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Monique

Inscrit le: 23 Jan 2007 Messages: 5825 : Localisation: Canada-Français
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Posté le: Mercredi 01 Octobre, 2008 0:11 Sujet du message: |
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CHAPITRE VIII
SAINTE CLAIRE ET L'ORDRE DES PAUVRES DAMES
| Citation: | Plus la sainte approchait de la mort, plus la vénération universelle l'entourait. Les hauts personnages de l'Église se pressaient à son chevet.
Le 8 septembre 1252, on vit arriver le cardinal Raynald de Segui, protecteur de l'ordre, à Saint-Damien. Claire lui soumit une règle de son cru, qui contredisait la Règle d'Innocent IV. Le chapitre huitième, entre autres, calquait les termes mêmes de la Règle des frère mineurs. « Que les sœurs, y lisait-on, ne s'approprient ni maisons, ni terres, ni quoi que ce soit; mais, étrangères et pèlerines ici-bas, servant Dieu dans l'humilité et la pauvreté, qu'elles recourent à l'aumône avec confiance. Et qu'elles se gardent bien d'en rougir, puisque le Seigneur lui-même s'est fait pauvre pour nous en ce monde. Telle est, en effet, l'excellence de la très haute pauvreté, sœurs bien-aimées, que c'est elle qui vous a rendues reines dans le royaume des deux ! Qu'elle soit donc votre partage et attachez-vous-y tellement que vous ne désiriez jamais rien d'autre sous le ciel (i). »
Claire gagna à ce projet le cardinal Raynald qui promit d'y intéresser le souverain pontife.
Bientôt ce fut Innocent IV lui-même qui vint rendre visite à l'abbesse infirme. Il ne se cachait point de l'aimer et de l'admirer beaucoup. Quand la malade le pria de l'absoudre de ses péchés : « Plût à Dieu que j'en eusse aussi peu besoin que toi ! » dit-il avant de lui donner l'absolution. La bienheureuse livra ensuite son dernier combat. On devine avec quelle ardeur elle pressa le vicaire du Christ de lui accorder, pour elle et ses filles, « le privilège de la très haute pauvreté ». Innocent IV se laissa fléchir, et le 9 août de l'année suivante, il signait à Pérouse la bulle Solet annuere qui approuvait la nouvelle règle. Dès le lendemain, un frère accourait de Pérouse à Saint-Damien pour apporter à Claire la bulle tant désirée. Ce fut sa suprême joie, car elle devait mourir le jour suivant.
Bien que depuis trois semaines, elle n'absorbât plus la moindre nourriture, sa présence d'esprit et sa force d'âme restaient entières. S'adressant à sa sœur Agnès, qui venait de rentrer à Saint-Damien : « Ne pleure point, sœur bien-aimée, dit-elle, je ne te quitte pas pour longtemps, car tu me rejoindras sous peu. » Et Agnès mourut, de fait, trois mois plus tard. |
(1) Règle de 1253, VIII, Seraphicae législationis Textus, p. 65.
ABBÉ OMER ENGLEBERT
VIE DE Saint François D'ASSISE
EDITIONS ALBIN MICHEL
22, rue Huyghens
PARIS
Nihil obstat : André COMBES cens. dep.
Lutetiae Parisiorum, die 9 Aprilis 1946.
Imprimatur : A. LECLERC vie. gen.
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Monique

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Posté le: Jeudi 02 Octobre, 2008 0:21 Sujet du message: |
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CHAPITRE VIII
SAINTE CLAIRE ET L'ORDRE DES PAUVRES DAMES
| Citation: | Quand frère Genièvre s'approcha de son lit, elle lui demanda : « M'apportes-tu de bonnes nouvelles de la part de Dieu ? » Genièvre se mit alors à tenir des propos si brûlants d'amour divin qu'on eût dit des flammes jaillissant de son cœur embrasé; et ce fut pour la mourante une vive consolation.
A son chevet se tenaient aussi ses fidèles amis, Léon, Ange et Bernard. Elle leur demanda de lui réciter encore la Passion du Sauveur. Frère Renaud l'ayant exhortée à endurer ses maux avec patience : « Frère très cher, répondit-elle, depuis le jour où la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ m'a été révélée par son grand serviteur saint François, ni peines, ni infirmités, ni souffrances, rien ne m'a semblé dur. »
Ses filles réunies autour de sa couche pleuraient à gros sanglots. Elle leur adressa de tendres paroles pour les consoler, les bénit une dernière fois, les engageant à marcher dans la voie de la sainte pauvreté. On l'entendit murmurer : « Pars en paix, car le chemin que tu as suivi est le bon, et tu peux aller avec confiance vers celui qui t'a protégée et aimée comme une mère son enfant. » Sœur Anastasie lui demanda à qui elle s'adressait ainsi : « Je parle à ma benoîte âme, répondit-elle, et celui qui fut son guide n'est pas loin. » Sans doute était-ce saint François qui venait la chercher pour la conduire au ciel. «. Seigneur Dieu, prononça-t-elle encore, soyez béni de m'avoir créée ! » Puis elle rendit le dernier soupir.
