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Monique

Inscrit le: 23 Jan 2007 Messages: 5825 : Localisation: Canada-Français
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Posté le: Mardi 16 Septembre, 2008 13:10 Sujet du message: Concile de Latran et rencontre de saint Dominique |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | Bien qu'aucun des premiers biographes n'en souffle mot, les historiens admettent généralement que François assista au IVe concile de Latran (1).
L'assemblée s'ouvrit le 11 novembre 1215, à Saint-Jean de Latran, en présence d'une énorme affluence. Toute l'Europe et le proche Orient, avec leurs forces spirituelles et séculières, s'y trouvaient représentés; et ce fut devant quatre cents évêques et archevêques, huit cents abbés et prélats, sans compter les ambassadeurs de tous les souverains, que le pape Innocent III prononça le discours inaugural.
Sentait-il qu'il lui restait quelques mois seulement pour réaliser la grande pensée de son règne ? Toujours est-il qu'il parla comme s'il allait bientôt paraître devant Dieu, déclarant notamment que ce n'était pas par ambition temporelle qu'il avait convoqué le concile, mais mû par le se il désir de réformer l'Église et de reprendre la terre sainte aux infidèles.
A ses yeux, en effet, les deux entreprises étaient indissolublement liées. Comme les chrétiens d'alors tenaient encore pour une affaire d'honneur de rentrer en possession du tombeau du Christ, le pape espérait qu'une croisade victorieuse remettrait en quelque sorte l'Europe en état de grâce et ranimerait sa ferveur, grâce à quoi les abus qui favorisaient le succès des hérétiques pourraient être abolis et la réforme de l'Église réalisée. |
(1) Ils se fondent, non seulement sur les vraisemblances, mais encore sur le témoignage d'Ange Clareno (mort en 1336), et de Gérard de Frachet, l'auteur des Vitae fratrum ordinis Praedicatorum nec non cronica ordinis ab anno 1203 usque 1254 (éd. Reichert, Louvain, 1896); cf. P. Gratien, Histoire de la fondation..., p. 10.
ABBÉ OMER ENGLEBERT
VIE DE Saint François D'ASSISE
EDITIONS ALBIN MICHEL
22, rue Huyghens
PARIS
Nihil obstat : André COMBES cens. dep.
Lutetiae Parisiorum, die 9 Aprilis 1946.
Imprimatur : A. LECLERC vie. gen.
Lutetia; Parisiorum, die 15 Apriiis _________________ En Jésus, Marie, Joseph
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Monique

Inscrit le: 23 Jan 2007 Messages: 5825 : Localisation: Canada-Français
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Posté le: Mardi 16 Septembre, 2008 23:59 Sujet du message: |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | Après avoir montré les saints lieux profanés par les Sarrasins, le pontife déplora les scandales qui déshonoraient le troupeau du Christ et il le menaça des châtiments divins, en cas qu'il ne vînt pas à résipiscence. Il évoqua la célèbre vision d'Ezéchiel où Jéhovah, à bout de patience, s'écrie d'une voix forte : « Approchez, vous qui veillez sur la ville; approchez avec la destruction à la main. — Et voici que six hommes arrivèrent, ayant chacun son instrument pour frapper.
Au milieu d'eux se tenait un homme vêtu de lin, portant une écritoire de scribe à la ceinture. — Et Jéhovah lui dit : Parcours Jérusalem et marque d'un TAU, le front des justes qui s'y trouvent. — Quant à vous, dit-il aux autres, passez après lui et exterminez sans pitié tous ceux que vous rencontrerez. Mais ceux qui portent la marque du TAU, ne les touchez point. »
« Quels sont, continuait le pape, les six hommes chargés des vengeances divines ? C'est vous, Pères du concile, qui, avec toutes les armes dont vous disposez : excommunications, dépositions, suspenses et interdits, frapperez impitoyablement ceux qui ne sont point marqués du TAU propitiatoire et persistent à déshonorer la cité chrétienne (2) ».
Ces paroles inspirèrent les délibérations et résolutions du concile. Après avoir condamné les erreurs des cathares et des panthéistes, l'assemblée ordonna notamment la fondation d'écoles de théologie afin de remédier à l'ignorance des prêtres; il prescrivit aux fidèles de se confesser et communier au moins une fois l'an; il contraignit les juifs à porter un insigne qui les fît reconnaître et renforça les décrets en vigueur contre les hérétiques et autres infidèles; enfin, il édicta des mesures destinées à refréner l'ambition et la cupidité des prélats romains, mesures dont on espérait que le bienfait s'étendrait aux rangs inférieurs de la hiérarchie ecclésiastique si elles étaient suivies d'exécution; mais elles restèrent, comme on sait, lettre morte. Il en fut, du reste, à peu près de même de la croisade qu'on fixa à l'année 1217, et qui, faute du concours des souverains d'Europe, n'aboutit à aucun résultat d'importance. |
2. Pour tout ce qui regarde saint Dominique et les origines de son ordre, nous renvoyons aux études critiques recueillies sous le titre :
Saint Dominique, l'idée, l'homme et l'œuvre, par les Pères P. Mandonnet, M.-H. Vicaire et R. Ladner, Paris, 1937, 2 vol.
