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Deux âmes d'évangile
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Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Mi ca El !? Index du Forum -> Saint François d'Assise et les familles franciscaines
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gabrielle



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MessagePosté le: Mardi 16 Septembre, 2008 13:13    Sujet du message: Deux âmes d'évangile Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.



CHAPITRE PREMIER

A LA SOURCE DE L'EVANGILE

Citation:
Assise, Lisieux, ces noms chantent dans la mémoire du pèlerin comme les notes suaves d'un Cantique d'Amour. Ils évoquent les mystiques altitudes traversées d'un souffle surnaturel où l'Esprit un instant se posa pour répondre à l'inquiétude des hommes. Quelle parenté relie, à travers tant de siècles, ces collines inspirées; gardiennes de tombes illustres ?

Apparemment, tout est contraste entre le Patriarche Ombrien qui incarne le Moyen-âge et la sainte Petite Normande plantée au cœur des temps modernes. La vie du fondateur des Mineurs est une éblouissante épopée, pittoresque à souhait comme les enluminures des chansons de gestes. L'Histoire d'une Ame se blottit dans la chaude intimité de la demeure familiale ou dans le silence du cloître.



R. P. STEPHANE-J. PIAT, Ο. F. M.
Αux Éditions Franciscaines
RUE MARIE-ROSE, PARIS NIHIL OBSTAT :
Parisiis, die 17a aprilis 1943
in memoria Ioannis-J osephi de Rea.
Fr. Valentinus-M. BRETON, O. F. M.
Cens. Dep.
IMPRIMI POTEST :Parisiis,
die 25 aprilis 1943
in festo PASCHAE DOMIN1
Fr. Leo-Paschalis LEVEUGLE, 0. F. M.
Minister Prov. Franciæ
IMPRIMATUR :Lutetiœ Parisiorum
die 1a Maii 1943 in natuli beatae Petronillæ Trecensis.
A. LECLERG
Vic. Gen.

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Criez avec cent mille langues.
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gabrielle



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MessagePosté le: Mardi 16 Septembre, 2008 23:15    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.

Citation:
C'est après avoir courtisé la gloire humaine que le fils de Bernardone bifurque vers Dieu, sur la route escarpée qui va de la prison de Pérouse à la Portioncule.

Thérèse Martin, dès le premier éveil de sa raison, pointe droit vers le ciel comme une fleur d'élection.

L'itinéraire franciscain est jalonné de travaux de géants, de macérations effrayantes, de miracles, de ravissements et d'extases.

Les Fioretti Lexoviennes sont volontairement dépouillées de tout ce qui serait tour de force, charismes prodigieux, voies extraordinaires.

Le Stigmatisé de l'Alverne expire sur un lit de cendres, veillé par tout un peuple jaloux de posséder ses reliques.

La Carmélite con somme sa mort d'amour à l'abri de la clôture, quelques intimes seulement pressentant sa gloire naissante.

Avec le père Petitot, on reconnaîtrait ici le modèle accompli de l'ascétisme de petitesse, là le type achevé de l'ascétisme de grandeur.

Pourtant il y a des intuitions qui ne trompent pas.

Quand on respire le parfum de ces deux âmes, on devine entre elles comme un air de famille, quelque chose d'éthéré, de lumineux, de libre, qui tient de la limpidité des sources, de la fraîcheur des bois, du ciel pur et du beau soleil.

On dit le Petit Pauvre, comme on dit la Petite Thérèse.

La Reine des Buissonnets rejoint, dans l'imagination des foules, le Roi de la Jeunesse Assisiate.

Ils apparaissent parmi les hommes, enveloppés d'un halo d'irrésistible sympathie, parés de tous les trésors de la nature et de la grâce, enfants gâtés du monde, enfants chéris de Dieu.



R. P. STEPHANE-J. PIAT, Ο. F. M.
Αux Éditions Franciscaines
RUE MARIE-ROSE, PARIS 1943

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MessagePosté le: Mercredi 17 Septembre, 2008 14:12    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile. Voir note en bas de page

Citation:
Quelle puissante affinité peut bien les unir : rencontre fortuite d'heureux tempéraments, ressemblance accidentelle entre deux êtres comblés de dons charmants ou similitude d'idéal, identité d'inspiration, communion profonde d'âmes appelées aux mêmes cimes ?

Il n'est qu'une façon de clore le débat. Interrogeons-les, demandons-leur le secret de leur vie intérieure, à quelle école de spiritualité ils se rattachent, quel maître les guida aux sommets de l'union divine, quels ouvrages pétrirent leur pensée et leur cœur.


François répond dans son Testament avec sa simplicité coutumière :

« Le Seigneur m'a donné la grâce de commencer ainsi à faire pénitence : lorsque j'étais dans le péché, il me semblait très amer de voir des lépreux ; mais le Seigneur lui-même me conduisit au milieu d'eux et j'exerçai la miséricorde à leur égard. Quand je me retirai de leur présence, ce qui m'avait paru amer fut changé pour moi en douceur pour l'âme et le corps. Ensuite j'attendis peu et je sortis du siècle... Quand le seigneur m'eut donné des frères, personne ne me montra ce que je devais faire. Le Très-Haut me révéla que je devais vivre selon la forme du Saint Evangile. »

A quoi bon les bibliothèques, les manuscrits stylisés et les pesants rouleaux ?