Ses funérailles eurent lieu le lendemain à l'église Saint-Georges. Innocent IV et de nombreux cardinaux y assistaient. Au lieu de l'office des morts, le pape proposa qu'on chantât en son honneur la messe du commun des vierges, ce qui était la canoniser, avant même de la porter en terre, dit la Légende; mais, plus formaliste, l'évêque d'Ostie lui représenta qu'il convenait, selon l'usage, de chanter la messe de Requiem, et d'attendre un peu avant de mettre sœur Claire sur les autels. On attendit donc; et c'est pourquoi sa canonisation n'eut lieu que deux ans plus tard. |
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Posté le: Jeudi 02 Octobre, 2008 23:31 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | S'ouvre ici une période assez pauvre en précisions chronologiques. On y trouve cependant deux points de repère assurés, savoir : l'acte de donation du mont Alverne dont il sera parlé plus loin et la double et vaine tentative que fit François pour se rendre chez les infidèles.
Ce fut après la victoire de Las Navas qu'il tâcha, pour la première fois, d'exécuter ce projet.
Jamais, peut-être, autant qu'en cette année 1212, on n'avait craint de voir les Sarrasins déferler sur l'Europe. Déjà maître du Maroc et d'une partie de l'Espagne, le chef maure, En-Nazir, ne se vantait-il pas de pousser bientôt jusqu'à Rome « pour y purifier, comme il disait, l'Église dans un bain de sang » ?
Innocent III prescrivit partout des processions et des prières et il invita toute la chrétienté à prendre les armes. Mais, beaucoup de chrétiens se battaient alors entre eux; d'autres firent la sourde oreille; si bien que le 14 juillet 1212, les Espagnols se trouvèrent seuls, à Las Navas, pour engager le combat. Ils remportèrent un éclatant triomphe qui enthousiasma l'Europe entière, où l'on se flatta que, de ce côté, le péril maure était désormais conjuré.
La situation n'apparaissait guère moins favorable en Orient, quoique les Croisés s'y occupassent surtout de commerce et des petits royaumes qu'ils avaient fondés à leur profit.
Mais le pape les ayant excommuniés tous en bloc afin de les rappeler à l'ordre, on se reprit à penser partout que l'objet de la croisade était la délivrance des lieux saints, et il n'y eut pas jusqu'aux enfants qui ne voulussent participer à la victoire qui s'annonçait prochaine. On raconte, en effet, que trente mille de ces innocents partirent de Touraine et vingt mille de Rhénanie pour aller reconquérir le tombeau du Sauveur, lesquels finirent par périr sur les routes ou tomber aux mains des marchands d'esclaves (1). |
(1) « Des historiens ont contesté la réalité... de la croisade des enfants en 1212. La science a pourtant démontré que cet étrange épisode était de l'histoire. »
A. Luchaire dans l'Histoire de France, de Lavisse, t. III, vol. I, p. 310, Paris, 1911.
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Posté le: Samedi 04 Octobre, 2008 0:01 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | L'enthousiasme universel gagna-t-il les hôtes de la Portioncule et François crut-il le moment venu d'aller prêcher la paix du Christ à ceux dont les armes chrétiennes ne pouvaient avoir raison ? Toujours est-il qu'il résolut de partir pour l'Orient.
L'inconnu et l'aventure n'étaient point pour lui déplaire; et la perspective de répandre son sang enflammait son ardeur chevaleresque. Au surplus, ses récentes expériences ne lui montraient-elles pas qu'avec l'aide de Dieu tout est possible à l'homme ? Puisque, à son exemple, tant de chrétiens se dépouillaient pour imiter Jésus, pourquoi n'obtiendrait-il pas que les infidèles ouvrissent eux aussi leur âme à l'Évangile ?
Ce fut sans doute vers la fin de 1212 qu'il s'embarqua, avec un compagnon, sur un bateau faisant voile vers la Syrie. Malheureusement, des vents contraires rejetèrent nos passagers sur la côte dalmate. Aucune autre occasion ne s'offrant, cette année-là, de poursuivre leur voyage, les deux frères se déterminèrent à regagner l'Italie, et ils voulurent monter sur un navire en partance pour Ancône. Mais on les en empêcha parce qu'ils n'avaient pas de quoi payer leur passage, et il fallut qu'avec la complicité d'un matelot complaisant, ils se glissassent à bord en cachette.