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Posté le: Jeudi 18 Septembre, 2008 0:07 Sujet du message: |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | Le pape prévoyait-il ces échecs ? On le pourrait croire, au ton désillusionné de certains passages de son discours.
Comment se fait-il qu'on date pourtant de son pontificat la réforme religieuse qui, pour quelques siècles, allait retarder les schismes et sécessions déjà menaçants ? C'est que cette réforme dont les canons du concile avaient comme donné la charte, n'en fut pas moins, dès cette époque, inaugurée et poursuivie, et cela, principalement, grâce aux ordres dominicain et franciscain qui tous deux bénéficièrent de la faveur pontificale et reçurent alors leurs titres d'investiture.
Les frères mineurs les obtinrent pendant le concile. Celui-ci ayant décrété qu'aucun ordre nouveau ne pourrait être fondé s'il n'empruntait sa règle à saint Benoît ou à saint Augustin, Innocent III déclara que cette mesure ne visait pas les franciscains qu'il avait approuvés cinq ans plus tôt (1). Quant aux dominicains, ils adoptèrent la règle augustinienne et les constitutions de Prémontré, et reçurent leur approbation l'année suivante (2).
Certains pensent que le concile fut pour François l'occasion de se persuader qu'il avait un rôle à jouer dans la réforme de l'Église (1). A l'appui de cette thèse, ils allèguent l'espèce de culte que le Poverello voua dès lors à la lettre TAU.
« Le TAU (T), avait dit le pape, a exactement la même forme que le gibet où fut attaché Notre-Seigneur sur le Calvaire. Et ceux-là seuls, ajoutait-il, seront marqués de ce signe et obtiendront miséricorde, qui auront mortifié leur chair et conformé leur vie à celle du divin Crucifié. » |
(1) C'est ce que rapporte Ange Clareno dans son Historia septem tribulationum ordinis Minorum.
(2) Pour tout ce qui regarde saint Dominique et les origines de son ordre, nous renvoyons aux études critiques recueillies sous le titre :
Saint Dominique, l'idée, l'homme et l'œuvre, par les Pères P. Mandonnet, M.-H. Vicaire et R. Ladner, Paris, 1937, 2 vol.
(1) C'est la thèse défendue par le P. Cuthbert (Vie de saint François, p. 234 et suiv.) et combattue par le P. L. Oliger (Arcbivum, t. V, pp. 8 et 331).
P. Sabatier la considérait comme vraisemblable. (Vie de saint François, p. 487, n. 3.)
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Posté le: Jeudi 18 Septembre, 2008 23:32 Sujet du message: |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | Pouvait-on mieux prôner le retour à l'Évangile que réclamaient les réformateurs contemporains, et condamner plus clairement la recherche de l'or, des honneurs et des plaisirs qu'ils reprochaient au clergé ? Sans conteste, ces paroles et beaucoup d'autres attestaient, de la part de l'Église, la volonté de se régénérer elle-même et d'absorber du même coup les mouvements réformistes de l'époque.
Comment François, pour qui tout était indication providentielle, n'eût-il pas été impressionné par cette proclamation où s'exprimaient si bien son idéal de vie et son rêve d'apostolat ?
Le fait est que le TAU, dont le pape faisait l'emblème de la réforme, devint dès lors son propre blason.
Il s'en servit en guise de signature, le peignit sur sa porte, l'apposa sur ses écrits. Même parmi ses amis, semble-t-il, on remarqua l'appropriation nouvelle qu'il fit du talisman sauveur. Tel le frère Pacifique qui, dans une vision antérieure au concile, avait aperçu son vénéré père transpercé d'une croix à quatre branches, et qui, dans une autre vision, postérieure à 1215, le vit marqué d'un TAU sur le front (1).
Dira-t-on que tout cela ne prouve que la dévotion du petit Pauvre à la passion du Sauveur ? Certains y voient, en outre, la preuve que François se sentit personnellement visé par l'appel pontifical et s'estima dès lors officiellement enrôlé parmi les chevaliers de la croisade pénitentielle. Désormais, il serait un des scribes à l'écritoire chargés de marquer au front les élus; les siens, pareillement, seraient revêtus d'une sorte de ministère ecclésiastique; tant et si bien qu'au lieu de suivre en libres pénitents leur vocation évangélique, c'est aux mots d'ordre du pape et de la cour romaine que, dorénavant, les jongleurs de Dieu se devraient d'être attentifs et d'obéir (2). |
| Citation: | (1) II Celano, 106; Bonaventura, IV, 9.
