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gabrielle

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Posté le: Mardi 03 Janvier, 2012 15:06 Sujet du message: La vénérable Jeanne d'Arc prophétisée et prophétesse |
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| Citation: | Lire dans l'avenir des événements au-dessus de toute prévision humaine, c'est la prophétie. L'expression peut s'étendre et s'étendra ici à la manifestation de faits qui, parleur éloignement dans l'espace ou le temps, par leur nature, dépassent la connaissance naturelle de celui qui les révèle. Don divin, il est l'objet de fréquentes contrefaçons, manifestées telles par leur non-accomplissement.
La théologie catholique traite longuement de la prophétie, de ses diverses espèces, des signes par lesquels on distingue une prophétie venant de Dieu des prédictions extraordinaires et surhumaines que peuvent faire les intelligences supérieures à l'homme, et ses ennemies; les démons. Ce serait sortir du domaine des Questions historiques que d'aborder des questions réservées aux revues théologiques. Ce sera au lecteur de tirer la conclusion des faits qui vont passer sous ses yeux. Ils sont empruntés aux contemporains. Les références, à moins d'indication contraire, renverront à l'un des cinq volumes de la Vraie Jeanne d'Arc, où l'auteur s'est appliqué à réunir tout ce que le xve siècle nous a laissé sur la libératrice, et a apprécié la valeur des divers témoignages.
La Pucelle n'a pas été seulement douée à un très haut degré du don de prophétie ; elle est du nombre des rares personnages, dont la venue à la vie et la mission ont élé clairement prédites longtemps avant leur naissance. Ces prophéties, confuses avant l'événement, qui justement ne trouvaient qu'une foi flottante auprès des hommes sérieux, préparaient cependant les esprits, à leur insu, à accepter, alors qu'il se produirait, le fait merveilleux, unique dans les annales humaines, qui est l'histoire de la Vénérable Jeanne la Pucelle. |
J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
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gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
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Posté le: Mercredi 04 Janvier, 2012 13:40 Sujet du message: |
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| Citation: | Marie d'Avignon, connue aussi sous le nom de Marie Robine, de La (? C) Gasque, fut, sous Charles VI, très renommée comme prophétesse. Il existe encore une preuve matérielle que, trente ou vingt ans avant l'événement, elle a prédit le genre de mort de Charles VII (voir Vraie Jeanne d'Arc, t. IV, p. 144). C'est une figure à tirer de l'ombre. Sa prophétie sur la Pucelle est citée par Scipion Dupleix, dans son Histoire de France (5 vol. in-folio, 1621); par Rapin Toiras, dans son Histoire d'Angleterre; par Bodot de Juilly, Histoire de Charles VII (1697); par d'autres encore.
Girard Machet, le disciple préféré de Gerson, le confesseur du roi, était réputé un des plus graves et des plus doctes personnages du temps.
Il examina longuement la Pucelle avec les maîtres les plus fameux qui s'étaient attachés à la fortune de Charles VII, et voici ce que, à la réhabilitation, Gobert Thibault, écuyer de l'écurie du roi, préposé aux aides dans la ville de Blois, attestait avoir entendu, tant du confesseur du roi que d'autres docteurs :
« J'ai entendu feu le confesseur du roi affirmer qu'il avait lu des écrits, dans lesquels on annonçait qu'une Pucelle viendrait et porterait secours au roi.... Le même confesseur et d'autres docteurs, moi l'entendant, disaient croire que Jeanne était divinement envoyée, qu'elle était celle dont parlait la prophétie, et que, vu sa manière de vivre, sa simplicité, sa conduite, le roi pouvait s'en aider; car ils n'avaient observé en elle rien que de bien, sans quoi que ce soit de contraire à la foi catholique » (IV, 152). |
J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
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Posté le: Jeudi 05 Janvier, 2012 13:26 Sujet du message: |
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| Citation: |
Quel était l'écrit dont il est ici question ? Il semble bien qu'il y en avait plusieurs. Il est vraisemblable que c'est celui qui est attribué à Merlin, et dont Jeanne fut amenée à parler dans son procès. Interrogée sur l'arbre des dames, ou des fées, le beau May, après d'assez longs détails, elle ajouta :
« Tout près de l'arbre, il y a un bois qu'on appelle le bois Chenu. On le voit de la porte de la maison de mon père, il n'y a pas une demi-lieue de distance; je n'ai jamais ouï dire qu'il fût fréquenté par dames les fées. Quand je suis arrivée près de mon roi, quelques personnes me demandèrent s'il n'y avait pas dans mon pays un bois que l'on appelait le bois Chenu, parce que, disaient-elles, des prophéties annonçaient que d'auprès de ce bois devait venir une jeune fille, qui ferait des merveilles ; mais je n'y ai pas ajouté foi » (II, 12l).
