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Anne-Marie

Inscrit le: 15 Fév 2007 Messages: 10695 :
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Posté le: Jeudi 19 Juin, 2008 22:30 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: |
Car, si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, poursuivait le Sauveur du monde, que faites-vous en cela plus que les publicains? et si vous n'avez de la charité que pour vos frères, qu'y a-t-il là qui vous relève au-dessus des païens? Toute votre charité alors ne peut être digne de Dieu , ni telle que Dieu la demande, puisque ce n'est point une charité surnaturelle mais une charité purement humaine. Et voilà pourquoi, concluait le Fils de Dieu, il vous est ordonné d'aimer jusques à vos ennemis, de remettre à vos ennemis les offenses que vous pensez en avoir reçues, de conserver la paix avec vos ennemis, et même de la rechercher. Ainsi l'a-t-on dû de tout temps, et ainsi le devez-vous maintenant, en vertu de l'ordre que je vous intime ou que je réitère, et que je vous bis entendre dans les termes les plus formels : Ego autem dico vobis : Diligite inimicos vestros (1).
Or, supposé ce précepte, je prétends, Chrétiens, que Dieu a un droit incontestable de nous y assujétir, parce qu'il est le maître, et par conséquent, que nous sommes indispensablement obligés de nous y soumettre et d'y obéir, pour reconnaître là-dessus , aussi bien que sur tout le reste, notre dépendance, et pour rendre à son souverain pouvoir l’hommage que nous lui devons. Précepte appuyé sur les raisons les plus solides et les plus sensibles ; mais quand il s'agit de l'autorité de Dieu, et de l'absolue soumission qu'il attend de nous en qualité de souverain être, ce serait en quelque sorte lui faire outrage que de vouloir traiter avec lui par raison. Il commande , c'est assez. Il dit : Ego autem dico vobis ; il n'en faut pas davantage. El qui êtes-vous en effet, ô homme, pour entrer en discussion avec votre Dieu? et vous appartient-il de raisonner sur ces adorables et suprêmes volontés? O homo, tu quis es, qui respondeas Deo (1) ? |
1 Matth., V, 44.
1 Rom., X, 20. _________________ Maranatha
Anne-Marie
Levez-vous Seigneur ! Confondez ces traîtres de V2, par l’avènement de votre règne, afin que soit exalté, à la face tous ses ennemis, Notre Mère la Sainte Église, pour votre plus grande gloire et le salut des âmes. |
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Anne-Marie

Inscrit le: 15 Fév 2007 Messages: 10695 :
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Posté le: Vendredi 20 Juin, 2008 17:00 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | Quelle est donc d'abord la réponse la plus courte et la plus décisive pour renverser toutes vos excuses, et pour détruire toutes les prétendues justifications dont votre vengeance tâche à se couvrir? La voici, et comprenez-la. C'est que Dieu veut que vous pardonniez, et que vous pardonniez de cœur ; c'est-à-dire que vous ne vous contentiez pas de garder certains dehors et de ne vous porter à nul éclat, mais que vous bannissiez de votre cœur toute animosité volontaire et tout ressentiment.
Dieu le veut, et je vous l'annonce de sa part : Ego autem dico vobis. A cela vous ne pouvez plus rien répliquer qui ne tombe de lui-même. Mais ce sacrifice me coûtera bien cher : dès qu'il est nécessaire, il n'y a point à examiner s'il vous coûtera beaucoup ou s'il vous coûtera peu, puisqu'il n'y a rien, de quelque prix qu'il puisse être, que vous ne deviez sacrifiera Dieu. Mais c'est un effort au-dessus de la nature, : aussi n'est-ce pas selon la nature qu'on l'exige de vous, mais selon la grâce, qui ne vous manquera pas, et qui est assez puissante pour vous soutenir. Mais j'y sens une répugnance que je ne puis vaincre; et le moyen que je me fasse une pareille violence ? Abus , répond saint Jérôme : quand Dieu vous l'ordonne, la chose dès là vous est possible, puisque Dieu n'ordonne rien d'impossible. Et qu'y a-t-il, ajoute le même saint docteur, de plus possible pour vous que ce qui dépend de vous et de votre volonté? Il n'y a point ici, comme à l'égard de bien d'autres préceptes, à alléguer, ou la distance des lieux, ou la fortune, ou l'âge ; ou la santé, ni le reste.