(2) Cf. Cuthbert, Vie de saint François, p. 239 : « L'admission, dans les cadres catholiques, de la fraternité franciscaine aura des conséquences importantes tant au point de vue de son développement que de sa constitution. Désormais, elle s'associera plus intimement à l'action générale de l'Église; il ne lui sera plus possible de se développer à l'écart. Devenue un membre important de l'Église catholique, elle devra adapter sa personnalité à la vie ordinaire et trouver place dans la hiérarchie. Cette reconnaissance par l'Église des deux fraternités franciscaine et dominicaine aura encore un autre résultat, celui d'attirer à elle tout le mouvement pénitent orthodoxe. Elles se développeront non seulement en vertu de leur force intérieure, mais aussi grâce à la protection d'une autorité toujours en éveil, et leur histoire se ressentira de cette situation. » |
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Posté le: Vendredi 19 Septembre, 2008 23:10 Sujet du message: |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | La rencontre qu'il fit alors de saint Dominique contribua peut-être à confirmer François dans pareils sentiments (3).
De douze ans plus âgé que l'instituteur des franciscains, l'espagnol Dominique de Guzman avait été, jusqu'après sa quarantième année, chanoine de la cathédrale d'Osma, au royaume de Léon.
Depuis toujours, il s'adonnait à l'étude et à la vertu. Sa véritable vocation naquit au cours d'un voyage qu'il fit à Rome, en 1205, en compagnie de Diego, son évêque.
Innocent III, qui venait de désigner des cisterciens pour convertir les albigeois, invita les deux Espagnols à se joindre à eux. Les méthodes cisterciennes ne pouvaient guère être efficaces. Voyant les légats pontificaux se produire en grand appareil, suivis de nombreux mulets portant bagage, les populations n'en avaient que plus sujet d'admirer l'austérité des apôtres cathares et de se laisser endoctriner par eux.
Du reste, les cisterciens abandonnèrent rapidement la partie. De son côté l'évêque d'Osma succomba à la tâche; et ce fut alors Dominique qui prit la tête de la mission. Il recruta quelques prêtres décidés à régler leur vie sur leurs doctrines, et, avec eux, continua ses prédications. Ces « prêcheurs » pratiquaient de rigoureuses pénitences, allaient nu-pieds et organisaient des conférences contradictoires qui duraient parfois plusieurs jours. |
(3) Certains placent cette première rencontre, non pas en 1215, mais l'année suivante. C'est à tort, semble-t-il. Cf. Cuthbert, 0, c.y p. 240, n. 1.
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Posté le: Dimanche 21 Septembre, 2008 2:03 Sujet du message: |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | On sait comment les cathares refusant d'entendre raison et passant pour mettre l'ordre social en danger, il fut décidé d'en venir à bout par les armes et, en 1209, d'organiser contre eux la fameuse croisade dite des Albigeois.
En 1215, saint Dominique quitta momentanément le théâtre de la guerre pour assister au concile et ce fut à cette occasion, semble-t-il, qu'il rencontra pour la première fois le jeune fondateur des frères mineurs.
Dans un rêve, raconte le chroniqueur dominicain, il s'était vu présenter par la Vierge Marie à Notre-Seigneur, en compagnie d'un inconnu, chargé lui aussi de la conversion du monde. Quand, le lendemain, il aperçut François dans une rue de Rome, reconnaissant en lui l'inconnu de son rêve, il l'aborda, lui narra sa vision et lui dit en l'embrassant : « Soyons amis et rien ici-bas ne pourra prévaloir contre nous. »
Saint François et Saint Dominique
Au rebours du Poverello qui ne savait rien de ce qu'on apprend dans les écoles et dans les administrations, Dominique était aussi doué du génie de l'organisation qu'à même d'expliquer la doctrine de saint Paul et d'argumenter savamment contre les hérétiques.
Ses projets cadraient admirablement avec le programme pontifical et, en fondant un ordre qui remédiat à l'ignorance des fidèles par la prédication et à celle du clergé par l'établissement d'écoles théologiques, il réalisait parfaitement les vues d'Innocent III, si même il n'exécutait pas simplement ses instructions. Il possédait du reste toute la confiance du cardinal Hugolin, l'homme le plus influent de la curie, et ce fut chez celui-ci qu'il eut avec François son plus important entretien. |
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Posté le: Lundi 22 Septembre, 2008 21:50 Sujet du message: |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | Il faut dire un mot de ce prélat dont l'influence s'exerça pendant près d'un demi-siècle dans l'Église et que nous verrons désormais reparaître à chaque page de cette histoire.
Parent d'Innocent III auquel il devait sa carrière et dont il embrassait les idées, Hugolin devint, en 1216, le collaborateur d'Honorius III jusqu'au jour où, sous le nom de Grégoire IX, il fut élu pape à son tour. Son pontificat, qui dura de 1227 à 1241, est un des plus étonnants de l'histoire. Presque centenaire, l'inflexible vieillard menait encore personnellement la lutte contre Frédéric II, l'adversaire le plus redoutable, qu'eut peut-être jamais la cour romaine.
