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La vénérable Jeanne d'Arc prophétisée et prophétesse
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gabrielle



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MessagePosté le: Jeudi 09 Février, 2012 14:07    Sujet du message: Répondre en citant

IV.


Citation:
Les prophéties faites au cours du procès, remarquables par leur importance, le sont encore plus par leur authenticité. L'on en chercherait vainement, en dehors de celles dont le Saint-Esprit s'est fait le garant, qui soient à ce point indéniable. Elles sont faites devant une nombreuse assemblée d'hommes de doctrine, écrites au moment où elles sortent de la bouche de l'inspirée, recueillies par des officiers judiciaires, les greffiers du tribunal, à la solde des ennemis de la prophétesse. Cauchon en les laissant relater devait sans doute se promettre que les événements leur donneraient un démenti. Les événements les ont confirmées de point en point.

C'est principalement dans la séance du Ier mars qu'elle fut saisie par l'esprit de prophétie, séance où cinquante-huit assesseurs entouraient l'évêque de Beauvais. Par les questions posées, Jeanne avait été amenée à professer que, s'il y avait plusieurs Papes, ce qu'elle ignorait, pour elle le vrai Pape était celui de Rome. Lecture lui avait été faite de sa fameuse lettre aux Anglais ; à trois mots près, elle en avait reconnu l'authenticité. On y lisait qu'elle venait pour bouter les Anglais hors de toute France. Le mauvais vouloir de ceux qui gouvernaient le roi, la trahison, l'avaient empêchée d'accomplir intégralement sa mission. Les Anglais restaient encore bien puissants en France, puisqu'ils possédaient Paris, Rouen, la Normandie. Ils étaient maitres depuis trois siècles de Bordeaux, et des meilleures parties de la Guyenne. Quatre ans après, au congrès d'Arras, Charles VII proposait d'acheter la paix par des concessions si énormes, qu'on est heureux que les Anglais aient préférer rompre les négociations que les accepter. Ce que la Libératrice n'a pas accompli, elle le prophétise. A la suite de la lecture de sa lettre, elle ajoute d'elle-même :

« Avant sept ans les Anglais perdront un gage plus grand que celui qu'ils ont fait devant Orléans. Ils perdront tout en France. Ils éprouveront une perte telle qu'ils n'en auront jamais ressenti de pareille en France. Ce sera par une grande victoire que Dieu enverra aux Français — Comment le savez-vous? — Je le sais par la révélation qui m'en a été faite : cela arrivera (en partie) avant sept ans. Je serais bien fâchée que cela fût si longtemps différé. Je le sais par révélation d'une manière aussi certaine que je sais que vous êtes devant moi (V, 224).


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
page 43

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gabrielle



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MessagePosté le: Samedi 11 Février, 2012 13:48    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Nous avons ici trois prophéties. Le gage plus grand que celui d'Orléans que devaient perdre les Anglais, c'était Paris. Paris redevint français le 14 avril 1436, cinq ans quarante-trois jours après la prédiction. Ils perdront tout en France. C'est l'expulsion totale. Elle ne sera l'effet ni d'une alliance matrimoniale, ni d'un traité quelconque, mais celui d'une grande victoire des Français, et d'une défaite des Anglais, telle qu'ils n'en auront jamais subi de pareille en France. Le désastre sera, par conséquent, plus grand que celui de Patay. C'est la prédiction de la défaite de Castillon, le 17 juillet 1453. L'armée anglaise, dit M. de Beaucourt (Hist. de Charles VII, V, 266), y fut anéantie. Talbot avait été fait prisonnier à Patay, il fut tué à Castillon avec son fils. Ces prophéties étaient absolues, sans condition ; non seulement l'inspirée n'en met pas, elle est aussi certaine de leur réalisation que de la présence de ceux auxquels elle s'adresse.

Elles devaient faire sur l'assemblée l'effet d'autant de coups de foudre, et y produire un de ces tumultes, un de ces feux croisés de questions, que les témoins attestèrent au procès de réhabilitation. Le procès-verbal s'en ressent. Il y a des omissions; pas assez pour qu'on n'y voie pas une quatrième prophétie, la reddition de Rouen, à mon avis du moins. Voici le texte :

« Quand cela arrivera-t-il ?