Mais que dira le monde ? il dira que vous êtes chrétien , et que vous vous comportez en chrétien; il dira que vous êtes soumis à Dieu, et votre fidélité l'édifiera. Ou, s'il ne pense ni ne parle de la sorte , quoi qu'il pense et quoi qu'il dise, vous mépriserez ses jugements et ses discours, et vous vous souviendrez que c'est à l'ordre de Dieu et non aux idées du monde que vous devez vous conformer. Mais on me traitera d'esprit faible, et il y va de mon honneur : votre plus grand honneur est de renoncer en vue de Dieu à tout honneur mondain, et l'acte le plus héroïque de la vraie force est de triompher ainsi tout à la fois et de vous-même et du siècle profane. |
_________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Vendredi 20 Juin, 2008 23:00 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | Mais cet homme se prévaudra de mon indulgence, et n'en deviendra que plus hardi à m'attaquer : peut-être sera-t-il touché de votre religion ; ou s'il ne l'est pas, et qu'il en devienne plus mauvais pour vous, vous en deviendrez meilleur devant Dieu, à qui seul il vous importe de plaire. Ah ! Chrétiens, que notre amour-propre est fécond en subtilités pour se justifier, et pour se soustraire impunément à la loi de Dieu ! Si j'entreprenais de découvrir tous ses artifices, c'est une matière que je ne pourrais épuiser : mais fût-il mille fois plus artificieux et plus subtil, il faudra toujours qu'il plie sous l'empire dominant du Maître qui nous interdit toute haine, et qui s'en est déclaré si expressément par ces paroles : Ego autem dico vobis : Diligite inimicos vestros.
Mais ce n'est point, après tout, par une obéissance pure et par une soumission forcée qu'il prétend nous engager à l'observation de sa loi. Il veut que la reconnaissance y ait part; et le pardon qu'il sollicite pour le prochain, c'est encore plus comme bienfaiteur et comme père qu'il s'y intéresse, que comme législateur et comme maître. S'il nous commandait d'aimer nos ennemis et de leur pardonner pour eux-mêmes, son précepte pourrait nous paraître dur et rigoureux. |
_________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Samedi 21 Juin, 2008 22:50 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: |
Car, il est vrai qu'à considérer précisément la personne d'un ennemi qui s'élève contre nous, nous n'y trouvons rien que de choquant, rien qui ne nous pique et qui ne soit capable d'exciter le fiel le plus amer. Mais que fait Dieu? il se présente à vous, mon cher lecteur; et détournant vos yeux d'un objet qui les blesse, il vous ordonne de l'envisager lui-même. Il ne vous dit pas : C'est pour celui-ci, c'est pour celle-là que je vous enjoins de leur pardonner ; mais il vous dit : C'est pour moi. Il ne vous dit pas : Pardonnez-leur, parce qu'ils le méritent; mais il vous dit : Pardonnez-leur, parce que je l'ai bien mérité moi-même. Il ne vous dit pas : Ayez égard à ce que vous leur devez; mais il vous dit : Ayez égard à ce qui m'est dû et à ce que je leur ai cédé.