Beau, brave, robuste, éloquent, d'une habileté et d'une énergie sans pareille, grand voyageur et très savant, cet homme d'État était aussi un homme de Dieu (1). Il semblait ne se plaire que dans la société des moines, sur lesquels il comptait principalement pour réformer l'Église. Sa vie était austère, son âme accessible aux inspirations mystiques, et celles-ci l'emportèrent maintes fois, dans ses décisions, sur les calculs de la politique humaine.
Hugolin avait un cœur affectueux et fidèle : « Très chère sœur dans le Christ, écrivait-il à sainte Claire, depuis que j'ai été forcé de vous quitter, je suis si triste et je pleure tellement que je mourrais de douleur si la prière, mon remède habituel, ne parvenait à me consoler (1). » Il n'était pas moins affectionné à saint François qu'il vénérait comme un envoyé de Dieu et qu'il s'efforça toujours de ne point peiner. S'il ne tint pas, en effet, toutes ses vues pour réalisables, du moins, tant que vécut Je bienheureux, ne cessa-t-il d'apporter infiniment de douceur à adapter son idéal à ce qu'il jugeait être l'intérêt de l'Église et des âmes. |
(1) Il n'avait pas toujours été parfait. De tempérament violent, il se mettait facilement en colère et lui échappaient alors de gros jurons.
Il se corrigea de ce défaut, grâce, disait-il, à l'intercession de sainte Marie d'Oignies dont Jacques de Vitry, chanoine d'Oignies, lui avait donné une relique.
Acta Sanctorum, Junii, t. V, p. 5 77.
(1) Lettre recueillie dans la Vie de sainte Claire, Analecta, t. III, p. 183.
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Posté le: Lundi 22 Septembre, 2008 23:52 Sujet du message: |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | Ce fut donc chez le cardinal Hugolin, et évidemment d'accord avec lui, que saint Dominique fit un jour au petit Pauvre la proposition suivante : « Frère François, dit-il en lui prenant les mains, je voudrais que mon ordre et le tien fusionnassent pour vivre sous une même règle dans l'Église. »
On devine les avantages administratifs que l'homme d'État pontifical et le clairvoyant fondateur des prêcheurs trouvaient à cette fusion, sans compter sans doute qu'ils constataient le manque d'organisation de la fraternité franciscaine et prévoyaient que son chef serait bientôt débordé. Celano ne dit point comment celui-ci se déroba, mais la proposition fut éludée.
François repoussa pareillement celle dont le cardinal fit part aux saints personnages dans la même entrevue : « Puisque, leur dit-il, dans la primitive Église, les pasteurs étaient pauvres, et dévorés de charité plutôt que de cupidité, pourquoi ne choisirions-nous pas des évêques parmi vos frères ? » Ici encore c'était l'intérêt de la réforme de l'Église qui inspirait le collaborateur d'Innocent III.
Ce fut à qui des interpellés laisserait à l'autre l'honneur de répondre le premier. Finalement Dominique prit la parole : « Seigneur, dit-il, la dignité où les miens sont établis doit leur suffire et pour ma part je ne souffrirai point qu'ils en recherchent une autre. » François répondit de son côté : « Seigneur, mes frères ont été appelés minores pour qu'ils évitent de vouloir devenir majores; leur vocation particulière est de rester toujours dans une humble condition; maintenez-les-y, fût-ce contre leur propre gré, si vous voulez qu'ils soient utiles à l'Église; et ne leur permettez jamais, je vous le demande, de devenir prélats. »
Telle était la façon dont le bienheureux concevait la collaboration des siens à l'œuvre de la restauration religieuse. |
ABBÉ OMER ENGLEBERT
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Posté le: Mercredi 24 Septembre, 2008 1:12 Sujet du message: |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | Avant de se séparer, raconte Celano, Dominique et François se recommandèrent affectueusement l'un à l'autre; puis le premier pria le second de lui donner sa corde en souvenir. Il l'obtint après beaucoup d'instances et s'en ceignit sous sa deuxième tunique.
Comme le petit Pauvre se retirait, Dominique dit aux assistants : « En vérité, je vous déclare qu'il n'est pas un religieux qui ne trouvât profit à suivre les traces d'un homme d'une si parfaite sainteté (1). »
Les deux saints se revirent parfois dans la suite et toujours continuèrent de s'aimer. « Ils ne faisaient qu'un cœur et qu'une âme », écrit le chroniqueur dominicain (2).
Dès qu'ils furent morts, cependant, leurs fils devinrent évêques tout aussi bien que les autres prêtres, et il faut croire qu'aux yeux de Celano, certains y mettaient trop d'empressement, car il ne leur ménage point les reproches : « Fils de saints, s'écrie-t-il, comment ne rougissez-vous pas de tourner en rond dans le cercle de vos ambitions et de délaisser le chemin qui mène à l'éternelle cité, vous dont les pères ne voulurent connaître que la voie de l'humilité ! »
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(1) II Celano, 148-150; Spéculum, 43.
