 | Mi ca El !?
|
|
|
COMPULSORY UPGRADE!!! Request an upgrade NOW! 32+ Pre-installed Modifications! 3 Server Locations to choose from: USA, UK and JAPAN.
8th December 2012 - phpBBServer: All servers are upgraded to run using SSD drive. Click Here to report problems!
| Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant |
| Auteur |
Message |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Mardi 16 Septembre, 2008 13:05 Sujet du message: L'influence de saint François sur ses contemporains |
|
|
L'INFLUENCE DE SAINT-FRANÇOIS-D'ASSISE SUR LA CIVILISATION ET LES ARTS
INTRODUCTION
| Citation: | Quand le fils de Pietro Bernardone Moriconi se mit en devoir d'obéir à l'appel divin, l'Ombrie, surexcitée par mille passions, mille désirs ambitieux, frémissait de colère et de haine, l'Italie tout entière, encore saignante des blessures reçues au siècle précédent, traversait une crise sociale excessivement grave.
Partout, les cités se disputaient des avantages matériels; partout, les partis recouraient à la violence pour assouvir leurs convoitises.
Sauf parmi les vrais fidèles, — et le nombre en était restreint, — on ne savait plus vivre selon les commandements de Dieu, et, si les populations croyaient toujours en Notre-Seigneur, elles ne l'aimaient guère que des lèvres.
Les citadins surtout, pénétrés par l'esprit du siècle, s'éloignaient chaque jour un peu plus de l'amour évangélique et le renoncement leur devenait incompréhensible. Les moins mauvais conservaient pour les richesses une dilection fâcheuse ou languissaient dans l'apathie spirituelle.
Certes, chacun voulait rester chrétien, mais la plupart entendaient ne pas renoncer aux jouissances matérielles.
Bref, dans les âmes, que le saint amour ne vivifiait plus, la foi s'émaciait. On perdait le sens du christianisme en oubliant que la croix synthétise la loi du divin Maître. |
_________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Mardi 16 Septembre, 2008 23:11 Sujet du message: |
|
|
| Citation: | La voix du « petit Pauvre» de Jésus secoua les torpeurs, ses exemples d'abnégation frappèrent l'indifférence et jusqu'à l'incrédulité.
Un prodige apparaissant dans le ciel n'eut pas étonné davantage et, peut-être, eut-il eu moins d'action sur les masses.
On sait si François enthousiasma les esprits et entraîna les âmes, s'il obtint des conversions et détermina des vocations (1).
On sait avec quelle merveilleuse rapidité son rayonnement s'étendit au loin et combien il fut bienfaisant.
Partout où demeurait le sublime Mendiant, on devenait meilleur ; partout où retentissait sa voix, des hommes se levaient pour le suivre.
Et sa force persuasive, son ardente flamme, se communiquait, semble-t-il, à ses disciples, à ses fils.
Onze ans après la fondation de son berceau, la famille franciscaine comptait cinq mille membres ; cent ans plus tard, elle couvrait l'Europe, de la Sicile aux extrémités des Iles Britanniques, de l'Espagne à la Suède; elle s'installait en Palestine pour garder le Saint-Sépulcre et commençait la conquête de l'Afrique.
Ainsi se réalisait la vision de Frère Sylvestre.
La croix d'or qu'il avait vu surgir de la bouche de saint François s'étendait chaque jour un peu plus jusqu'aux extrémités du monde en s'élevant toujours plus haut vers le ciel.
Tout n'est pas surnaturel dans l'action des saints, faut il le rappeler ? Elle présente une abondante part de naturel, car Dieu veut que les hommes, — qu'il a créés libres, — collaborent de leur plein gré avec sa grâce.
Quelles furent donc les causes naturelles du rayonnement inouï de François ?
Qu'avait-il, indépendamment de l'aide extraordinaire que lui dispensait Jésus, pour influencer de la sorte ?
Il avait un cœur d'ascète et une âme de poète.
Il était à la fois formidablement mystique et exquisément humain.
Ce fut à force d'être aimable et bon, déclare saint François de Sales, un de ses vrais disciples, qu'il remit en honneur la Pauvreté et la Douleur. |
1 On vit plus d une fois vingt et même trente hommes demander, après un sermon, la faveur d'être admis au nombre des Frères Mineurs. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Mercredi 17 Septembre, 2008 14:22 Sujet du message: |
|
|
| Citation: | Sa manière d'initier à la vie mortifiée n'avait rien de farouche, bien au contraire, elle était lyrique et attachante.
Unissant avec une ineffable tendresse l'amour de Jésus Crucifié et l'amour de Jésus-Hostie, il possédait le secret des paroles qui facilitent le sacrifice, excellait à montrer que l'on peut avancer dans la voie spirituelle sans considérer toutes choses d'un œil morose, que le renoncement chrétien, loin d'éteindre, de dessécher, d'annihiler, donne une surabondance de vie. Et cette vie, il apprenait à l'aimer tout en incitant à embrasser la croix.
Il avait la joie.
La joie qui « glorifie Dieu », selon le mot du P. Faber.
Et ne faut-il pas reconnaître avec l'auteur de Bethléem que la nature et la vie tendent toujours vers la joie ?