« Je ne veux pas pour tous tes livres perdre le Livre de l'Evangile », dira-t-il à un ministre bibliophile... et au novice qui brigue trop ardemment un psautier :

« Frère, moi aussi j'ai été tenté d'avoir des livres, mais alors j'ignorais la volonté de Dieu sur ce point. Je pris donc les Evangiles et suppliai le Seigneur de me faire connaître sa volonté à l'ouverture du Livre. Ayant achevé ma prière, je tombai sur ces paroles : « A vous, il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu, mais pour les autres, Ils ne les connaîtront qu'en paraboles. »

Chaque jour, il lit plusieurs pages d'Evangile et, s'il n'a pu entendre la messe, se penche longuement sur le passage évangélique qu'on y a récité. C'est l'Evangile attentivement écouté qui lui dicte, en la fête de Saint Mathias, les exigences de l'intégrale pauvreté. C'est l'Evangile scruté à trois reprises, avec Bernard de Quintavalle et Pierre de Catane, qui décide leur expropriation volontaire et leur prise d'habit immédiate.

C'est l'Evangile, consulté avec tendresse par frère Léon, qui, à la veille des Stigmates, introduit François dans les abîmes de la Passion.


A ses fils il lègue cette charte unique : « La vie des frères mineurs consiste à observer le Saint Evangile de Notre-Seigneur ».

Sa première règle est « une hostie faite de miettes d'Evangile ». Sur son lit de mort, il recommande de placer l'Evangile au-dessus de toute autre autorité et, quand on s'offre à lui en lire quelque extrait, il peut répondre en vérité :

« Inutile de vous donner cette peine. Je connais le Livre par cœur ; je sais le Christ pauvre et crucifié. »


Ici, il ne faut pas en conclure que S. François et Ste, Thérèse ( comme nous le verrons sous peu) avait une aversion contre les livres doctes. Au contraire l'Ordre de S. François donnera de grands Docteur ( S. Bonaventure). Les deux saints se placent ici au point de vue de la méditation ou contemplation, et cela pour leur âme. Ce qui ne veut pas dire que toutes les âmes ont les mêmes besoins ou capacités ... Le jardin de Dieu est diversifié, certes la base de tous les saints est l'évangile, mais Dieu a donné à l'Église des trésors d'écriture et cela pour sa plus grande gloire et le salut des âmes.

Ces trésors inestimables, bien que broyés et déformés sous la main des impies de V2, sont là (grâce à Dieu nous pouvons encore les trouver intactes)pour toutes âmes de bonne volonté, qui cherchent à plaire à Dieu.
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MessagePosté le: Mercredi 17 Septembre, 2008 23:09    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.


Citation:
On le voit, François est irréductible à toute classification, Chez lui, nulle référence aux théologiens en renom, nulle trace de filiation spirituelle à l'égard d'un Maître ou d'une Ecole.

Il aime à se confier à l'évêque Guido, au cardinal Jean de Saint Paul, à messire Hugolin, mais sa ligne vient de plus haut. « L'Esprit Saint, dit saint Bonaventure, s'était fait lui-même son Docteur. »

A première vue, Thérèse ne témoigne pas d'une telle indépendance à l'égard des influences humaines.

L'idéal foyer de M. Martin la marque précocement des plis de la piété et de la sujétion au vouloir divin.

Son incomparable Mère, dont la Correspondance récemment publiée trahit l'admirable équilibre et l'esprit de foi poussé jusqu'à l'héroïcité, lui a légué l'héritage moral d'une âme quasi-sacerdotale.

Sa sœur aînée, Marie, la prépare diligemment à sa première communion. Les conférences de l'Abbé Arminjon sur « La fin du monde présent », plus tard les Fondements de la vie spirituelle du P. Surin la jettent dans le ravissement.

Elle sait pas cœur l'Imitation. Sa «Petite Mère» l'initie aux secrets du Carmel avant de lui découvrir « la profondeur des trésors renfermés dans la Sainte Face ».

Le P. Alexis « la lance à pleines voiles sur les flots de la confiance et de l'amour ». Saint Jean de la Croix surtout, dont elle médite les écrits brûlants, lui enseigne le radicalisme du renoncement et la voie des ascensions mystiques.

Entendons-la pourtant se définir elle-même, avec sa belle lucidité.

« Que de lumières n'ai-je pas puisées dans les œuvres de saint Jean de la Croix !

A l'âge de dix-sept et dix-huit ans, je n'avais pas d'autre nourriture.

Mais plus tard; les auteurs spirituels me laissèrent tous dans l'aridité ; et je suis encore dans cette disposition.