(2) Barthélémy de Trente, épilogue de sa Vie de saint Dominique (écrite vers 1240), reproduit dans les Analecta, t. X, p. 540.
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Posté le: Jeudi 25 Septembre, 2008 0:59 Sujet du message: |
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CHAPITRE X
CONCILE DE LATRAN ET RENCONTRE DE SAINT DOMINIQUE
| Citation: | Il adresse aussi une petite mercuriale aux querelleurs et aux jaloux : « Si les honneurs après lesquels vous courez montrent que vous êtes des bâtards, écrit-il, l'envie que vous vous portez les uns aux autres prouve que vous êtes des dégénérés. Alors que vos pères s'aimaient si tendrement, vous, vous ne pouvez même pas vous voir. Que ne tournez-vous vos armes contre les démons, au lieu de vous donner des coups de dent et de vous entre-déchirer. Vos sermons porteraient certainement plus de fruit si l'on vous savait plus charitables, et le peuple croirait davantage à vos discours s'il ne sentait la haine dont vos cœurs sont remplis. »
Du reste, ajoute l'écrivain qui sent que sa rhétorique l'emporte un peu loin, « il y a encore çà et là des frères édifiants, et ce n'est pas à eux que ce discours s'adresse; je n'ai voulu parler que des mauvais religieux, lesquels à mon avis devraient être expulsés de leur ordre pour n'y point corrompre les autres ».
Pour finir, Celano se tourne vers Dieu, le conjurant de faire en sorte que dominicains et franciscains « aient les uns pour les autres des sentiments bienveillants (1) ». Et certes, en gros, l'on peut dire que cette prière a été exaucée et, pour emprunter son style oratoire à Lacordaire, que « le baiser de Dominique et de François s'est transmis de génération en génération sur les lèvres de leur postérité ».
Il fut cependant un temps où des questions de scolastique ou de prestige entraînèrent certains de ces religieux à des rivalités que les papes eux-mêmes se virent forcés d'apaiser (2). Mais aujourd'hui où nous nous laissons mutuellement le plaisir de résoudre librement les problèmes insolubles et où le zèle de la gloire de Dieu ne pousse guère plus personne à vouloir ennuyer son prochain, prêcheurs et mineurs sont des plus fraternellement unis; le souvenir des anciennes querelles est si bien aboli que le père Lacordaire a pu écrire, en toute bonne foi, que « jamais un souffle de jalousie n'a terni le cristal sans tache de leur amitié séculaire (1) ». |
| Citation: | (1) II Celano, 149.
(2) Les anciennes chroniques et les bulles pontificales les montrent souvent aux prises. Sans compter qu'ils discutaient à perte de vue sur l'excellence respective de leur ordre, ils ne s'entendaient pas notamment sur les stigmates de saint François (bulle Usque ad terminas et Non minus dolentes de 1237), sur les vertus de sainte Claire (bulle Profundi doloris de 1260), sur l'indulgence de la Portioncule (Bartholi, pp. 35, 70) et sur l'Immaculée Conception. Ils allaient jusqu'à se battre dans les églises (E. Gilson, Les idées et les lettres, Paris, 1932, pp. 228-229). Vainement, en 1255, leurs supérieurs généraux signèrent une lettre commune pour les conjurer de vivre en paix (Marc de Lisbonne, éd. Diola, t. II, pp. 55-58). Cependant, dès que sainte Catherine de Sienne, tertiaire dominicaine, eut reçu des stigmates intérieurs et qu'on put gagner partout des indulgences plénières comme celle de la Portioncule, dominicains et franciscains eurent déjà moins sujet de vouloir l'emporter l'un sur l'autre. Lorsqu'enfin la croyance à l'Immaculée Conception de la Vierge, prônée par les scotistes (disciples de Duns Scot, frère mineur) et combattue par les thomistes (partisans de saint Thomas, frère prêcheur) fut dogmatiquement définie par l'Église, toute raison de conflit disparut entre les deux ordres.
(1) Lacordaire : Vie de saint Dominique, Paris, 1860, 6e éd. p. 254. Le P. Léopold de Chérancé (Saint François d'Assise, Paris, 1933, 50e mille, p. 180) dit la même chose à peu près dans les mêmes termes. — Le P. Cuthbert, qui est historien, s'exprime de manière plus nuancée : « Dominique et François personnifient deux genres d'esprit différents qui sont volontiers en opposition parmi les hommes : la soumission à la loi et l'esprit de liberté... Il faut être un fanatique pour prétendre que ces deux états d'esprit ne sont pas l'essence même de la vie, soit qu'on les rencontre dans la religion, soit qu'ils se présentent ailleurs. Leur divergence crée une harmonie cachée que les natures d'élite peuvent seules comprendre... La divergence de vue des deux fondateurs eut sa répercussion plus tard ; elle se fit sentir dans les relations entre les disciples de Dominique et de François. Toutefois, dans les deux ordres, les plus grands esprits se rappelèrent toujours l'amitié qui avait uni ces saints personnages et ils y demeurèrent fidèles. » (Vie de saint François, pp. 245-246.)] |
ABBÉ OMER ENGLEBERT
VIE DE Saint François D'ASSISE
EDITIONS ALBIN MICHEL
22, rue Huyghens
PARIS
Nihil obstat : André COMBES cens. dep.