« C'est le culte de soi-même, le souvenir perpétuel de soi-même, la tendance à faire un centre de soi-même qui oppresse le monde dans sa jubilation et l'accable presque sous le poids de sa tristesse. C'est l'humilité plus que toute autre chose qui relâche ou brise les étreintes de l'égoïsme. Un esprit humble est nécessairement un esprit désintéressé. L'humilité est une perpétuelle présence de Dieu ; et comment, en présence de Dieu, pourrait-on ne pas s'oublier soi-même ? Un homme humble est un homme joyeux (1). »
Sous l'action de la grâce, François vibrait comme une lyre ; sous les feux du divin amour, son cœur brûlait comme un soleil et débordait d'amour fraternel.
Chrétien, il avait le vouloir invincible, de vivre la vie de Jésus crucifié, l'amour mystique des créatures, l'intuition des splendeurs invisibles ; poète, il avait le sentiment des harmonies du monde, des intimes correspondances, l'amour esthétique de la création, l'intelligence des beautés éparses dans la nature.
Tout cela s'unissait, se fondait en lui, d'une manière indicible, au plus grand avantage de son âme. Parce qu'il aimait Jésus crucifié, il aima l'humanité souffreteuse, endolorie, navrée.
Parce que son sentiment poétique était imprégné d'esprit chrétien, il trouva des accents inconnus pour raviver chez ses contemporains le respect de l'humilité et de la pauvreté. |
(1) P. FABER, Bethléem, liv. I, p, 250. « La joie, lit-on encore p. 280, est l'aurore perpétuelle de l'âme, le rayon habituel du soleil dont émanent l'adoration et les vertus héroïques. »
Note de gabrielle: La réflexion du Père Faber nous ramène au dossier de Monsieur l'abbé Zins
L'amour qui poussa François vers Jésus-Hostie n'est-il pas celui qui nous pousse à ce douloureux sacrifice de sa présence, car, sa gloire est en cause et rien ne peut et ne doit passer avant sa gloire. Plus que jamais : "L'Amour est méconnu et n'est pas aimé" _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Mercredi 17 Septembre, 2008 23:05 Sujet du message: |
|
|
| Citation: | Quelle ferveur quand il parlait de la très sainte pauvreté, ce trésor « tellement vénérable et divin que nous ne sommes pas dignes de la posséder dans nos vases très vils » !
« C'est là, dit-il un jour à frère Masseo, cette vertu céleste par laquelle l'âme se délivre de tout embarras, afin qu'elle puisse librement se réunir avec Dieu éternel. Et cette vertu là fait que l'âme, retenue encore sur la terre, converse avec les anges; et c'est elle qui accompagna Christ sur la croix ; qui, avec Christ, fut suppliciée et, avec Christ, ressuscita, avec Christ monta au ciel ; laquelle encore octroie en cette vie, aux âmes qui s'éprennent d'amour pour elle, la facilité de voler au ciel, attendu qu'elle garde l'arme de la vraie humilité et charité (1). »
Des anachorètes, des moines dont la sainteté fut éminente, splendide, n'ont eu, de leur vivant, qu'un rayonnement de faible étendue ; ils étaient trop loin du monde ou semblaient trop au dessus de l'humanité.
François, dans sa haute spiritualité, dans ses envolées célestes, donna toujours l'impression de rester homme et de demeurer accessible.
Pouvait-on concevoir qu'il fut longtemps loin des pauvres pécheurs ?
Ne leur appartenait-il pas aussi bien qu'à ses frères ?
Ne leur ressemblait-il pas extérieurement? « Puissant en œuvres et en paroles, écrit Tomasso da Celano, il était si humble parmi les pécheurs qu'on l'eût pris pour l'un d'eux (1) »
. Rarement saint fut aussi populaire.
Il s'adressait à tous et tous comprenaient son langage.
Car, poète, il pensait par images et, mystique énamouré de Jésus, il avait cette onction et cette éloquence du cœur que la grâce rend irrésistibles.
Les cœurs se livraient au divin Sauveur quand son Poverello en disait les gestes et la Passion.
Ses paroles étaient d'autant plus touchantes que simples, d'autant plus simples qu'évangéliques.
Et, seules, les âmes vraiment endurcies résistaient à leur feu ardent, selon l'expression de saint Bonaventure(2).
Nul ne réalisa mieux, au Moyen Age, le type d'apôtre des masses ; nul n'incarna plus idéalement l'esprit poétique.
Civilisateur, éducateur social, initiateur au beau suprême, conquérant d'âmes, il mérite, certes, le titre d'Orpheus chrétien dont on l'a salué.
Ainsi peut-on s'expliquer humainement son influence surprenante, dont rien n'a détruit la vertu.
Cette influence à travers les siècles, nous allons l'examiner dans la civilisation et dans l'art, tant dans la peinture et la sculpture que dans la poésie.
Mais si Dante lui-même ne se reconnaissait pas en puissance de célébrer comme il convient ce saint « dont la vie admirable serait plus dignement chantée parmi les gloires du ciel », que devrons-nous dire ?
On voudra donc bien considérer les pages qui suivent comme le bégaiement d'un hommage. |
(1) I Forietti, traduct. d'Arnold Goffin, Bruxelles, 1897.