— Je ne sais ni le jour ni l'heure.

— En quelle année?

— Vous ne le saurez pas encore. Je voudrais bien cependant que cela fût avant la fête de saint Jean.

— Est-ce que vous avez dit que cela arriverait avant la fête de saint Martin d'hiver?

— J'ai dit qu'avant la Saint-Martin d'hiver, l'on verrait plusieurs chose; il pourra arriver que ce seront les Anglais qui mordront la poussière.

— Qu'avez-vous dit à Jean Griz, votre gardien, à propos de cette fête de saint Martin d'hiver?

— Je vous l'ai déjà dit.

— Par qui le savez-vous?

— Je le sais par les saintes Catherine et Marguerite (V, 224). »

Elle avait donc dit à son geôlier quelque chose se rapportant à la Saint-Martin d'hiver, qu'elle ne répète pas, si ce n'est d'une manière fort vague, ou que le greffier a omis, comme bien d'autres réponses. — Par le fait, à la Saint-Martin d'hiver, c'est-à-dire le 11 novembre 1449, il se passa un événement de haute importance pour le recouvrement de la France et l'expulsion de l'envahisseur. Le 10 novembre 1449, Charles VII faisait son entrée triomphale à Rouen; c'était la veille de la Saint-Martin d'hiver. Toute la grande province de Normandie redevenait française dans quelques mois. La Guyenne était conquise dans l'année qui suivit. On regarda comme miraculeuses de si rapides conquêtes. On n'est pas loin de le croire lorsque l'on se reporte à l'époque.

L'expulsion définitive des Anglais qui, Bordeaux les ayant rappelés, n'eut lieu qu'en 1453, plus de vingt ans après la prophétie, aurait pu être effectuée sous un autre roi que Charles VII. C'est à plusieurs reprises que Jeanne dit hautement que ce sera sous Charles VII
.


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
page 44-45

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MessagePosté le: Lundi 13 Février, 2012 15:34    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Dans cette même séance du 1er mars, s'engagea le dialogue suivant.

— Quelles promesses vous ont faites vos voix?

— Elles ne m'ont rien promis qu'avec la permission de Dieu.

— Quelles promesses vous ont-elles faites ?

— Ce n'est pas de votre procès; entre autres chose, elles m'ont promis que mon roi serait rétabli dans son royaume, que ses ennemis le veuillent ou non (V, 227) ; et un peu plus loin dans la même séance :

—Vos voix vous ont-elles défendu de dire la vérité ?

— Voulez-vous que je vous dise ce qui regarde mon roi ? Bien des choses ne touchent pas le procès, Ce que je sais bien, c'est que mon roi recouvrera le royaume de France, Je le sais aussi certainement que je sais que vous êtes devant moi. Je serais morte sans la révélation qui me conforte chaque jour (V, 228).

Elle répétait la même affirmation dans la séance du 18 mars. Pressée sur le signe donné au roi, elle répondait par une belle allégorie : un ange lui avait apporté une couronne : cet ange disait au roi, répond-elle, qu'il aurait tout le royaume entièrement, à l'aide de Dieu, moyennant mon labeur, qu'il me mit en besogne et qu'il me donnât des hommes d'armes (V, 255).

Le promoteur incrimina cette promesse dans l'article XVIII de son réquisitoire. Jeanne répondit :

« Je confesse que de par Dieu je portai, des nouvelles à mon roi, que Dieu le ferait couronner à Reims et mettrait hors ses ennemis... Je parlais de tout le royaume »(V, 319).

Le 13 mars encore, à la question :

Dieu hait-il les Anglais? elle répondait :

« De l'amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglais, de ce qu'il fait de leurs âmes après la mort, je ne sais rien; mais je sais bien qu'ils seront chassés de toute France, excepté ceux qui y mourront, et que Dieu donnera victoire aux Français et contre les Anglais (V, 284).

Le promoteur ayant allégué contre l'accusée la fière lettre aux Anglais s'attira cette réponse :

« Si les Anglais eussent cru ma lettre, ils n'eussent fait que sages, et avant qu'il soit sept ans, ils s'apercevront bien de ce que je leur écrivais »(V, 322). Elle avait dit dans une réponse précédente :

«Quant aux Anglais, la paix qu'il leur faut, c'est qu'ils s'en aillent en leur pays, en Angleterre» (V, 329)
.