Lutetiae Parisiorum, die 9 Aprilis 1946.
Imprimatur : A. LECLERC vie. gen.
Lutetia; Parisiorum, die 15 Apriiis _________________ En Jésus, Marie, Joseph
Monique
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''Finalement mon coeur immaculé triomphera!''
Dernière édition par Monique le Dimanche 28 Septembre, 2008 1:51; édité 1 fois |
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Posté le: Vendredi 26 Septembre, 2008 1:29 Sujet du message: |
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L'INDULGENCE DE LA PORTIONCULE
CHAPITRE XI
| Citation: | Le samedi 16 juillet 1216, notre compatriote Jacques de Vitry arrivait à Pérouse où séjournait alors la cour romaine (1). Nouvellement nommé évêque de Saint-Jean d'Acre, il allait prendre possession de son siège et venait, au préalable, recevoir la consécration épiscopale. Il apprit, au débarquer, qu'Innocent III était mort le matin même (2).
Les mœurs étaient rudes en ce temps-là, et les ambitieux jouaient leur jeu sans souci des convenances. « Il n'est personne qui meure aussi solitaire et délaissé qu'un pape », remarque le contemporain Thomas d'Eccleston. A peine, en effet, Innocent III entra-t-il en agonie que tous ses courtisans l'abandonnèrent et volèrent à leurs affaires. François, cependant, affirme le même chroniqueur, était accouru d'Assise pour rendre un suprême hommage au grand pontife qui avait compris sa vocation et approuvé son œuvre (1).
Sans refermer le cercueil, on porta le corps à la cathédrale où les funérailles devaient avoir lieu le lendemain. « C'est ce jour-là, dit Jacques de Vitry, que j'ai vraiment compris le néant des grandeurs d'ici-bas. Figurez-vous que, la nuit précédente, des voleurs étaient venus dépouiller le pape de tout ce qu'il avait de précieux sur lui. J'ai vu de mes yeux son corps à demi nu, gisant au milieu de l'église, sentant déjà mauvais. »
Puis il décrit l'impression que lui fit la curie pendant les quelques semaines qu'il y passa : « On y est tellement absorbé par les affaires temporelles et les procès, écrit-il, on s'y préoccupe tellement de ce qui touche aux rois et aux États que c'est à peine si l'on peut y aborder les questions relatives à la religion. Tout cela m'a bien attristé. » |
| Citation: | (1) Né à Vitry-sur-Seine, Jacques de Vitry devint curé d'Argenteuil (près de Paris), puis chanoine d'Oignies (diocèse de Namur); il prêcha la croisade contre les albigeois et accompagna les croisés en terre sainte; devenu évêque de Saint-Jean-d'Acre, il assista en 1219 au siège et à la prise de Damiette; il revint en Europe en 1225, fut fait cardinal-évêque de Frascati en 1229 et mourut en 1244, laissant de nombreux écrits. — La lettre, que nous citons dans ce chapitre, a été publiée avec des notes critiques par R. Rohricht dans la Zeitschrift für Kirchengeschichte de Brieger (Gotha, 1893), t. XIV. P. Sabatier en a donné les passages relatifs aux origines franciscaines dans son édition du Spéculum, Paris, 1898, pp. 295-301.
(2) Innocent III s'était installé à Pérouse en mai 1216. Il voulait parcourir la Toscane et la haute Italie afin de réconcilier Gênes et Pise, et hâter les préparatifs de la croisade décidée au concile de Latran. |
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Posté le: Vendredi 26 Septembre, 2008 23:46 Sujet du message: |
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L'INDULGENCE DE LA PORTIONCULE
CHAPITRE XI
| Citation: | Heureusement, continue-t-il, j'ai trouvé dans mon voyage un spectacle d'un tout autre genre. Et le voilà dépeignant à ses correspondants de Lorraine ce qu'il vient de voir en Ombrie, six ans après le voyage à Rome des douze premiers frères mineurs et quatre ans après la vêture de sainte Claire. Il faut peser à sa valeur ce témoignage hors de pair, rédigé sur les lieux, en octobre 1216, par un voyageur qui n'avait aucune raison d'embellir les origines franciscaines ; rien ne confirme mieux les écrits de Celano et des trois Compagnons.