Le grand inquisiteur Jean Bréhal, l'âme du procès de réhabilitation, donne cette prophétie comme ancienne et fort répandue. Pierre Miget, prieur de Longueville-Giffard, qui, avant le retour de la Normandie à la France, était du parti anglais, déposait, à la réhabilitation, avoir lu dans un vieux manuscrit que, d'après Merlin, une pucelle sortirait du bois des chênes, au pays de Lorraine (V, 106).
Dunois, qui rapporte aussi la prophétie dans sa déposition (IV, 187), le grave Thomassin, qui la cite dans son registre Delphinal (III, 258), ajoutent que, d'après la prophétie, la Vierge marcherait sur le dos des archers. Or, l'on sait que les archers faisaient la grande force des Anglais. Leurs traits portaient de loin le désordre dans la cavalerie française, et, quand elle voulait pénétrer dans leurs rangs, elle s'enferrait dans les pieux aigus, armés de pointes de fer, que les archers opposaient au poitrail des chevaux.
Le grand inquisiteur, Jean Bréhal, ne crut pas devoir passer sous silence d'autres prophéties, moins connues. L'on raconte, dit-il, qu'un habile astrologue de Sienne, Jean de Montalcin, écrivit au roi les paroles suivantes : « Votre victoire sera dans le conseil d'une Vierge. Poursuivez votre triomphe jusqu'à la ville de Paris » (I, 494). Conseil excellent, suivi par Charles VII de si mauvaise grâce, qu'il laissa les conseillers qui le gouvernaient ménager un échec à la libératrice sous les murs de Paris. |
J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906. _________________ Il ne faut plus se taire.
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Posté le: Samedi 07 Janvier, 2012 13:43 Sujet du message: |
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| Citation: | Bréhal cite encore d'autres prophéties qui, avec des parties obscures, renferment des passages forts clairs. Telle la prophétie d'Engelide, fille d'un roi de Hongrie. Le lis, ou la couronne de France, y est décrit, comme croissant dans un délicieux verger. Des animaux divers, les uns étrangers (les Anglais), les autres nourris dans le verger (le duc de Bourgogne et les seigneurs félons), s'attaquent à ses racines el veulent l'anéantir, quand parait la Vierge, dont est tracé le signalement suivant, que l'on ne trouve nulle autre part. Elle a un petit signe rouge derrière l'oreille droite, son cou est court, son parler est lent. Elle chassera du verger les bêtes qui le ravagent. Par elle, le gardien du lis, Charles, fils de Charles, sera couronné à Reims d'un laurier fait d'une main non mortelle (I, 607).
Nous ne voudrions pas nous porter garants de celte dernière prophétie, que nous n'avons trouvée mentionnée que dans le mémoire du grand inquisiteur, il rapporte aussi un chronogramme annonçant l'année de la venue de la libératrice en termes quelque peu énigmatiques, qu'il explique. Encore que la pièce soit citée par le doyen de Saint-Thibaud de Metz (IV, 289), par l'Allemand Hermann Cornecius (IV, 281), par Pancrace Justigniani (111, 588), son authenticité nous parait suspecte. Un contemporain l'aurait composée dès les premières victoires de la Pucelle, puisque Pancrace Justigniani la transmettait de Bruges à Venise, à son père, dans les premiers jours de juillet. Il avait écrit précédemment que quinze jours avant la nouvelle de la reddition d'Orléans, l'on parlait constamment de prophéties trouvées à Paris annonçant un revirement de fortune en faveur du Dauphin.
Le comte de Maistre a écrit : « Jamais il n'y eut dans le monde de grands événements qui n'aient été prédits de quelque manière. Machiavel est le premier homme de ma connaissance qui ait avancé cette proposition. Mais si vous y réfléchissez vous-même, vous trouverez que l'assertion de ce pieux écrivain est justifiée par toute l'histoire. Vous en avez un dernier exemple dans la Révolution française, prédite de tout côté, et de la manière la plus incontestable » (Soirées de Saint-Pétersbourg, entretien XIe).
En faisant ainsi annoncer les grands événements, Dieu montre qu'il en est le maitre, el que, sans violenter la liberté humaine, il les dirige à ses fins. C'est un témoignage que la Providence se rend à elle-même.