Celano laisse entendre qu'il leur en eût coûté cher si, une tempête éclatant soudain et forçant les rameurs surmenés à consommer rapidement leurs propres vivres, ces matelots affamés n'avaient été trop heureux de recourir à la charité des deux missionnaires dont les petites provisions s'étaient miraculeusement multipliées (1). |
(1) I Celano, 55; Tractatus de miraculis, 33; Bonaventura, IX, 5.
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Posté le: Dimanche 05 Octobre, 2008 1:47 Sujet du message: |
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DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | Environ deux ans plus tard, François reprit son projet de croisade spirituelle en terre musulmane, ayant, cette fois, jeté son dévolu sur le Maroc.
« Il ne rêvait pas moins, écrit Celano, que d'y aller convertir le Miramolin et ses satellites. » Accompagné de Bernard de Quintavalle, il se dirigea vers l'Espagne, « marchant tellement vite », tant il était pressé d'arriver à destination, « que son compagnon avait souvent peine à le suivre. Mais Dieu l'arrêta et la maladie l'obligea d'interrompre son voyage ».
Celano ajoute en passant qu'à cette époque lui-même entra dans l'ordre, mais il ne nous en dit pas davantage sur cette deuxième expédition manquée. A en croire des traditions locales assez fondées, on peut pourtant penser qu'à cette occasion François accomplit le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle et qu'il regagna la Portioncule en passant par la France (2).
Cependant, avant de s'embarquer pour l'Orient, François avait entrepris plusieurs courses apostoliques dans le nord de l'Ombrie et en Toscane. Elles lui valurent de recruter un assez grand nombre de nouveaux frères. A Pise, il reçut les frères Albert et Agnello qui occupèrent plus tard des charges considérables dans l'ordre.
A Florence, il accueillit Jean Parenti, qui devait être ministre général de 1227 à 1232. Ce dernier, s'il faut en croire Wadding, avait trouvé la grâce de sa vocation d'une façon bien curieuse. Ancien élève en droit de l'université de Bologne, il exerçait les fonctions de juge à Civita Cas-tellana quand, un soir, en se promenant, il vit des porcs qui regagnaient leur étable. Ils la prenaient vraiment d'assaut, se bousculant si fort qu'ils s'empêchaient mutuellement d'entrer :
— Ils sont bien fougueux vos cochons ! observa sans doute le promeneur au porcher.
— Ah oui ! répondit celui-ci qui ignorait l'identité de son interlocuteur; la porcherie est assez grande; mais, c'est comme les juges à la porte de l'enfer, on dirait toujours qu'ils craignent de manquer de place.
Ce propos plongea Jean Parenti dans de salutaires réflexions et il se hâta d'abandonner un état si généralement décrié (1).
L'on ignore si ce fut avant ou après son départ pour la Syrie que François passa tout un carême dans une île du lac Trasimène. Il exigea d'y rester seul et n'y mangea qu'un demi pain. Et il eût certainement préféré ne rien manger du tout, remarquent les Fioretti, si, par humilité, il n'eût voulu laisser au seul Sauveur la gloire de s'être privé de toute nourriture pendant un jeûne de quarante jours (2).
Ce carême terminé, François parcourut les régions avoisinantes. |
(2) I Celano, 56; Tractatus de miraculis, 34; Bonaventura, IX, 6.
(1) Wadding, Annales, ad annum 1212, n° 21.
(2) Fioretti, VII; I Celano, 60. — S. Bonaventure (IX, 2-3) déclare que François s'imposait quatre carêmes surérogatoires : un après l'Epiphanie, un autre avant la Saints-Pierre-et-Paul, un troisième avant l'Assomption, un quatrième en préparation à la fête de saint Michel. Si l'on y ajoute le carême de l'Église et celui de la Règle (de la Toussaint à Noël), ainsi que le jeûne du vendredi, également prescrit par la Règle (Régula secunda, III), on verra que le Poverello jeûnait en moyenne cinq jours sur sept.
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Posté le: Lundi 06 Octobre, 2008 23:13 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | C'est à Cortone, pense-t-on, qu'il enrôla dans la fraternité deux hommes dont les destinées devaient être si différentes : frère Élie que l'Église excommunia et frère Guy qu'elle plaça sur les autels. Nous aurons assez d'occasions de reparler de frère Élie. Quant au frère Guy, c'est probablement le gentilhomme dont le bienheureux reçut un jour l'hospitalité avec son compagnon, et à propos duquel il prononça l'éloge de la politesse ou courtoisie.