« Ce que j'ai vu de consolant, déclare Jacques de Vitry, c'est un grand nombre d'hommes et de femmes ayant renoncé à leurs richesses et quitté le monde pour l'amour du Christ.
« Ces hommes, qui portent le nom de frères mineurs, sont d'ailleurs tenus par le pape et les cardinaux dans la plus haute estime. Se désintéressant absolument des choses temporelles, ils consacrent tous leurs efforts à retirer du monde les âmes en péril et à les entraîner à leur suite. Grâce à Dieu, ils ont déjà remporté d'importants succès et fait de nombreuses conquêtes, car leurs adeptes en recrutent d'autres, et leurs auditoires se multiplient d'eux-mêmes. Pour ce qui est de leur manière de vivre, c'est celle de la primitive Église où, comme dit l'Écriture, la foule des croyants ne formait qu'un cœur et qu'une âme. Le jour, on les trouve dans les villes et les villages, s'adonnant à l'apostolat ou au travail; la nuit, ils regagnent leurs ermitages ou se retirent dans la solitude pour vaquer à l'oraison.
« Quant aux femmes, elles occupent, à proximité des villes, des refuges où elles vivent du travail de leurs mains, sans accepter aucun don; et elles sont tellement humbles qu'il suffit de vouloir leur témoigner sa vénération pour les faire rougir et les chagriner. »
Le nouvel évêque signale ensuite les chapitres des frères mineurs :
« Une fois l'an, les hommes de cet ordre se retrouvent en un lieu convenu pour se réjouir dans le Seigneur et manger ensemble; là, prenant conseil d'hommes de bien, ils adoptent et promulguent de saintes mesures qui reçoivent ensuite l'approbation du souverain pontife; puis, se séparant de nouveau pour une année, ils se répandent en Lombardie, en Toscane et même jusqu'en Apulie et en Sicile. |
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Posté le: Dimanche 28 Septembre, 2008 1:53 Sujet du message: |
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L'INDULGENCE DE LA PORTIONCULE
CHAPITRE XI
| Citation: | « Récemment, on a vu ce saint homme de frère Nicolas, compatriote du pape, quitter la curie pour se joindre à eux; mais il a été rappelé par le souverain pontife qui ne pouvait se passer de lui. Quant à moi, j'estime que Dieu a résolu de se servir de ces simples et pauvres religieux pour sauver un grand nombre d'âmes avant la fin du monde, et de dénoncer par leur exemple l'incurie de nos prélats qui, tels des chiens muets, refusent d'aboyer quand il le faudrait. »
La vacance du siège apostolique dura seulement deux jours. Il est vrai, dit Ciaconius, que pour hâter l'élection, les Pérugins avaient pris le parti d'enfermer sous clé les membres de la curie et de diminuer progressivement leurs rations journalières (1). Sur les dix-neuf cardinaux présents, deux allaient apparemment se disputer longtemps les suffrages : Guy, évêque de Palestrina, et Hugolin dei Conti que nous connaissons déjà. Pour presser les choses, les électeurs chargèrent ces deux favoris de désigner eux-mêmes l'élu. Ils choisirent Honorius dont l'âge était avancé et la santé mauvaise, mais qui n'en vécut pas moins jusqu'en 1227 :
« C'est un excellent et pieux vieillard que celui qu'on vient d'élire, écrit Jacques de Vitry; et c'est en outre un homme simple et bienveillant qui a donné presque toute sa fortune aux indigents. »
François dut tressaillir de joie en apprenant l'élection d'un pape si rempli de l'amour de Dieu et des pauvres. Le Seigneur lui-même, pensa-t-il, prenait en mains la cause du saint Évangile; les grands . projets qu'avait annoncés Innocent III allaient pouvoir se réaliser; la nouvelle croisade qu'on prêchait déjà rendrait le tombeau du Christ aux chrétiens; et la réforme de l'Église, elle aussi, s'annonçait sous les plus heureux auspices.
Ces beaux espoirs contribuèrent-ils à déterminer l'extraordinaire démarche qu'il tenta quelques semaines plus tard ? Ce fut, en effet, à cette époque, qu'il vint demander à Honorius la fameuse indulgence de la Portioncule ou grand pardon d'Assise (2). |
(1) Ciaconius, Vitae Pontificum romanorum, t. I, col. 659.
(2) Honorius III séjourna à Pérouse jusqu'à l'hiver de 1216.
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Posté le: Lundi 29 Septembre, 2008 17:17 Sujet du message: |
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L'INDULGENCE DE LA PORTIONCULE
CHAPITRE XI
| Citation: | Dans son discours du Latran, Innocent III avait désigné, marqués du signe TAU, trois sortes de prédestinés : ceux qui consentiraient à prendre la croix; ceux qui, empêchés de se croiser, s'emploieraient à combattre l'hérésie; enfin, les pécheurs qui travailleraient à se réformer eux-mêmes. Ces paroles poussèrent-elles François à vouloir mettre le monde entier en état de grâce, en facilitant à ceux qui ne pouvaient partir pour l'Orient ou qui étaient trop pauvres pour gagner une indulgence, les moyens d'avoir part à l'universelle rédemption ?
