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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 30 Mars, 2007 22:24 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 154-156 a écrit: |
Tel est l'amour de Dieu; tels ses caractères et son degré : un amour sans exemple, un amour qui s'élève au-dessus de tout amour créé, un amour que les esprits glorifiés eux-mêmes ne peuvent comprendre, un amour qui semble gouverner Dieu, un amour dont l'immensité met notre foi à l'épreuve, un amour éternel, un amour qui en tout est digne de Dieu et qui est le résultat de ses perfections combinées. Arrêtons-nous et réfléchissons : voilà donc l'amour que Dieu me porte en ce moment même ! Seigneur, je crois, aidez mon incrédulité ! Qu'est pour moi tout le reste ? La peine ou le contentement, le chagrin ou la joie, les désastres ou les succès, les injures des créatures ou leurs louanges, qu'ai-je pour tout cela que de l'indifférence ? Dieu m'aime : dès lors je puis mourir. Mais il nous reste à chercher les raisons de cet amour. Elles doivent se trouver, ou de notre côté, ou de celui de Dieu, ou des deux à la fois.
De notre côté d'abord : La première chose qui nous frappe, c'est que l'homme en lui-même n'est que néant. Son corps a été formé de la poussière de la terre et son âme tirée directement du néant par Dieu lui-même; pat conséquent, nous n'avons rien en propre qui puisse attirer cet amour de notre Créateur. D'ailleurs, l'acte même de notre création a prouvé que cet amour pour nous était avant que nous existassions nous-mêmes : nous ne sommes qu'à cause de son amour. Cette seule considération suffirait pour établir que l'homme ne possède par lui-même aucun titre à l'amour de Dieu. Nous n'avons rien à nous que la disgrâce de notre origine. En aimant les dons de notre nature, Dieu aime ce qui est à lui, ce qui nous est venu de son amour.
En outre, quand Dieu nous a une fois appelés à la vie, notre extrême petitesse semble nous refuser tout droit à son amour, fondé sur ce que nous sommes en nous-mêmes. Atomes imperceptibles parmi les créatures raisonnables, que sommes-nous individuellement ? Quelle est notre importance dans notre pays ou même dans notre voisinage ? Quelle est notre valeur morale ou intellectuelle ? Nous sommes comme perdus dans le nombre des hommes qui vivent sur la terre; notre départ sera presque inaperçu, nous ne laisserons pas de vide derrière nous, à peine aurons-nous besoin d'un successeur, car à quoi devrait-il succéder ? Et si nous sommes si peu de chose dans la masse des hommes actuellement vivants, que serons-nous, comparés aux multitudes qui ont déjà vécu ou à celles qui vivront encore jusqu'au jour du jugement dernier ? Et après le jugement, si Dieu peuple l'immensité de l'espace et les innombrables globes célestes de nouvelles créations d'êtres raisonnables, de nouveaux sujets pour la sainte humanité de Jésus, nouveaux anges, nouveaux hommes, nouveaux êtres qui ne soient ni anges ni hommes, nous ne serons que d'inappréciables unités dans cet immense rayonnement de l'amour créateur. Dès à présent, il y a les anges dont nul ne peut dire le nombre, car nous savons que la multiplicité est une des magnificences propres à leurs choeurs glorieux : on a même dit que le dernier choeur, le moins nombreux, dépasse de beaucoup le nombre des enfants d'Adam qui auront vécu au dernier jour. Que pouvons-nous donc offrir à l'oeil de Dieu qu'une inanité presque indescriptible ?
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Lundi 02 Avril, 2007 21:02 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 156-157 a écrit: |
S'il y a quelque chose de positif en nous, c'est notre folie. Nous avons voulu à notre néant ajouter la rébellion; voilà qui réellement nous appartient en propre.
Notre intelligence a saisi la différence entre le bien et le mal, nous avons choisi le second et rejeté le premier; nous avons regardé en face les commandements de Dieu et nous les avons violés; la grâce est venue à nous avec une force et une chaleur sensibles, et nous avons appelé toute la puissance de notre volonté pour lui résister; le Saint-Esprit a parlé, nous l'avons entendu et notre réponse a été négative; notre conscience a proclamé les droits du devoir, et, sans même prendre la peine de les nier, nous avons refusé d'obéir, nous avons froidement envisagé les punitions éternelles, nous avons clairement compris qu'il n'a fallu rien moins qu'une colère toute-puissante pour la création de ces indescriptibles tortures, et pour une heure de péché, nous les avons bravées.
Vingt fois nous avons mis Dieu dans un plateau de la balance et la créature dans l'autre, et la pression de notre volonté a fait descendre Dieu au-dessous de la créature : nous avons négligé Dieu et nous l'avons outragé; nous lui avons désobéi et nous l'avons oublié, nous l'avons à la fois ignoré et insulté : encore une fois, voilà qui est à nous, et à nous sans partage.
Vraiment, nous sommes d'admirables créatures, d'avoir fait tant de choses en si peu de temps, d'avoir même été capables de les faire! Mais pouvons-nous les regarder comme un titre à un éternel amour ?
Nous avons dit que personne ne partageait avec nous ses misérables prérogatives : c'est vrai et cela ne l'est pas. Réfléchissez un moment; Jésus ne s'est-il pas offert à les partager ?
Il fut des temps où leur nature réelle et leur épouvantable misère se firent jour jusqu'à notre conscience, et alors nous eussions voulu donner tout un monde pour payer un passé coupable. Garder les portes de la maison de Dieu eût semblé alors un sort plus enviable que mille années de jouissances parmi les splendeurs de l'impiété.
Jésus vint à nous à l'une de ces époques; il s'offrit à prendre sur lui et à s'approprier toute cette horrible accumulation de rébellion et de volonté propre, à les expier par ses souffrances, à donner son sang pour nous racheter de l'intolérable châtiment du feu qu'avait encouru notre audacieux mépris, et nous fûmes trop heureux d'accepter cette offre d'un amour presque fabuleux.
Puis, à peu de temps de là, nous abandonnâmes son service, le laissant chargé de notre vieille dette. Nous reprîmes tous nos droits, nous rentrâmes dans l'exercice de nos déplorables prérogatives, et, foulant aux pieds sa miséricorde comme pour ajouter un nouvel outrage à ceux que nous avions adressés déjà aux autres perfections divines, nous nous dévouâmes encore une fois à la mort éternelle, préférant au saint amour de Dieu les horreurs du feu qui ne s'éteint jamais.