J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
page 45 -46

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MessagePosté le: Mercredi 15 Février, 2012 14:27    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Elle prédisait la paix d'Arras, dans la séance du 17 mars, par les paroles suivantes : Vous verrez que bientôt la France gagnera une grande besogne que Dieu enverra aux Français, et tant que tout le royaume en branlera. Je le dis afin que lorsque cela sera arrivé, on ait mémoire que je l'ai dit (V, 276).

L'expression gagner une grande besogne n'indique pas une victoire par les armes, mais bien les heureuses conclusions d'une affaire compliquée. Telle fut bien la paix d'Arras, par laquelle le puissant duc de Bourgogne, détaché du parti anglais, revint à la maison de France, à laquelle il appartenait de très près par sa naissance. Les princesses des deux partis, les légats du Pape avaient fait de grands efforts pour amener cette réconciliation, sans y réussir. Le duc alléguait qu'aux termes du traité de Troyes, il ne pouvait traiter de paix avec le Dauphin viennois — c'est ainsi qu'on nommait Charles VII dans le parti bourguignon —que de concert avec le roi d'Angleterre. Les ambassadeurs anglais ayant quitté Arras, le légat du Pape, Nicolas Albergali, un saint honoré dans l'Église comme bienheureux, fit d'incroyables efforts pour lever les scrupules, vrais ou simulés, du duc de Bourgogne. Il employa raisonnement, prières, menaces, et, dit-on, eut recours jusqu'à de réels miracles. Le duc finit par céder. La réconciliation s'opéra avec une solennité sans pareille le 21 septembre 1433(?). Les conditions, d'ailleurs fort dures, étaient un bien, puisqu'elles faisaient perdre à l'envahisseur son principal appui.

L'expression : Tout le royaume en branlera, est on ne peut plus juste. Ceux qui ne suivirent pas immédiatement le duc dans son retour au devoir ne conservèrent à l'Anglais qu'une fidélité chancelante et douteuse, prêt à l'abandonner dès que l'occasion s'en offrirait, ou qu'ils y trouveraient leur intérêt.

L'inspirée sent si bien l'importance de sa révélation, que, pour la graver dans le souvenir, elle emploie littéralement les paroles par lesquelles Notre-Seigneur recommandait à ses apôtres de se souvenir d'une de ses prophéties (Joan., XVI, 4).

L'inspirée dit, que les Français gagneront bientôt cette grande besogne. Il n'y a pas de temps dans l'éternité où les prophètes lisent l'avenir; par le fait, la paix d'Arras fut la première des quatre grandes étapes par lesquelles la France fut rendue à elle-même. Elles sont toutes prédites ici: paix d'Arras, 21 septembre 1433; recouvrement de Paris, 14 avril 1430; reddition de Rouen, 10 novembre 1449; victoire de Castillon, 17 juillet 1453; tout cela sous Charles VII. Après la conquête de la Guyenne, les Anglais ne conservèrent que Calais, recouvré seulement en 1552. Mais c'est bien le cas d'appliquer le proverbe : Parum pro nihilo reputatur.


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
pages 46 -47

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MessagePosté le: Vendredi 17 Février, 2012 13:14    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
La Vénérable a prédit l'époque de son supplice, le caractère de martyre qu'il devait avoir, l'effet qu'il devait produire sur ses ennemis.

Le 1er mars, elle répondait à la question :

Quelles promesses vous ont faites vos voix ?

— Elles m'ont promis de me conduire en Paradis ; ce que je leur avais demandé.

— N'avez-vous pas une autre promesse?

— J'ai une autre promesse ; je ne vous la dirai pas ; cela ne regarde pas le procès. Avant trois mois je vous dirai une autre promesse (V, 227).

Dans trois mois moins un jour, le 30 mai, c'était le bûcher du Vieux-Marché. Quelle était la promesse qui ajoutait è celle du Paradis ? N'était-ce pas d'y entrer par la voie du martyre ?