(1) Vita Prima, post. L., cap. xix. (2) S. Bonavent., cap. XII. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Vendredi 19 Septembre, 2008 14:27 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE PREMIER
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA CIVILISATION
| Citation: | L'action sociale de saint François, intimement liée à son action moralisatrice et spiritualisatrice, eut très vite de salutaires effets.
Après ce qui précède, on ne saurait s'en étonner.
En voyant ce galant jeune homme auquel la vie souriait élire la pauvreté pour sa dame et se complaire dans le culte qu'il lui avait voué, beaucoup comprirent la vanité des richesses périssables.
Le plus épais des bourgeois était forcé de constater qu'il y avait dans le cas de ce pauvre volontaire autre chose qu'une originalité de caractère, qu'une idée d'artiste.
Ceux qui ne percevaient pas les beautés spirituelles du complet détachement préconisé par Notre-Seigneur se rendaient compte au moins que l'on pouvait vivre heureux et digne en manquant de tout à condition d'aimer Jésus.
Il fallait bien admettre que la pauvreté constituait un état supportable, sinon enviable, qu'il n'était pas au-dessus des forces humaines d'accepter la souffrance d'un cœur allègre.
Et quand on voyait ce délicat, « la fleur des jeunes gens », hier encore chef de corti (1), prodiguer ses soins aux lépreux, les plus sceptiques et les moins généreux se trouvaient bien obligés de reconnaître que la folie de la croix servait à quelque chose d'utile et poussait assez souvent aux sages résolutions.
De tels actes impressionnaient fort et avaient un retentissement immense. L'antagonisme entre les classes perdit de son acuité, puis diminua sensiblement.
La lèpre de l'envie cessa de ravager les pauvres ; la plupart des riches apprirent à respecter davantage les membres de Jésus souffrant.
De part et d'autre, on finit par comprendre que le chemin de l'aumône était, comme le répétait notre bienheureux, dont la dilection transfigurait tout, « le chemin du ciel pour qui la demande et pour qui la donne ».
En entendant prêcher la concorde et l'amour par ce messager du Dieu de paix qui se faisait si bellement tout à tous, beaucoup aussi se prenaient à écouter la voix de leur conscience, et des rancunes s'apaisaient, et des rancœurs se dissipaient.
Combattant sans merci la passion des richesses sous toutes ses formes, saint François avait entrepris une véritable croisade contre les querelles intestines, dont l'Italie souffrait tant alors.
S'il ne désarma pas tous les belligérants, c'est que ce n'entrait pas dans les desseins de Dieu.
Du moins obtint-il de très sérieux résultats. |
(1) On appelait ainsi les « compagnies », les cénacles d'affinés de dilettanti qui s'ingéniaient à reproduire la civilisation provençale, alors très admirée en Italie, en se passionnant pour la poésie et l'art, et plus encore en s'initiant aux règles du « gai savoir », à la dialectique de la galanterie. On y formait le goût au détriment de la spiritualité. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne)
Dernière édition par gabrielle le Vendredi 19 Septembre, 2008 23:05; édité 1 fois |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Vendredi 19 Septembre, 2008 23:04 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE PREMIER
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA CIVILISATION
| Citation: | Comment d'ailleurs serait-il resté stérile, cet enseignement pratique du dévouement, de l'abnégation, qu'il préconisait par d'incessants exemples ?
Aussi, que d'égoïsmes n'atténua-t-il pas !
Que de bassesses n'empêcha-t-il pas et que d'héroïsmes il suscita!
«C'était l'un des plus puissants séducteurs et excitateurs d'âmes que le monde ait connus, dit M. Thureau-Dangin ; nul homme n'a à ce point soulevé, enflammé les cœurs et les imaginations ; nul n'a semé et récolté, en si peu de temps, une telle moisson de sainteté, d'héroïsme et de poésie ; son impulsion a remué profondément et transformé l'Eglise, la société et jusqu'au monde des lettres et des arts (1). »
Les Fioretti, cet exquis florilège de vivants témoignages, nous disent quelle émotion indicible saint François soulevait dans les campagnes et les villes.
A l'admirable chapitre tenu dans la plaine de Sainte-Marie-des-Anges le 26 mai 1219, le Père Séraphique édifia les personnages de toutes conditions attirés par ce spectacle sans précédent et saint Dominique lui-même.
On ne se lasse pas de relire l'évocation de cette assemblée unique où, devant tout un peuple, entre deux oraisons exhalées à la fois par des milliers de cœurs, le « fidèle serviteur du Christ » prêcha, tout pénétré du Saint-Esprit, sur ces paroles :
« Mes fils, nous avons promis à Dieu de grandes choses ; mais Dieu nous en a promis de plus grandes encore si nous observons nos promesses et que nous attendions avec assurance les siennes. Court est le plaisir du monde ; la peine qui le suit est éternelle. Petite est la peine de cette vie ; mais la gloire de l'autre est infinie. »
On répète avec le cardinal Ugolino, qui ne pouvait contenir ses larmes : « Vraiment c'est ici le camp et l'armée des chevaliers de Dieu (2). »
Et, comme le fondateur des Frères Prêcheurs, on s'incline, attendri, devant la délicate intervention de la Providence, on bénit l'évangélique et sainte Pauvreté (3). |
(1) P. THUREAU-DANGIN, Saint Bernardin de Sienne, p. 253.