Si j'ouvre un livre, même le plus beau, le plus touchant, mon cœur se serre aussitôt et je lis sans pouvoir comprendre ; ou, si je comprends, mon esprit s'arrête sans pouvoir méditer.

Dans cette impuissance, l'Ecriture Sainte et l'Imitation viennent à mon secours ; en elles, je trouve une manne cachée, solide et pure.

Mais c'est par-dessus tout l'Evangile qui m'entretient pendant mes oraisons ; là, je puise tout ce qui est nécessaire à ma pauvre petite âme.

J'y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux. Je comprends et je sais par expérience que le royaume de Dieu est au-dedans de nous.

Jésus n'a pas besoin de livres ni de docteurs pour instruire les âmes ; lui, le, Docteur des docteurs, enseigne sans bruit de paroles.

Jamais je ne l'ai entendu parler ; mais je sais Qu'il est en moi. A chaque instant, il me guide et m'inspire ; j'aperçois, juste au moment où j'en ai besoin, des clartés inconnues jusque-là. »

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MessagePosté le: Vendredi 19 Septembre, 2008 14:37    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.

Citation:
Ecrivant plus tard à un missionnaire, son frère spirituel, elle renchérit encore :

« Parfois, lorsque je lis certains traités où la perfection est montrée à travers mille entraves, mon pauvre petit esprit se fatigue bien vite, je ferme le savant livre qui me casse la tête et me dessèche le cœur, et je prends l'Ecriture Sainte. Alors tout me paraît lumineux, une seule parole découvre à mon âme des horizons infinis, la perfection me semble facile, je vois qu'il suffit de reconnaître son néant et de s'abandonner, comme un enfant, dans les bras du Bon Dieu. »

Quelques semaines avant sa mort, elle pourra conclure, comme François d'Assise : « Je ne trouve plus rien dans les livres si ce n'est dans l'Evangile. Ce livre-là me suffit ».

A la façon du Poverello, elle aime à chercher dans le texte sacré au hasard de la découverte, l'inspiration du moment ; ses écrits font, eux aussi, figure de mosaïque d'Evangile.

Comme la vierge Cécile, sa « sainte de prédilection »,sa « confidente intime », elle porte toujours sur elle le Livre Divin.

Le P Pichon, qui semble un des premiers avoir pénétré la profondeur de cette âme, lui dit, au sortir d'un entretien mémorable :

« Mon enfant, que Notre-Seigneur soit toujours votre Supérieur votre Maître des novices. »

« Il le fut, en effet, constate notre Sainte, et la montagne du Carmel se tourna bien vite vers le Directeur des directeurs, et s'épanouit à l'ombre de sa croix. »


Saisit-on maintenant le fil mystérieux qui unit le ménestrel errant du Seigneur et l'humble moniale dont le nom est sur toutes les lèvres ?

Ce n'est pas à Assise que la rencontre se fit, lors du bref passage de Thérèse « aux lieux embaumés par les vertus de saint François », ;

c'est sur les chemins de Galilée, au contact du Sauveur lui-même.

Le Petit Pauvre et la Petite Sœur ont foncé droit vers l'Evangile avec la candeur d'un enfant.

Ils ont bu, à même la source, ce breuvage exquis de simplicité et de sagesse qui échappe aux analyses et défie les cornues des maîtres des sciences divines.

De l'un et de l'autre Jésus a irrésistiblement pris possession,

Il les a menés personnellement, directement, par ses voies, au but unique de toute perfection : la plénitude de l'amour dans le total oubli de soi.

Parce que, essentiellement filles d'Evangile, ces âmes sont sœurs, elles accusent même loyauté, même délicatesse, même élan spontané, elles exhalent l'enivrant parfum des Béatitudes, elles tiennent Dieu sous le charme et les hommes en leur possession.

Une même brise de paradis terrestre baigne la douceur ombrienne et le brumeux ciel de Neustrie.


Sans qu'il faille inventer d'illusoires conformités, sans créer par jeu littéraire un signalement unique, sans forcer arbitrairement le parallèle — il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père ;

les Saints ont trop de personnalité pour se couler dans le même moule, et Thérèse a gracieusement plaidé la luxuriante variété de la végétation céleste où la pâquerette côtoye la rose et fleurit au pied des grands cèdres

— nous sommes fondés, tenant dans l'Evangile la clef de leur commune sainteté, à rechercher ce qu'y puisèrent d'identique les plus éperdus amants du Christ que la terre ait connus depuis les temps apostoliques,


R. P. STEPHANE-J. PIAT, Ο. F. M.
Αux Éditions Franciscaines
RUE MARIE-ROSE, PARIS 1943

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MessagePosté le: Vendredi 19 Septembre, 2008 23:11    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.


CHAPITRE DEUXIEME
LA FAMILLE DES CIEUX

Citation:
Quand François et Thérèse abordent l'Evangile, un panorama grandiose s'offre à leurs yeux.