Messire Guy, racontent les Fioreti, n'en eût pas fait davantage pour accueillir des anges venus du paradis. Il embrassa chaleureusement les deux frères, leur lava et baisa les pieds, fit allumer un grand feu et apporter un excellent repas, et pendant que ses hôtes mangeaient, il les servait lui-même d'un air joyeux. Il dit ensuite à François : « Mon Père, je veux désormais pourvoir à vos nécessités, car si Dieu m'a comblé des biens de la fortune, je dois lui témoigner ma gratitude en les partageant avec ses pauvres. Aussi, quand désormais vous aurez besoin de tuniques ou de manteaux, ne regardez pas à les acheter, car c'est moi qui les payerai. »
Une fois seul avec son compagnon, François lui dit : « En vérité, j'ai rarement vu un homme si poli et rien ne me plairait tant que de l'avoir pour frère. Il est reconnaissant à Dieu de ses bienfaits, généreux pour les pauvres et d'une parfaite courtoisie à l'égard du prochain. Or, sache-le, mon frère, la courtoisie est un des plus beaux attributs de Dieu, qui fait luire son soleil et tomber la pluie sur les pécheurs aussi bien que sur les justes. La courtoisie est vraiment sœur de la charité, puisqu'elle éteint la haine et entretient l'amour parmi les hommes. Il faudra donc que nous repassions un jour par ici, en cas que le Seigneur veuille inspirer à ce parfait gentilhomme de se joindre à nous dans son service. »
Messire Guy entra, en effet, dans l'ordre. Il passa toute sa vie aux Celles, près de Cortone, dans une grotte, au fond d'une vallée, sur le bord d'un ruisseau; et cette retraite il ne la quittait que pour aller, de loin en loin, prêcher la pénitence aux populations voisines (1).
Après le pays de Cortone, François parcourut celui qui s'étend au nord-est du lac Trasimène, y fondant, entre autres, les ermitages de Cetona et de Sarteano, et dans la seule ville d'Ascoli, faisant jusqu'à trente recrues d'un seul coup (2). |
(1) Fioretti, XXXVI; Cf. la Vie du bienheureux Guy dans les Acta Sanctorum, die 12 junii, t. II.
(2) I Celano, 62.
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Posté le: Mercredi 08 Octobre, 2008 1:03 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | Les frères se multipliaient donc rapidement. Avant la fin de 1215, ils s'étaient répandus non seulement dans l'Italie du centre et du nord, mais jusque dans le sud de la France et en Espagne.
On les rencontrait s'en allant deux à deux, recueillis et joyeux, sur les chemins. On apercevait leurs petits ermitages aux abords des villes ou dans les montagnes environnantes (3). Ils ne s'écartaient pas du peuple, puisque c'était de lui qu'ils recevaient leur subsistance.
Le peuple de son côté les aimait pour leur dénuement volontaire comme on aime les enfants pour leur faiblesse; il s'édifiait au spectacle de leur vie où la religion apparaissait dénuée d'ambition et de cupidité; et il ne leur marchandait pas plus le pain que l'amitié.
Comme, au surplus, les frères se montraient bons et obéissants catholiques, qu'ils ne prêchaient jamais sans la permission des pasteurs, qu'ils pratiquaient la pauvreté pour elle-même et non pour combattre l'Église ou rappeler les simoniaques à leur devoir, le clergé lui aussi leur témoignait sa faveur.
On ne cite que l'évêque d'Imola qui refusa à leur chef l'autorisation de prêcher : « Mon frère, répondit-il sèchement, je suis là pour cela et n'ai besoin de personne pour m'en remontrer. » Après s'être poliment incliné, François se retira; mais il reparut une heure après. « Te voilà de nouveau ? dit l'évêque, qu'est-ce que tu veux encore ? — Monseigneur, répondit-il, quand un père chasse son fils par la porte, celui-ci n'a d'autre ressource que de rentrer par la fenêtre; alors, moi aussi, votre fils très aimant, je n'ai pas hésité à revenir vous voir. » Profondément touché, l'évêque l'embrassa et lui donna désormais, pour lui et ses frères, la permission de prêcher dans son diocèse, tant qu'ils voudraient (1). |
(3) Wadding, Annales, ad annum 1212.
(1) II Celano, 147.
