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VIE MONDAINE ET CONVERSION
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Monique



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MessagePosté le: Mercredi 01 Octobre, 2008 0:37    Sujet du message: Répondre en citant







VIE MONDAINE ET CONVERSION


Citation:
Ce langage est clair. Il s'y mêle, dira-t-on, pas mal de rhétorique; mais pas assez, semble-t-il, pour ôter tout leur sens à ces paroles; et il faut bien convenir que s'il l'avait voulu, Celano eût pu employer sa rhétorique à dire tout autre chose. Il lui était aisé, par exemple, de montrer le volage restant pur, malgré ses mauvaises fréquentations; et surtout, rien ne l'empêchait, dans sa deuxième Légende, de se rétracter sur ce point, comme il le fit sur plusieurs autres. Or, il n'y changea rien.

Tous les écrits des trente années suivantes rendent exactement le même son. Sept ou huit ans plus tard, c'est Julien de Spire qui reprend les propres termes de Celano et cite aux pécheurs l'exemple de saint François, pour leur inspirer, lui aussi, confiance dans le pardon divin (1).

En 1238, c'est le pape Grégoire IX, l'ami intime du Poverello, qui loue saint François « d'avoir embrassé la chasteté, après s'être abandonné aux séductions du monde (2) ».

Enfin, prêchant en plein chapitre général, c'est le cardinal Eudes de Chateauroux qui n'hésite pas à déclarer que « François fut d'abord un grand pécheur, puis que, rassasié des plaisirs charnels, il prit le chemin de la sainteté, afin qu'aucun pécheur n'eût plus lieu de désespérer de son salut (3) ».


(1) Julien de Spire, Vita, I.
(2) Sbaralea, Bullarium franciscanum, t. I, p. 242.
(3) Eudes de Chateauroux devint cardinal en 1245 et mourut en 1273. Parmi les sermons qu'il composa, il en est dix sur saint François et un sur sainte Claire. Ce prélat revient maintes fois sur la vie pécheresse de saint François : Tunc saciatus erat deliciis mundi et etiam delecta-tionibus carnis (P. Gratien, Sermons franciscains du Cal Eudes de Chateauroux, Paris, 1913, Sermon V, p. 39) ; Dominus fecit beatum Franciscum sic inchoare sanctam conversationem ne peccatores... caderent in desperationem... Fuit enim magnus peccator (Ibid. Sermon VIII, p. 65) ; Amplexus fuerat... immunditiam luxuriae. (Deus) Franciscum erexit... de immunditia luxuriae in qua lubricaverunt pedes ejus. (ib. Sermon sur sainte Claire, p. 40, n. 4).



ABBÉ OMER ENGLEBERT
VIE DE Saint François D'ASSISE

EDITIONS ALBIN MICHEL
22, rue Huyghens
PARIS

Nihil obstat : André COMBES cens. dep.
Lutetiae Parisiorum, die 9 Aprilis 1946.

Imprimatur : A. LECLERC vie. gen.
Lutetia; Parisiorum, die 15 Apriiis

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MessagePosté le: Jeudi 02 Octobre, 2008 0:28    Sujet du message: Répondre en citant







VIE MONDAINE ET CONVERSION



Citation:
Ses auditeurs franciscains ne pouvaient d'ailleurs se formaliser d'entendre évoquer la jeunesse coupable de leur fondateur, puisque eux-mêmes, en chantant matines, y faisaient allusion dans l'antienne suivante :
Hic vir in vanitatibus Nutritus indecenterplus suis nutritoribus se gessit insolenter.

« Enfant, il reçut de très mauvaises leçons, et plus tard il ne se fit pas faute d'enchérir en immoralité sur ses maîtres (4). »
Les premiers frères mineurs crurent donc que leur père avait été pécheur. Mais ceux de la génération suivante s'avisèrent que c'était là une tache inadmissible dans une vie si sublime. Cela les peinait d'admettre que la chair marquée des sacrés stigmates, eût jamais été souillée, et que la pureté du séraphique François eût été moindre que celle de saint Dominique, dont les frères prêcheurs se montraient si fiers.

Ce fut alors que le chapitre de 1260 remania les deux derniers vers de la strophe compromettante, en lui faisant dire que la grâce divine avait heureusement préservé le séraphique Père de tout, écart.
Hic vir in vanitatibus Nutritus indecenter DIVINIS CHARISMATIBUS PREVENTUS EST CLEMENTER (1).

Presque aussitôt, d'ailleurs, saint Bonaventure régla définitivement la question en écrivant que « malgré les jeunes débauchés qu'il avait fréquentés, François n'avait jamais cédé aux entraînements de la chair » (2); et comme, désormais, sa Légende eut seule le droit d'exister, ce fut cette opinion qui prévalut dans la suite.