Et cela, nous l'avons répété peut-être des milliers de fois durant le court espace de notre vie. Voilà qui est à nous, entièrement à nous; un ange n'a jamais été mis dans le cas de choisir le mal une seconde fois.
Il serait étrange qu'un tel excès de malice, la seule chose que jusqu'à présent nous ayons reconnue comme nous appartenant indubitablement en propre, fût la cause de cet amour excessif de Dieu.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mardi 03 Avril, 2007 8:11 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 157-158 a écrit: |
Mais si, au lieu d'être pécheurs à cet incroyable degré, nous égalions par nos facultés et notre innocence les anges les plus radieux, serions-nous beaucoup plus capables d'établir nos droits à l'amour sans prix de Dieu ?
Que pouvons-nous faire pour lui ? Que lui pouvons-nous ajouter ? Que lui pouvons-nous donner qu'il ne possède déjà dans une mesure et avec une jouissance infinies ? Est-il une seule de ses perfections que nous puissions élever ou embellir ? Pouvons-nous, en donnant quoi que ce soit qui nous appartienne, ajouter à l'immense océan de sa gloire essentielle ? Est-il une joie, quelque petite qu'elle puisse être, que nous puissions lui donner, et qu'il ne possède déjà ?
Nous ne pouvons pas même lui apporter un concours réel pour le gouvernement du monde : s'il daigne se servir de notre ministère, loin de soulager sa toute-puissance, nous rendons sa tâche plus lourde, car il doit concourir à chacun de nos actes, à chacun de nos mouvements; il doit activement donner la vie à notre néant, fortifier notre faiblesse, éclairer nos ténèbres de sa lumière : Les anges les plus glorieux ne peuvent aider Dieu; au contraire, si nous pouvons parler ainsi, ils l'épuiseraient plutôt; car la créature a soif de l'influx de Dieu; et plus sa nature est vaste, plus elle a besoin de recourir à son inépuisable plénitude.
Quand Dieu permet à ses créatures de travailler pour lui, c'est pour quelles lui donnent plus à faire, comme il arrive aux enfants quand ils prétendent aider leur père; c'est une condescendance de sa part, un honneur qu'il fait à la créature, la preuve la plus claire de son excessif amour pour nous.
La gloire de saint Michel nous éblouit quoique nous ne puissions la contempler qu'à travers le voile des imperfections nécessaires à lu créature, et cependant nous n'y trouvons aucun droit, aucutn, titre à l'amour de son Créateur, sauf les dons que cet amour lui a le premie, départis. Or, nous ne sommes pas saint Michel, nous ne sommes pas des anges dans la gloire, nous ne sommes que les plus misérables des hommes, des pécheurs retombés, à peine animés peut-être d'un lâche et imparfait repentir.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mardi 03 Avril, 2007 22:17 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 159-160 a écrit: |
Maintenant, au lieu des règles des anges, prenons, pour nous juger, les principes humains, et appliquons-les à la manière dont nous servons notre Créateur. A quoi ressemble notre culte ? Quel est.. son mérite, son vrai caractère ?
Oublions un moment que Dieu est Dieu, il est notre père, notre maître, notre bienfaiteur, notre ami fidèle. Durant l'immensité de sa vie il a été occupé à nous faire du bien, il semble que ç'ait été son unique affaire; il a vécu pour nous, nous sommes sa fin : nous ne pouvons dire combien il s'est sacrifié lui-même pour nous.
Il a livré son fils unique à la mort pour nous préserver du mal.
Rien ne peut exprimer le nombre des grâces qu'il nous prodigue à chaque heure.
Sa vie se prolongera pendant des siècles, non pour lui mais pour nous, pour qu'il puisse continuer et compléter la somme de ses prodigieux bienfaits. Il n'est pas aisé de dire ce qu'il a été pour nous; nous sentons que nous ne le savons pas nous-mêmes à moitié; qu'il suffise de dire que jamais la terre n'a vu un père comme ce Père, un maitre aussi doux et qui cherche autant à paraître un égal, un bienfaiteur plus prodigue et plus oublieux de soi-même, un ami plus tendre dans son attachement. Voilà l'amour auquel nous devons répondre, et comment l'avons-nous fait ?
Quelques sentiments pieux, une obéissance avare à un petit nombre de commandements faciles, un peu de respect pour ses désirs exprès quand ils ne froissent pas trop nos propres intérêts, quelques prières ou actions de grâces auxquelles nous donnons si peu d'attention que nous pensons le plus souvent à autre chose; voilà ce que nous faisons pour lui, et encore irrégulièrement et comme par manière d'acquit.
Nous suffirait-il que nos enfants ne fissent pour nous que ce que nous faisons pour Dieu ? Si un ancien ami répondait ainsi à notre attachement et à notre fidélité, son amitié prétendue n'aurait-elle pas pour nous quelque chose d'insultant ? Ne la trouverions-nous pas si froide, si capricieuse, si égoïste, si injuste, que, malgré la disposition de la charité, à tout espérer, à tout croire, et, quoique prêts à nous relâcher de nos droits et à user de la plus large indulgence, nous regarderions comme impossible de donner à la conduite de notre ami une interprétation favorable ?
Mais ce n'est pas un ami ou un bienfaiteur que nous traitons de la sorte, c'est Dieu; Dieu avec les milliers de droits qu'il a sur nous, avec sa tendresse incomparable, avec son amour éternel !
Pouvons-nous y penser sans rougir ? Mais nous n'avons vas encore pénétré jusqu'au fond de notre bassesse. Tandis que nous abusons de la patience de Dieu, par notre lâcheté, notre injurieuse froideur et la parcimonie avec laquelle nous le servons, nous avons l'effronterie de nous persuader que nous faisons beaucoup pour lui; qu'il en est en quelque sorte notre obligé, et que, pour nous inviter à une plus haute perfection, il faut être un rêveur importun incapable de rendre justice à la piété raisonnable et modérée que nous nous vantons de professer. Et tout cela quand il s'agit de Dieu, en nous rappelant ce qu'est Dieu ! Et tout cela après qu'il nous a créés, qu'il continue encore à nous créer Quand nous avons un passé si criminel à expier, tant de temps perdu à réparer, tant de rébellions à faire oublier !