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Posté le: Jeudi 09 Octobre, 2008 0:43 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | Le temps des affronts et des moqueries était loin. Le petit Pauvre ravissait désormais tous les cœurs. Au lieu, comme tant de réformateurs, de semer la révolte et la haine, il édifiait, montrait de belles tâches à accomplir, donnait un aliment aux âmes avides d'idéal et de sainteté. On bénissait cet annonciateur d'un printemps spirituel. Même les brigands, touchés de son respect et de sa confiance, avaient pour lui de l'amitié.
Quant aux patarins et autres hérétiques, il ne se souciait point de remporter sur eux des victoires verbales, et ces disputeurs le laissaient généralement en paix. Son arrivée dans les bourgs ressemblait donc souvent à des entrées triomphales. On sonnait les cloches et le peuple se portait à sa rencontre en criant : « Ecco il santo ! Voici le saint (2) ! »
Un tel engouement, racontent les Fioretti (3), étonnait le beau frère Massée qui, certain jour, s'en ouvrit au bienheureux :
— Pourquoi toi? Pourquoi toi? Pourquoi donc toi plutôt qu'un autre ? s'en allait-il répétant.
— Qu'est-ce que tu veux dire là, frère Massée ? demanda François.
— Il y a une chose que je ne comprends pas, mon Père.
— Quoi donc ?
— Je me demandais pourquoi tout le monde court après toi, cherche à te voir, à t'entendre, à se placer sous ta conduite, alors que tu n'es ni beau, ni savant, et que tu n'es même pas noble. Pourquoi toi, de préférence aux autres ?
A ces mots, racontent les Fioretti, François ne put dissimuler sa joie. Il resta d'abord immobile, le visage levé au ciel, puis, tombant à genoux, il rendit grâces à Dieu et expliqua :
— Pourquoi moi ? Pourquoi moi ? Tu veux que je te le dise, frère Massée ? Eh bien, sache que cela vient des regards de Dieu qui voient tout et qui, n'ayant rien trouvé de plus vil ici-bas, se sont arrêtés naturellement sur moi. Pour faire briller son œuvre aux yeux des hommes, le Seigneur prend en effet ce qui est faible, ignorant et méprisable, de préférence à ce qui est sage, noble et puissant, de telle sorte que la créature n'ait point lieu de se glorifier et que la gloire retourne au Créateur, seul auteur de tout bien. |
(2) I Celano, 62.
(3) Actus, 10; Fioretti, X, pp. 34-35.
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Posté le: Vendredi 10 Octobre, 2008 0:26 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | Quant à ceux qui voulaient absolument toucher ses vêtements pour honorer sa sainteté : « Ne me canonisez pas trop tôt, leur disait-il, car le saint que je suis serait encore capable de mettre au monde des fils et des filles. »
Ce fut dans le même pays, à l'ermitage de Sarteano, en pleine montagne, qu'il lui arriva, selon Celano, d'éprouver « de violentes tentations charnelles ». Il priait, la nuit, dans sa cellule, quand le démon lui suggéra de renoncer à ses austérités. Le tentateur lui dit notamment que, Dieu n'exigeant pas de l'homme qu'il se détruise, mieux vaut donc pour lui mener la vie commune et fonder, par exemple, un heureux foyer, plutôt que de garder un célibat si pénible. Le saint se leva aussitôt, et ôtant son vêtement :
« Puisque la tunique appartient à l'ordre et n'a pas mérité d'être déchirée, dit-il, je la respecterai.
Mais toi, frère âne, ajouta-t-il, s'adressant à son corps, tu vas recevoir le fouet pour t'apprendre à mieux te comporter désormais. » Et il commença à se flageller à coups de corde. La tentation ne disparaissant pas, il sortit, prit de la neige et se mit à fabriquer, sous la clarté de la lune, sept bonshommes qu'il rangea devant lui. Puis, allant de l'un à l'autre, il se tint à lui-même le discours suivant : « Regarde bien, François ! la famille que tu veux fonder est au complet. Celle-ci c'est ta femme; ces quatre plus petits sont les enfants qu'elle t'a donnés, deux fils et deux filles comme tu vois; ces deux grands, ton domestique et ta servante. Et maintenant, c'est sur toi, le père, que tous comptent pour leur entretien. Hâte-toi donc d'aller leur chercher de quoi se vêtir, car ils sont nus et vont mourir de froid par ce temps glacial... Comment !... tu hésites ?... tu trouves qu'ils sont trop ?... Alors, reste au service de Dieu, mon ami, et ne pense plus à autre chose ici-bas. »
Entre temps, le démon s'était enfui et la tentation avait disparu. François reprit alors le chemin de sa cellule, en rendant grâces à Dieu. Cependant, un frère qui, la même nuit, priait au clair de lune dans la montagne, avait tout vu et entendu, ce dont le bienheureux fut très contrarié, quand il l'apprit. Aussi lui fit-il défense de jamais rien dire de cette scène à personne (1).