Ce fut ainsi que les enfants de Jacob touchèrent le cœur de Joseph leur frère, qu'ils avaient si indignement vendu, et qu'ils obtinrent de lui le pardon de l'attentat même le moins pardonnable où leur envie les avait portés contre sa propre personne. Votre père, lui dirent-ils, et le nôtre nous a chargés de vous faire une demande en son nom : c'est que vous ne pensiez plus au crime de vos frères et que vous oubliiez l'énorme injustice qu'ils ont commise envers vous : Pater tuus prœcepit nobisut hœc tibi verbis illius diceremus : Obsecro ut obliviscaris sceleris fatrum tuorum, et peccati, atque malitiœ quam exercuerunt in te (1). Au souvenir de Jacob, de ce père que Joseph aimait et dont il avait été si tendrement aimé, ses entrailles s'émurent, les larmes lui coulèrent des yeux ; et bien loin d'éclater en menaces, et de reprocher à ces frères parricides leur barbare inhumanité, il les rassura : Nolite timere; il prit lui-même leur défense, et les excusa en quelque manière : Vos cogistatis de me malum, sed Deus vertit illud in bonum (2) ? il se fit leur soutien et leur protecteur : Ego pascam vos et parvulos vestros (3). |
1 Genes., L, 17. — 2 Ibid., 20. — 3 Ibid., 21 _________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

Inscrit le: 15 Fév 2007 Messages: 10695 :
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Posté le: Dimanche 22 Juin, 2008 22:50 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | Or, Chrétiens, ce n'est point au nom d'un père temporel, ni au nom d'un homme comme vous, c'est au nom du Père céleste, au nom d'un Dieu créateur, d'un Dieu rédempteur, que je m'adresse à vous. Combien de fois peut-être, vous retraçant l'idée de ses bienfaits, vous êtes-vous écriés comme David, dans un renouvellement de piété et de zèle : Quid retribuam Domino pro omnibus quœ retribuit mihi (4) ? Que vous donnerai-je , ô mon Dieu, pour tout ce que vous m'avez donné; et que ferai-je pour vous, Seigneur, après tout ce que vous avez fait pour moi? Combien de fois avez-vous désiré l'occasion où vous pussiez , par une marque solide, lui témoigner votre amour? N'en cherchez point d'autre que celle-ci; et dès que vous pardonnerez pour Dieu, compta avec assurance que vous aimez Dieu.
Je ne sais si vous concevez bien toute ma pensée : elle est vraie, elle est indubitable; et pour une âme encore susceptible de quelque sentiment de religion, je ne vois rien de plus engageai ni de plus consolant. Expliquons-nous. La plus grande consolation que je puisse avoir sur la terre est de pouvoir croire, avec toute la certitude possible en cette vie, que j'aime Dieu, et que je l'aime, non d'un amour suspect et apparent, mais d'un amour réel et véritable : car autant que je suis certain de mon amour pour lui, autant suis-je certain de son amour pour moi et de sa grâce. Or, de tous les témoignages que je puis là-dessus souhaiter, il n'en est point de plus équivoque et de plus sur que de donner à un ennemi : pourquoi? parce qu'il n'y a que l'amour de Dieu, et le plus pur amour, qui puisse me déterminer à ce pardon. Ce n'est point la nature qui m'y porte,puisqu'il la combat directement ; ce n'est point le monde, puisque le monde a des maximes toutes contraires.