Certes, même à en juger par les principes humains, on a bien le droit de dire que notre manière de servir Dieu est presque une insulte, et nos réparations elles-mêmes de nouveaux affronts. S'il n'en est pas ainsi, à quoi le devons-nous sinon à cette indulgence inépuisable d'un amour paternel dont l'expérience encourage notre présomption ?
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mercredi 04 Avril, 2007 14:42 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 160-161 a écrit: |
Mais, si Dieu est sa propre fin, si par une sorte de nécessité il ne peut pas ne pas chercher sa gloire en toutes choses, il semble que la ressemblance avec Dieu doit être un titre légitime à son amour.
Il doit voir avec complaisance ce qui réfléchit son image. A considérer, sous ce point de vue, l'amour de Dieu pour les hommes, le motif qu'on en pourrait tirer serait plutôt du côté de Dieu que du nôtre; mais voyons ce qui en est en réalité.
Nous sommes, sous presque tous les rapports, tout le contraire de Dieu. Pour ne rien dire du fini et de la faiblesse qui nous appartiennent en tant que créatures, nos qualités morales offrent une effrayante opposition avec sa sainteté et sa perfection. Nous sommes imparfaits jusque dans les vertus que nous pouvons acquérir, et pour l'acquisition desquelles il nous a donné le secourt spirituel de sa grâce.
Bien plus, quand il réduit à un seul précepte tout ce qui peut nous donner un titre au pardon de nos péchés, et qu'il nous dit de pardonner si nous voulons être pardonnés, ou de faire à autrui ce que nous voudrions que lui ou les autres fissent pour nous, notre nature corrompue trouve la leçon trop dure à pratiquer.
Il y a eu des temps (et qui peut dire qu'ils ne durent pas encore ?) où les péchés du monde avaient fatigué Dieu jusqu'à le faire repentir, tout immuable qu'il est, d'avoir créé l'homme. Après cela que voit-il donc dans le monde entier de semblable à lui-même ?
Rien que sa grâce, qu'il a placée ici-bas comme une plante exotique souffrant dans un sol étranger, gênée dans sa croissance, laissant pendre un rare et pâle feuillage sur ses branches, ne produisant quelques fleurs qu'à force de soins artificiels et ne portant jamais de fruits ? Est-ce là l'arbre céleste ?
Qui le reconnaîtrait dans ce triste état ? En vérité, il faut une grande patience en Dieu pour qu'il puisse supporter la vue de sa grâce telle qu'elle est sur la terre, sans parler de notre nature et moins encore du péché qui se multiplie ici-bas ! Nous connaissons trop, hélas notre propre coeur pour croire que Dieu, le regardant du haut du ciel, y puisse retrouver son image. Il ne reste à la terre qu'une consolation : il est réellement une chose qui appartient à l'homme, sur laquelle l'oeil de Dieu peut se reposer non-seulement avec amour, mais avec un ravissement qui lui fait répandre sur tout l'univers les flots d'un déluge de lumière et d'amour; cette chose, qui est à l'homme quoiqu'elle ne soit pas dans l'homme, c'est le Saint Sacrement, solide appui de la patience de Dieu et devant qui sa colère s'arrête, sommeille avec douceur et oublie la mission vengeresse de la sainteté blessée.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mercredi 04 Avril, 2007 21:45 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 161-163 a écrit: |
Il est un trait caractéristique de l'homme qui nous empêche particulièrement de trouver en lui le motif de l'amour que Dieu lui porte : ce n'est pas précisément le péché, ce n'est pas l'une ou l'autre des imperfections auxquelles il est sujet en tant qu'être créé; c'est plutôt le résultat de toutes ces imperfections combinées, qui constitue une irrémédiable petitesse. Quoi que nous fassions de grand, il s'y glisse toujours quelque faiblesse; la petitesse s'attache à nos sentiments les plus généreux et ravale tous les actes qu'ils nous inspirent : chez nous l'amour et la haine, la louange et le blâme, la colère et la bienveillance sont marqués à l'empreinte de la petitesse.
Si nous rentrons en nous-mêmes, ne reconnaîtrons-nous pas que l'erreur, l'esclavage où nous sommes du bien-être corporel, la recherche des mets délicats, la grossièreté des manières, la vanité personnelle, les extravagantes chimères de l'amour-propre que nous caressons cent fois par jour, les sottises de la susceptibilité blessée, ne sont que médiocrité ?
Et dans nos rapports avec les autres, le mensonge, les prétentions, l'égoïsme, l'irritabilité et la moitié des conventions du monde, n'est-ce pas la petitesse, la petitesse réduite en système ?
Avec Dieu nous sommes tièdes, hypocrites, pleins de nous-mêmes, n'est-ce pas une misère ; et qu'est-ce que le péché véniel sinon une déplorable petitesse ?
Plus d'un homme qui trouvait difficile de se haïr lui-même quand il neconsidérait que ses péchés, en est venu plus aisément à bout quand il a eu le courage de contempler longtemps le fidèle tableau de son incroyable misère.
C'est que tout notre être est bouleversé quand la grâce nous découvre combien nous sommes en toutes choses bas, vils, nuls et méprisables; alors tous nous semblent bons, et nous nous trouvons haïssables, odieux, insupportables à nous-mêmes. Et si notre oeil grossier et aveugle peut voir clairement notre état, quel doit-il être pour le regard pénétrant de la toute sainte majesté de Dieu ?
Est-il besoin d'aller plus loin ? Si nous prétendions avoir quelque droit à l'amour de Dieu, cette orgueilleuse illusion n'est-elle pas maintenant dissipée ? Il est désormais bien établi pour nous que les motifs de cet amour se trouvent, non de notre côté, mais de celui de Dieu.
Notre excessive bassesse peut bien être la mesure de l'amour divin, mais elle n'en donne pas la raison. Nous sommes souvent tentés, en réfléchissant sur ce sujet, de dire que Dieu nous aime, parce que nous n'avons rien qui mérite l'amour. Mais cette proposition, qui semble un paradoxe, mérite une étude sérieuse.