(4) Officium S. Francisci dans Analecta, t. X, p. 379.
(1) L. Oliger, De ultima mutatione officii S. Francisci, Archivum Franciscanum, t. I, 1908, pp. 45-49.
(2) Bonaventura, I, 1. — Jadis, les historiens étaient généralement de l'avis de saint Bonaventure : cf. L. Le Monnier : « Sa chair, qui devait un jour porter les stigmates sacrés du Sauveur, demeura une chair virginale. » (Histoire de saint François d'Assise, Paris, 1891, 4e éd., t. I, p. 20) et P. Léopold de Chérancé : « Jamais le souffle du vice impur ne vint ternir le beau lys de sa virginité. Il demeura toujours chaste. » (Saint François d'Assise, Paris, 1953, 50e mille, p. 40). De nos jours, plusieurs tendent à résoudre la question dans un sens opposé : cf. M. Beaufreton, Saint François d'Assise, p. 5-9, et des franciscains eux-mêmes, tel le P. Gratien, pour qui « les défaillances de François »



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MessagePosté le: Vendredi 03 Octobre, 2008 0:37    Sujet du message: Répondre en citant







VIE MONDAINE ET CONVERSION


Citation:
Du reste, pécheur ou non, il serait faux de se représenter le jeune Bernardone sous les traits d'un débauché. On ne l'imagine ni corrompu ni corrupteur, et s'il y eut dans sa vie quelques faiblesses, il ne s'y trouva assurément point de vilenies. Personne, Dieu merci, ne nous a révélé le nom de la petite mortelle qui peut-être occupa momentanément son cœur; mais si François aima, ce fut noblement et à la manière de ces chevaliers courtois dont l'idéal était sien.

Il fut en proie aux tentations charnelles, puisque nous le verrons plus tard se rouler dans les ronces et dans la neige pour les éteindre (1); mais sa tenue et sa conversation furent toujours d'une correction parfaite : «Jamais parole grossière ne sortit de sa bouche, et si l'on tenait devant lui des propos licencieux, il feignait de ne rien entendre (2). »

Sa noblesse d'âme s'étendait à tout; il était, nous dit-on, la distinction et la gentillesse même. « Évitant de blesser personne, se montrant envers tous d'une politesse exquise, il arrivait sans peine à se faire unanimement aimer. A voir le raffinement de ses manières, on l'eût pris pour le fils de quelque grand seigneur »; bref, il était né prince et tous lui passaient volontiers « de vouloir briller au premier rang. Aussi ne tarda-t-il pas à être connu bien au delà de son entourage et beaucoup commencèrent à lui prédire un glorieux destin (3). »

Tel, entre autres, « cet homme simple, un peu prophète », écrit saint Bonaventure, « qui jamais ne le rencontrait sans ôter son manteau pour l'étendre sous ses pas, répondant aux railleurs qu'en honorant de la sorte le fils de Bernardone, il ne faisait, pour sa part, que prévenir l'hommage universel de la postérité (4) ».


(1) I Celano, 42.
(2) Tres Socii, 3.
(3) Tres Socii, 3.
(4) Bonaventura, I, 1.



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MessagePosté le: Samedi 04 Octobre, 2008 0:21    Sujet du message: Répondre en citant







VIE MONDAINE ET CONVERSION


Citation:
On pense bien que François ne bornait pas ses ambitions dans la maison de son père et à festoyer en compagnie des godelureaux qui s'alimentaient à ses frais. Il avait foi en son étoile et songeait à devenir célèbre.

Or, la gloire s'acquérait alors à la guerre et ceux qui aimaient de se battre en trouvaient partout l'occasion. François lui-même avait grandi dans une atmosphère de guerre civile. Depuis bientôt trente ans, sa ville natale revendiquait la liberté.

En 1174, les marchands d'Assise avaient tenté de secouer le joug impérial; mais ils s'étaient heurtés à plus fort qu'eux; et en 1177, Frédéric Barberousse, montant à la Rocca, y avait installé son lieutenant, le duc Conrad de Lutzen, chargé de les tenir en respect. Dès lors, les grands feudataires reprirent l'avantage, et la bourgeoisie dépouillée de tout droit politique et accablée de prestations, rumina des projets de vengeance.