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(1) II Celano, 116-117; Bonaventura, V, 4.
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Posté le: Samedi 11 Octobre, 2008 0:48 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | Vers la fin du printemps de 1213, François s'avança en Romagne et parvint au pied de la forteresse de Montefeltro, juchée sur un éperon des Apennins.
Précisément, ce jour-là, rapportent les Fioretti, un parent du commandant de la place était armé chevalier et de nombreux seigneurs assistaient à le cérémonie. Était-ce un tournoi ou quelque joute entre des ménestrels, qui réunissait en ce moment les invités dans la cour du château ? Entendant parler de la fête, François voulut s'y rendre avec son compagnon; et là, montant sur un petit mur et prenant la parole, il se mit à commenter le distique suivant, tiré d'une poésie courtoise :
Tanto è il bene Ch'aspetto
Ch'ogni pena m'è diletto.
Si grand est le bien auquel j'aspire
Que toute peine m'est un plaisir.
Il évoqua, à propos de ces vers, les souffrances que les apôtres, les martyrs, les vierges et les confesseurs avaient endurées pour obtenir les biens éternels, et développa des considérations si sublimes qu'il enthousiasma les chevaliers présents.
Cependant, le plus impressionné d'entre eux fut le comte Roland, seigneur de Chiusi-en-Casentin, lequel eût voulu communiquer tout de suite à l'orateur la généreuse inspiration qu'il venait d'avoir. Mais François lui observa qu'il « devait d'abord aller dîner avec ses hôtes et ses amis comme l'exigeait la politesse. » Le banquet terminé, Roland fit part au bienheureux de la bonne œuvre qu'il désirait accomplir. Il possédait, dit-il, à un mille de son château de Chiusi, au sommet du mont Alverne, une solitude parfaitement propre à l'exercice de la pénitence et de la contemplation : « Si tu veux l'accepter pour toi et pour tes frères, ajouta-t-il, je vous l'offre bien volontiers pour l'amour de Dieu. » Malheureusement, François ne pouvait pas immédiatement s'y rendre. « Mais une fois rentré à la Portioncule, dit-il, j'y enverrai mes frères, et s'ils trouvent cet endroit à notre convenance, nous y établirons un ermitage au nom du Seigneur. »
Et il en alla selon le désir du comte Roland, car un acte authentique nous a été conservé où l'on voit que la donation du mont Alverne fut faite aux frères le 8 mai suivant (1). |
(1) Actus, 9; Première considération sur les stigmates (Appendice Ier aux Fioretti) — L'acte de donation que firent établir, le 9 juillet 1274, les fils du comte Roland, est conservé à Borgo San Sepolcro; il a été publié dans le Bullarium franciscanum de Sbaralea, t. IV, p. 156.
ABBÉ OMER ENGLEBERT
VIE DE Saint François D'ASSISE
EDITIONS ALBIN MICHEL
22, rue Huyghens
PARIS
Nihil obstat : André COMBES cens. dep.
Lutetiae Parisiorum, die 9 Aprilis 1946.
Imprimatur : A. LECLERC vie. gen.
Lutetia; Parisiorum, die 15 Apriiis _________________ En Jésus, Marie, Joseph
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Posté le: Dimanche 12 Octobre, 2008 1:56 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | Le petit Pauvre vit-il en cette acquisition une indication surnaturelle ? La Providence, qui ne lui avait point permis d'aborder au pays des Sarrasins, l'engageait-elle à renoncer à l'apostolat et à se contenter de prier sur les hauts lieux ? Telle fut la question qu'il se posa de nouveau à cette époque et dont il voulut être éclairci.
Il appela frère Massée, racontent les Fioretti (2), et lui dit : « Va trouver sœur Claire, tu la prieras de demander à Dieu si je dois de temps en temps me livrer à la prédication ou toujours m'adonner à l'oraison. Ensuite, tu iras demander la même chose au frère Sylvestre. »
Frère Massée passa d'abord par Saint-Damien où il remit son message à Claire, puis il monta aux Carceri où frère Sylvestre vivait en ermite. Celui-ci avait la réputation d'être toujours et promptement exaucé dans ses prières. De fait, le ciel lui fit savoir aussitôt que la vocation de François était de s'occuper à la fois de son propre salut et de la sanctification du prochain; et c'est ce que Sylvestre communiqua au frère Massée qui reprit immédiatement son chemin vers Saint-Damœn. Là, sainte Claire lui dit qu'elle avait reçu de Dieu la même réponse.