Ils voient l'Amour Miséricordieux, à la façon du soleil qui dore les sommets des montagnes puis descend de cime en cime jusqu'aux plus pauvres vallons, s'épanouir à sa source dans le Cœur du Père des Cieux, déferler en plénitude en la Sainte Humanité du Verbe, ruisseler à flots en l'âme de Marie, pour gagner la double famille angélique et humaine et rayonner, dans un immense embrasement, au front de toute créature.

L'Assisiate n'attendit pas sa conversion pour pressentit cette « excessive charité ».

Prononce-t-on devant lui le nom du Seigneur, il se recueille. Lui quémande-t-on l'aumône « pour l'amour de Dieu », il jette l'or à pleines mains.

A-t-il, par distraction, éconduit un mendiant, il se ressaisit aussitôt, quitte le comptoir et présente excuse et offrande à « l'ambassadeur du Roi des rois ».

Les voisins ont beau railler ses allures princières, sa jeunesse, intacte et fière, ne manque pas d'envol. Dame Pica juge mieux, qui répond aux jaloux : « Croyez-moi, mon fils sera un enfant de Dieu. »

François, pour prendre un plein essor, doit briser tous ses liens.

Pierre Bernardone a misé sur les talents de son Aîné, sur son habileté en affaires, sur son prestige incontesté.

Il le comble d'argent et lui passe toutes ses fantaisies. Quand il voit chavirer ce rêve en d'étranges aventures mystiques, le riche drapier dispute son idole au Très-Haut.

Le drame se dénoue au tribunal de l'évêque. Sommé de trahir sa vocation, menacé, s'il résiste, d'être privé d'héritage et expulsé pour toujours du toit familial, le jeune homme se dépouille de ses vêtements, les dépose aux pieds du marchand et s'écrie d'un ton inspiré :

« Jusqu'à ce jour, j'ai appelé Pierre Bernardone mon père ; je veux pouvoir dire maintenant Notre Père qui êtes aux cieux. »

Le détachement à peine consommé, François se sent emporté à corps perdu sur l'océan de la Charité. Son âme se dilate délicieusement.

La bise peut fouetter son visage, l'humidité pénétrer sa tunique, la malice des brigands le jeter dans un fossé neigeux, la colère paternelle l'accabler de malédictions, il se sent désormais au cœur une chaleur qui défie les frimas, il s'est « converti », il est devenu « comme un petit enfant », il a accès au royaume. « Mon Dieu et mon Tout », clame-t-il. « J'ai un Père qui me bénit ». « Je suis le Héraut du Grand Roi. »


R. P. STEPHANE-J. PIAT, Ο. F. M.
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MessagePosté le: Samedi 20 Septembre, 2008 23:14    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.


CHAPITRE DEUXIEME
LA FAMILLE DES CIEUX

Citation:
A l'occasion de la cruelle maladie qui, trois années durant, arracha monsieur Martin à la douceur des soins familiaux, Thérèse écrit à Céline :

« Le Bon Dieu nous a ravi celui que nous aimions avec une si grande tendresse : n'est-ce pas afin que nous puissions dire véritablement ': « Notre Père, qui êtes aux cieux ! » Qu'elle est consolante cette divine parole ! Quels horizons elle ouvre à nos peux ! »

Ici, aucun conflit entre le sang et l'esprit.

C'est le père de la terre qui immole sa « Reine » au Père des cieux.

Pour comprendre « le caractère » de Celui qu'elle nommera si joliment « Papa le Bon Dieu », il suffit à la fillette de transférer à l'infini ce qu'elle lit d'affection dans le cœur du saint vieillard.

D'instinct, elle a appris sur ses genoux les premiers bégayements de l'enfance spirituelle.

Au cloître, ce don de piété s'élargit démesurément.

Elle aime méditer le Pater : « C'est si doux d'appeler le Bon Dieu notre Père ! » « Laissez faire Papa le Bon Dieu, il sait bien ce qu'il faut à son tout petit bébé. »

Avec saint Paul, elle explore les profondeurs, elle inventorie les richesses du Cœur Divin. Elle entrevoit sa condescendance adorable.

« A moi, Il a donné sa miséricorde infinie, et c'est à travers ce miroir ineffable que je contemple ses autres attributs. Alors, tous m'apparaissent rayonnants d'amour : la justice même, plus que les autres peut-être, me semble revêtue d'amour. Quelle douce joie de penser que le Seigneur est juste, c'est-à-dire qu'il tient compte de nos faiblesses, qu'il connaît parfaitement la fragilité de notre nature ! De quoi aurai-je peur? » « je croyais depuis longtemps que le Seigneur est plus tendre qu'une mère et je connais à fond plus d'un cœur de mère. Je sais qu'une mère est toujours prête à pardonner les petites indélicatesses involontaires de son enfant. »

Arrêtons-la les citations. l'Histoire d'une Ame pourrait y passer tout entière.

Sous la plume de Thérèse comme sur les lèvres de François, c'est le même accent filial. L'Esprit d'Amour leur a pleinement révélé le mot qu'il profère en secret : Abba ! Père !


R. P. STEPHANE-J. PIAT, Ο. F. M.
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MessagePosté le: Dimanche 21 Septembre, 2008 23:08    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.