Le fils de Bernardone avait environ quinze ans quand, en 1197, par les compétitions qu'elle suscita, la succession d'Henri VI mit momentanément les affaires d'Allemagne en mauvais point. C'est le signal, en Italie, d'un soulèvement général contre l'hégémonie germanique. Les communes s'emparent des biens de l'Empire, chassent ses représentants, occupent ses forteresses. De son côté, Innocent III profite de l'interrègne pour appuyer les cités révoltées et tenter d'en ranger plusieurs à son pouvoir. Il requiert notamment Conrad de Lutzen de lui livrer Assise. Trahissant la cause de l'Empire, le duc quitte la Rocca et court à Narni faire hommage de son fief aux légats pontificaux. Il n'est pas plus tôt parti que les Assisiates se ruent à l'assaut de la garnison allemande défendant la forteresse. C'est en vain que les légats du pape somment les assiégeants de livrer le donjon. Peu soucieux de se donner un nouveau maître, ceux-ci bravent l'excommunication papale, emportent de vive force la citadelle et la démolissent de fond en comble.



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MessagePosté le: Dimanche 05 Octobre, 2008 1:57    Sujet du message: Répondre en citant







VIE MONDAINE ET CONVERSION


Citation:
Ils forment aussitôt un gouvernement communal dont le premier soin est de pourvoir la ville d'une solide enceinte, en vue de prévenir tout retour offensif de l'ennemi. Ces remparts, dont une partie subsiste encore, furent terminés avec une incroyable rapidité, et on utilisa pour les construire les pierres de la forteresse démantelée. Peut-on douter que François n'ait participé à ces travaux, apprenant là le métier de bâtisseur où nous le verrons exceller bientôt ?

On voudrait pourtant croire qu'il ne prit point part aux massacres qui suivirent.
Non contents en effet d'avoir chassé les Allemands, les bourgeois d'Assise songent ensuite à se débarrasser de cette aristocratie féodale qui, par ses péages, ses vexations de toute sorte, entrave le commerce de la cité.

Commencent alors de terribles représailles. Les châteaux qui dominent les hauteurs sont incendiés et plusieurs de leurs propriétaires exécutés; les seigneurs découverts dans la ville sont mis à mort et leurs palais démolis; tous les nobles en qui l'hégémonie germanique trouvait ses soutiens, voient leurs biens confisqués.
Délivrée de ses oppresseurs, Assise va-t-elle enfin jouir en paix de ses libertés conquises ? Non point, car Pérouse, l'éternelle rivale, entre alors en scène, travaillée par les nobles d'Assise qui s'y sont réfugiés et brûlent de reconquérir leur situation perdue (1).

En 1201, Pérouse déclare la guerre à sa voisine et entre les deux communes s'engage un duel féroce qui ne durera pas moins de dix ans. Ce fut au cours de cette période meurtrière qu'en 1202 se livra la bataille du Pont Saint-Jean, sur le Tibre. François s'y battit courageusement, fut fait prisonnier et emmené comme otage à Pérouse. Sa captivité dura jusqu'au mois de novembre 1203 où une paix de transaction fut proposée.
Il y était stipulé que la noblesse d'Assise rentrerait en possession de ses châteaux et palais reconstruits, pourvu qu'elle abandonnât ses prérogatives féodales et promît de ne plus s'allier aux ennemis de la ville (1). Ces conditions furent d'ailleurs repoussées et la lutte continua, coupée de trêves et de nouveaux massacres, jusqu'en 1210 où nous verrons François contribuer à ramener la paix chez ses concitoyens. En attendant, c'est dans les geôles de Pérouse que nous le suivrons. Les longs mois qu'il y passa n'entamèrent ni ses ambitions guerrières, ni son courage chevaleresque, ni sa gaîté. « Comme il vivait à la manière des nobles, c'est avec les chevaliers qu'il avait été emprisonné. Or, tandis que ceux-ci se lamentaient sur leur sort, lui se riait de ses chaînes et ne cessait de manifester de l'enjouement :


— Es-tu fou, lui disaient ses compagnons, de plaisanter dans l'état où nous sommes ?
— Comment voulez-vous que je sois triste, répondait-il, quand songeant à l'avenir qui m'attend, je pense que je serai un jour l'idole du monde entier ? »

Il y avait, parmi les captifs, un jeune noble insupportable que tous fuyaient. Seul, François évita de lui tourner le dos ; il fit même si bien qu'il finit par l'apprivoiser et le réconcilia avec ses compagnons (2). Car, alors, déjà, personne ne pouvait résister à sa séduction et à sa bonté.


(1) La famille Offreduccio de Cocorano, à laquelle appartenait sainte Claire, fut parmi celles qui émigrèrent à Pérouse et dont la maison d'Assise fut mise à sac.
(1) Sur tous ces événements, voir P. Sabatier, Vie de saint François d'Assise, éd. définitive, Paris, 1931, p. 15 et suiv. ; F. Pennachi, L'anno délia prigionia di S. Francesco in Perugia, Pérouse, 1915 ; A. For-tini, Nova vita di S. Francesco, passim ; P. Théobald, Etudes Franciscaines, t. L, septembre 1938, pp. 497 et suiv.
(2) II Celano, 4; Tres Socii, 4.