Le martyre lui fut promis par les voix. Cela résulte clairement de ce qu'elle disait à la séance du 14 mars. Il faut citer le passage tout entier :

« Sainte Catherine m'a dit que j'aurais secours. Je ne sais si ce sera à être délivrée de prison, ou quand je serai en jugement, s'il arrivera quelque trouble par le moyen duquel je pourrai être délivrée; je pense que ce sera l'un ou l'autre. Le plus souvent mes voix me disent que je serai délivrée par grande victoire, et ensuite elles me disent : « Prends tout en gré, ne te chaille pas de ton martyre, tu t'en viendras enfin en royaume de Paradis. » Et cela les voix me le disent simplement et absolument, c'est à savoir sans faillir, et j'appelle ce (l'état présent) martyre pour la peine et adversité que je souffre en la prison, et je ne sais si plus grand en souffrirai ; mais je m'en attends à Notre-Seigneur » (V, 262).

Nous avons ici un exemple de ce qu'enseignent les théologiens, que le prophète peut donner à la prophétie une interprétation qui n'est pas la vraie; mais en ce cas, il distingue son interprétation personnelle de la prophétie elle-même, ou il la corrige.


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
pages 47-48

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MessagePosté le: Lundi 20 Février, 2012 13:43    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
La Vénérable, persuadée que sa mission n'était pas finie, ayant conscience de son innocence, donne au mot délivrance un sens qui ne s'accorde pas avec ce que disent les voix. Puisque leurs paroles doivent être prises dans un sens absolu, simplement, le martyre doit être pris dans son sens strict; il emporte la mort ; ce qui est encore exprimé par ce qui suit: Tu t'en viendras enfin en royaume de Paradis : ce Paradis objet de sa part de vœux si ardents, que lorsque les anges la quittaient elle pleurait parce qu'elle aurait voulu qu'ils l'eussent emportée avec eux. Une délivrance par un coup de main, ou un tumulte survenu au moment de la condamnation, n'aurait pas été la délivrance par grande victoire pour laquelle un secours particulier de Notre Seigneur lui était promis. Le martyre proprement dit est une grande victoire; celui de la Vénérable a été si admirable, que des voix fort autorisées ont pu y voir une ressemblance unique avec celui du Roi des martyrs.

Quelle plus grande victoire que celle de retourner les cœurs de ses ennemis venus altérés de sa mort, et donnant des larmes à leur victime ? Cauchon lui-même ne put s'empêcher de pleurer. Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, chancelier de la France anglaise, avouait avoir moins pleuré à la mort de son père. Quelle plus grande victoire que celle de faire proclamer une sainte celle qu'ils venaient de brûler comme une magicienne?

La Vénérable semble avoir prédit cet effet, lorsque, à propos du signe donné au roi, sans transition, à la manière des prophètes, elle passe au signe qu'elle devait donner par sa délivrance de leurs mains : Toutefois, le signe qu'il vous faut, c'est que Dieu me délivre de vos mains, c'est le plus certain qu'il puisse vous envoyer (V, 247). Ce que n'avaient produit ni la délivrance d'Orléans, ni la victoire de Patay, ni le sacre de Reims, ni les autres merveilles de l'incomparable carrière, la mort sur le bûcher l'arracha malgré eux aux témoins du supplice qui, comme Tressait, secrétaire du roi d'Angleterre, s'écriaient, en s'éloignant de ce calvaire : Nous avons brûlé une sainte.

Ses voix, sans lui dire expressément qu'elle serait brûlée, le lui insinuaient, ainsi qu'on peut le conclure de ce qu'elle disait le 9 mai. On avait étalé sous ses yeux les instruments de torture, en menaçant de les lui appliquer, sans pouvoir ébranler sa constance. C'est alors qu'elle dit : J'ai demandé à mes voix si je serais brûlée; elles m'ont répondu de m'en attendre à Notre-Seigneur et qu'il m'aiderait (V, 290). Ne pas écarter cette horrible perspective, c'était laisser entendre qu'elle lui était réservée.


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
pages 48- 49

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MessagePosté le: Mercredi 22 Février, 2012 14:08    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Dans le cours de son procès, la Vénérable a dit souvent n'avoir demandé pour elle-même que le salut de son âme, et qu'elle en avait reçu la promesse. Le 14 mars, à la suite de la promesse de la délivrance par grande victoire, les interrogateurs lui posèrent la question :

Depuis que vos voix vous ont promis que vous iriez en paradis, vous tenez-vous pour assurée d'être sauvée, de ne pas être damnée?