(2) C'est ce cardinal qui devint le pape Grégoire IX en 1227.
(3) On sait quelle pieuse amitié lia, depuis ce jour, les deux saints. Dominique, à force d'insistances, se fit donner par le Poverello la pauvre corde dont ce dernier, se ceignait et il la porta désormais sous sa robe blanche. T, de CBUVNO, Vita secunda. part. III, cap. LXXVIJ. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Samedi 20 Septembre, 2008 23:05 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE PREMIER
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA CIVILISATION
| Citation: | On courait littéralement après notre aimable thaumaturge, affirment les biographes contemporains, on se suspendait à ses lèvres. A Savurniano, les habitants voulaient abandonner leurs demeures et le suivre ; à Borgo-San-Donnino, on se pressa tellement autour de lui qu'il faillit être étouffé ; à Gaète, il n'évita le même sort qu'en montant sur une barque.
Dans Assise, certain jour qu'il prêchait l'esprit de la pénitence et le désir du ciel, il y eut « tant de larmes sur la Passion du Christ, que jamais il n'y en eut de pareilles (1) ».
A Bologne, le sermon qu'il fit, en 1220, pour la fête de l'Assomption laissa d'ineffaçables traces sur l'assemblée (2), et la profondeur de son langage stupéfia les savants venus pour l'entendre. A cette phase de son apostolat, il a reçu de la divine Sagesse «la science des saints » (Sap. ix, 10).
Deux ans plus tard, à Rome, il étonnera de même la cour pontificale. « Subjugués par les accents de cette éloquence inspirée, dit saint Bonaventure, ses nobles auditeurs reconnurent que ce n'était pas lui qui parlait, mais que l'Esprit-Saint s'exprimait par sa bouche (3). »
L'histoire, qui, sur plus d'un point, confirme le récit poétique, nous a laissé quelques peintures non moins émouvantes de l'action pacificatrice de François.
En 1210, les serfs d'Assise s'étant soulevés contre leurs seigneurs, le bienheureux se hâte d'intervenir avec le clergé et ses frères ; et non seulement son éloquence empêche l'effusion de sang, mais encore elle obtient la charte d'affranchissement, cause de l'alarme (4).
Six ans plus tard, le prodigieux Père Séraphique rétablit la concorde dans la maison Baselensium, en Ombrie, que décimaient des querelles domestiques.
En 1220, par deux sermons, qui soulèvent une émotion générale, il amène les partis de Bologne, dont les luttes désolaient la ville, à conclure la paix.
Peu d'années après, par un simple verset qu'il fait chanter par ses religieux, il apaise la dispute survenue entre l'évêque et les magistrats d'Assise (1).
Entre temps, il avait arrêté les factions d'Arrezzo prêtes à s'entr'égorger, évangélisé Padoue, Crémone, Brescia, les cités d'Ascoli, de Camerino, de Macerata, de Monte Casale, d'Ancône, de Fabriano, pacifié l'Italie méridionale jusqu'à Naples.
Rien n'arrêtait ce tendre, ce timide, ce maladif, quand le service de Dieu commandait de marcher. « Et aucune faiblesse d'âme ne lui fit baisser la paupière », s'écrie le grand Padre de la Divine Comédie. Rien n'ébranlait sa foi parce qu'elle était tout amour; rien ne pouvait troubler son espérance, si riche, déclarait-il, que toute peine lui était douceur.
Une possédée rugit un jour que plus de cinq mille conjurés se ligueront contre sa personne et son œuvre. — « Je suis néanmoins le plus fort», répond le saint qui ne saurait douter de l'assistance divine. |
(1) I Fioretti, p. 125.
(2) Presque tous les Bolonais se pressaient sur la place, qui ne pouvait contenir une telle foule. Ce fait se trouve attesté dans uu document conservé aux archives de la cathédrale de Spalatro par un archidiacre de cette cathédrale, alors étudiant à Bologne.
(3) S. Bonav., ch. xII.
(4) CRISTOFANI, Storia d'Assisi, lib. II, p. 122-130. L'esprit de saint François se reconnaît jusque dans les expressions de cette charte.
(1) Ce verset fut ajouté au fameux Cantique du Soleil. Com¬posé en vue de mettre un terme au différend signalé plus haut, il eut un effet merveilleux. Dès que les Frères Mineurs l'eurent chanté devant les antagonistes ceux-ci se réconcilièrent. Cf. OZANAM, Les poètes franc, (tome V des OE. compl.), p. 84. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Dimanche 21 Septembre, 2008 23:11 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE PREMIER
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA CIVILISATION
| Citation: | Et quand, après avoir reçu, sur l'Alverne, les glorieuses empreintes (2), « ce dernier sceau du Christ », selon la belle image de Dante, notre bienheureux se trouva dans l'impossibilité de marcher et de prêcher en public, le rayonnement de son visage déjà dématérialisé et le son de sa voix, qui devenait céleste en s'affaiblissant, continuèrent d'influencer, d'évangéliser les foules.
On comprend que Pie VII ait élu cet ami du Divin Maître pour protecteur de la Papauté.
Par sa chevalerie religieuse, le paladin de Jésus crucifié ralliait les fidèles au sublime idéal de la pauvreté chrétienne.
Il rappelait qu'elle avait été sanctifiée par le divin contact du Christ.