CHAPITRE DEUXIEME
LA FAMILLE DES CIEUX

Citation:
Il les mène par la même route : l'étreinte passionnée du Sauveur, le contact personnel, l'amitié chaleureuse, concrète, quasi terrestre avec le Confident, le Frère Aîné qui, étant par nature l'Enfant du Père, peut seul nous apprendre à vivre en enfants d'adoption.

Si tous les Saints ont passé par cette Voie Unique, le Poverello et la Petite Sœur y ont apporté une ferveur de désir, une rigueur d'imitation, une simplicité d'effusion qui les rangent à part comme des copies, des décalques, de vraies transparences du Christ.

Le monde devenait de glace ; Jésus, au dire de Celano, sommeillait dans les âmes.

C'était le Dieu distant que l'esthétique byzantine représentait figé en sa hautaine majesté, impassible jusque sur la croix.

Dans le tombeau étrusque où il s'enfonce pour prier, au début de sa conversion, François embrasse désespérément le crucifix de pierre.

Voici que la matière s'anime et qu'il éprouve sur son visage la chaleur du baiser divin.

La Face cernée d'épines lui apparaît suavement suppliante en son atroce réalisme.

C'est pour lui le choc décisif.

Il portera désormais au cœur une blessure que le dard de feu du Séraphin ne fera plus tard que découvrir.

Le Christ est pour lui sorti de l'abstrait. Il est devenu un Vivant, le Vivant, la Vie. Le Petit Pauvre le chantera en termes d'une caressante folie.

Le branle est donné à sa sainteté.

Désormais, dit son historien, « François configurera en lui l'homme intérieur à l'effigie du Christ. »

C'est par Lui, avec Lui, en Lui qu'il montera vers le Très-Haut.

« Ο Père, s'écrie-t-il, nous ne sommes pas dignes de vous appeler par votre nom ; mais nous demandons humblement que Notre-Seigneur en qui vous avez mis vos complaisances vous rende grâce avec le Saint-Esprit Consolateur... Votre Fils vous suffit toujours en tout ! Par lui, vous nous avez accordé toutes faveurs. »


R. P. STEPHANE-J. PIAT, Ο. F. M.
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MessagePosté le: Lundi 22 Septembre, 2008 23:08    Sujet du message: Répondre en citant



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CHAPITRE DEUXIEME
LA FAMILLE DES CIEUX


Citation:
Pour vivre en enfant du Père, François modèlera sur Jésus ses sentiments, ses attitudes, ses mouvements d'âme.

Le Crucifix de Saint-Damien lui lance l'ordre de route « Va et répare ma maison qui tombe en ruines ».

En Terre Sainte, il suit la trace de ses pas.

Dans le livre de la nature, il cherche les vestiges de sa puissance, les symboles de sa bonté.

A Greccio, il évoque ses abaissements de Bethléem. Sur l'Alverne, il se haussera aux affres de Gethsémani, aux langueurs d'amour du Golgotha.

Mais c'est partout que la hantise du Christ et souvent sa présence sensible l'accompagnent.

« Chaque jour, à chaque instant, proclame Celano, il fixait Jésus. Vivant avec Jésus, il portait Jésus dans son cœur, Jésus dans sa bouche, Jésus dans ses oreilles.. Jésus dans ses mains, Jésus dans tous ses membres... Dans ses courses, méditant et chantant Jésus, il ne pensait plus à son voyage et invitait tous les éléments à louer Jésus avec lui ».

Ayant pour Dieu renoncé à sa famille, le Poverello entre de plain pied au foyer des Personnes Divines. Il prend possession des titres de noblesse chrétienne dont il devait donner un jour cette exaltante description :

« Tous ceux qui auront fui la sagesse de la chair, que l'Esprit du Seigneur repose sur eux, qu'il fasse en eux son habitation et sa demeure.

Ils seront les fils du Père Céleste dont ils accomplissent les œuvres. Ils sont les époux, les frères et les mères de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Nous sommes ses époux quand, par l'Esprit-Saint, notre âme sanctifiée est unie à Jésus-Christ.

Nous sommes ses frères, quand nous faisons la volonté de son Père qui est aux cieux.

Nous sommes ses mères quand nous le portons dans notre cœur et dans notre corps, engendré par notre charité et la sincérité de notre conscience, et quand nous l'enfantons par nos actions saintes, exemples qui doivent éclairer le prochain.

Ο quelle gloire, quelle dignité, quelle grandeur d'avoir un Père au ciel !

Quelle dignité, quelle beauté, quelle douceur d'avoir un époux au ciel !

Quelle dignité, quel charme, quel bonheur, quelle paix, quelle douceur, quelle joie intime, quelle fortune suprême que celle d'avoir un tel frère ! »


Dans le cœur stigmatisé du premier des frères mineurs se forma et s'accrédita la tradition franciscaine dont saint Bonaventure devait donner cette heureuse définition : « La voie de la vie unitive n'est autre qu'un très ardent amour du Crucifié. »


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MessagePosté le: Mercredi 24 Septembre, 2008 15:01    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.