Vu ce qu'elle présente d'inouï et d'unique dans les annales humaines, la mission de la Pucelle devait trouver plus difficilement créance. Malgré les preuves de tout genre dont est entourée son histoire, combien, dans la suite des âges et tout particulièrement de notre temps, devaient refuser de l'admettre, devaient l'altérer, en donner des explications inacceptables ! |
J.-B. J. Ayroles.
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Posté le: Lundi 09 Janvier, 2012 15:20 Sujet du message: |
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| Citation: | La faire prédire, entourer même sa naissance de signes extraordinaires, dont la signification ne devait être connue que plus tard, c'était un moyen d'empêcher que, sans examen préalable, elle ne fût éconduite comme une vulgaire déséquilibrée. Ce fut le premier mouvement de Charles VII. Beaucoup, dans l'entourage, ne revinrent que lentement de la première impression, qu'on était en présence d'une folle. Tout, sa personne, sa conduite, ses paroles, son passé, tout fut soumis au plus rigoureux examen.
Dans la sentence rendue après plus de trois semaines d'observations et d'enquêtes, les docteurs de Poitiers écrivent : « De sa naissance et de sa vie, des choses merveilleuses sont dites comme vraies » (I, 628). Gerson, dans son traité de Pucelle, dit la même chose par prétermission. « On pourrait encore mettre en avant, écrit-il, bien des circonstances de sa première enfance et de sa vie. Elles ont été l'objet d'études longues, profondes, de la part de beaucoup, diu, multim, a multis » (1, 26). A Rouen, l'accusée, dans la séance du 27 février, répondait : « Le roi, avant de me mettre à l'œuvre, eut de bons renseignements sur mes faits » (IV, 9).
Après ces témoignages, il ne semble pas que l'on doive écarter a priori par le mot légende les quelques faits gracieux, mais peu nombreux, que les contemporains nous ont transmis sur la naissance et les années de la Pucelle à Domrémy. Tels ceux que raconte Perceval de Boulainvilliers dans sa lettre au duc de Milan. Boulainvilliers, sénéchal du Berry, chambellan de Charles VII, était à la source des renseignements ; il écrit au lendemain de la victoire de Patay ; le duc de Milan avait un particulier intérêt à être exactement renseigné. Oncle du duc d'Orléans, il était le frère de l'infortunée Valentine de Milan, épouse du duc d'Orléans, dont l'assassinat par Jean sans Peur avait été la première cause de l'atroce guerre sous laquelle la France succombait. Quicherat, Siméon Luce, reconnaissent dans la lettre du sénéchal un document de première valeur, sauf en ce qu'elle raconte de merveilleux sur la naissance et les premières années, qu'ils qualifient de légende. |
J.-B. J. Ayroles.
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Posté le: Mardi 10 Janvier, 2012 15:18 Sujet du message: |
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| Citation: | Nous ne voyons pas pourquoi l'on ne verrait pas dans le récit de Boulainvilliers une de ces choses merveilleuses qui, d'après les docteurs de Poitiers, sont dites comme vraies. Le voici : « La Pucelle est venue à la lumière de cette vie dans la nuit des Épiphanies et, chose merveilleuse, les habitants du lieu de sa naissance sont saisis d'une joie incroyable (inaestimabili commoventur gaudio). Ignorant la naissance de l'enfant, ils courent les uns chez les autres, se demandant ce qui est survenu de nouveau. Pour quelques-uns, c'est une cause de nouvelle allégresse. Que dire encore? Les coqs, comme hérauts de cette nouvelle joie, éclatent en chants qu'on ne leur connaissait pas ; ils se battent les flancs de leurs ailes, et presque pendant deux heures, on les entend pronostiquer le bonheur de cette nouvelle naissance » (11, 242).
Boulainvilliers n'est pas le seul qui parle de cette joie insolite des habitants de Domrémy. Elle est décrite avec d'autres prodiges dans un poème qui n'est pas dénué de toute autorité historique. Il se trouve faire partie du manuscrit authentique du procès de réhabilitation compris sous le numéro 5970, fonds latin, de la Bibliothèque nationale. D'après Quicherat, le poète, dont on ignore le nom, a vu la Pucelle, ou fut son contemporain, et le poème tire une valeur historique de l'insertion au procès.
Le poète et Boulainvilllers nous disent que la présence de l'enfant préserva le troupeau de la dent des bêtes carnassières, écarta du bercail et du toit paternelles dévastations des bandes pillardes qui désolaient alors la France.