Certes, pour beaucoup, c'était une révélation ; il n'en faudrait pas déduire, cependant, que cette pauvreté n'avait plus de dévots à la fin du XIIe siècle.
Dante lance une hyperbole d'artiste quand il s'écrie que la pauvreté était veuve depuis douze siècles.
Le caractère du mouvement déterminé par saint François, M. Charles d'Héricault l'a très heureusement défini.
Ce fut une évolution dans le mouvement transformateur que l'on doit au divin Crucifié et qui, des temps apostoliques à l'aube du XIIIe siècle, s'était développé sans modification importante.
« Jusque-là, presque toujours, on avait aimé la pauvreté par devoir, par esprit de pénitence, avec une résignation noble et généreuse sans doute, mais héroïque et presque pénible.
François, lui, c'est d'amour qu'il aime la pauvreté, avec effusion, avec passion, avec enthousiasme.
Il vit que la pauvreté, outre les attraits évidents qu'elle a pour des âmes vigoureuses, possédait une beauté mystérieuse, puisque Jésus avait quitté la divinité pour la pauvreté.
Ce n'est pas encore là toute son originalité. Joignant le génie de l'homme d'Etat à l'élan du poète, il codifie cet amour et l'érigé en corps solide de doctrine (1). »
Bref, le Mendiant d'Assise créa une forme nouvelle de la piété, mais cette innovation, comme toutes celles des saints, n'était qu'un moyen de plus pour rattacher le fidèle à l'Evangile.
Ainsi, la Religion apparaît comme un arbre vigoureux ; sans cesser d'être elle-même, elle se renouvelle, se rajeunit incessamment ; de son tronc, toujours vivace, sortent, à l'heure marquée par la Providence, des rameaux gonflés de sève.
Chaque époque voit se dessiner quelque dévotion particulière, quelque fondation pieuse, quelque interprétation inédite de l'immuable correspondant aux besoins nouveaux. |
(2) Le 14 septembres 1224, date à jamais mémorable. Barth. de Pise, Op. Conf., 1. III.
(1) Ch. d'Héricault, Les Mères des Saints, p. 148-149. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Lundi 22 Septembre, 2008 23:04 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE PREMIER
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA CIVILISATION
| Citation: | En amenant ses fils à considérer la souffrance comme une joie et une gloire, François leur communiqua une force indomptable.
Car accepter ainsi la souffrance, c'est se rendre éminemment libre; la liberté humaine n'étant guère entravée, saint Bonaventure l'expose très bien, que par la crainte de souffrir, cette synthèse de toutes les craintes.
En ramenant la famille à vivre les vertus chrétiennes, er préparant les masses à « la pratique de l'égalité et de la fraternité évangélique(1)», il régénéra la société.
La plus féconde transformation sociale que le monde ait vue depuis le Calvaire, c'est le Poverello de l'Ombrie qui la réalisa.
Renan lui-même proclame «qu'après le christianisme, le mouvement franciscain est la plus grande œuvre populaire dont l'histoire se souvienne».
Si l'on examine avec attention les phases et les multiples conséquences de ce mouvement, on conviendra que celui auquel on le doit a fait infiniment plus pour le bonheur réel de l'humanité que tous les philanthropes.
Enfin, si l'on étudie la psychologie religieuse de ses enfants, on reconnaîtra que le saint poète fut encore éminent en cet art de former, de modeler des âmes que saint Grégoire appelait ars artium.
« Gardez la crainte du Seigneur et la stabilité dans son amour », avait recommandé le saint à ses « chers enfants » quand il sentit sa dernière heure venue.
Il fut scrupuleusement obéi.
Ses fils ont suivi son idéal, avec une fidélité que les dissentiments des XIIIe et XIVe siècles n'altérèrent presque pas.
Les temps étaient fort troublés quand ils commencèrent leur mission de paix, la tâche qu'ils devaient accomplir était ardue ; mais la charité, l'humanité et la suavité de leur Père les animaient.
A son instar, quand ils avaient prêché aux foules, ils s'adressaient aux individus, offrant leur arbitrage aux parents désunis, aux amis devenus adversaires, aux antagonistes exaspérés.
Partout où il y avait quelque réconciliation à tenter, un bien moral à faire, des consolations à donner, on les rencontrait.
«... Portez tout le monde à la bénignité, à la concorde, à l'union, leur avait dit François au chapitre général de 1216. Guérir les blessés, consoler ceux qui pleurent, ramener les pauvres égarés, voilà votre vocation. Il en est qui paraissent être les membres du diable et qui seront un jour les Disciples de Jésus-Christ. »
Partout où les querelles de parti s'envenimaient, où des désordres étaient à craindre, ils apportaient leur médiation avec une bonne grâce constante, gaudentes in Domino.
Et, plus d'une fois, ils réussirent à protéger les faibles contre l'oppression des forts. |
(1) Encyclique Humanum genus. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Mercredi 24 Septembre, 2008 14:55 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE III
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA POÉSIE ET LA LITTÉRATURE
| Citation: | L'apôtre en François n'était pas peu servi par le poète.
Et quoique l'on ne puisse lui attribuer que le Cantique du Soleil et l'Amor in foco mi mise, il n'est pas exagéré de prétendre qu'il fut le plus artiste des saints.