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MessagePosté le: Lundi 06 Octobre, 2008 23:19    Sujet du message: Répondre en citant







CONVERSION


CHAPITRE II


Citation:
Plusieurs peintures du XIIIe siècle nous ont conservé les traits du Poverello. Nous y admirons, « comme si elle vivait de nos jours, cette petite figure italienne, maigre et blanche, avec ses grands beaux yeux, ses traits réguliers et fins, sa mine souriante, presque enjouée, sa mobilité extrême (1) ».

De tous ces tableaux, c'est celui de Cimabué qui est peut-être le plus fidèle. Il date des environs de 1265 et répond assez bien au signalement donné par Celano.

« François, dit-il, était un homme de taille moyenne, plutôt petit que grand, de visage joyeux et bienveillant. Tête ronde, front petit, yeux noirs et sans malice, sourcils droits, nez droit et fin, oreilles petites et comme dressées, langue aiguë et ardente, voix véhémente et douce; dents serrées, blanches, égales; lèvres minces, barbe rare, col grêle, bras courts, doigts longs, ongles longs, jambe maigre, pied petit, de chair peu ou point (2).

« Il avait l'intelligence vive, la mémoire heureuse; son éloquence admirable faisait fondre les cœurs. D'une continuelle douceur et courtoisie, il avait la main toujours ouverte, se fâchait rarement, pardonnait aussitôt, savait garder un secret, s'accommodait aux caractères les plus divers. Et lui, le plus grand de tous les saints... (1) ».
Mais n'anticipons pas. Nous ne sommes qu'en 1203, et cette année-là, l'aspirant-chevalier qui sort des geôles de Pérouse, ne songe pas encore à la sainteté.



(1) E. Renan, Nouvelles études d'histoire religieuse, Paris, 1884, p. 327.
(2) Cf. J. Michelet, Histoire de France, t. II, p. 403, Paris, Flammarion, s. d.
(1) I Celano, 83.



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MessagePosté le: Mercredi 08 Octobre, 2008 1:06    Sujet du message: Répondre en citant







CONVERSION



CHAPITRE II


Citation:
Il reprit au contraire sa vie d'affaires et de plaisirs, puis tomba gravement malade. De fait, « François n'eut jamais de santé, affirment ceux qui l'ont connu; dès sa jeunesse, il ne pouvait vivre qu'entouré de soins (2) ». Il était dès lors menacé de tuberculose, s'il faut en croire certains médecins; et ce fut, disent-ils, le mal qui le conduisit précocement au tombeau.

Son long emprisonnement l'avait-il affaibli ? Ou, une fois libéré, désireux de rattraper le temps perdu, avait-il trop peu ménagé ses forces ? Toujours est-il qu'il passa de longues semaines au lit, pendant lesquelles ses idées commencèrent à prendre un autre cours. « Quand il fut hors de danger, écrit Celano, il se leva et, appuyé sur une canne, se mit à faire quelque pas dans sa chambre.

Quelque temps après, il put risquer sa première sortie et voulut aller jouir de la campagne, qui suffisait toujours à le rendre heureux. Mais, cette fois, ni la beauté des champs, ni l'aspect riant des vignes, ni rien de ce qui fait la joie des yeux ne parvint à le charmer. Étonné de ce changement, il fit réflexion que c'est folie de s'attacher à des biens qui perdent ainsi du jour au lendemain leur attrait; et, profondément déçu, rentra mélancolique à la maison.

«Ce n'était pourtant là, ajoute Celano, qu'impressions superficielles. Le vice est une seconde nature et l'on n'extirpe pas d'un coup les habitudes mauvaises, enracinées dans l'âme. Aussi, dès qu'il se sentit vraiment guéri, François se prit-il à préparer de nouveaux exploits (1). »
Il continuait de rêver de gloire militaire et de chevalerie.
La chevalerie était la noblesse de l'époque. Elle n'était du reste pas exclusivement réservée aux fils de l'aristocratie. Ceux de la grande bourgeoisie y pouvaient aussi prétendre, s'ils étaient capables de fournir à leur équipement et jugés dignes de recevoir l'initiation chevaleresque. Celle-ci consistait dans le double rite de l'adoubement et de la paumée.
L'adoubement est la remise des armes. La paumée est le coup de poing symbolique que l'adoubé reçoit de son parrain. Il passait la nuit devant l'autel où reposait son armure; le matin, il entendait la messe, il prêtait à genoux le serment de mettre son épée au service de Dieu et des opprimés, puis son parrain lui donnait la paumée sur la nuque et l'embrassait en disant : « Au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges, je te fais chevalier. Sois brave, hardi et loyal. »


(2) Legenda antiqua, 2 et 84.
(1) I Celano, 3.