D'après le faux bourgeois de Paris, qui conteste sans en donner la raison, l'on racontait que les oiseaux des champs venaient, comme privés, manger dans le giron de l'innocente enfant; privilège que l'on raconte de plusieurs autres personnages innocents comme elle. |
J.-B. J. Ayroles.
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Posté le: Mercredi 11 Janvier, 2012 13:54 Sujet du message: |
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| Citation: | Pancrace Justigniani mande à son père que d'après des lettres reçues à Bruges, plusieurs étaient certainement morts de mauvaise mort pour avoir tourné en dérision la jeune fille en instance pour se faire accepter du parti français (111, 374). On en verra un exemple dans le numéro suivant.
Les promesses de la Pucelle étaient humainement si incroyables, qu'il n'est pas étonnant que le ciel ait dû multiplier les signes pour que les intéressés se soient décidés à la mettre à l'œuvre.
La prophétie entendue dans son sens le plus large, le don de prophétie si excellemment accordé à la Vénérable, contribua surtout à lui ouvrir la carrière, l'y maintint durant le temps qu'elle la parcourut, et ne l'abandonna pas devant ses prétendus juges. |
J.-B. J. Ayroles.
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Posté le: Vendredi 13 Janvier, 2012 13:50 Sujet du message: |
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II.
| Citation: |
Les contemporains ne furent pas moins frappés de l'esprit prophétique de la Vénérable que de ses exploits guerriers.
Elle venait de délivrer Orléans, et de vaincre à Pal(t?)ay, lorsqu'un clerc de Spire composa un mémoire sur les merveilles qui se passaient en France. Il l'intitula : Sibylla Franciae.
« Il n'est bruit, dit-il au début, que de la prophétesse de France ; l'on interroge les prêtres. Je réponds : Oui, certes, il y à une prophétesse en France, je n'en doute pas (I, 70); » et tout son factum, d'ailleurs fort indigeste, roule sur la prophétie et la prophétesse de France.
A la même époque, un célèbre théologien de Cologne, Henri de Gorkum, écrivait une suite de propositions en faveur de la Pucelle, et contre la Pucelle, encore que l'on voie qu'il incline manifestement en faveur du premier sentiment. Elles roulent sur l'esprit prophétique de la Vénérable non moins que sur ses exploits guerriers (1, 01-63).
Le plus haineux des écrits du temps contre la Pucelle est celui qui est connu faussement sous le nom de journal d'un bourgeois de Paris. Lorsqu'il vient à parler de la Vénérable, il débute ainsi : « Il y avait en ce temps une Pucelle, ainsi qu'on parlait aux bords de la Loire, qui se disait prophète. Elle disait : telle chose arrivera » (III, 510).
Moins de dix ans après le supplice du Vieux-Marché, un savant Dominicain allemand, Jean Nider, parle, dans son Formicarium, de la jeune fille de France qui jeta tous les royaumes chrétiens dans la stupeur, non moins par son esprit de prophétie que par sa puissance miraculeuse (IV, 284).
La prophétie ouvrit la carrière à l'héroïne. L'on a vu comment elle se donnait à son parent Durand Laxart, et à son hôtesse Catherine Leroyer, comme la Vierge libératrice promise à la France abattue. C'est la prophétie sur les lèvres qu'elle se présentait à Baudricourt vers la fête de l'Ascension 1428. (La fête tombait cette année le 13 mai.) Jeanne nous dit ne l'avoir jamais vu auparavant, et l'avoir reconnu aussitôt, grâce à ses voix qui lui dirent : C'est lui (11, 169). Elle venait, de la part de son Seigneur, porter un message et s'annoncer. Bertrand de Poulengy, qui devait être un de ses guides, nous fait ainsi connaître le fond de l'entretien, auquel il fut présent : « Elle disait être venue vers Robert (de Baudricourt) de la part de son Seigneur pour que ledit Robert mandât au Dauphin de bien se tenir, de ne pas engager de combat avec ses ennemis, parce que son Seigneur à elle lui donnerait secours après la mi carême.... Son Seigneur, disait-elle, veut que le Dauphin soit fait roi et tienne le royaume en commende. Il le sera malgré ses ennemis et c'est moi, ajoutait-elle, qui le conduirai au sacre » (11 234). |
J.-B. J. Ayroles.