Une œuvre suffit, en effet, pour révéler des dons d'artiste suprême ; encore le sentiment des harmonies peut-il tenir lieu d'œuvre s'il se développe en un moi au point de compénétrer la vie morale, de se refléter dans les actes, d'embellir la spiritualité.
C'est par la culture de ce sentiment que l'on affirme en soi la perception des beautés extérieures, la vision du beau.
Or, ce sentiment était devenu d'une délicatesse extrême en le Poverello, sa formation littéraire ayant été toute provençale, comme celle de ses contemporains les plus cultivés (1).
Nul ne connaissait mieux que lui, dans l'Ombrie, les romans de chevalerie, les fabliaux du pays de France et les sirventes des troubadours provençaux.
Une fois égal à ces derniers dans la connaissance de la poétique, dans l'art littéraire, il leur fut aussitôt supérieur par sa vision de la nature.
Chanteurs sensuels, virtuoses tout à la forme, les troubadours ne la voyaient point cette nature ; notre François en sentait la poésie jusqu'à en pleurer.
Et c'était une supériorité ; car l'artiste est fâcheusement incomplet s'il reste fermé aux spectacles et aux visibles de la Création.
« L'intelligence reconnaît toujours l'intelligence dans ce monde créé, et, seule, la médiocrité de l'esprit n'aperçoit pas Dieu dans sa création. David trouvait trop faibles, pour la gloire du Créateur, les accords de sa harpe et il voulait, pour chanter Dieu, cette grande voix de la nature qui ne rejette, pour les partitions de ses harmonies, ni les bêtes, ni les oiseaux, ni les reptiles, ni les monstres et leurs abîmes (2). » |
(1) L'influence des troubadours provençaux dominait en Itali à la fin du XIIe siècle. Cf. FAURIEL, Hist. de la poésie provenc. t. XI. Cette formation, assurément bien incomplète, suffisait pour épurer le goût et rendre sensible à la beauté.
(2) Le biblioph GRANGER de D., saint Franc. Providence du Moyen âge par l'amour, p. 126. Ozanam montre qu'il n'est n'est ni commun, ni facile d'aimer la nature, d'y chercher des leçons, et que, seul, le christianisme apprend à la respecter, Loc cit., p. 73 _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Jeudi 25 Septembre, 2008 14:44 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE III
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA POÉSIE ET LA LITTÉRATURE
| Citation: | François appartenait à cette catégorie d'imaginatifs, dont le cœur dirige l'imagination.
D'autre part, il était, nous l'avons vu, remarquablement intuitif et sensitif. Aussitôt après son retour à Dieu, dès que la piété eut commencé de fleurir dans son âme, de nouvelles grâces rendirent sa vision d'artiste plus pénétrante et mystique au vrai sens du mot.
Devenu méditatif, il découvrit mieux que jamais l'invisible à travers le visible, le reflet des délices célestes dans les grâces de nostra madre terra.
Cet équilibre qui caractérise les œuvres du Tout-Puissant, ces harmonies ineffables qu'elles manifestent ou laissent deviner lui disaient l'eurythmie du Père qui est aux Cieux.
Bien plus, il lisait l'amour du Créateur pour sa créature dans ces merveilles de structure que présentent toutes choses créées et qui leur assure un rôle utilitaire tout en les revêtant de beauté.
La nature l'enchantait comme une symphonie perpétuelle en l'honneur du Très-Haut ; « et il demeurait au centre de ce concert comme un musicien inspiré (1) », transformant tout en adorations brûlantes.
Le Cantique du Soleil et le Cantique de l'amour sont considérés par la tradition franciscaine comme l'œuvre de François.
Ces poèmes ayant été improvisés, puis dictés, F. Pacifique, sur l'ordre même du saint, modifia quelque peu le premier pour en assurer le rythme, et il paraît très probable que le second fut également retouché de cette sorte.
L'humilité du Poverello devait le pousser à demander une collaboration de ce genre à ceux de ses fils enrichis du don poétique.
Mais quel disciple ne se serait appliqué, en obéissant, à respecter la pensée et le verbe du Père, du Maître.
Ces deux poèmes nous livrent donc bien l'art, le génie et le mysticisme du Chantre d'Assise (1).
L'amour le plus pur, le plus dévorant, y brûle comme un encens d'oblation en des vers à parfum de prière. L'esprit de foi candide et de joie juvénile qui vivifie le Cantique des Trois Enfants (Daniel, III) anime aussi l'hymne du Soleil dans sa partie jaillie d'une première inspiration.
Ses images rappellent, par leur beauté virginale, leur simplicité merveilleusement expressive, leur majesté qui s'ignore, celles du Cantique des Cantiques, des ch. XXXVIII et XXXIX de Job et des Psaumes CIII et CXLVI1I.
Les deux derniers versets sont plus particulièrement emplis du souffle évangélique.
Ici, la piété se virilise, la parole même de Jésus retentit dans cet épilogue où les exhortations touchant la vie éternelle remplacent les louanges évocatrices. |
(1) T. de CELANO, Vita prim. p. r, c. xxix.