Tous les motifs de l'amour de Dieu pour nous se trouvant de son côté, n'est-il pas étonnant que nous le servions comme si, entre lui et nous, il y avait un traité d'égal à égal, et que nous ne soyons obligés à remplir nos engagements qu'à condition qu'il soit fidèle aux siens ?
Dans la vie spirituelle, nous oublions tout à fait que le devoir est tout entier d'un côté, tandis que de l'autre tout est libéralité. Si certaines choses nous sont dues comme créatures, une fois que nous sommes créés, en sorte que Dieu ne serait pas Dieu s'il ne nous les donnait pas, le fait même de notre création n'en est pas moins un acte d'immense et gratuit amour.
Si Dieu condescend jusqu'à établir une convention entre lui et nous, c'est encore son amour libre qui le porte à se lier, et cet amour éternel a dû nous créer d'abord avant que nous puissions être l'une des parties dans un traité; ainsi tout est amour.
En outre, que deviendrions-nous si Dieu ne nous donnait que ce qui nous est dû, et retenait sa munificence dans les strictes limites de la convention ? Son amour ne soufle-t-il pas partout, brisant notre orgueil et le changeant en humilité comme une pluie d'été abat la fleur fragile, tandis que nous supputons, avec une honteuse exactitude, chaque obole du misérable tribut que nous lui payons sous le doux nom d'amour.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Dimanche 08 Avril, 2007 22:54 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 163-164 a écrit: | Il est donc clair que tous les motifs de l'amour que Dieu nous porte sont de son côté. Au moment de rechercher quels ils peuvent être, nous ne pouvons nous dissimuler l'incapacité où nous sommes de sonder les profondeurs de la divine nature : Dieu est lui-même amour, et nous pouvons supposer que si nous interrogions chacune de ses perfections, la réponse serait l'amour; cependant quand nous en venons à l'épreuve, le résultat n'est pas parfaitement conforme à ce que nous attendions.
Parmi les attributs de Dieu, il en est peu de plus magnifiques et de plus adorables que sa justice, à laquelle rien ne se peut comparer, puisqu'elle est fondée sur sa nature divine, et non sur des obligations qui le tiennent lié.
Quelques saints ont eu une dévotion spéciale à sa justice et en ont fait le sujet favori de leurs méditations. Une créature intelligente aimerait mieux être entre les mains de la justice de Dieu qu'à la merci du plus aimant parmi ses semblables. L'Apôtre nous dit que l'acceptation de notre repentir et le pardon de nos péchés reposent sur la justice de Dieu. La dispensation des dons de la nature, de la grâce et de la gloire, est le chef-d'oeuvre de cet attribut qui, seul, et par lui-même, suffirait à nous remplir de bonheur et d'admiration pendant toute l'éternité. Les promesses de Dieu sont les fruits de sa justice, et sa fidélité à les remplir en est l'exercice.
C'est parce que son amour est un si grand amour, que sa justice est si parfaite et si pure; ses châtiments eux-mêmes sont aussi magnifiques à contempler que terribles à souffrir, à cause de la justice extrême, immuable, infaillible qui les a dictés. La vengeance de notre Dieu est un sujet sur lequel l'amour tremble de s'arrêter, mais duquel il ne se détourne pas.
En outre sa justice, même dans l'acceptation de nos œuvres, est due à ses propres perfections, plutôt qu'aux efforts de notre misère, car ce qu'il reçoit de notre part lui apppartient plus qu'à nous; et parmi les merveilles de la théologie, il n'en est pas de plus admirable et de plus touchante que de voir l'exacte rigueur de la justice divine satisfaite jusque dans ses dernières exigences, ses droits énormes et très-saints complètement acquittés, sa bonté vénérable et sa sévère majesté recevoir un culte adéquat par le précieux sang et la mystérieuse Passion de notre bien-aimé Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, Dieu et homme.
Celui-là n'a, pour ainsi dire, pas commencé à connaître Dieu, qui ne s'est pas appliqué avec crainte et humilité, dans le silence de l'esprit et le calme du cœur, à étudier les redoutables secrets de la justice de Dieu. Mais est-ce là que nous trouverons le motif de son amour ? Notre création était-elle une dette due à notre justice originelle ? L'Usage que nous avons fait des dons de la nature, ou notre correspondance aux sollicitations dela grâce ont-ils été tels que nous osions en appeler à la justice de Dieu et exiger qu'il nous paye rigoureusement selon nos mérites ?
Écoutez les plaintives lamentations des âmes du purgatoire qui retentissent jusque sur l'Eglise de la terre, et vous connaîtrez la vérité. Certes, il faut que nous soyons bien couverts par la grâce et la justice de Jésus, avant d'oser dire avec Job : « Qu'il me pèse dans les balances de sa justice. » Assurément, si on ne considère que la justice seule, nous sommes dignes de châtiment plutôt que d'amour.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Lundi 09 Avril, 2007 20:53 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 165-166 a écrit: |
Dans le dix-septième siècle on vit se succéder en France plusieurs saints personnages qui furent portés, par le Saint-Esprit, à une dévotion particulière envers la sainteté de Dieu, et le même instinct infaillible de la grâce les conduisit à y associer un attrait spécial pour le sacerdoce de Jésus. Approchons de cet attribut de sainteté, et voyons si nous y pouvons découvrir le motif de l'excessif amour de Dieu pour ses créatures.
Dieu est sainteté infinie, parce qu'il est pureté par essence. Qui pourrait soutenir l'éclat d'une si brillante lumière ! Il est saint parce que la divine essence est la racine et la source de toute sainteté.
Il est saint parce qu'il est la règle, le modèle, l'exemplaire de toute sainteté. Il est saint parce qu'il est l'objet de toute sainteté, qui ne peut être autre chose que l'amour de Dieu et l'union avec lui.
Il est saint, parcequ'il est le principe de toute sainteté, qu'il la répand dans les anges et dans les hommes, et qu'il est la dernière fin vers laquelle leur sainteté est nécessairement dirigée.
Il est infiniment saint parce qu'il est infiniment aimable, et, comme toute sainteté consiste dans l'amour de Dieu, la sainteté de Dieu consiste dans l'amour de lui-même.