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Posté le: Samedi 14 Janvier, 2012 13:35 Sujet du message: |
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| Citation: | Il y a là plusieurs prophéties, vérifiées par l'événement. L'avis de ne pas engager de combat avant la mi-carême, ou ne fut pas transmis par le capitaine royal, auquel la jeune fille parut une folle, ou il n'en fut pas tenu compte. Le premier samedi de carême, le 12 février, les Français, six fois plus nombreux que les Anglais, attaquaient à Rouvray Falstof, qui conduisait à l'armée assiégeante un long convoi de vivres, composés surtout de harengs. De là le nom de journée des harengs donné à l'ignominieuse défaite subie, malgré tant d'avantages. Le secours promis arrivait avec la Pucelle le 6 mars, le dimanche après la mi-carême; le 17 juillet, Charles VII, conduit comme par la main par la jeune fille, à travers cent trente lieues de pays ennemi, était sacré à Reims.
Jeanne, après cette première entrevue avec Baudricourt rentra à Domrémy, d'où elle n'a dû sortir que dans la dernière quinzaine de décembre. C'est dans cet intervalle de temps qu'elle disait à Michel Lebuin, la veille de la Saint-Jean, qu'entre Coussey et Vaucouleurs, il y avait une jeune fille qui, avant un an, ferait couronner le roi (11, 207) ; à Jean Waltering, qui plusieurs fois avait été à la charrue chez son père, qu'elle relèverait le sang royal (11, 206). Ces confidences, dont la Pucelle était très avare, ont peut-être été amenées parce que Lebuin et Wallering étaient les jeunes gens avec lesquels les parents avaient essayé de fixer la Pucelle au pays, par l'allégation de fiançailles contractées avec l'un d'eux. Le stratagème s'évanouit devant la cour ecclésiastique de Tour.
Alors qu'elle ignorait comment elle sortirait de Vaucouleurs, elle disait à Jean de Metz : « Il faut qu'avant la mi-carême, je sois en chemin vers le dauphin, dussé-je m'user les jambes jusqu'aux genoux » (II, 231). Elle était en effet en chemin huit jours avant la mi-carême, encore qu'elle n'arrivât que trois jours après. Ce sont les témoins auriculaires de ces prédictions, ceux auxquels elles ont été faites, qui les attestèrent juridiquement au procès de réhabilitation. L'annonce de la honteuse défaite de Kouvray, le jour même où elle était essuyée, à plus de cent lieues de distance, mit fin aux résistances et aux tergiversations de Baudricourt. « En nom Dieu, lui dit-elle, vous tardez trop à m'envoyer ; car aujourd'hui même le gentil Dauphin a subi assez près d'Orléans un grand dommage, et encore sera-t-il taillé de l'avoir plus grand, si vous ne m'envoyez bientôt vers lui » (111, 67, 144..] |
J.-B. J. Ayroles.
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Posté le: Mardi 17 Janvier, 2012 14:11 Sujet du message: |
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| Citation: |
L'envoyer vers le Dauphin n'était pas facile. C'était en plein hiver, il y avait de nombreuses rivières grossies ou débordées à franchir. La plus grande partie du pays à traverser était au pouvoir de l'ennemi, et le pays resté français était infesté de bandes de pillards rendus plus audacieux par le désarroi de la cour, porté au comble par la défaite de Rouvray. L'on objectait les périls des chemins. Jeanne répondait qu'on arriverait sans trop de difficultés. Il en fut ainsi. Le récit des guides racontant comment ils avaient, comme miraculeusement, traversé plusieurs fleuves, et avaient échappé à de nombreux périls, fut un des motifs qui firent revenir le roi sur sa résolution de ne pas admettre en sa présence l'extraordinaire jeune fille, dont les promesses semblaient une folie. (IV, 147, 151; III, 88)
Sortie de son pays par la prophétie, la prophétie fut un des motifs qui la firent accepter et mettre à l'œuvre par le roi.
Tout le monde sait comment, sans avoir jamais vu le prince, elle alla droit vers lui, alors qu'on essayait de lui donner le change, et qu'il se dissimulait au milieu des courtisans (III , 68, 1l5, 147, 202, etc.).