CHAPITRE DEUXIEME
LA FAMILLE DES CIEUX


« La voie de la vie unitive n'est autre qu'un très ardent amour du Crucifié. »

Citation:
L'expérience de Thérèse est d'une même venue. C'est par le Christ qu'elle va au Père.

Toute petite, Il l'a prise par la main et attirée dans son intimité. Ecoutons ses impressions de communiante :

« Ah ! qu'il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme ! Oui, ce fut un baiser d'amour ! Je me sentais aimée, et je disais aussi : « Je vous aime, je me donne à vous pour toujours ! » Jésus ne me fit aucune demande, il ne réclama aucun sacrifice. Depuis longtemps déjà, lui et la petite Thérèse s'étaient regardés et compris. Ce jour-là, notre rencontre ne pouvait plus s'appeler un simple regard, mais une fusion. Nous n'étions plus deux: Thérèse avait disparu comme la goutte d'eau qui se perd au sein de l'Océan, Jésus restait seul ; il était le Maître, le Roi ! Thérèse ne lui avait-elle pas demandé de lui ôter sa liberté ? »

Devenue, à quinze ans, prisonnière de l'Amour, elle conserve au Carmel cette fraîcheur filiale dans le don d'elle-même. Elle met un art exquis et des attentions de fiancée à fleurir la statue de l'Enfant Jésus. Elle se mire dans le ciboire et y cherche avidement les parcelles d'Hostie.

« Le visage du Maître est la seule beauté qui ravisse son cœur » ; sous la Sainte Face défigurée du Grand « Lépreux », « elle reconnaît l'Amour Infini et se consume du désir de l'aimer et de le faire aimer ».

L'envolée finale du Onzième Chapitre de l'Histoire d'une Ame est, avec les Cantiques où Jacopone de Todi exprime l'âme de son Père, le plus brûlant cri de passion qu'une voix humaine ait jeté vers le Christ.

Cette rencontre est logique. Elle s'explique par l'acuité de certitude avec laquelle nos deux héros ont « découvert » l'éternel amour.

La foi à ce degré est proche de la vision, le désir tend vers la possession avec une ardeur toujours inassouvie.

« Il faut beau coup aimer l'Amour qui nous a tant aimés, s'écrie le Poverello... C'est une noble prodigalité que celle qui donne tout pour Dieu. »

Il s'élance vers l'objet de son| rêve au rythme fiévreux d'une croisade chevaleresque .

« Volontiers, Seigneur, volontiers » répond-il, sur la route de Spolète, aux crucifiantes requêtes du Très-Haut.

« On n'a pas aimé comme lui », déclare Celano.

Saint Bonaventure le compare à bon droit au charbon plongé dans le feu jusqu’à devenir feu lui-même.

C'est toute petite que Thérèse « choisit tout », en fait de volonté divine, de renoncement, de perfection.

« Mon Dieu ! je ne veux pas être sainte à moitié ; cela ne me fait pas peur de souffrir pour vous, je ne crains qu'une chose, c'est de garder ma volonté. »

Plus tard, elle se perdra dans l'immensité sans rivages. « Ο mon Dieu... votre amour m'a prévenue dès mon enfance, il a grandi avec moi, et maintenant c'est un abîme dont je ne puis sonder la profondeur. L'amour attire l'amour, le mien s'élance vers vous... Ο mon Jésus, il me semble que vous ne pouvez combler une âme de plus d'amour que vous n'avez comblé la mienne. »


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MessagePosté le: Jeudi 25 Septembre, 2008 14:48    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.




CHAPITRE DEUXIEME
LA FAMILLE DES CIEUX

Citation:
Et voici que ce « creux de l'infini », cette capacité de tendresse aux limites toujours reculées s'ouvre à toutes les émotions « du royaume d'amour ».

François salue avec attendrissement la Vierge qui « du Dieu de Majesté a fait notre frère ».

Avec les Saints et les Anges, il entre en relations d'étonnante confiance, cependant que Thérèse donne à Marie «le nom de Maman, plus doux que celui de Mère » et que « dans l'éternelle vie de famille », elle croit voir venir à sa rencontre, à côté de ses chers défunts, tous les élus « nos parents ».

L'un et l'autre, pour respirer à pleins poumons l'air salubre du « pays natal » — ainsi désignaient-ils le ciel — ne s'en montrent pas moins sensibles aux légitimes affections de l'exil.

Qui a compati comme eux à la douleur humaine ?

Qui a, comme eux, vibré au spectacle des beautés d'ici-bas et prodigué les noms de frères et de sœurs aux plus frêles les êtres jaillis des mains de Dieu ?

Ils traversent nos brumes, enveloppés de lumière et comme parés du don d'universelle sympathie qui, aux jardins de l'Eden, inclinait toutes choses aux ordres de nos premiers parents.

Nul n'a réalisé, à ce point, toute la splendeur incluse dans le plan créateur tel que l'a défini saint Paul au plus glorieux de son verset : « Tout est vôtre, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu. »


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MessagePosté le: Samedi 27 Septembre, 2008 13:33    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.