Ainsi, et quel adorable mystère ! l'infinie pureté de Dieu est simplemement l'amour qu'il se porte.
Nous ne croyons pas que la créature puisse avoir de Dieu une idée plus grande que celle que donne cette étonnante vérité.
En supposant même que nous soyons des saints, que sera notre sainteté créée pour être comparée à celle de Dieu ? Il est saint en lui-même, et de lui-même saint par essence, ce qui est impossible à une créature qui, d'après la théologie, ne peut pas, par sa nature, être le fils de Dieu, être impeccable, avoir le Saint-Esprit, et voir la nature divine.
Notre sainteté consiste en dons surajoutés gratuitement aux faiblesses et aux incapacités de notre nature finie; celle de Dieu est substantielle, elle est sa propre substance; la nôtre n'est qu'une qualité, un accessoire, une illumination de l'esprit et un mouvement du coeur qui nous viennent de lui; celle de Dieu est infinie et dans son intensité et dans son étendue, tandis que nous n'avons pas, hélas ! de mots assez bas pour exprimer l'extrême faiblesse, la déplorable langueur, la pauvreté de notre sainteté la plus éclatante et la plus ardente. Le sainteté de Dieu ne peut ni s'accroître ni diminuer ; elle ne peut s'accoitre parce qu'elle est déjà infinie; elle ne peut diminuer parce qu'elle est son essence.
La sainteté de Marie pourrait grandir pendant des siècles avec dix fois plus de rapidité que ses immenses mérites ne l'ont fait sur la terre, et, à la fin, elle serait encore aussi loin de celle de Dieu qu'elle l'est à présent.
La sainteté de Dieu est éternelle; la nôtre compte un an ou deux, peut-être ne commence-t-elle qu'à la fin de notre vie. La sainteté de Dieu ne peut se comprendre à cause de son excessive pureté et de son éclat sans tache; la nôtre, hélas! une créature peut la pénétrer et l'apprécier en moins d'une demi-heure.
La sainteté de Dieu est infiniment féconde, car elle est l'origine, le soutien, l'exemple, l'encouragement de toute sainteté créée; la nôtre est féconde aussi, car c'est dans la nature de la sainteté; mais combien peu nous avons fait; à combien d'âmes avons-nous appris à connaître Dieu et à l'aimer ? Si on mettait en balance le scandale et l'édification que nous avons donnés, lequel des deux l'emporterait ?
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mardi 10 Avril, 2007 21:32 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 167-168 a écrit: |
Nous venons de nous supposer saints autant que nous pouvons l'être, mais combien ne s'en faut-il pas ! Et, sachant ce que nous sommes, pouvons-nous concevoir que l'infinie sainteté ait porté l'amour à nous tirer du néant, ravie par la prévision de ce que nous devions être ?
La sainteté de Dieu n'a pas, comme sa miséricorde, un rapport nécessaire avec la créature; et, chose étrange, c'est cependant cet attribut le plus inimitable de tous qui nous est proposé comme l'objet de notre imitation. Nous devons être saints, parce que Dieu est saint, et parfaits comme notre Père céleste est parfait.
Reproduisons-nous donc cette sainteté de Dieu, assez pour devenir l'objet d'une si excessive affection ? Si nous n'en pouvions appeler qu'à la sainteté de Dieu, y trouverions-nous les motifs de son amour pour nous ? Ou plutôt, si nous n'avions pas des idées plus justes des attributs divins, ne serions-nous pas tentés de croire qu'il faut la toute-puissance de l'amour pour empêcher la sainteté infinie de se détourner de nous avec dégoût et aversion ?
Quelle est la pensée de David quand, dans le quatre-vingt-cinquième psaume, il dit d'abord : « Abaissez, Seigneur, votre oreille et exaucez-moi, parce que je suis pauvre et dans l'indigence, » et ensuite : « Gardez mon âme, parce que je suis saint. » Il était un homme selon le coeur de Dieu; mais nous, que sommes-nous ? Cependant, quand il affirmait sa propre sainteté, ce n'était pas à celle de Dieu qu'il en appelait, car il ajoute « car vous êtes rempli de douceur et de bonté, et vous répandez vos misricordes sur tous ceux qui vous invoquent. »
Est-ce la beauté divine qui aime si tendrement les misérables créatures ? Mais comment sonder l'insondable amabilité de Dieu ? Un éclair momentané de sa beauté nous jetterait dans une extase qui séparerait l'âme du corps : il faut que nous soyons revêtus de la mystérieuse force de la lumière de gloire avant que, dans la vigoureuse jeunesse de notre immortalité, nous en puissions soutenir la présence et la vue, sans être anéantis. Nous verrons dans sa splendeur vivante, dans l'éclat de son incompréhensibilité, dans la beauté de son immensité, l'infinie lumière et la puissance infinie, la sagesse infinie et l'infinie beauté, le bonheur infini et la gloire infinie, l'infinie majesté et la sainteté infinie, l'infinie richesse et l'océan d'être infini : nous le verrons non-seulement renfermant tous les biens réels, concevables et possibles, mais les renferment de la manière la plus éminente et la plus inexprimable, les renfermant (ô manifestation de la plus ravissante beauté !) dans l'unité de la plus noble et majestueuse simplicité ; et cette vision sans limites est, dans sa totalité, la beauté de la nature divine, et ce que nous verrons, quoique nous le désignions par un mot, n'est pas une chose à part, mais Lui, l'Être, Lui, notre Créateur, trois Personnes, un Dieu. Cette beauté, c'est Dieu, Dieu infiniment bon !
Oh! comme en pensant à cela nous comprenons que nous sommes cendre et poussière, mort et corruption ! Nous allions dire que Dieu a sa beauté par lui-même, et que la nôtre vient de lui; que la sienne est sans bornes, et la nôtre presque imperceptible; que la sienne est intérieure, et la nôtre empruntée du dehors; que la sienne ne peut ni croître ni diminuer, et que la nôtre est une ombre vague, incertaine, flottante : mais n'est-il pas plus vrai de dire que nous n'avons aucune sorte de beauté ?
0 mon coeur, mon coeur, tu me cries qu'il est temps que je m'arrête, car l'infinie beauté, à moins d'être infiniment trompée, ne peut avoir que de la répulsion pour tes crimes et ta misère!