Rien de mieux attesté que la révélation des secrets qui suivit la première entrevue. Le fait nous est garanti par le secrétaire du roi, Alain Chartier (II, 253), par les Cousinot, le père et le fils, tous deux de l'entourage de Charles VI, le père était chargé de l'administration des biens des ducs d'Orléans, prisonniers à Londres (111, 69) ; par le journal du siège (111, 116) ; par l'aumônier de la Libératrice (IV, 220); par son maître d'hôtel Jean d'Aulon (IV, 206) ; par Simon Charles, le grand diplomate du temps (IV, 147,; par le Vénitien Justigniani, alors à Bruges (III, 584); par le greffier de La Rochelle (111. 203) ; par l'évêque Basin, sur la foi de Dunois, d'après lequel le tête-à-tête aurait duré deux heures (1111234); par l'abréviation du procès (III, 331); par Sala (III, 211); par Alain Bouchard (111, 288); par le Mystère du siège (IV, 327); par l'Italien Sabadino (IV, 266). Jeanne, dans ses réponses à Rouen, y fait souvent allusion (V, 230, 247, 255-256, 258).
Justigniani, avons nous dit, écrivait, sur la foi de lettres reçues à Bruges, que les insulteurs de la vierge étaient frappés de mauvaise mort. Pa(s?)querel en rapporte un exemple terrible. Au moment où elle entrait au château, un homme qui était à cheval s'échappa en propos blasphématoires envers Dieu et licencieux à l'endroit de la Vierge. Jeanne lui répondit : En nom Dieu, tu le renies, et tu es si près de ta mort. Une heure ne s'était pas écoulée que le misérable tombait dans l'eau et s'y noyait (IV, 219). L'auteur anonyme du poème inséré au procès de réhabilitation raconte un fait semblable, si ce n'est pas le même (IV, 341). |
J.-B. J. Ayroles.
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Posté le: Samedi 21 Janvier, 2012 13:23 Sujet du message: |
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| Citation: | La découverte de l'épée dans l'église de Sainte-Catherine de Fierbois fit grand bruit, et ce bruit s'est répercuté dans l'histoire. Jeanne affirme ne l'avoir connue et n'avoir donné l'ordre de la lui apporter que sur l'indication de ses voix. L'école naturaliste lui donne facilement le démenti, et prétend qu'elle l'avait vue dans la halte qu'elle fit au sanctuaire en se rendant à Chinon. Quicherat dit hautement que c'est Jeanne qu'il faut croire à l'encontre des raisonneurs (Aperçus nouveaux, p. 70-71).
Longtemps avant d'entrer à Orléans, elle avait prédit qu'elle serait blessée à l'assaut des Tourelles, sans cesser de besogner. Il existe encore une preuve indéniable de la prophétie à la Bibliothèque royale de Bruxelles, au tome X, fr 390, des registres noirs de la chambre des comptes du Brabant. On y lit que le sire de Rosethlaer a écrit de Lyon, à la date du 22 avril, qu'une jeune fille a promis de délivrer Orléans, et qu'elle y sera blessée d'un trait dont elle ne mourra pas (III, 540).
Le don de prophétie l'accompagna dans la carrière guerrière, qu'il avait contribué à lui faire ouvrir. Il était difficile de faire pénétrer des convois de vivres à Orléans, à travers les nombreuses bastilles reliées entre elles, qui étreignaient la ville. À l'observation qui lui en était faite elle répondait : Nous les mettrons dedans à notre aise, et il n'y aura pas Anglais qui saille des bastilles, ni qui fasse semblant de s'y opposer (III, 71 ; IV, 189.. Cela se vérifia à la lettre, tant pour le convoi amené le 29 avril, que pour celui qui entra le 4 mai au matin. De ce dernier, d'Aulon disait dans sa déposition juridique : « Nous entrâmes sans opposition quelconque » (IV, 209); cependant, dit Pa(s?)querel, « les Anglais voyaient, entendaient les prêtres qui chantaient, et dans les rangs desquels je portais la bannière. Aucun d'eux ne remua et n'attaqua ni les hommes ni les prêtres » (IV, 225).
Quant au convoi du 29 avril, Jeanne, conduite par la rive gauche de la Loire, contre les ordres qu'elle avait donnés, fit de vifs reproches à Dunois. Il fallait passer la rivière, et le vent était contraire à la montée des bateaux qui devaient venir charger les vivres. Après avoir vivement tancé le lieutenant royal elle promit que la direction du vent allait changer; ce qui s'effectua sur l'heure. Dunois avoue que ce changement subit lui donna une confiance qu'il n'avait pas d'abord, ou qu'il n'avait que faiblement (IV, 180, 189, 224 ; III, 75, 304). |
J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
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gabrielle

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Posté le: Mercredi 25 Janvier, 2012 13:55 Sujet du message: |
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| Citation: | Des deux hérauts qu'elle avait envoyés aux Anglais porter sa lettre de sommation, les Anglais retinrent l'un, Guyenne, promettant de le brûler sitôt qu'ils en auraient reçu l'autorisation de l'Université de Paris; ils renvoyèrent l'autre, d'Ambleville, avec commission de porter à la sainte fille les injures qu'ils vomissaient contre elle. Jeanne renvoya d'Ambleville au camp anglais, en lui garantissant qu'il ne lui serait fait aucun mal, el qu'il ramènerait son compagnon. Il en fut ainsi (1111 77 ; IV, 166..)