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MessagePosté le: Jeudi 09 Octobre, 2008 1:25    Sujet du message: Répondre en citant







CONVERSION



CHAPITRE II


Citation:
François venait précisément d'apprendre qu'un comte d'Assise, nommé Gentil, se préparait à partir pour les Pouilles où s'était rallumée l'éternelle lutte du Sacerdoce et de l'Empire (2).
Il faut savoir que, par son mariage avec Constance, héritière des princes normands, l'empereur Henri VI avait joint à sa couronne le titre de roi des Deux-Siciles, et qu'après sa mort, sa veuve s'était décidée à confier la tutelle du jeune Frédéric II, leur fils, au pape Innocent III.


Or, les princes allemands craignaient trop que le patrimoine de saint Pierre s'agrandît à leurs dépens, pour supporter qu'un pape tellement habile protégeât leur futur empereur. Aussi prirent-ils fait et cause pour Markwald, ancien lieutenant d'Henri VI, qui, fort d'un prétendu testament du souverain défunt, revendiquait pour soi la précieuse tutelle. On avait trop intérêt à avoir raison de part et d'autre pour pouvoir s'entendre, et il fallut recourir aux armes.
On se battait donc depuis 1198, et les armées pontificales avaient d'abord été défaites. Mais la situation changea quand, en 1202, Gautier de Brienne eutra au service d'Innocent III.

Le capitaine normand remportait maintenant victoire sur victoire ; interprètes des populations qui n'aimaient pas les Allemands, troubadours provençaux et italiens chantaient partout ses exploits ; et de toute la péninsule, des soldats accouraient se ranger sous la bannière du glorieux chevalier.

François décida, lui aussi, de rejoindre les aimées pontificales. « Il était certes moins opulent et moins bien né que le seigneur d'Assise, son compagnon, nous dit-on, mais il partait mû par de nobles sentiments. L'autre, en effet, pensait surtout au butin; François ne songeait qu'à la gloire » et à recevoir, du Comte Gentil, l'adoubement sur le champ de bataille (1). Fiévreusement, il fit ses préparatifs.



(2) Tres Socii, 5.
(1) II Celano, 5 ; Tres Socii, 5. — Ceci se passa probablement en 1205.



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MessagePosté le: Vendredi 10 Octobre, 2008 1:18    Sujet du message: Répondre en citant







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CHAPITRE II


Citation:
L'équipement d'un chevalier coûtait une petite fortune, et c'est pourquoi tant de jeunes seigneurs, n'en pouvant faire les frais, finissaient par être éliminés de la noblesse. Il comportait le haubert et le gambeson descendant jusqu'aux genoux, les chausses de mailles protégeant les jambes et les pieds, le heaume qui couvrait la tête, l'épée dont le pommeau était un reliquaire, la lance avec son pennon, le bouclier avec ses armoiries, et le surcot ou robe flottante brochant sur le tout.

De plus, il y avait le cheval et son armure, laquelle comprenait le flarçois garnissant les flancs et le chanfrein protégeant la tête ; et enfin il y avait l'écuyer, armé et monté lui aussi, dont le chevalier, partant pour la guerre, devait être suivi.

On pense bien que François, qui n'entendait se laisser éclipser par personne, fit les choses magnifiquement.
Sur ces entrefaites, « il rencontre un chevalier tellement mal vêtu qu'il en était presque nu ». Le minable guerrier implora-t-il sa charité ? Ou François fut-il spontanément touché par son délabrement? Toujours est-il-« qu'il lui donna généreusement, pour l'amour du Christ, les habits somptueusement brodés qu'il portait (1) ».


« Il avait agi comme saint Martin, écrit Celano, et comme saint Martin, il reçut de Dieu sa récompense, dans une vision symbolique qu'il eut la nuit suivante.
« Il vit, en songe, sa maison natale changée en un merveilleux palais rempli d'armes. Les ballots d'étoffes avaient disparu pour faire place à des selles magnifiques, des bouchers étincelants, des lances et des harnais de toute sorte. Cependant, dans une chambre de ce palais, une douce et jolie fiancée attendait celui qui devait l'épouser. Stupéfait, François se demandait ce que tout cela voulait dire, quand une voix lui révéla que ces armes étaient pour ses soldats et que cette belle créature lui était réservée. Il se réveilla au comble du bonheur, cette vision ne pouvant, à son avis, que symboliser les succès qu'il allait remporter.


« Telle n'était pourtant pas la véritable interprétation de ce songe étrange, observe Celano; et sans doute le jeune ambitieux s'en rendit-il compte quand à sa joie succéda une mélancolie profonde et qu'il dut faire effort pour se mettre en route (2). » Il partit, cependant.


