roi et les états généraux du royaume d'insister fortement auprès des Pères du concile sur la nécessité d'épurer le service divin, de retrancher les superstitions et de revoir les prières et les cérémonies (2). Tous ces faits qui attestent de plus en plus l'urgence de la réforme liturgique et le zèle que les peuples catholiques mettaient encore au XVI° siècle à ce qui concernait le culte divin, montrent en même temps toute la gravité de la situation dans laquelle allait se trouver le concile, au milieu de toutes ces prétentions, parmi lesquelles on ne pouvait s'empêcher de démêler certaines inspirations plus ou moins suspectes.
Pie IV envoie au Pères du concile le travail de Paul IV, qui s'était inspiré de la pensée grégorienne.
Pie IV, qui montra toujours dans la direction du concile, par ses légats, un tact si sûr et une si juste intelligence des véritables besoins de l'Église, voulant mettre les Pères en mesure d'accomplir, suivant toutes les convenances canoniques, l'œuvre tant désirée de la réforme liturgique, leur envoya le travail de Paul IV. C'était leur tracer la ligne la plus sûre, puisque ce grand Pape n'avait eu en vue dans sa réforme que de rapprocher le bréviaire des sources grégoriennes et de le dégager des additions arbitraires, ou peu séantes, qu'on s'était permis d'y faire dans les derniers siècles. Le concile, préoccupé des graves objets qui remplissaient ses sessions, de la dix-huitième à la vingt-cinquième, se trouva être arrivé à l'an 1563, avant que la commission chargée par lui de la réforme du bréviaire eût eu assez de loisir pour terminer son œuvre. Deux sentiments semblaient partager l'assemblée : les uns voulaient qu'on établît une parfaite unité liturgique dans toute l'Église, les autres soutenaient les rites particuliers des diocèses. La décision d'une si importante affaire, jointe à la lenteur qu'entraînerait infailliblement la correction faite en détail de l'ensemble de la Liturgie, devait exiger beaucoup de temps; car il ne s'agissait pas seulement du bréviaire, mais encore du missel; or il était urgent de terminer enfin le concile. Pour éviter de nouveaux retards les légats proposèrent de renvoyer le soin de la réforme liturgique au Pontife romain; ce qui fut approuvé dans la vingt-cinquième session (3).
Le concile renvoie au Pontife romain le soin de réformer l'ensemble de la Liturgie, malgré l'opposition de quelques prélats.
Il y eut bien quelques prélats qui manifestèrent de l'opposition. L'évêque de Lérida, entre autres, prononça un long discours pour prouver qu'on avait bien plus de ressources dans le concile pour traiter un si important objet qu'on, n'en pourrait avoir à Rome, où l'on n'avait point une connaissance aussi exacte des usages des différents pays. Cette prétention ne fut pas écoutée et ne devait pas l'être, pour peu que l'on voulût arriver à une conclusion quelconque. En effet il ne s'agissait pas de donner une nouvelle Liturgie, mais simplement d'épurer, de ramener à la forme antique celle de l'Église d'Occident.
(1) - Breviarium in formant precum et orationum ab antiquis Ecclesiæ Patribus et rectoribus traditam præscriptamque redigendum; insuper apocrypha, parumque ad sincerum cultum pertinentia a Breviariis resecanda. (Vid. Benedict. XIV, De Canonizatione Sanctorum, lib. IV, part. II, cap. 13.
(2) - Histoire ecclés. de Fleury. Continuation. Tom. XXXIII, pag. 14.
(3) - Conc. Trid. Sess. XXV. Decretum de Indice librorum et Catechismo, Breviario et Missali.
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Si vis pacem
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Posté le: Mardi 09 Mars, 2010 23:00 Sujet du message: |
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| Dom Prosper Guéranger - Les institutions liturgiques. Paris, 1880, Tome I, pp. 414-415 a écrit: |
En remettant au Pontife romain la réforme liturgique, le concile proclame une fois de plus la nécessité pour toute l'Église d'Occident de suivre la Liturgie de Rome.
Or cette Liturgie était celle de Rome; ses sources étaient à Rome; cette capitale de l'Église catholique était donc le seul endroit où la correction liturgique pût s'accomplir. Si le concile de Trente, pour rétablir l'unité, eût voulu faire un ensemble de tous les usages épars dans les divers diocèses de l'Occident, il n'eût réussi qu'à produire un ensemble monstrueux et incohérent qui n'eût rétabli l'unité qu'en froissant à plaisir toutes les prétentions locales, allumant ainsi une guerre entre les églises dont les usages eussent été préférés, et celles qui auraient cru voir leurs coutumes tombées dans le mépris.
Pie IV mande à Rome la commission liturgique du concile.
Le concile, en remettant au Pontife romain la réforme du bréviaire et du missel, ne fit donc autre chose que de proclamer une fois de plus la nécessité pour toute l'Église d'Occident, de suivre la Liturgie de l'Église mère et maîtresse. On rapporta à Rome les manuscrits de Paul IV, et toutes les pièces du travail qu'avaient exécuté, dans la même ligne, les commissaires du concile. Pie IV manda en même temps auprès de lui ces derniers, et leur adjoignit plusieurs doctes personnages de Rome;
Saint Pie V augmente le nombre des commissaires et presse l'exécution de leur travail.
mais ce Pape ayant été prévenu par la mort, saint Pie V, son successeur, prit en main ce grand œuvre et ajouta aussi de nouveaux commissaires pour en hâter la consommation (1).
Noms de quelques uns des commissaires.
Nous n'avons pu découvrir jusqu'ici, malgré toutes nos recherches, les noms de tous les membres de cette importante commission. Merati se borne à nous faire connaître le cardinal Bernardin Scotti, et Thomas Golduelli, évêque d'Asaf, tous deux de l'ordre des théatins, auquel appartient la plus grande part de l'honneur de la correction liturgique du XVI° siècle (2). Zaccaria pense, avec Lagomarsini, qu'il faut attribuer aussi une action importante sur cette œuvre au cardinal Guillaume Sirlet et au docte Jules Poggio (3).
(1) - Benedict. XIV. Ibidem.
(2) - Merati, tom. III, édit. Venet., pag. 15.
(3) - Zaccaria, Bibliotheca Ritualis, tom. I, pag. 116.[/size]
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