D'où il s'ensuit que Dieu seul en est le motif, que le seul amour de Dieu en est le principe; et qu'en disant à Dieu : Je vous aime, Seigneur, et pour preuve que je vous aime, je remets de bonne foi telle injure qui m'a été faite ; je suis , en parlant de la sorte, à couvert de toute illusion. |
. — 4 Ps., CXV, 12. _________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Lundi 23 Juin, 2008 16:24 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | | Et quelle onction, mes chers auditeurs, n'accompagne point ce témoignage secret qu'on se rend à soi-même ? J'ai sujet de penser que j'aime mon Dieu, et que je l'aime vraiment. Je fais quelque chose pour mon Dieu, que je ne puis faire que pour lui, et par conséquent que je fais purement pour lui. Quel goût ne trouve-t-on point en cette réflexion? Mais le mal est que, sans regarder jamais Dieu dans l'homme, nous ne regardons que l'homme même ; et de là ces longues et vaines déclamations sur l'indignité du traitement qu'on a reçu, sur l'audace de l'un, sur la perfidie de l'autre, sur mille sujets qu'on défigure souvent, qu'on exagère, qu'on représente avec les traits les plus noirs. Eh ! Chrétiens, qu'il en soit comme vous le dites, et comme il vous plaît de l'imaginer, j'y consens ; mais ne comprendrez-vous jamais que ce n'est point Là de quoi il s'agit? que quand nous vous exhortons à pardonner, tous ne prétendons pas justifier à vos yeux le prochain, puisque, s'il était innocent, il n'y aurait point de pardon à lui accorder ? Que Huions-nous donc? c'est que vous vous éleviez au-dessus de l'homme ; c'est que vous donniez à Dieu ce que vous refuseriez à l'homme ; c'est que vous pensiez que Dieu se tiendra honoré, glorifié, et, si j'ose dire, obligé de ce que vous ferez en faveur de l'homme. Du moment que tous vous serez bien imprimé dans l'esprit cette vérité fondamentale et essentielle, y aura-t-il effort qui vous étonne, ou qui doive vous étonner et vous arrêter ? |
_________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Lundi 23 Juin, 2008 22:48 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: |
Allons plus avant ; et si, pour nous exciter encore et nous régler, il nous faut un grand exemple: Dieu lui-même, comme modèle, nous en servira, et nous convaincra par la vue de ses miséricordes envers nous et par la douceur de sa conduite ; car, nous avons beau nous plaindre et relever nos droits, il n'y a jamais eu, ni jamais il n'y aura de réplique à l'argument que Dieu nous fait aujourd'hui sous la figure de ce maître de l'Evangile : Omne debitum dimisi tibi ; nonne ergo oportuit et te misereri conservi tui (1) ? J'aime mes ennemis, et je leur pardonne : je vous ai vous-même aimé ; et combien de fois vous ai-je pardonné? ne devez-vous donc pas m'imiter en cela, et pardonner comme moi? Raison qui nous ferme la bouche, et qui nous accable du poids de son autorité, et pour l'examiner à fond, prenez-la, mon cher lecteur, dans tous les tours qu'il vous plaira. Considérez-y les offenses de part et d'autre, et comparez la personne qui les reçoit, celle qui les fait, le pouvoir et la manière de se venger, l'intérêt qui se trouve à pardonner, la fin que l'on peut, dans l'un ou dans l'autre, se proposer : pesez, dis-je, exactement tout cela, et en tout cela vous verrez comment l'exemple d'un Dieu vous condamne; et que c'est assez de ce seul exemple, si vous ne le suivez pas, pour vous rendre criminel. De là vos vengeances vous paraîtront pleines d'injustice, de faiblesse, de lâcheté, d'aveuglement, d'ingratitude envers Dieu, et d'oubli de vous-même. Toutes ces considérations sont dignes de vous, et demandent une attention particulière. |
1 Matth., XVIII, 32. _________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Mardi 24 Juin, 2008 14:33 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: |