(1) I Celano, 5; Bonavtntura, I, 2.
(2) II Celano, 5; I Celano, 5.



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MessagePosté le: Samedi 11 Octobre, 2008 0:53    Sujet du message: Répondre en citant







CONVERSION



CHAPITRE II


Citation:
Un matin, ses parents le virent s'élancer à cheval, suivi de son écuyer, sur le chemin qui serpente aux flancs du mont Soubase; et, par Foligno, il se dirigea vers Spolète. Là passait la voie Flaminienne qui devait le conduire à Rome, puis dans l'Italie du Sud. Mais il était dit qu'il ne rejoindrait jamais Gautier de Brienne.
A Spolète, où il s'était arrêté pour la nuit, la voix mystérieuse lui parla de nouveau dans son sommeil :

— François, lui dit-elle, où vas-tu comme cela ?
— Je vais me battre dans la Pouille, répondit le jeune homme.
— Dis-moi, reprit la voix, de qui peux-tu le plus attendre, du maître ou du serviteur ?
— Du maître, évidemment !
— Alors, pourquoi suivre le serviteur, au lieu du maître dont il dépend ?
— Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?
— Retourne en ton pays; c'est là que ce que tu dois faire te sera révélé, et que tu comprendras le sens de cette vision.

François se réveilla; incapable de se rendormir, il passa le reste de la nuit à réfléchir, et renonçant à son projet, reprit dès le lendemain le chemin d'Assise. Il avait alors environ vingt-cinq ans.
Tous s'étonnèrent qu'il ne parût aucunement humilié de sa déconvenue et qu'au contraire il se montrât plus joyeux que jamais : « Tout cela, disait-il, est sans importance; vous verrez que je n'en serai pas moins quelque jour un grand prince ! »


Ses dispositions intérieures avaient, cependant, radicalement changé », observe Celano; « et ses anciens compagnons ne tardèrent pas à l'éprouver .



ABBÉ OMER ENGLEBERT
VIE DE Saint François D'ASSISE

EDITIONS ALBIN MICHEL
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Nihil obstat : André COMBES cens. dep.
Lutetiae Parisiorum, die 9 Aprilis 1946.

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Lutetia; Parisiorum, die 15 Apriiis

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MessagePosté le: Dimanche 12 Octobre, 2008 2:23    Sujet du message: Répondre en citant







CONVERSION



CHAPITRE II


Citation:
Le vieux chroniqueur raconte en termes assez réalistes ce que fut sa dernière partie de plaisir :
« Ses amis étaient venus lui proposer d'être roi de la jeunesse et ils lui avaient remis le sceptre de sa nouvelle dignité, laquelle, à vrai dire, ne signifiait que leur désir de se remplir le ventre aux frais du soi-disant roi. Trop poli pour refuser, François leur offrit donc, une fois encore, un de ces banquets qui leur permît de se repaître jusqu'à la nausée. Puis ces goinfres se répandirent par la ville endormie, chantant leurs refrains d'ivrognes. François venait derrière eux, le sceptre des fous à la main. Mais loin de se mêler à leurs chants qui l'écœuraient, il s'était mis à prier.

« Ce fut alors que la grâce divine fondit sur lui, l'éclairant sur le néant des vanités terrestres et lui révélant les réalités invisibles. Il fut soudainement inondé d'un tel torrent d'amour, submergé d'une telle douceur, qu'il resta là sans voir, sans entendre et sans bouger. On l'eût coupé en morceaux, racontait-il plus tard, qu'il n'eût pas fait le moindre mouvement (1).

« Cependant, ses compagnons, s'apercevant de son absence, avaient rebroussé chemin pour le chercher. Mais ils le reconnurent à peine, tant son visage était changé : « Qu'as-tu donc, lui dirent-ils, que tu ne nous suis plus ? Songerais-tu à te marier ? Est-ce ta bien-aimée qui t'a tourné la tête ? — Vous dites vrai, répondit François, je songe en effet à prendre femme; et celle à qui je compte donner ma foi est si noble, si riche, si belle et si sage, qu'aucun de vous n'en vit jamais de semblable (2). »
Quelle était la dame de ses pensées ? François lui-même ne la connaît pas encore. Il ne la trouvera que plus tard. En attendant, il la cherche, il la crée peu à peu, si j'ose dire, jusqu'au jour où l'Évangile lui fournira les traits et le nom de celle qu'il devait épouser.