—Je crois fermement ce que mes voix m'ont dit que je serai sauvée, aussi fermement que si j'étais en paradis.

— Pareille réponse est d'un grand poids.

—Je l'estime un grand trésor....

La séance du matin se termina sur cette réponse. Elle pouvait donner lieu à des questions de tout point épineuses. Aussi, à la séance du soir, l'accusée se hâta d'ajouter d'elle-même, probablement sur l'avis de ses célestes conseillères : Quant à la certitude de mon salut, dont j'ai parlé ce matin, il faut ajouter : à condition que je tiendrai le serment et promesse que j'ai faits de garder ma virginité de corps et d'âme (V, 263).

Les témoins du supplice, même les plus hostiles, tels que le secrétaire du roi anglais, le bourreau lui-même qui désespérait de son salut pour avoir brûlé une sainte, attestaient que la Vénérable ne s'était pas trompée en se disant certaine d'aller en paradis.

Que je voudrais être là où est son âme! s'écriait, au milieu d'une grande abondance de larmes, le chanoine Alespée, un des assesseurs de Cauchon (V, 74). Je voudrais que mon âme fût où je crois que son âme se trouve, disait à la réhabilitation Martin Ladvenu, qui l'avait confessée et assistée durant le supplice (V, 141). La Vénérable disait elle-même, le malin de ce jour, espérer que le soir son âme serait en paradis (V, 74). L'école catholique a toujours regardé la Libératrice comme une sainte. L'Église, tout nous le fait espérer, confirmera ce sens de ses enfants en l'élevant sur les autels. Il n'est pas de notre sujet de dire pourquoi pareil honneur ne lui a pas été plus tôt décerné. Jeanne avait raison de croire fermement à la parole de ses voix qui lui promettaient le paradis.



J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
page 50

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MessagePosté le: Samedi 25 Février, 2012 14:06    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Dans la terrible séance du 2 mai, les tortionnaires, pour ébranler sa constance, la menacèrent du feu éternel pour son âme, du feu temporel pour son corps ; elle répondit : Vous ne ferez pas ce que vous dites, sans qu'il vous en prenne mal pour le corps et pour l'âme (V, 287).

Sans entrer dans les considérations étrangères à cette Revue sur ce qui fait le vrai bonheur de la vie, pour éviter les longs développements que demanderait l'histoire des nombreux coupables, rappelons seulement quelques faits.

Cauchon mourut entre les mains de son barbier, le 18 décembre 1442. L'apparition de la Pucelle marqua la fin de ses prospérités. Après la délivrance d'Orléans, il avait parcouru la Champagne pour faire renouveler le serment de fidélité à l'Anglais. Le serment prêté avec empressement n'empêcha pas que les villes ne s'ouvrissent comme d'elles-mêmes devant les sommations de l'envoyée du ciel. Par suite de la marche triomphante de la Libératrice, Cauchon était ignominieusement chassé de sa ville épiscopale de Beauvais.

Le conseil royal, dont il faisait partie, avait résolu de le faire élever au siège archiépiscopal de Rouen, alors vacant; ce dessein fut traversé; et Cauchon, en dédommagement de l'évêché-pairie de Beauvais, dut se contenter de celui de Lisieux. Il ne se hâta pas de payer les annales exigées pour cette translation. Aussi, envoyé à Bâle en 1434 comme ambassadeur du roi d'Angleterre, il y fut excommunié jusqu'à ce qu'il eût satisfait. L'année suivante, au congrès d'Arras, il rompait les négociations dans l'espérance d'être suivi par le duc de Bourgogne. Il n'en fut rien; et le voilà brouillé avec le duc de Bourgogne dont il avait été longtemps le favori, séparé de la maison de Bourgogne à laquelle il devait toute sa fortune. Quelques mois après, il était à Paris, se donnant les plus grands mouvements pour retenir les Parisiens dans la fidélité à l'Anglais. Efforts impuissants. A l'entrée de Dunois et de Richemont, il en était chassé encore plus ignominieusement que de Beauvais. Les négociations politiques continuèrent à l'absorber, plus que le gouvernement de son diocèse. En 1440, il traitait à Calais de la délivrance du duc d'Orléans, prisonnier à Londres depuis Azincourt, c'est-à-dire depuis vingt-cinq ans. Il échoua. L'honneur de la réussite passait à d'autres, peu de temps après.