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Mercredi 11 Avril, 2007 22:16 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 168-169 a écrit: |
L'infinie sagesse se serait étrangement oubliée elle-même, si elle pouvait avoir été amoureuse de nous, en vue de nous-mêmes. Ce qu'il y a de plus redoutable dans la divine sagesse, et ce qui la rend si adorable, c'est qu'elle est la connaissance que Dieu a de nous en lui-même. Il ne nous contemple pas au dehors comme un spectateur infiniment intelligent; mais il regarde en lui-même, et il nous y voit, et il nous connaît, comme il connaît toutes choses, dans les causes les plus cachées, les plus intimes, les plus profondes; il nous juge avec une vérité dont la lumière et l'infaillibilité sont irrésistibles.
Sainte Marie-Madeleine de Pazzi examinait tout haut sa conscience dans une extase, et nous avons là un monument surnaturel de la plus délicate connaissance de soi-même; mais qu'est-ce que la connaissance d'un examen de conscience, auprès de la connaissance instantanée, pénétrante, complète, que Dieu a de nous en lui-même ? La sagesse est encore l'abîme dans lequel les beautés multiples de toutes les créatures possibles, et les magnifiques adorations de tous les mondes possibles se meuvent avec lumière, ordre et mesure au milieu des idées de Dieu. Et que sommes-nous auprès de semblables visions ?
Comme le rayon du soleil de midi blesse cruellement un oeil malade, tel est le regard de la connaissance de Dieu fixé sur l'âme du pécheur. Quelle torture ce doit être, indépendamment du regret de ce qu'on a perdu, de se sentir à nu et transparent à la lumière inexorable de la sagesse de Dieu ! Ne devrions-nous pas avoir au moins quelque ombre affaiblie de ce sentiment ?
Si l'humanité sainte de Jésus ne couvrait pas notre froideur, notre nudité et notre pauvreté, comme un manteau sacré, ou si, perdant cet abri tutélaire, nous tombions au grand jour de l'inflexible sagesse de Dieu, le sentiment de notre abjection et de notre bassesse créée nous ferait sûrement mourir de honte et de terreur. Pouvons-nous donc croire que Dieu nous aime tant, précisément parce qu'il nous connaît si bien ? Oh! non, comme de petits enfants, nous devons nous cacher le visage dans le sein de notre bien-aimé Maitre, et crier d'une voix à demi-éteinte : « Détournez votre face de mes péchés, et effacez toutes mes iniquités. »
La sagesse infinie s'est comme fatiguée en ingénieux désirs pour sauver nos âmes et gagner notre amour, et que sommes-nous devenus, en dépit de ce curieux déploiement de grâces et d'inventions, et comment la sagesse peut-elle nous regarder sans être déçue ? Or, que doit être le désappointement en Dieu ?
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Jeudi 12 Avril, 2007 21:51 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 169-171 a écrit: |
La libre volonté de l'homme est ce qui semble le plus mettre une limite à l'omnipotence de Dieu, et si cette puissance qui ne faiblit jamais paraît défaillir, c'est quand on considère le peu d'amour que Dieu obtient de nous.
Les paroles nous manquent pour exprimer la puissance de Dieu, nous n'avons même pas d'idées qui nous puissent aider à la concevoir un peu. Quel vaste champ de spéculations capricieuses nous ouvrent et les créatures possibles et les mondes possibles, et cela ne suffit pas à nous faire une image de cet inimaginable pouvoir ! Le possible nous semble presque infini, tant ses horizons sont. vastes, tant il comprend d'objets, tant est effrayante la variété de ses opérations. Mais un Etre qui n'est jamais arrêté par l'impossible, à qui l'impossible ne pose nulle part une limite, pour qui rien n'est impossible, quel peut-il être ?
Nous ne trouvons rien dans notre esprit qui nous en donne une idée. Si, pour un si terrible pouvoir, il pouvait exister une distinction de grand et de petit, ne serions-nous pas tellement petits qu'il n'aurait que du mépris pour nous, et dédaignerait de nous jeter un regard ?
Mais si nous nous sommes révoltés contre cette omnipotence, si nous avons osé braver son pouvoir, si nous avons essayé d'opposer notre force à sa force, si nous avons été assez audacieux pour jeter notre volonté comme un obstacle sous les roues de son char impétueux, ne serions-nous pas sûrs, si Dieu était uniquement et simplement pouvoir, qu'il nous ôterait la vie, qu'il nous rejetterait du pied dans notre sombre néant, et qu'il poursuivrait sans fin sa course brillante à travers les miracles sans cesse renaissants, les mondes innombrables et les champs sans nom de sa gloire inimaginable.
Dieu est vérité, tout vérité, rien que vérité. La vérité est la beauté de Dieu, et sa beauté est la plénitude de la vérité. Toute chose est ce qu'elle est à la vue de Dieu et rien autre. La vérité est le caractère de l'esprit de Dieu, et la perfection de sa bonté. Toute vérité dans les créatures est une dérivation de la vérité de Dieu. Chaque chose dans les idées divines a une convenance particulière qui la rend digne de lui, parce qu'elle la rend vraie.
Dieu est vérité non-seulement en lui-même en tant que vérité absolue et inaccessible, mais il est spécialement vérité en tant que type des créatures. Tout ce qu'il y a en elles de vrai, l'est à cause de sa conformité avec Dieu qui est leur règle et leur modèle, ou, comme disent les philosophes, leur cause exemplaire. Toute la vérité de la création est donc dans sa conformité avec Dieu, et tout ce qui ne lui est pas conforme, est un monstre, un mensonge.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Vendredi 13 Avril, 2007 21:22 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 171-172 a écrit: |
Il n'y a pas, peut-être cependant, une seule des perfections divines qui distingue le Créateur de sa créature plus que celle de la vérité, aucune avec laquelle il nous soit plus important de communiquer, aucune dont la communication soit plus absolument surnaturelle et dans laquelle la persévérance soit plus difficile.