(1) Ces deux cantiques se trouvant dans plusieurs ouvrages nous croyons inutile de les reproduire ici. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Samedi 27 Septembre, 2008 13:24 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE III
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA POÉSIE ET LA LITTÉRATURE
| Citation: | Quant au Cantique de l'Amour, tout embrasé d'ardentes flammes parties du cœur même de notre divin Maître, c'est l'un des plus précieux joyaux de la poésie mystique.
En dépit de sa forme allégorique très médiévale, il émeut intensément, tant les effusions d'amour y vibrent de sincérité.
« Il m'a fendu le cœur et mon corps est tombé à terre.
Ces flèches que décoche l'arbalète de l'amour m'ont frappé en m'embrasant. De la paix, il a fait la guerre ; je me meurs de douceur.
« Je me meurs de douceur. Ne vous en étonnez pas.
Ces coups me sont portés par une lance amoureuse. Le fer est long et large de cent brasses, sachez-le ; il m'a traversé de part en part. »
On comprend que saint Bonaventure, tout frémissant d'admiration, ait pu comparer le Père de son Ordre à « cet Ange de l'Apocalypse qui montait d'où le soleil se lève et qui tenait à la main la marque du Dieu vivant (1) ».
Sainte Gertrude n'aura pas de plus saints enthousiasmes, saint Jean de la Croix, sainte Térèse ne trouveront pas des accents plus lyriques (2).
Toute la grâce ingénue, toute la fraîcheur printanière, tout l'arôme floral d'une langue à sa phase d'essai se reconnaissent dans ces deux poèmes et achèvent de les rendre touchants.
L'alliance de mysticisme et de naturisme que présente l'Hymne du Soleil, le mélange de spiritualité et d'humanité que l'on relève dans le Cantique de l'Amour constituent l'originalité de l'artiste qu'était notre saint, et ce seront, à un degré plus ou moins sensible, les caractères de la poésie franciscaine.
Des chants du saint, il faut dire ce que saint Bernard disait du Cantique des Cantiques. « En vain celui qui n'aime pas écoutera ce cantique d'amour : ces discours enflammés ne peuvent être compris par une âme froide, cette langue est étrangère et barbare pour ceux qui n'aiment pas et frappe leurs oreilles d'un son vain et stérile (3). » |
(1) Saint Bonav., cap. XIII. Dante usera d'une image analogue en parlant de la patrie du Santo. « Or, que celui qui veut parler de ce lieu ne l'appelle point Assise, car ce nom ne dirait pas assez ; mais qu'il l'appelle orient, s'il veut s'exprimer juste. » Notons qu'Ascesi, parfait du verbe ascendere (monter) réalise une heureuse image en italien.
(2) Ozanam pense que saint François composa ce poème après avoir reçu les stigmates sacrés sur le mont Alvernia, alors qu'il était encore inondé d'effluves divins. On peut certes l'admettre et répéter avec l'auteur des Poètes franc, que le cantique « semble écrit dans le feu des ravissements divins » Loc cit., p. 87.
(3) S. BERN.IN Cant. serm., 79. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Samedi 27 Septembre, 2008 23:25 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE III
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA POÉSIE ET LA LITTÉRATURE
| Citation: | Quelques auteurs doutent que saint François ait composé le Cantique de l'Amour ; rien n'a confirmé leur opinion, mais quand elle se trouverait justifiée un jour, qu'importerait en somme ?
Bien plus, quand même il serait prouvé que saint François n'est pas l'auteur du Cantique du Soleil, il n'en resterait pas moins poète, et pour avoir inspiré ces hymnes, et pour avoir inventé cette inestimable prière en faveur de Madame la Pauvreté.
« Elle était dans la crèche, et, comme un écuyer fidèle, elle s'est tenue tout armée dans le grand combat que vous avez soutenu pour notre rédemption.
Dans votre Passion, elle a été la seule à ne pas vous abandonner.
Marie votre mère s'est arrêtée au pied de la croix, mais la Pauvreté, y montant avec vous, vous a enserré de son étreinte jusqu'à la fin.
C'est elle qui a préparé avec amour les rudes clous qui ont percé vos pieds et vos mains, et, lorsque vous mouriez de soif, épouse attentive, elle vous faisait préparer du fiel.
Vous avez expiré dans l'ardeur de ses embrassements ; mort, elle ne vous a point quitté, ô Seigneur Jésus, et elle n'a point permis à votre corps de reposer ailleurs que dans un sépulcre d'emprunt.
C'est elle enfin qui vous a réchauffé au fond du tombeau.
Ο très pauvre Jésus, la grâce que je vous demande, c'est de m'accorder le trésor de la très haute Pauvreté : faites que le signe distinctif de notre Ordre soit de ne jamais posséder rien en propre sous le soleil, pour la gloire de votre nom, et de n'avoir d'autre patrimoine que la mendicité !(1) »
En lançant de tel cris, François fit renaître la poésie sacrée qui, confinée dans le latin, avait perdu de sa popularité.
Enfin, en choisissant l'idiome vulgaire comme mode d'expression, il rendit un insigne service à l'art autant qu'à l'Italie ; en élevant à la dignité de langue la parleure de ses contemporains, non seulement il indiquait à Dante ce qu'il y avait à faire, mais encore il lui préparait les voies.