Toujours est-il que cette fête fut sans lendemain et que le jeune Bernardone resta dès lors fidèle à la mystérieuse élue de son cœur. « Il tenta bien, dit Celano, de dissimuler à tous la transformation qui s'était opérée en lui, mais il n'en perdit pas moins le goût des affaires, et peu à peu on le vit se retirer du monde (3). »


(1) 77 Celano, 7.
(2) 7 Celano, 7; Tres Socii, 7.
(3) 7 Celano, 6.



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MessagePosté le: Lundi 13 Octobre, 2008 3:54    Sujet du message: Répondre en citant







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CHAPITRE II


Citation:
Pas plus ici qu'ailleurs, nous n'essayerons d'expliquer les opérations de la grâce en l'âme de saint François. Qui, sans outrecuidance, pourrait se flatter d'indiquer les causes et raisons suffisantes de semblables phénomènes ? Ni saint Luc, à propos de Marie-Madeleine, ni saint Paul et saint Augustin, à propos d'eux-mêmes, n'ont tenté de montrer comment la foi succède au doute, ni comment, de l'indifférence ou de la haine, l'âme passe soudain à la ferveur et à l'amour mystique. Le Tout-Puissant, qui peut faire plus de choses que nous n'en pouvons comprendre, nous a-t-il d'ailleurs jamais révélé les lois qui président à l'économie de ses miracles ?

Tout ce qu'on peut dire, c'est que François est maintenant un homme qui a trouvé l'amour et qui se prétend éclairé d'en-haut. Et il agira comme tel, consentant de passer pour un illuminé aux yeux des aveugles qui marchent dans les ténèbres, accomplissant des actes taxés de folie par ceux qui n'ont jamais aimé.

On peut ajouter qu'en ce qu'elles ont de meilleur, ses admirations et ambitions juvéniles survivront en lui. Comme un artiste qui ne change pas de manière en changeant d'inspiration, il ne dépouillera ni son originalité ni sa noblesse. Chevalier il avait rêvé d'être, chevalier il restera jusqu'à la mort.

Ses biographes l'appellent souvent miles Christi (1). Mais l'expression ne doit pas être prise comme l'entendait saint Paul en parlant du chrétien (2), comme l'entendaient saint Augustin, saint Jérôme et saint Benoît en parlant du moine (3). Pour eux, miles évoquait le légionnaire romain, le fantassin courageux qui endure les fatigues de la guerre et remporte la victoire.



(1) I Celano, 4; II Celano, 77; Tractatus de miraculis, 41; Tres Soiic 41; Vit a sanctae Clarae, I. '
(2) II TlMOTHÉE, II, 3.
(3) S Jérôme, ép. 22 ; S. Augustin, De opere monacborum, 18 ; Prologue de la Règle de saint Benoit.


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MessagePosté le: Mercredi 15 Octobre, 2008 1:19    Sujet du message: Répondre en citant







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CHAPITRE II


Citation:
Ce mot revêt une acception plus noble au moyen âge. Il ne désigne plus le soldat qui va à pied, mais le guerrier monté, le seigneur, le chevalier proprement dit (1). Miles Christi, sous la plume des historiens de la croisade, c'est le frère d'armes, le champion, « le vassal du Christ béni (2) ». Et c'est ainsi, pour sa part, que François aura conscience de servir le su2erain, choisi par lui dans la nuit de Spolète.

Il se donnera pour « le héraut du grand Roi » et « le gonfalonnier du Christ »; il nommera les siens « ses compagnons de la Table ronde »; il revêtira un sac en forme de croix pour rappeler à la fois le lit de mort de son Maître et les couleurs de sa dame Pauvreté. Chevaleresque nous le verrons dans son élan joyeux, sa courtoisie, sa libéralité, sa droiture, son horreur de la casuistique; chevaleresque il sera dans ses pensées, ses actes, et sa fidélité. Car c'était là, comme on sait, le premier point de la morale des chevaliers.

L'homme-lige (homo legalis) est tenu de répondre à l'appel de son suzerain, de se battre et, s'il le faut, de mourir pour lui. Se soustraire à cet engagement par couardise ou à la faveur d'une interprétation, c'est forfaiture et déshonneur; c'est, pour le félon, encourir la peine de mort ici-bas, en attendant « d'aller brûler dans le soufre avec les démons (3) ».

L'honneur et la fidélité donneront sa marque à la sainteté du Poverello. Une fois qu'il aura rendu hommage au Maître qui a dit : « Celui qui ne me suit pas n'est point digne de moi », François, plein de vaillance, ne pensera plus qu'à l'imiter dans sa vie pauvre et ses souffrances, méditant sans cesse de nouveaux exploits, s'efforçant de rivaliser avec lui d'amour et de bonté, brûlant de devenir martyr et mourant finalement marqué des sigmates de sa passion.