Car, pour en venir au détail, nous sommes piqués d'une injure, et quelquefois nous nous en prenons à Dieu même : mais combien lui-même en souffre-t-il tous les jours et en a-t-il souffert? Nous ne pouvons supporter qu'un homme se soit attaqué à nous et qu'il nous ait outragés ; mais Dieu nous fait voir des millions d'hommes, ou plutôt tous les hommes ensemble, qui se soulèvent contre lui et qui le déshonorent. Nous avons peine à digérer que tel et tel depuis si longtemps nous rendent de mauvais offices ; mais Dieu nous répond, que depuis qu'il a créé le monde, le monde n'a pas un moment cessé de l'insulter. Il nous est fâcheux d'avoir un ennemi dans cette famille, dans cette compagnie ; mais Dieu en a par toute la terre. A quoi sommes-nous si sensibles, et sur quoi faisons-nous paraître tant de délicatesse ? sur une parole souvent mal entendue, sur une raillerie mal prise, sur une contestation dans l'entretien, sur une vivacité qui sera échappée, sur un mépris très léger, sur un air froid et indifférent, sur une vaine prétention qu'on nous dispute, sur un point d'honneur. Car voilà, vous le savez, voilà ce qui fait naître parmi les hommes les plus grandes inimitiés , et même parmi ces hommes si jaloux de passer dans le monde pour sages et pour esprits forts. |
_________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Mardi 24 Juin, 2008 23:55 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | Mais , dit saint Chrysostome, à regarder les inimitiés des hommes dans leur principe, qu'elles sont frivoles ! et qu'y a-t-il de comparable à tout ce qui s'est fait et à tout ce qui se fait contre notre Dieu, aux impiétés, aux sacrilèges, aux imprécations et aux blasphèmes ; aux profanations de ses autels, de son nom, de ses plus sacrés mystères; aux révoltes perpétuelles et les plus formelles contre sa loi? Mais encore qu'est-ce que ce souverain Maître, créateur de l'univers; et qu'est-ce que de faibles créatures, qu'il a formées de sa main et tirées du néant ? Si donc, vils esclaves, nous nous récrions si hautement en toutes rencontres et sur les moindres blessures, n'a-t-il pas droit de nous confondre par son exemple, et de nous dire : Omne debitum dimisi tibi; nonne ergo oportuit et te misereri?
Moi, la grandeur même, moi digne de tous les hommages, mais exposé à toute l'insolence des pécheurs, et à tous les excès de leurs passions les plus brutales, j'oublie en quelque sorte pour eux, et la supériorité de mon être, et l'innombrable multitude, la grièveté, l'énormité de leurs offenses. Moi-même je leur tends les bras pour les rappeler, moi-même je leur ouvre le sein de ma miséricorde pour les y recueillir, moi-même je les préviens de ma grâce, et leur communique mes plus riches dons. C'est ainsi que j'en use, tout Dieu que je suis. Mais vous, ennemis irréconciliables, Vous n'écoutez que la vengeance qui vous anime et la colère qui vous transporte ! Mais vous, hommes, vous voulez traiter dans toute la rigueur des hommes comme vous : Nonne oportuit et te misereri conservi tui ?
Mais vous, sans vous souvenir de votre commune origine qui vous égale tous devant mes yeux, vous prétendez vous prévaloir de je ne sais quelle distinction humaine, pour exagérer tout ce qui se commet à votre égard, et pour le mettre au rang des fautes irrémissibles ! Mais vous, mesurant tous vos pas et craignant de rien relâcher de vos droits, plus imaginaires que réels, vous passez les années et quelquefois toute la vie dans des divisions scandaleuses, plutôt que de faire une démarche ; et pour une occasion, pour un moment où votre frère a manqué, vous demandez des réparations qui ne finissent point ! Mais vous, comptant pour beaucoup de ne pas porter les choses à l'extrémité, vous demeurez dans une indifférence qui ne témoigne que trop l'éloignement et l'aliénation de votre cœur! Sont-ce la les règles de la charité que je vous ai recommandée, et dont j'ai voulu être le modèle? |
_________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Mercredi 25 Juin, 2008 22:59 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | Malheur à nous, mes Frères, si nous ne nous conformons pas à ce divin exemplaire! Le péché originel de l'homme a été de vouloir être semblable à Dieu ; mais ici Dieu non seulement nous permet, mais nous conseille, mais nous exhorte, mais nous ordonne d'être parfaits comme lui. Comment accorder ensemble l'un et l'autre? Rien de plus aisé, répond saint Augustin expliquant cette apparente contradiction. Le premier péché de l'homme a été de vouloir être semblable à Dieu en ce qui regarde la prééminence de cet Être suprême, c'est-à-dire qu'il a souhaité d'être grand comme Dieu, éclairé comme Dieu, indépendant comme Dieu. Or, c'était là un orgueil insupportable et une criminelle présomption. Mais la perfection est de ressembler à Dieu par l'imitation de sa sainteté et de ses vertus ; je veux dire d'être charitable comme Dieu, miséricordieux comme Dieu, patient comme Dieu : Estote perfecti sicut Pater vester cœlestis perfectus est (1).