Le mercredi 4 mai, les Français avaient attaqué la bastille Saint-Loup, sans avertir Jeanne, qui s'était jetée sur son lit et dormait, fatiguée qu'elle était de la course faite de bon matin pour aller à la rencontre du convoi. Les assaillants étaient repoussés avec perte. Soudain, Jeanne, dont l'hôtel était à l'opposé de Saint-Loup, se lève, en s'écriant que le sang français coulait, et qu'elle n'avait pas été avertie ; elle réclamait à la hâte son coursier et ses armes. Le fait est attesté par son page Louis de Coûtes (IV, 203), par Jean d'Aulon (ibid., 209), par Pa(s?)querel (ibid., 225), tous présents lorsque, à grands cris, elle demandait à être armée; il l'est encore par le greffier Pierre Millet (ibid . 161), par sa femme Colette (ibid., 173), par l'avocat maitre Aignan Violie, par les Cousinot, tous renfermés dans la ville (111, 78). Impossible de trouver témoins mieux informés ; ce qui n'empêche pas que le fait ne soit ou rejeté, ou passé sous silence dans nombre d'histoires.
Après la victoire de Saint-Loup, le mercredi, elle dit à son aumônier, qui l'a juridiquement attesté, que le lundi il ne resterait pas un seul Anglais devant Orléans (IV, 226). Le lundi il n'y avait d'Anglais à Orléans que les prisonniers.
Jean Chartier rapporte qu'elle sut ce qui avait été arrêté au conseil des capitaines royaux qui avaient délibéré sans elle, et voulaient lui dissimuler une partie de leur plan (111, 131). |
J.-B. J. Ayroles.
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gabrielle

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Posté le: Lundi 30 Janvier, 2012 13:48 Sujet du message: |
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| Citation: | Le plus grossier de ses insulteurs parmi les capitaines anglais était Glaceidas. Il avait, à la suite d'une sommation faite par Jeanne, lâché le frein à sa langue ordurière. C'est le haineux chroniqueur connu sous le nom de bourgeois de Paris, qui consigne dans son journal, qu'elle lui répondit que les Anglais partiraient dans peu, mais qu'il ne le verrait pas (I11, 517); d'après la chronique de l'établissement de la fête du 8 mai, elle ajouta qu'il mourrait sans saigner (III, 304, 306). Par le fait, il se noya, le pont par lequel il voulait fuir du boulevard dans les Tourelles ayant croulé sous ses pieds.
Elle prédit que le samedi les Anglais seraient chassés des Tourelles, et qu'elle reviendrait par le pont. Cela semblait une double impossibilité, les Tourelles étant réputées imprenables, et le pont, dont trois arches avaient été rompues, ne semblant pas de sitôt praticable. L'événement justifia la double prédiction (IV, 168,. 213 ; III, 81, 178).
Le combat contre les Tourelles, commencé au lever du soleil, durait encore presque jusqu'au coucher. Dunois — il le rapporte lui-même dans sa déposition, — désespérant de la victoire, avait donné le signal de la retraite ; la Pucelle la fit arrêter, promettant que le fort serait emporté lorsque la queue de son étendard toucherait l'inexpugnable bastille. Le fait arriva comme elle l'avait annoncé (IV, 182, 204 ; III, 81, 82, 125, 178).
La veille elle avait renouvelé à son confesseur Paquerel la prédiction de sa blessure. Demain, lui avait-elle dit, le sang coulera de mon corps au-dessus de la mamelle (IV, 229). Le trait, dépose Dunois, pénétra d'un demi-pied entre le cou el les épaules (IV, 281). |
J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
pages 40-41 _________________ Il ne faut plus se taire.
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Posté le: Jeudi 02 Février, 2012 14:11 Sujet du message: |
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| Citation: | L'on ne croyait pas possible de conduire le Dauphin à Reims, à travers une étendue de pays, d'Orléans à la ville du sacre, occupée par l'ennemi. Elle n'a cessé de promettre qu'elle triompherait de cette impossibilité, et de combattre les délais toujours persistants opposés à l'entreprise (III,180,185,191 ; IV, 183, etc.).