Frère Massée redescendit vers la Portioncule où François l'attendait. Après lui avoir lavé les pieds, le bienheureux lui fit servir un bon repas, et, à genoux, nu-tête, les bras en croix, il lui demanda : « Que veut de moi Notre-Seigneur Jésus-Christ ? » Le fidèle commissionnaire lui fit part du double et identique message dont il était porteur : « Eh bien ! partons au nom de Dieu ! » dit François, en se relevant; et, prenant avec soi frère Ange Tancrède et frère Massée, il se dirigea vers Cannara qui est à deux lieues d'Assise, et se remit à prêcher (1).
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(2) Fioretti, XVI.
(1) Bonaventura, XII, 2.
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Posté le: Lundi 13 Octobre, 2008 2:58 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | De tous les sermons qu'il prononça dans ce voyage, celui qu'il fit aux oiseaux est certes l'un des plus beaux qu'on ait jamais prêchés ici-bas.
« Parce que tout sort du même principe », dit saint Bonaventure (2), il y a une parenté entre les hommes, les bêtes, les plantes, la mer et les étoiles. Et de fait, n'est-ce pas avoir une vue du monde bien indigente que de ne point s'aviser des liens qui unissent entre elles toutes les créatures et qui les relient elles-mêmes à Dieu ? Jésus lui-même n'a-t-il pas évoqué la bonté avec laquelle le Père céleste donne sa nourriture au passereau et son brillant vêtement au lys des champs ?
Et avant le péché, l'homme, les animaux et les éléments ne se traitaient-ils pas amicalement ? Tant il y a que personne en Occident, n'éprouva ni n'exprima, comme saint François, ce sentiment de l'universelle fraternité des choses créées. Son cœur est tel qu'on se représente celui d'Adam au jardin d'Eden; et c'est à croire que les bêtes elles-mêmes s'en apercevaient, puisqu'elles se montrèrent toujours si reconnaissantes de l'honneur qu'il leur rendait. |
(2) Bonaventura, VIII, 6.
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Posté le: Mercredi 15 Octobre, 2008 1:00 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | Avec ses compagnons, François dépassa donc Cannara et, se dirigeant vers Bevagna, il parvint, après deux heures de marche, à l'endroit qu'on nomme aujourd'hui Pian d'Arca. « Il y avait là, racontent les Fioretti, quelques arbres remplis d'oiseaux si nombreux que jamais ne s'en étaient autant vus dans ces parages, et il y en avait aussi une multitude dans le champ voisin. Émerveillé à ce spectacle et rempli du Saint-Esprit, François dit à ses compagnons : « Restez ici sur la route à m'attendre, pendant que j'irai prêcher à nos frères les oiseaux. » Il entra dans le champ ; et à peine eut-il commencé son sermon que tous les oiseaux se réunirent pour l'écouter. Ils se tenaient immobiles, bien qu'en se déplaçant, le saint les frôlât de sa tunique.
« Mes petits frères les oiseaux, leur dit-il, nombreux sont les liens qui nous rattachent à Dieu. Et pour vous, votre devoir est de le louer partout et toujours, à cause de la liberté que vous avez de voler où il vous plaît, et à cause de cette double et triple robe et de ce beau plumage coloré que vous portez.
« Louez-le aussi pour la nourriture qu'il vous procure sans que vous ayez à travailler, pour les chants qu'il vous a enseignés, pour votre nombre que sa bénédiction a multiplié, pour votre semence qu'il a jadis conservée dans l'arche, et pour cet élément de l'air qu'il vous a réservé.
« Dieu vous sustente, sans que vous semiez ni ne moissonniez; il vous donne des sources et des rivières pour y boire, des collines et des montagnes pour vous y réfugier, des arbres élevés pour y poser vos nids ; et quoique vous ne sachiez ni coudre, ni filer, c'est encore lui qui vous fournit les vêtements indispensables, ainsi qu'à vos enfants.
« Faut-il que le Créateur vous aime, pour vous accorder de telles faveurs ! Aussi, mes frères les oiseaux, ne soyez pas ingrats, mais célébrez sans cesse les louanges de celui qui vous comble de ses bienfaits. »
A ce discours, tous les oiseaux se prirent à ouvrir le bec et les ailes, tendant le cou, inclinant pieusement la tête jusqu'à terre, et, par leurs mouvements et leurs chants, manifestant la vive joie qu'ils ressentaient. François se réjouissait avec eux, charmé et émerveillé de leur nombre, de leur variété et de l'affectueuse familiarité qu'ils montraient. Il fit enfin, sur eux, le signe de la croix et leur donna congé. Alors, d'un seul élan, les oiseaux s'envolèrent selon la forme de la croix qui avait été tracée sur eux et partirent en quatre groupes vers l'horizon lointain (1). |
(1) I Celano, 58; Fioretti, XVI; Bonaventura, XII, 3.