Je dis plus, et je soutiens, mon cher lecteur, que cet exemple doit avoir sur vous d'autant plus d'efficace qu'il vous est personnel. Concevez bien ceci. Je ne vous ai parlé qu'en général de tout ce que Dieu reçoit d'outrages de la part des hommes, et de tout ce qu'il leur remet si libéralement et si aisément; mais que serait-ce si de toutes les personnes qui composent cet auditoire, prenant chacun en particulier, je lui mettais devant les yeux tout ce qu'il a fallu que Dieu dans le cours de sa vie lui pardonnât, et tout ce qu'il se flatte en effet que Dieu lui a pardonné? |
1 Matth., V, 48. _________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Jeudi 26 Juin, 2008 15:01 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | | Que serait-ce si je présentais à ce mondain toutes les abominations d'une habitude vicieuse, où il s'est livré a ses désirs les plus déréglés; où, sans retenue et sans frein, il s'est abandonné aux plus honteux débordements ; où, mille fois révolté contre sa propre conscience, il a I étouffé la voix de Dieu qui se faisait entendre à lui, il a rejeté la grâce de Dieu qui l'éclairait et qui le pressait, il a fouie aux pieds la loi de Dieu qui l'importunait et qui le gênait, il a raillé des plus saints mystères de Dieu dont la créance le condamnait et dont l'idée le fatiguait et le troublait, il a sacrifié Dieu et tous les intérêts de Dieu à l'objet périssable qui l'enchantait et le possédait ? Que serait-ce si, parcourant tous les autres états, j'appliquais cette morale à l'impie, à l'ambitieux, à l'avare (car il n'y a que trop lieu de croire que dans cette assemblée il se trouve de toutes ces sortes de pécheurs), que serait-ce, dis-je, mon cher Frère, si je vous retraçais le souvenir de toutes vos iniquités, et que je raisonnasse ainsi avec vous: Voilà ce que Dieu a toléré, voila sur quoi il a usé, à votre égard, de toute son indulgence, voilà ce qu'il a cent fois oublié pour vous rapprocher de lui et pour se rapprocher de vous? |
_________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Jeudi 26 Juin, 2008 23:26 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | Par où jamais pourrez-vous vous défendre de suivre un exemple si puissant et si présent ? Or ce que je vous dirais, Dieu vous le dit actuellement dans le fond de l'âme : Serve nequam, omne debitum dimisi tibi. Méchant serviteur, c'est spécialement à vous que j'ai tout remis : Tibi. Je pouvais vous perdre, et je me suis employé à vous sauver; je pouvais vous bannir éternellement de ma présence, et je vous ai recherché ; vous étiez pour moi dans une indocilité, dans une insensibilité, dans une dureté de cœur capable de tarir toutes les sources de ma miséricorde, et rien ne les a pu épuiser. De quel front et par quelle monstrueuse opposition un débiteur à qui l'on a fait grâce sur des dettes accumulées, et dont il serait accablé, peut-il poursuivre avec une sévérité inexorable l'acquit d'une dette aussi légère que celle qui vous intéresse? Omne debitum dimisi tibi : nonne ergo oportuit et te misereri conservi tui ?