CHAPITRE TROISIEME

SUR LES PAS DU CHRIST ANEANTI

Citation:
Franciscanisants et pèlerins de Lisieux s'accordent à reconnaître dans « la découverte du Père » et l'amour passionné du Verbe Incarné deux traits communs à leurs fervents.

Mais voici où les routes, apparemment, divergent.

Ce Christ, Modèle Unique dont l'Evangile leur peint l'inégalable séduction, le frère mineur l'imite dans le dépouillement de la pauvreté, la carmélite dans l'impuissance de l'enfant ; ce qui suffit à leur tailler deux tempéraments originaux, deux physionomies dissemblables.


Le cas de Thérèse est des plus simples. Elle met un joli talent d'écrivain au service d'une pensée sûre d'elle-même. C'est avec une étonnante précision qu'elle définit « sa petite voie ».

« Mon désir a toujours été de devenir sainte ; mais hélas ! j'ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu'il existe entre eux et moi la même différence que nous voyons dans la nature entre une montagne dont le sommet se perd dans les nuages, et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants. Au lieu de me décourager, je me suis dit : « Le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables ; je puis donc, malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté.

Me grandir, c'est impossible !

Je dois me supporter telle que je suis, avec mes imperfections sans nombre ; mais je veux chercher le moyen d'aller au ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite et toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d'inventions : maintenant ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un escalier ; chez les riches, un ascenseur le remplace avantageusement.

Moi, je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus ; car je suis trop petite pour gravir le rude escalier de la perfection. »

Alors, j'ai demandé aux Livres saints l'indication de l'ascenseur, objet de mon désir ; et j'ai lu ces mots sortis de la bouche même de la Sagesse éternelle : « Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi ».

Je me suis donc approchée de Dieu, devinant bien que j'avais découvert ce que je cherchais ; voulant savoir ce qu'il ferait au tout petit, j'ai continué mes recherches et voici ce que j'ai trouvé :

« Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein, et je vous balancerai sur mes genoux. »

Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme.

L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus !

Pour cela, je n'ai pas besoin de grandir, il faut au contraire que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. »


Encore faut-il s'entendre sur la portée exacte de cette « petitesse d'âme ». Est-ce effacement, pusillanimité, passivité ? Thérèse sent l'écueil, elle devine le péril des formules mal interprétées. D'une explication lucide, elle éclaire le fond du débat :


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MessagePosté le: Samedi 27 Septembre, 2008 23:15    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.


CHAPITRE TROISIEME

SUR LES PAS DU CHRIST ANEANTI

D'une explication lucide, elle éclaire le fond du débat :

Citation:
« Rester petit, c'est reconnaître son néant, attendre tout du Bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son Père.

C'est ne s'inquiéter de rien, ne point gagner de fortune. Même chez les pauvres, tant que l'enfant est tout petit, on lui donne ce qui lui est nécessaire, mais aussitôt qu'il a grandi, son père ne veut plus le nourrir et lui dit : Travaille maintenant, tu peux te suffire à toi-même.

Eh bien ! c'est pour ne jamais entendre cela que je n'ai pas voulu grandir, me sentant incapable de gagner ma vie, la vie éternelle du ciel.

Je suis toujours restée petite, n'ayant d'autre occupation que celle de cueillir les fleurs de l'amour et du sacrifice et de les offrir au Bon Dieu pour son plaisir.

Etre petite, c'est encore ne point s'attribuer à soi-même les vertus que l'on pratique, se croyant capable de quelque chose, mais reconnaître que le Bon Dieu pose ce trésor de vertu dans la main de son petit enfant, pour qu'il s'en serve quand il en aura besoin ; mais c'est toujours le trésor du Bon Dieu.

Enfin, c'est ne point se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal. »


La théorie n'est rien sans la pratique.

Thérèse n'est pas seulement « Docteur », elle est maîtresse de vie.


Le programme tracé d'une main ferme, elle le réalise à la lettre, à cent pour cent, jusqu'à l'héroïcité. Proche de sa fin, elle peut écrire :


« Je suis trop petite maintenant pour avoir de la vanité, je suis trop petite encore pour savoir tourner de belles phrases afin de laisser croire que j'ai beaucoup d'humilité : j'aime mieux convenir simplement que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses : et la plus grande, c'est de m'avoir montré ma petitesse, mon impuissance à tout bien. »


Le 30 septembre 1897, avant d'entrer en agonie, elle se rend ce témoignage d'une émouvante sérénité : « Oui, j'ai compris l'humilité du cœur. »

Elle fait en même temps la preuve de la fécondité d'un tel abaissement. « Plus on est faible et misérable, avait-elle dit, plus on est propre aux opérations de l'amour consumant et transformant. »

Elle l'expérimente délicieusement. « Parce que j'étais petite et faible, Il s'abaissait vers moi et m'instruisait doucement des secrets de son amour.