A la réhabilitation, ses petits-neveux se présentèrent. Ce ne fut pas pour défendre la mémoire du grand-oncle; ils convenaient que le procès avait été œuvre d'iniquité et de haine (1, 622) ; ce fut pour se prévaloir de l'amnistie accordée par Charles VII à la suite du retour de la Normandie, et, à ce titre, pour ne pas être inquiétés dans la possession de l'héritage de celui dont ils renonçaient à défendre l'honneur.

Bien souvent, dans le cours du procès, la Vénérable l'avait averti de la grande responsabilité qu'il assumait ; et le matin du supplice, en le voyant entrer dans sa prison, elle lui avait lancé cette apostrophe : Évêque, je meurs par vous. J'en appelle de vous devant Dieu. Puissent les legs pieux de son testament avoir adouci devant Dieu ce que pareille citation a de terrifiant !


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
page 51

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MessagePosté le: Mardi 28 Février, 2012 15:47    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:

Cauchon avait deux hommes à tout faire, le promoteur Jean d'Estivetet le chanoine Loyseleur. Le premier fut trouvé mort dans les ordures d'un colombier, aux portes de Rouen ; le second, Loyseleur, fut frappé de mort soudaine, à Bâle, sous le poids de l'excommunication, encourue pour avoir continué à faire partie de la néfaste et schismatique assemblée, dissoute par Eugène IV.

Une mort soudaine n'est pas un châtiment, lorsqu'elle n'est pas imprévue: ce fut celle de plusieurs saints ; mais elle l'est au plus haut degré quand elle frappe, sans laisser le temps du repentir, des consciences coupables. Dieu seul connaît les consciences des personnages dont la fin vient d'être rappelée.

Nicolas Midi fut un des personnages les plus odieux du drame de Rouen, après les trois qui viennent d'être rappelés. Avant le supplice, il lança les dernières insultes à la victime, dans le discours au peuple qu'il fut chargé de prononcer. Il était, quelque temps après, frappé de la lèpre.

Ne disons rien ni du vendeur de la Pucelle, Jean de Luxembourg, ni du duc de Bedford, morts l'un et l'autre dans la force de l'âge, dans des situations politiques pleines d'anxiété. Contentons-nous de rappeler que la guerre des Deux Roses, de 1454 à 1485, fit de l'Angleterre un immense champ de carnage, que la nation ne trouva de repos que sous la main de fer des Tudors dont le second, Henri VIII, devait l'entraîner dans le schisme. Le roi enfant, auquel la Libératrice avait été sacrifiée, mourut à la Tour de Londres en 1470, probablement assassiné, victime expiatoire, car il était personnellement bon.

L'Université de Paris, la grande instigatrice du procès, perdait, en 1446, le premier de ses privilèges, garant de tous les autres, celui, en qualité de fille ainée du roi, de n'être jugée que par le roi. Fatigué de ses exigences vraiment intolérables, Charles VII, malgré ses cris de douleur, la soumit, comme ses autres sujets, à la justice du Parlement, dont jusqu'alors elle avait été au moins l'égale.

Au lecteur de juger si c'en est assez pour justifier les paroles de l'incriminée de Rouen, et y voir une prophétie.


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
page 52

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MessagePosté le: Jeudi 01 Mars, 2012 14:44    Sujet du message: Répondre en citant