Mais peut-être, Chrétiens, doutez-vous de ce pardon de la part de Dieu, et par rapport à vous. Car, qui sait s'il est digne d'amour ou de haine, et qui peut être certain de la rémission de ses péchés ? Eh bien ! si vous craignez de ne l'avoir pas encore obtenue, je viens vous enseigner le moyen infaillible de l'obtenir, eu vous taisant considérer Dieu comme juge; et s'il y a une vérité qui doive faire impression sur vos cœurs, n'est-ce pas celle-ci, par où je conclus cette première partie? Il est vrai, telle est en cette vie notre triste sort, et l'affreuse incertitude où nous nous trouvons : nous savons que nous avons péché, et nous ne savons si Dieu nous a pardonné. |
_________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Vendredi 27 Juin, 2008 22:52 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: |
Les plus grands tarots ne le savaient pas eux-mêmes ; et des pénitents par état, après avoir passé de longues années dans les plus rigoureux exercices d'une mortification accablante, saisis néanmoins de frayeur, se demandaient les uns aux autres, comme nous l'apprend saint Jean Climaque : Ah ! mon Frère, pensez-vous et puis-je penser que mes péchés devant Dieu soient effacés ? Si des saints étaient pénétrés de ce sentiment, quel doit être celui de tant de pécheurs? Or dans le sujet que je traite, j'ai de quoi les tirer de cette incertitude qui les trouble ; j'ai de quoi leur donner l'assurance la plus solide et la plus ferme, puisqu'elle est fondée sur la parole même de Dieu, sur l'oracle de la vérité éternelle. Car c'est Dieu qui nous l'a dit; et s'il nous ordonne de pardonner, c'est en ajoutant à son précepte cette promesse irrévocable et si engageante : Je vous pardonnerai moi-même : Dimittite et dimittemini (1).
En deux mots, quel fonds d'espérance et quel motif pour animer notre charité! Il n'y a là ni ambiguïté ni équivoque, il n'y a point de restriction ni d'exception : tout y est intelligible, tout y est précis et formel. Remarquez-le bien : Dieu par la bouche de son Fils, ne nous dit pas : Pardonnez, et je vous pardonnerai certains péchés; mais de quelque nature qu'ils puissent être, vos péchés vous seront remis : Et dimittemini. Il ne nous dit pas : Pardonnez, et je vous pardonnerai plusieurs péchés ; mais leur nombre, selon l'expression du Prophète, fût-il plus grand que celui des cheveux de votre tête, tous vos péchés en général vous seront remis : Et dimittemini. Il ne nous dit pas : Pardonnez, et, après un temps marqué pour satisfaire à ma justice, je vous pardonnerai; mais du moment que vous aurez pardonné, vos péchés dès là vous seront remis : Et dimittemini. Tellement, Chrétiens, que dès que je pardonne, et que je pardonne en vue de Dieu et par amour pour Dieu, je puis autant compter sur le pardon de mes péchés que sur l'infaillibilité de Dieu et sur son inviolable fidélité. |
1 Luc, VI, 37 _________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

Inscrit le: 15 Fév 2007 Messages: 10695 :
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Posté le: Samedi 28 Juin, 2008 15:10 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | Rempli de cette confiance, je vais à mon Seigneur, et, sans oublier le respect dû à cette infinie majesté, j'ose lui parler de la sorte : Je suis pécheur, et je le reconnais en votre présence, ô mon Dieu! mais tout pécheur que je suis, vous me recevrez en grâce, parce que, selon vos ordres, j'ai moi-même fait grâce. Dans le sacrifice que je viens vous présenter, je n'ai point d'autre victime à vous offrir que mon cœur et que son ressentiment : je vous l'immole, Seigneur, et c'est une hostie digne de vous, puisqu'elle est purifiée du feu de la charité; et si vous rejetiez cette hostie, j'en appellerais à votre parole ; et si vous m'imputiez encore quelque chose après l'avoir racheté par cette hostie, je dirais, Seigneur, et vous me permettriez de le dire, ou que vous m'avez trompé, ou que vous avez changé : or, ni l'un ni l'autre ne vous peut convenir.