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Posté le: Jeudi 16 Octobre, 2008 2:05 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | Toute la vie du Poverello est semée de traits semblables. Le grave docteur saint Bonaventure n'en rapporte pas moins d'une quinzaine mentionnant notamment le lièvre de Greccio qui suivait François comme un petit chien; le martin-pêcheur et le poisson du lac de Rieti qui venaient régulièrement demander sa bénédiction; le faisan de Sienne qui, de mélancolie, ne voulait plus manger dès qu'avait disparu son ami; la cigale de la Portioncule qui accourait à son appel et, posée sur sa main, chantait avec lui les louanges divines ; et enfin cette brebis si dévote qui vécut, elle aussi, à Sainte-Marie-des-Anges, accompagnant son maître à l'office, se prosternant au moment de l'élévation et saluant de ses tendres bêlements la statue de la Vierge Marie (2).
Les autres biographes du Poverello reviennent également sans cesse sur le sentiment qu'il avait de la beauté du monde et l'amour qu'il portait à toutes les créatures (3).
« Comment, s'écrie Celano, exprimer l'attendrissement qu'il manifestait en retrouvant en elles la puissance et la bonté du Créateur ! Comment dépeindre la joie qu'il éprouvait à regarder le soleil, la lune et les étoiles, le plaisir qu'il prenait à contempler la beauté des fleurs et à respirer leur parfum »
Il recommandait au jardinier de la Portioncule d'empiéter sur les légumes pour leur consacrer un plus grand coin du jardin, et quand il en rencontrait dans les champs, il s'arrêtait longuement pour leur parler. « On eût dit que par un privilège unique son cœur avait pénétré le secret de toutes les choses créées. » |
(2) Bonaventura, VIII, 6-10.
(3) I Celano, 58-61, 77-81; II Celano, 165-171; Legenda antiqua, 48.51, 84.
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Posté le: Vendredi 17 Octobre, 2008 1:07 Sujet du message: |
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CHAPITRE IX
DE LA VÊTURE DE SAINTE CLAIRE AU CONCILE DE LATRAN (1212-1215)
| Citation: | Lorsqu'il marchait sur les pierres, il le faisait avec une sorte de respect, songeant au Christ que saint Paul compare à un rocher. Pour se laver les mains, il choissisait un endroit où l'eau ne fût pas ensuite foulée aux pieds. Par égard pour « son frère le feu », il ne souffrait pas qu'on jetât au vent les tisons encore fumants, qu'on soufflât les chandelles, qu'on éteignît les lumières et les foyers. A ses frères qui allaient au bois, il défendait de couper les arbres à blanc estoc, voulant laisser à toutes les plantes leurs chances de vie et de durée.
Les moindres bêtes lui étaient chères : il ramassait les vers sur les chemins et les mettait de côté pour leur éviter d'être écrasés ; l'hiver, il faisait porter du miel et du vin chaud aux abeilles pour les aider à franchir les mois difficiles; il construisait des nids pour les tourterelles, afin de leur permettre de croître et de multiplier; et un jour, dans la Marche d'Ancône, il donna son manteau neuf pour racheter deux jeunes agneaux qu'on portait à la boucherie.
François avait pourtant ses préférences, nous dit frère Égide. C'est ainsi qu'il tenait un peu rigueur aux fourmis dont l'activité lui semblait trop inquiète et la prévoyance exagérée; tandis qu'il louait sans réserve les oiseaux qui négligent de songer au lendemain et s'en remettent à la Providence au jour le jour.
Parmi eux, l'alouette grise, dite en italien lodola capellata, était sa favorite : « Avec son petit capuchon, disait-il, sœur alouette est un peu semblable à nous, et avec ses plumes couleur de terre, elle nous invite à nous contenter d'habits pauvres et grossiers. Elle est humble au point d'aller chercher sa nourriture dans la poussière et le crottin. Enfin, planant ordinairement très haut et louant le Seigneur par son chant dans les airs, elle nous enseigne à mépriser les choses de ce monde et à faire dès ici-bas notre demeure dans le ciel (1). |
(1) Legenda antiqua, 110; Speculum, 113.
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