L'attitude de François ne semble pas moins claire. Son idéal s'est synthétisé sous les traits de la pauvreté


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MessagePosté le: Dimanche 28 Septembre, 2008 15:15    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.


CHAPITRE TROISIEME

SUR LES PAS DU CHRIST ANEANTI

L'attitude de François ne semble pas moins claire. Son idéal s'est synthétisé sous les traits de la pauvreté.

Citation:
Après l'avoir pressenti confusément et comme à tâtons, au fil de sa conversion, il le découvre, le 24 février 1209, dans l'évangile de la Saint Mathias :

« Allez et prêches, annonçant que le royaume de Dieu est proche. Ne portez ni or ni argent dans votre bourse.. »

« Voilà ce que je cherchais, s'écrie-t-il, voilà ce que mon cœur désirait depuis longtemps. »

Pour que cette affection ne verse pas dans l'abstrait, il la nourrit de traditions chevaleresques, l'enjolive de poésie, lui prête toutes les grâces d'une nature ailée et chantante.

La pauvreté devient sa Dame; en féal et courtois seigneur, il va de par le monde pour dire sa beauté ; il rompt des lances pour défendre son honneur et le venger au besoin des soupçons injurieux.

Animé pour elle d'une sainte jalousie, il s'inquiète s'il reconnaît en un vagabond déguenillé un rival digne de lui ravir l'anneau des fiançailles.

L'invite-t-on aux festins des grands, il mendie auparavant des débris de pain noir, « afin, dit son biographe, de ne pas froisser même en passant les susceptibilités de sa reine ».

S'attable-t-il avec frère Massée à la pierre polie d'une source, pour tremper dans une eau limpide de misérables croûtes durcies, le charme de ce dénuement en un décor de féerie le plonge dans le ravissement.


Pour garder à ses fils l'orgueil d'un tel patrimoine, il déploie une farouche énergie.

« Je commande fermement à tous les frères de ne recevoir en aucune manière deniers ou pécune par eux-mêmes ou par personne interposée... Que les frères ne s'approprient rien, ni maison, ni lieu, ni aucune chose. Comme pèlerins... étrangers en ce siècle, servant le Seigneur dans la pauvreté et l'humilité, qu'ils aillent avec confiance demander l'aumône ; et ils ne doivent pas en rougir, car le Seigneur pour nous s'est fait pauvre en ce monde. »

Malheur à qui ajouterait des gloses à ces paroles !

Anathème à qui, sous la bure, garderait une âme de « propriétaire ».

L'apostat tomberait sous le coup des malédictions paternelles.


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MessagePosté le: Dimanche 28 Septembre, 2008 23:06    Sujet du message: Répondre en citant



Deux âmes d’évangile.


CHAPITRE TROISIEME

SUR LES PAS DU CHRIST ANEANTI

Citation:
La postérité ne s'y est pas trompée : dans le poème de cristal, où près d'un siècle avant Dante, un Mineur anonyme évoquait « Les Noces Mystiques de François et de Dame Pauvreté », dans les larges fresques où le génie de Giotto en traçait le tableau d'un pinceau ferme et suave, elle a salué les plus pures divinations de l'esprit séraphique.

Le ciel lui-même ratifiait ce jugement quand, dans la campagne de Rocca di Campiglia, trois vierges mystérieuses saluaient le Saint d'Assise par cette formule symbolique : « Que Madame la Pauvreté soit la bienvenue ! »


Les positions ainsi définies en toute loyauté, est-il présomptueux de chercher à « l'enfance » thérésienne et au dépouillement franciscain une explication commune et comme un principe d'unité ?

Est-il erroné de les rattacher tous deux à la première béatitude, à l'exinanivit de saint Paul, disons plus concrètement à l'imitation fidèle du Christ qui, pour être en vérité l'Enfant du Père, descendit à la dernière place, celle du « néant ».


Est-ce le Poverello, est-ce la Carmélite — toute référence à l'Imitation mise à part — qui a signé ces lignes :

« Il faut consentir à rester toujours pauvre et sans force, et voilà le difficile, car le véritable pauvre d'esprit, où le trouver ? Il faut le chercher bien loin, dit l'auteur de l'Imitation... Il ne dit pas qu'il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais bien loin, c'est-à-dire dans la bassesse, dans le néant... Ah ! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir ; alors nous serons pauvres d'esprit, et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons ; il nous transformera en flammes d'amour. »

N'a-t-il pas, lui aussi, une résonnance franciscaine,| ce passage de l'Histoire d'une Ame :

« Non, il n'est pas de joie comparable à celle que goûte le véritable pauvre d'esprit ! S'il demande avec détachement une chose nécessaire et que non seulement cette chose lui soit refusée, mais encore que l'on essaie de prendre ce qu'il a, il suit le conseil de Notre-Seigneur : « Abandonnez même votre manteau à celui qui vient plaider pour avoir votre robe ». Abandonner son manteau, c'est, il me semble, renoncer à ses derniers droits, se considérer comme la servante, l'esclave des autres. Lorsqu'on a quitté son manteau, c'est plus facile de marcher, de courir. »


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