Au siège de Jargeau, elle vint dire au duc d'Alençon : Retirez-vous de cette place, et lui montrant une machine sur le rempart, sans quoi cette machine vous enlèvera la tête. Le duc s'écarta; peu après, l'engin enlevait la tête du seigneur de Ludes qui s'était mis à cette même place. C'est le duc d'Alençon qui, au procès de réhabilitation, narrait le fait dont parlent plusieurs chroniqueurs (IV, 192).
A l'assaut de la même ville, une lourde pierre lancée du rempart précipita Jeanne, du haut de l'échelle où elle montait, dans le fossé. On la crut morte. Soudain, on la vit reparaître, et on l'entendit crier : Sus, sus, Dieu a condamné les Anglais; dès ce moment ils sont nôtre.. A l'instant Jargeau fut pris, dit le même témoin (ibid.). Le fait est aussi rapporté par d'autres contemporains. |
J.-B. J. Ayroles.
Revue des Questions historiques, vol. LXXIX, 1er janvier 1906.
page 41 _________________ Il ne faut plus se taire.
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Posté le: Lundi 06 Février, 2012 14:24 Sujet du message: |
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| Citation: | Après la prise de Beaugency, les capitaines se demandaient s'il fallait poursuivre l'armée anglaise. Nous les aurons, dit Jeanne, fussent-ils pendus aux nues, et sans grande perte de notre part, le Dauphin remportera la plus belle victoire qu'il ait eue piéç(?r)a (jusqu'ici). L'armée anglaise fut comme anéantie; les pertes des Français furent insignifiantes; c'est la victoire de Patay (III, 88; IV, 185,148 et alibi).
Troyes avait fermé ses portes devant l'armée royale; l'on manquait de vivres, le conseil délibérait si on ne lèverait pas le siège pour rétrograder ou passer outre. Jeanne entra soudainement au conseil, où elle n'avait pas été appelée. Elle promit la reddition de la place dans deux jours, si l'on se remettait à elle de la conduite du siège. Cela lui est accordé. Dès les premiers préparatifs commandés par elle, les députés de la ville venaient traiter de la soumission. Le fait est raconté par Dunois lui-même (IV, 185), par Simon Charles (IV, 148), présents à l'événement; plus longuement par les Cousinot, qui vraisemblablement étaient aussi présents (111, 98).
L'on redoutait la résistance des Rémois, Anglais au possible, dit le chanoine Cocault dans son histoire manuscrite. La Pucelle assurait que non seulement ils ne résisteraient pas, mais qu'ils enverraient des députés au-devant du roi (IV, 169). Par le fait ils apportèrent les clés de la ville à Sept-Saulx, campagne de l'archevêque.
D'Aulon, dans sa déposition, raconte pittoresquement comment, devant Saint-Pierre-le-Mouthier, les assiégeants s'étaient retirés et avaient laissé Jeanne presque seule ; elle ordonna de courir aux fascines pour combler les fossés, assurant qu'on allait s'emparer de la ville. Ce qui arriva (IV, 469).
C'était un magistrat sérieux qu'Alain Bouchard, auteur des Grandes Annales de Bretagne. II dit avoir entendu en juillet 1498, à Compiègne, deux vieillards âgés l'un de quatre-vingt-dix-huit ans, l'autre de quatre-vingt-six, qui lui firent le récit suivant : Jeanne avait communié à Saint-Jacques le matin de son entrée (23 mai 1430). Elle s'était retirée derrière un pilier. Plusieurs personnes, parmi lesquelles de très nombreux enfants, la considéraient. Elle se tourna vers eux et leur dit: Mes enfants et chers amis, je vous signifie que l'on m'a vendue et trahie, et que bientôt je serai livrée à la mort. Ainsi je vous supplie que vous priiez Dieu pour moi; car je n'aurai plus de puissance pour faire service au roi et au royaume de France (IV, 290). Les deux vieillards avaient, en 1430, l'un trente ans, l'autre dix-huit. Ils étaient parfaitement en état de comprendre ; et de telles paroles étaient de nature à être retenues, alors surtout qu'elles furent vérifiées dans la soirée de ce même jour. Supposer que Bouchard, ou les deux vieillards ont menti, c'est leur faire une injure gratuite : neno reputatur malus nisi probetur. |
J.-B. J. Ayroles.
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pages 41-42 _________________ Il ne faut plus se taire.
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