(1) Du Cange, Glossarium mediae et infimae latinitatis, Paris, 1766.
(2) Rolandslied du prêtre Conrad, 5159 f. 5169 ; 5820 ff. ; cité par P. Hilarin Felder de Lucerne, L'idéal de saint François, 1.1, pp. 56-57, Paris, 1924.
On trouvera, dans cet ouvrage, une longue étude sur François chevalier du Christ, t. I, pp. 55-86.
(3) Wolfram d'Eschenbach, IX ; Parzifal, IX, 888-890 ; Chanson de Roland, 1820, 3338 et suiv. ; Rolandslied, 2378 ff. 2398 f.



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MessagePosté le: Jeudi 16 Octobre, 2008 2:29    Sujet du message: Répondre en citant







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CHAPITRE II


Citation:
Cependant, au point où nous sommes, le jeune Bernardone, qui vient de rompre avec son passé et cherche à sa vie un autre emploi, ignore encore le chemin qui doit le mener à la félicité promise. Mais il compte sur Dieu pour le lui montrer; et afin de réentendre sa voix, il se recueille et prie.
Il cherche aussi à s'épancher dans le sein d'un ami. Il prit comme confident « un jeune homme de son âge, écrit Celano, qui partageait ses goûts et consentait à l'accompagner dans ses promenades (1).


Tous deux se dirigeaient de préférence vers une grotte proche de la ville et, tout en cheminant, ils s'entretenaient du précieux trésor qui faisait l'objet de leurs aspirations.
« Arrivés à la grotte, François seul y pénétrait, pour rester seul avec Dieu. Et là, dans une prière longue et angoissée, car son cœur, ballotté entre mille pensées contraires, ne pouvait trouver la paix, il suppliait Dieu de lui montrer sa voie. Il pleurait ses fautes passées, dont il avait horreur à présent, mais où il tremblait de retomber encore. Et tout cela le faisait tellement souffrir qu'il en était défiguré, lorsqu'il rejoignait son compagnon.

« Un jour, cependant, il sortit apaisé, parce que Dieu l'avait tiré d'incertitude et éclairé; et sa joie fut si débordante que tous s'en aperçurent. Comme il ne pouvait ni s'expliquer ni se contenir, il répétait, pour donner le change, que, s'il était revenu des Pouilles avant d'y être allé, c'était pour accomplir ses exploits dans son propre pays ; ou bien il se reprenait à parler de l'incomparable princesse qu'il comptait épouser (2) ». Cette princesse était madame la Pauvreté.



(1) On a tenté d'identifier ce « jeune homme ». P. Sabatier (Etudes inédites sur saint François, pp. 163 et suiv., Paris, ,93.) s'est demandé si ce n était pas le futur frère Léon.
(2) I Celano, 6 et 7.



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MessagePosté le: Vendredi 17 Octobre, 2008 3:06    Sujet du message: Répondre en citant







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CHAPITRE II


Citation:
Aimer la pauvreté, ce n'est pas se borner à aimer les pauvres, tout en veillant soi-même à ne manquer de rien; c'est se faire pauvre avec eux, refuser de jouir quand ils souffrent, et, comme Notre-Seigneur, embrasser leur état et partant leur indigence. Telle est la forme d'héroïsme que revêtira la sainteté du bienheureux.

On remarqua que son amour des misérables s'était encore accru : « Il leur faisait, nous dit-on, de plus en plus d'aumônes. S'il n'avait pas d'argent, il leur donnait son bonnet, sa ceinture, quelque morceau de ses vêtements, parfois même jusqu'à sa chemise. Il achetait aussi des ornements d'autel pour les prêtres indigents. Et quand son père n'était pas là, il mettait sur la table familiale beaucoup plus de choses qu'il n'en fallait, en pensant aux mendiants qui viendraient, après le repas, chercher les reliefs. Ce manège, en vérité, n'échappait pas à sa mère, mais elle n'y trouvait pas à redire, vu qu'elle l'admirait et l'aimait plus que ses autres enfants. Bref, conclut le biographe, il en vint à ne plus s'occuper que des pauvres et à ne plus se plaire qu'en leur compagnie (1). »

C'est qu'en réalité, écrit Celano, « il était devenu l'un d'eux, ne songeant plus qu'à partager leur vie de misère ». Il aimait la Pauvreté elle-même.

Au cours d'un pèlerinage qu'il fit à Rome, l'occasion lui fut donnée de prendre les couleurs et livrées de son austère princesse. C'était peut-être son confesseur, comme il arrivait alors, qui lui avait imposé ce voyage, en guise de pénitence; ou bien l'idée lui en était venue spontanément, ayant, comme tous les chrétiens de son temps, grande dévotion aux saints Apôtres.


(1) Tres Socii, 9.


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