Cette divine perfection du Créateur est si nécessaire à la création , que toutes les créatures peuvent dire par instinct autant que par inspiration que Dieu est vrai et tout homme menteur mais si la vérité, la seule vérité créée est la ressemblance avec Dieu , la conformité à Dieu, la tendance vers Dieu, quelle vérité y a t-il en nous ? Combien nous différons de notre original ? Comme nous nous écartons de la droite ligne, comme nous sommes indociles à la main de Celui qui bâtit la céleste Jérusalem sur le modèle de sa vérité ! La vérité ne doit-elle pas abhorrer ce qui manque autant que nous de vérité ? N'est-il pas vrai que souvent pendant notre vie le Saint-Esprit a réveillé en nous le sentiment de notre fausseté, et nous a fait voir que notre réalité s'allait perdre dans les ténèbres de l'hypocrisie, des prétextes, de la vaine gloire, des mensonges d'intention, des détours à demi délibérés, des déguisements involontaires et inévitables, qui nous font toujours jouer un rôle qui n'est pas le nôtre, et paraître ce que nous ne sommes pas ? Quelle misère, quelle honte d'être ainsi souillés par le mensonge ! Du moins, l'oeil de Dieu pénètre de part en part nos ignobles déguisements, et perce des rayons de sa lumière les abîmes que nous soupçonnons, sans les connaître, des plus monstrueuses illusions. Mais, est-ce parce que nous sommes vrais que Dieu peut nous aimer ?
Examinons encore un attribut et terminons notre recherche. Mais comment parler de vous, ô merveilleuse miséricorde de Dieu ? C'est la Miséricorde qui semble nous faire mieux comprendre Dieu. Si en la pratiquant la créature devient semblable au Créateur, ne pouvons-nous pas dire que par elle le Créateur ressemble à la créature ? Elle porte avec soi une apparence de tristesse et de sympathie, de pitié, de dévouement, de compassion qui appartient à la noblesse d'une nature crée. Elle donne à Dieu un caractère paternel, comme si, partageant en réalité les peines de ses enfants, il leur disait de douces paroles, et leur prodiguait de tendres caresses pour adoucir par son exubérante affection leurs peines et leur détresse.
Comment définir ce précieux attribut de la miséricorde ? N'est-ce pas la seule perfection que la créature donne, ou semble donner au Créateur ? Comment aurait-il de la miséricorde, si ce n'était pour nous. Il n'a pas de chagrins à consoler, pas de besoins à satisfaire, car il est un océan d'être sans bornes. La miséricorde est le calme de sa toute-puissance et le charme de son omniprésence, le fruit de son éternité et la compagne de son immensité, la principale satisfaction de sa justice, le triomphe de sa sagesse, la patiente persévérance de son amour. Partout nous rencontrons la miséricorde de notre Père céleste : douce, active, vaste, profonde, sans limites. Le jour, elle éclaire nos travaux; la nuit, nous dormons sous sa protection; la cour du ciel resplendit des rayons de sa beauté féconde, la terre en est couverte, et devient comme le lit de cet autre Océan. Le purgatoire est comme une création distincte qui lui est propre, elle y répand le demi-jour argenté de la lune dans une nuit d'été. L'empire même des ténèbres sans espoir est moins sombre qu'il ne serait si quelque lueur de cette excessive miséricorde ne pénétrait jusque dans ses profondeurs.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Samedi 14 Avril, 2007 21:15 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 172-174 a écrit: |
Seule la miséricorde pouvait deviner la misère de la non-existence, et faire appel à la toute-puissance et à l'amour pour former l'univers et y répandre la vie. Ce fut son premier essai de manifestation. Mais comme si, dans l'instant même où elle peuplait le néant des existences angéliques et humaines, elle voulait se surpasser elle-même et ne se contentait pas d'une oeuvre si puissante, elle élève sa création à l'état de grâce en même temps qu'elle lui donne l'état de nature.
Puis, quand la race humaine déchoit, tombe par sa malice de cet ordre surnaturel et se détache de Dieu, ce n'est pas assez pour la miséricorde d'inonder le monde de grâces : elle fait descendre du ciel la personne du Verbe éternel et l'unit à une nature humaine, afin qu'il puisse racheter le monde par les merveilles presque incroyables d'une rédemption vraiment divine.
Après cela, nous pouvons tout attendre de la miséricorde; nous pouvons lui demander les motifs de l'amour du Créateur.
Cependant, si nous pouvons ainsi parler, la miséricorde semble n'être qu'une méthode de cet amour. L'amour est en quelque façon plus vaste qu'elle, quoiqu'elle soit simplement infinie.
La miséricorde est une de ses perfections, l'amour les embrasse toutes dans leur harmonie.
La miséricorde ne se lasse pas de nous, ne désespère jamais, ne cesse point de nous poursuivre, ne s'offense pas, rend le bien pour le mal, dispense à tous les mérites, et est le ministre, partout agissant, du précieux sang de Jésus.
Mais l'amour a quelque chose de plus. Il s'adresse à chacun de nous, individuellement, il est personnnel. L'amour est juste et équitable autant que tendre, aussi sage que puissant. Il est équivalent au tout de Dieu, il s'étend autant que lui.
La miséricorde est quelque chose par elle-même, l'amour est la perfection de l'incréé en lui-même.
La miséricorde est le trait distinctif du Créateur, elle compatit, elle épargne, elle pardonne, elle condescend; mais l'amour récompense honore, élève, rend égal à lui-même.
L'idée de prédilection n'entre pas dans la miséricorde, tandis qu'elle est la vie intime de l'amour.
Nous ne l'affirmons pas, mais il nous semble que la miséricorde ne répond pas complètement à la question que nous nous sommes posée : cependant, si elle n'est pas le motif de l'amour de Dieu, où le trouverons-nous dans son infini ?
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Dimanche 15 Avril, 2007 22:21 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature, Paris, 1886, pp 174-175 a écrit: |
Mais il est temps de conclure. Nous avons vu ce qu'est l'amour de Dieu pour nous, et nous nous sommes demandé pourquoi il nous aime. La raison doit s'en trouver ou en Dieu ou dans l'homme.
Ce n'est pas dans l'homme, car en lui-même il n'est rien, il n'est qu'un atome au milieu des créatures raisonnables. A son néant il a joint la rébellion, et ne peut en aucune manière rien ajouter à Dieu. Même à la juger par les principes humains, la façon dont il sert Dieu est presque une insulte. Il est le contre-pied de Dieu en toutes choses, et s'il est caractérisé par une chose plus que par une autre, c'est par la bassesse et la lâcheté.