V

Citation:
Les ennemis de la Pucelle ne doutèrent pas qu'elle n'eût des vues dépassant la portée naturelle de l'intelligence humaine, puisqu'ils la condamnèrent comme devineresse. Il n'entre pas dans le cadre de ce travail de rapporter les raisons par lesquelles, à la réhabilitation, les célèbres et nombreux docteurs consultés établirent que ses prophéties ne pouvaient venir que de Celui pour lequel il n'y a ni passé ni avenir, mais un lumineux présent. C'est le fait que nous avons voulu établir; il est indéniable; l'esprit de prophétie est un des caractères les plus saillants de la Libératrice, une des causes du concours qui lui fut prêté. Le dissimuler, passer sous silence les preuves si authentiques qui l'établissent, est un procédé antihistorique au premier chef. C'est celui d'une foule d'histoires écrites de nos jours. Dans la volumineuse Histoire générale de MM. Lavisse et Rambaud, dans l'Histoire de France, en voie de publication sous le patronage de M. Lavisse, pas trace des prophéties de l'héroïne, pas plus que dans l'Histoire de M. Duruy, qui fut ou qui est peut-être encore classique dans l'Université; il en est à peu près de même dans les pages nombreuses, mais vides, que Vallet de Viriville a consacrées à la Pucelle dans son Histoire de Charles VII. Pourquoi l'omission de faits si nombreux, si extraordinaires, juridiquement constatés? La prophétie résulte de deux faits qui, chacun pris à part, sont de l'ordre naturel.

Plusieurs semaines avant d'entrer à Orléans, Jeanne dit : Non seulement je délivrerai Orléans, mais je serai grièvement blessée à l'assaut de la grande bastille du pont. L'annonce de l'événement est un fait de l'ordre naturel ; le futur n'est pas plus difficile à comprendre et à constater que le passé. La blessure et la délivrance sont aussi des faits dont la constatation est de l'ordre naturel. La prophétie résulte de la connexion de l'annonce faite avant un événement impossible à prévoir, et de son accomplissement, qui, dans le cas présent, est rapporté par toutes les histoires. Des historiens racontent la blessure; ils omettent l'annonce faite plusieurs semaines auparavant.

L'omission est de tout point arbitraire ; l'arbitraire doit être banni de l'histoire; l'arbitraire ne peut rien contre les faits; les faits n'en restent pas moins des faits pour être dissimulés, ou arbitrairement niés. Par la dissimulation ou la négation arbitraire, le naturalisme se condamne lui-même. Quel est le tribunal digne de ce nom qui ne condamne pas la partie convaincue de dissimuler des documents décisifs, ou d'en nier la valeur manifestement probante?


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
page 53

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gabrielle



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MessagePosté le: Mardi 06 Mars, 2012 13:10    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Quicherat n'a pas traité les prophéties de la Pucelle avec le dédain transcendant de ceux qui ne daignent pas même les mentionner, ou ne les mentionnent qu'en les altérant. L'éditeur du double procès connaissait trop bien l'histoire de l'héroïne pour ignorer la place qu'elles y occupent; et il avait trop d'honnêteté pour n'en rien dire dans ses Aperçus nouveaux sur Jeanne d'Arc, l'écrit où il essaie d'expliquer naturellement les faits; tentative de tout point malheureuse, Tout particulièrement dans l'explication des prophéties.

Le célèbre paléographe le sent si bien qu'il commence par dire qu'il laissera à d'autres le soin de chercher une explication que personne ne contredise, comme si une explication vraie perdait de sa valeur, pour être contredite par des raisons qui n'en sont pas, sans fondement, contradictoires. Il faut plaindre l'éditeur du double procès de s'être aventuré, malgré sa parole, à en donner de telles. Il écrit en effet :

« En observant la nature de ses prédictions, la raison pourra n'y voir que les événements annoncés par un génie qui, sans se l'avouer, porte en soi la force de les produire...., des pronostics de politique ou de stratégie, comme en ont fait dans tous les temps des hommes d'État supérieurs et de grands capitaines. »

Est-ce que l'érudit professeur pourrait citer un homme d'État, un capitaine, pour supérieurs qu'ils soient, qui aient fait des prédictions rappelant, même de loin, par leur précision, leur nombre, leur clarté, les prédictions de la Pucelle? Qu'une paysanne de dix-sept ans, ne sachant ni A ni B, se montre soudainement, sans formation, sans essai préalable, homme d'État et capitaine supérieur, quelle merveille sans pareille! Comment la voyante portait-elle en elle-même la force d'accomplir des faits réalisés après sa mort, tels que la paix d'Arras, la reddition de Paris, de Rouen, l'expulsion totale des Anglais, qu'elle a cependant prédits?