Toujours est-il qu'un jour de l'été 1216, il prit avec soi frère Massée et partit pour Pérouse (1).
La nuit précédente, écrit Bartholi, le Christ et sa Mère, entourés d'esprits célestes, lui avaient apparu dans la chapelle Sainte-Marie-des-Anges :
— François, dit le Seigneur, demande-moi ce que tu voudras pour la gloire de Dieu et le salut des hommes.
— Seigneur, répondit le bienheureux, je vous prie par l'intercession de la Vierge, avocate du genre humain ici présente, d'accorder une indulgence à tous ceux qui visiteront cette église.
La Vierge s'inclina devant son Fils pour montrer qu'elle appuyait la requête et celle-ci fut exaucée. Le Christ enjoignit ensuite à François de se rendre à Pérouse pour y obtenir du pape la faveur désirée.
Une fois mis en présence d'Honorius III, François lui dit :
— J'ai réparé naguère, pour Votre Sainteté, une église dédiée à la bienheureuse Marie, mère de Dieu. Je viens à présent, en faveur de ceux qui visiteront cette église au jour de sa dédicace, solliciter une indulgence qu'ils pourront gagner sans avoir à verser d'offrande. » |
1) Tous les documents relatifs à l'indulgence de la Portioncule ont été publiés par Paul Sabatier dans le tome II de la Collection d'Etudes, Paris, 1900. Bien que ce volume soit intitulé : Fratris F. Bartholi Trac-tatus de indulgentia de S. Mariae de Portioncula, il comprend non seulement la compilation dudit Bartholi (p. 1 à 110), mais encore les autres témoignages A utilisés dans ce chapitre (pp. xvn à clxxxiv). Bartholi écrivait dans la première moitié du XIVe siècle.
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Posté le: Mardi 30 Septembre, 2008 0:00 Sujet du message: |
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L'INDULGENCE DE LA PORTIONCULE
CHAPITRE XI
| Citation: | — Il convient que celui qui veut une indulgence fasse une offrande pour la mériter, observa le pape... Et c'est une indulgence de combien d'années que tu désires ? D'un an ?... de trois ans ?...
—- Qu'est-ce que trois ans, très saint Père ?
— Veux-tu six ans?... sept ans même?...
— Ce ne sont pas des années, mais des âmes que je désire.
— Qu'est-ce à dire : des âmes ?
— C'est-à-dire que quiconque entrera dans cette église confessé et absous, tous ses péchés lui seront remis quant à la coulpe et quant à la peine.
— C'est là chose exorbitante et tout à fait contraire aux usages de la cour romaine.
— Aussi, très saint Père, ce n'est point de mon propre mouvement, mais de la part de Notre-Seigneur Jésus-Christ que je la sollicite.
— Eh bien, je te l'accorde; au nom du Seigneur, qu'il soit fait selon ton désir !
A ces mots, les cardinaux présents supplièrent le pape de se reprendre, lui remontrant qu'une telle faveur nuirait aux indulgences de la terre sainte et de Rome, qui désormais seraient comptées pour rien (1).
Mais le pape refusa de se dédire. Ses conseillers le conjurèrent tout au moins de restreindre autant que possible cette faveur insolite. S'adressant alors à François, Honorius lui dit : « L'indulgence accordée est valable à perpétuité, mais une fois l'an seulement, c'est-à-dire des premières vêpres du jour à celles du lendemain. »
Pressé de prendre congé, François s'inclina et déjà il se dirigeait vers la sortie, quand le pontife le rappela : même que ceux qui, dans la suite, viendront prier dans cette église, recevront la rémission de tous leurs péchés. J'aurais voulu que cette indulgence pût être gagnée huit jours durant, mais je n'ai réussi à l'obtenir que pour un jour seulement » (1).
Telle est, d'après les documents dont il sera question plus loin, l'origine du fameux pardon d'Assise. |
(1) Voici, en effet, comment s'exprimait le canon 62 du concile de Latran : « Attendu qu'il y a indiscrétion et excès dans les indulgences que certains prélats ne craignent pas d'accorder, qu'à cause de cela les clefs de l'Église tombent dans le mépris et que la pénitence est énervée, nous décrétons que, dans la dédicace des basiliques, l'indulgence concédée ne devra jamais dépasser une année. Nous voudrions même qu'on restât toujours en deçà de cette limite. »
(1) Certains pensent que François consacra une partie de l'année 1216 à réparer l'Église Sainte-Marie-Majeure d'Assise, tels Mgr Faloci Pulignani (Miscellanea, vol. II), Montgomery-Carmichael (Francescan Annals, février 1906), et P. Cuthbert (Vie de saint François, p. 260).
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