Nous avons donc dû chercher en Dieu la raison de son amour, et, parcourant l'une après l'autre ses principales pecfections, nous avons à peine trouvé ce que nous cherchions.
L'infinie justice voudrait qu'il nous punit; l'infinie beauté serait révoltée, et l'infinie sagesse déconcertée; l'infinie puissance nous abandonnerait avec dédain; l'infinie vérité ne verrait en nous qu'hypocrisie et mensonge. Enfin la miséricorde, quoique infinie, devrait se lasser de nous, et si elle ne le fait pas, c'est précisément parce qu'elle est infinie. Mais dans l'amour il y a quelque chose de plus que de ne pas se lasser.
Pourquoi donc Dieu nous aime-t-il ? Notre seule réponse est : parce qu'il nous a créés, et par là la miséricorde serait la raison de son amour. Mais pourquoi nous a-t-il créés ? Parce qu'il nous a aimés. Nous sommes enfermés dans ce cercle dont nous ne pouvons sortir. Belle prison, il est vrai : nous y pouvons rester'tant que nous serons sur la terre, et dussions-nous n'en savoir jamais davantage, nous pouvons y reposer pendant l'éternité. Qui se pourrait lasser d'une telle captivité ?
Dieu nous aime parce qu'il nous a créés. Quels sentiments seraient les nôtres, si nous avions tiré quelqu'un du néant ? Qui le pourrait dire ? Nous supposons qu'ils renfermeraient tous les principes des affections terrestres : l'amour paternel, fraternel, conjugal et filial, avec les sentiments d'amour des anges, dont nous ne connaissons rien. Nous supposons qu'ils les réuniraient non-seulement dans un degré infini, mais dans un mode si éminent que nous ne saurions le concevoir, et plus encore, avec une adorable simplicité qui n'appartient qu'à la divine nature.
Mais quand nous avons imaginé tout cela, nous voyons que dans l'amour d'un Créateur, il est quelque chose d'autre et de plus élevé que nous ne pouvons expliquer, mais que nous pouvons supposer un sentiment sortant de l'acte même de la création, et qui est ce qu'il est parce que Dieu est ce qu'il est, le Dieu infiniment béni. Voici donc notre réponse : il nous aime parce qu'il nous a créés. Certainement le mystère n'apporte pas dans nos esprits une grande lumière, au moins de celles que nous pouvons communiquer, mais, ce qui vaut mieux, il embrase nos coeurs.
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Si vis pacem
Inscrit le: 11 Oct 2006 Messages: 1851 :
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Posté le: Lundi 16 Avril, 2007 22:00 Sujet du message: |
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| R.P. Faber, Le créateur et la créature. Paris, 1886, pp 176-177 a écrit: |
NOS MOYENS D'AIMER DIEU.
L'amour est une grande chose ! car, quand Dieu aime, ce n'est que pour être aimé. Or, s'il aime pour être aimé, c'est qu'il sait que l'amour rend heureux ceux qui l'aiment. Ô douceur! Ô grâce ! Ô force de l'amour !
S. BERNARD.
Les sages et les philanthropes se sont souvent amusés à tracer le plan de républiques imaginaires : tantôt ils ont placé leur peuple idéal dans des situations exceptionnellement favorables à la pratique des plus hautes vertus, tantôt ils ont fait consister tout le devoir des hommes dans quelques qualités particulières, tels que le patriotisme et la simplicité; d'autres fois, ces législateurs ont délivré leurs citoyens supposés de toutes les contraintes conventionnelles de la civilisation, afin que le développement de leur liberté pût se faire librement et dans le champ le plus large.
Nous pouvons aussi nous amuser à concevoir quelque monde imaginaire. Nous pouvons supposer, par exemple, qu'après le jour du Jugement, l'amour créateur de Dieu choisisse quelque autre planète de notre système pour la peupler de créatures raisonnables destinées à le servir et à glorifier son nom; faisons leur histoire imaginaire. Elles ne sont ni anges ni hommes, mais de quelque espèce différente qu'il a plu à Dieu de former; elles ont conservé leur innocence originelle sans être tombées partiellement comme les anges, ni avoir subi la déchéance de la race tout entière, comme il est malheureusement arrivé à l'homme.
Il est clair qu'elles sont sous l'empire de Jésus, puisqu'il est le chef et le premier-né de toutes les créatures, mais leur manière de lui rendre hommage diffère de la nôtre. Elles ne subissent pas les mêmes lois matérielles que nous, et les facultés de leur esprit, différentes des nôtres, donnent lieu aussi à d'autres obligations morales. Elles forment une variété dans la magnifique unité de l'Église du Christ. Elles peuvent être au-dessus des anges, au-dessus de l'homme, ou intermédiaires entre les uns et les autres : il serait difficile qu'elles fussent dans un degré inférieur à l'homme, parce que, dans cette supposition, Notre-Seigneur n'eût pas poussé la condescendance à ses extrêmes limites.
Après nous être fait le tableau de ce monde possible, nous pouvons descendre curieusement dans tous les détails imaginables de cette nouvelle vie planétaire, et chercher ce que pourrait être l'existence de ces créatures. Nous pouvons les suivre dans les combinaisons de leur système social, dans les complications de leur vie publique, ou dans les minutieuses habitudes de leur foyer domestique; nous représenter leurs affaires, leurs professions, leurs types du beau, leurs arts et leurs sciences, leur philosophie et leur littérature, leurs règles de critique, leurs modes de louange et de blâme. La guerre peut être impossible à leur nature, leurs révolutions politiques sans péché; nous pouvons supposer que leurs souffrances ne sont pas le châtiment d'une faute passée, ou que la solitude est leur état normal, ainsi que l'est pour nous la société. Quand notre tableau sera complet, ce monde, que nous aurons arrangé à notre guise, aura, malgré toutes ses différences, quelques traits communs avec le nôtre : d'abord, parce qu'il aurait Dieu pour Créateur, et puis parce que nous ne pouvons en tracer le dessin sans nous copier un peu nous-mêmes.
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