N'en doutez point, mon cher lecteur, quand vous aurez fait un pareil effort, et que vous adresserez à Dieu une telle prière, il vous écoutera; il vous répondra dans le secret du cœur ce qu'il fit entendre à Madeleine en la renvoyant : Allez en paix, vos péchés vous sont pardonnés : Remittuntur tibi peccata ; vade in pace (2). Vous vous retirerez content de Dieu et content de vous-même. Or, à toutes ces conditions et par tous ces titres, dites-moi si Dieu n'a pas droit d'exiger de vous le pardon qu'il vous ordonne, et dont il vous a fait une loi? Mais vous, dès que vous ne le voulez pas accorder, ce pardon si légitimement dû et si expressément enjoint, ne donnez-vous pas à Dieu un droit particulier de ne vous pardonner jamais à vous-même? C'est ce que vous allez voir dans la seconde partie. |
. — 2 Ibid., VII, 47. _________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

Inscrit le: 15 Fév 2007 Messages: 10695 :
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Posté le: Samedi 28 Juin, 2008 22:53 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
DEUXIÈME PARTIE.
| Citation: | Ce que nous craignons communément le plus, et ce qui nous serait dans la vie plus fâcheux et moins soutenable, c'est, Chrétiens, qu'on nous traitât comme nous traitons les autres, qu'on nous jugeât comme nous jugeons les autres, qu'on nous poursuivît et nous condamnât comme nous poursuivons et condamnons les autres. Notre injustice va jusqu'à ce point, de ne vouloir rien supporter de ceux avec qui nous sommes liés par le nœud de la société humaine, et de prétendre qu'ils nous passent tout, qu'ils nous cèdent tout, qu'en notre faveur ils se démettent de tout. Si, par un retour bien naturel, ils se comportent envers nous selon que nous nous comportons envers eux ; s'ils s'élèvent contre nous, de même que nous nous élevons contre eux ; et s'ils nous font ressentir toute la rigueur qu'ils ressentent de notre part, nous en paraissons outrés et désolés. Mais à combien plus forte raison devons-nous donc craindre encore davantage que Dieu ne se serve pour nous de la même mesure dont nous nous servons pour le prochain, c'est-à-dire qu'il ne devienne aussi implacable pour nous que nous le sommes pour nos frères, et que le pardon que nous ne voulons pas leur accorder, il ne nous l'accorde jamais à nous-mêmes? Or c'est justement à quoi nous nous exposons par notre inflexible dureté et par nos inimitiés. En ne voulant pas nous conformer à sa conduite, nous l'obligeons de se conformer à la nôtre; et nous obstinant à ne rien pardonner, nous lui donnons un droit particulier de ne nous pardonner jamais.
Comment cela? le voici. Parce qu'alors nous nous rendons singulièrement coupables, et coupables en quatre manières. Observez-les : coupables envers Dieu, coupables envers Jésus-Christ, Fils de Dieu, coupables envers le prochain substitué en la place de Dieu, et coupables envers nous-mêmes. Coupables envers Dieu, dont nous violons un des préceptes les plus essentiels ; coupables envers Jésus-Christ, Fils de Dieu, que nous renonçons en quelque sorte dès que nous renonçons au caractère le plus distinctif et le plus marqué du christianisme; coupables envers le prochain substitué en la place de Dieu, et à qui nous refusons ce qui lui est dû, en conséquence du transport que Dieu lui a fait de ses justes prétentions; enfin, coupables envers nous-mêmes, soit eu nous démentant nous-mêmes de la prière que nous faisons tous les jours à Dieu, soit en prononçant contre nous-mêmes, par cette prière, notre propre condamnation. Quelle ample matière, et quel nouveau fonds de morale? Écoutez-moi, tandis que je le vais développer. |
_________________ Maranatha
Anne-Marie
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