Et, par la poésie dont il était la source, ses fils allaient corroborer leur prédication et leur action sociale. |
(1) Aux Acta Sanct., Vie des trois compagnons. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Dimanche 28 Septembre, 2008 15:11 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE III
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA POÉSIE ET LA LITTÉRATURE
| Citation: | Il y avait, on l'a vu, au moins un poète avéré parmi les premiers compagnons du Poverello.
Une fois sous la bure franciscaine, Pacifique, l'ex-troubadour ne cessa point de cultiver l'art qui l'avait rendu célèbre dans le monde ; mais, probablement par humilité, il garda l'anonyme ; on ne lui connaît aucune œuvre postérieure à son entrée au cloître.
A ce « roi des vers », lauréat de Frédéric II, succède saint Bonaventure.
Car l'éminent docteur possédait de sérieux dons de poète.
De là, ces pièces d'une spiritualité harmonieusement traduite : la Philomena, thème de méditations sur la vie de Notre-Seigneur, le Laudismus de S. Cruce, exaltation de l'arbre de beauté « Christi sanguine sacrata », les Laudes de la sainte Vierge, anagramme suave de VAve Maria (1), le Psal terium Beatœ Virginis Mariæ, suite de délicieux poèmes en prose inspirés par le Psautier de David, dont l'antiphone sub tuum praesidium. Et les Six ailes des Séraphins, Les sept chemins de l'Eternité, l'Itinéraire de l'âme à Dieu, où toute pensée s'enveloppe de grâce, où toute image est symbole, et la Légende de saint François, dont chaque page sertit d'évangéliques beautés, oui, certes, de tels ouvrages valent des poèmes (2).
A peu près au même temps où saint Bonaventure rimait en l'honneur de la T. S. Vierge, un franciscain de Vérone, F. Jacomino, ébauchait un diptyque en vers à saveur de chanson de geste : l'Enfer et le Paradis, compositions allégoriques en dialecte local.
Mais les poèmes ingénus de Jacomino, très anagogiques en leur symbolisme, manquent de cette flamme qui rend irrésistibles les cantiques du Patriarche d'Assise. |
(1) Corneille en a fait une traduction en vers, dont plusieurs heureusement frappés. Rappelons que c'est à saint Bonaventure dévot de Marie en bon fils de saint François, que l'on doit la pieuse coutume de sonner l'Angelus. L'hyperdulie est un des caractères de la poésie franciscaine. Le Père de l'Ordre croyait fermement à l'Immaculée-Conception et il avait transmis à ses fils la mission de propager ce mystère, que Duns Scot devait faire honorer.
(2) S'il faut en croire M. R. de Gourmont, saint Bonaventure serait l'auteur d'un Planctus de Christo aux images curieuses. Latin myst., p. 263. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
gabrielle

Inscrit le: 10 Déc 2006 Messages: 7753 :
Items
|
Posté le: Dimanche 28 Septembre, 2008 23:14 Sujet du message: |
|
|
CHAPITRE III
L'INFLUENCE DU SAINT SUR LA POÉSIE ET LA LITTÉRATURE
le B. Jacopone de Todi
| Citation: | C'est avec le B. Jacopone de Todi que la poésie franciscaine retrouve le lyrisme de son initiateur. Lyrisme d'une belle vie et vigoureusement affectif.
Surgi du cœur d'un homme passionné et sensitif entre tous, l'art de Jacopone a sa place parmi les plus humains.
Né dans les épreuves, il se fortifia dans les douleurs et s'épanouit sous le souffle de l'amour divin.
« Ah ! je pleure de ce que l'amour n'est pas aimé », répondait-il à ceux qui le surprenaient tout en larmes, étreignant des arbres dans la campagne où, comme l'Assisiate, il se plaisait à méditer et à célébrer la gloire de Dieu, soit en chantant des psaumes, soit en forgeant des vers.
Comme François, il pratiquait le renoncement, jusqu'à l'héroïsme et faisait aimer la vie tout en enseignant le mépris de soi-même et la répression des sens.
Il recommandait de ne point tomber dans le vice pour sauver la nature et de ne point détruire celle-ci pour déraciner le vice (1).
« Pour s'être dégagé du commerce du monde, il ne s'en trouvait que plus près de la nature ; il n'aimait que d'un amour plus désintéressé, plus clairvoyant, la beauté idéale, présente, quoique voilée, dans tous les ouvrages de la création. Au plus fort des ravissements, et quand Dieu seul semblait le posséder, il s'écriait : « Je veux aller à l'aventure. Je veux visiter les vallées, les montagnes et les plaines ; je veux voir si ma bonne étoile m'y fera rencontrer mon amour si doux. — Tout ce que l'univers contient me presse d'aimer : bêtes des champs, oiseaux, poissons des mers, tout ce qui plane dans l'air, toutes les créatures chantent devant mon amour (1). »
Il aimait comme, seuls, les ascètes savent et peuvent aimer. On croit entendre saint François lui-même quand on lit cet ardent poème, fruit de sa vieillesse atrocement mortifiée : « Ο amour, divin amour ! pourquoi m'avoir assiégé ! » (Poésie spiritiuali, lib. VI, XI). |
(1) Conformit ,f. 53. _________________ Il ne faut plus se taire.
Criez avec cent mille langues.
Je vois, qu'à force de se taire, le monde est pourri. ( Sainte Catherine de Sienne) |
|
| Revenir en haut |
|
 |
| |
|
|
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum
|
|