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
pages 53-54

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MessagePosté le: Samedi 10 Mars, 2012 14:39    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Quicherat continue : « Si elles (les prédictions) se présentent dans l'histoire avec un caractère d'infaillibilité qui passe la nature humaine, c'est qu'on n'a enregistré que celles qui se sont accomplies ; mais comme j'ai démontré précédemment que Jeanne a prédit maintes choses qui ne se sont point réalisées, il s'ensuit que le merveilleux de son instinct prophétique se trouve corrigé par la diversité de ses effets. »

Malgré son rationalisme, Quicherat avoue que la Vénérable a fait des prédictions d'un caractère d'infaillibilité qui passe la nature humaine. C'est un aveu à retenir; et l'on ne voit pas comment l'acte de ne pas enregistrer celles qui ne se seraient pas accomplies enlève aux autres leur caractère surhumain. Si l'on n'a enregistré que celles qui se sont accomplies, comment l'éditeur du double procès sait-il que la voyante en a fait d'autres? Les greffiers du procès auront donc fait la sélection, et auraient omis les prophéties qui ne devaient pas s'accomplir ?


Ils auraient dû être prophètes, eux aussi, tout comme Quicherat, pour voir, quatre siècles en arrière, ce que les documents ne nous ont pas transmis !

Parmi les prédictions non réalisées, Quicherat cite la non reddition de Paris, où Jeanne avait promis d'introduire le roi. Elle s'en éloigna bien malgré elle. « Elle céda à la force, dit-il, dans une lutte où le public ni elle-même n'étaient pas d'avis que la force pût l'emporter. »

Non seulement la Pucelle avait promis de prendre Paris, mais d'expulser entièrement l'envahisseur, bien plus, de délivrer le duc d'Orléans, prisonnier à Londres. Elle avoue bien nettement cette dernière promesse dans la séance du 12 mars (V, 252). L'expulsion des Anglais de toute France est annoncée dans la lettre de sommation qu'elle leur adressa, jusque dans les réponses faites au promoteur. C'est dans de nombreux documents que nous lisons qu'elle avait promis de mettre le roi dans Paris.

Quicherat constate justement que c'est malgré elle qu'elle s'éloigna des murs de la capitale. Elle céda à la force. Mais Jeanne n'avait jamais promis d'exécuter seule les merveilles qu'elle promettait. Elle demandait un concours matériel et moral dont Gerson trace les grandes lignes (1. 24). Elle disait au roi qu'elle le conduirait à Reims, sil voulait si volueris; elle demandait des hommes d'armes: ils batailleront, disait-elle, et Dieu donnera la victoire. Gerson et Jacques Gelu, dans leurs traités composés après la délivrance d'Orléans, prévoyaient parfaitement que par ses infidélités le parti français avait le triste privilège, la force, d'arrêter les faveurs divines. Ils insistent pour qu'il n'en soit pas ainsi. Jacques Gelu veut que l'on suive la direction de Jeanne (1, 51), comme celle de l'ange envoyé par Dieu.

Or, cette direction a trouvé, même dès le commencement, des résistances dans les capitaines royaux, humiliés d'être conduits à la victoire par une petite paysanne ; elle en a trouvé à la cour de la part du tout-puissant favori, La Trémouille, le roi de fait à cette époque ; Jeanne en a triomphé jusqu'à Reims. A partir du sacre, surtout des funestes trêves du 28 août, tout est dirigé à l'encontre de ses conseils. C'est de son parti qu'est venu l'échec contre Paris; l'armée a été ramenée vers la Loire et dissoute malgré elle; elle a été, durant des mois, condamnée à une oisiveté qui était sa grande douleur; il est très vraisemblable qu'elle a été trahie à Compiègne. Dans cet état de choses, ses prédictions ne pouvaient ni ne devaient se réaliser. Jeanne le savait si bien que, au rapport de Thomassin (111, 26G), elle disait que si elle devait mourir avant que fût accompli ce pourquoi Dieu l'avait envoyée,... nonobstant sa mort, tout ce pourquoi elle était venue s'accomplirait. Ignorant les conseils d'en haut, durant tout son procès, elle parle comme disposée à poursuivre une mission qu'elle savait n'être pas accomplie entièrement.

Les prophéties de la Pucelle ne sont pas moins étonnantes que ses exploits guerriers. Elles doivent fixer l'attention de tous ceux qui veulent reproduire son histoire et sa figure dans toute leur intégrité.


J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.

Fin

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