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Monique

Inscrit le: 23 Jan 2007 Messages: 5825 : Localisation: Canada-Français
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Posté le: Mardi 16 Septembre, 2008 13:15 Sujet du message: LE BATISSEUR D'ÉGLISES |
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Chapelle Saint François d'Assise
Saint François est une figure marquante pour Vézelay :
Vézelay est le lieu de la première implantation franciscaine en France.
CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | A un kilomètre d'Assise, en direction de Spello, s'élève le petit couvent de Saint-Damien. Bâti à flanc de coteau sur un monticule d'où se découvre, à travers un rideau de cyprès, toute la plaine, il est devenu la résidence des frères mineurs, après avoir été d'abord celle des pauvres dames.
Mais au printemps de 1206, il n'y avait là, parmi les terres à blé plantées d'oliviers, qu'une chapelle tombant de vétusté où pendait, au-dessus de l'autel, un Christ byzantin, plein de douceur et de sérénité. Si le sanctuaire n'était plus fréquenté, un prêtre indigent y restait cependant attaché, vivant sans doute d'aumônes et d'honoraires de messe (1).
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| Citation: | « Or, un jour que François passait par là, il entra dans la chapelle et comme, agenouillé devant le crucifix de bois, il s'était mis à prier, voilà que le Christ, entr'ouvrant ses lèvres peintes et l'appelant par son nom, lui dit : « François, occupe-toi de réparer ma maison qui tombe en ruines. »
« Il est impossible, continue le biographe, de décrire l'effet miraculeux que cette parole produisit sur celui qui l'entendit, puisque lui-même s'avouait incapable de l'expliquer. Mais ce qu'on peut respectueusement supposer, c'est que Jésus imprima dès lors, en son cœur, les plaies sacrées dont il devait plus tard marquer son corps stigmatisé. Que de fois, en effet, dans la suite, le bienheureux fut rencontré, par les chemins, pleurant des larmes compatissantes sur la passion du Sauveur (1)! » |
(1) Saint-Damien, d'après H. Thode, (Saint François d'Assise et les origines de l'art..., t. II, p. 15) existait déjà en 1030.
Le Christ byzantin, dont il est question ici, se trouve aujourd'hui au couvent de Santa Chiara d'Assise.
(1) II Celano, 10 et 11 ; Très Socii, 13, 14; Bonaventura, II, 1.
ABBÉ OMER ENGLEBERT
VIE DE Saint François D'ASSISE
EDITIONS ALBIN MICHEL
22, rue Huyghens
PARIS
Nihil obstat : André COMBES cens. dep.
Lutetiae Parisiorum, die 9 Aprilis 1946.
Imprimatur : A. LECLERC vie. gen.
Lutetia; Parisiorum, die 15 Apriiis _________________ En Jésus, Marie, Joseph
Monique
Combattez enfants de lumière, Vous petit nombre qui y voyez...
''Finalement mon coeur immaculé triomphera!''
Dernière édition par Monique le Mercredi 17 Septembre, 2008 0:25; édité 1 fois |
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Monique

Inscrit le: 23 Jan 2007 Messages: 5825 : Localisation: Canada-Français
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Posté le: Mercredi 17 Septembre, 2008 0:25 Sujet du message: |
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Chapelle Saint François d'Assise
Saint François est une figure marquante pour Vézelay :
Vézelay est le lieu de la première implantation franciscaine en France.
CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | Les exemples n'étaient point rares de ces chevaliers qui s'étaient faits bâtisseurs d'églises, afin d'expier les fautes de leur existence aventureuse. Un des quatre fils Aymon n'avait-il pas, disait-on, abandonné la carrière des armes pour aider à construire la cathédrale de Cologne ?
François se crut peut-être appelé à l'imiter, car prenant au pied de la lettre un ordre qui s'appliquait manifestement à l'Église même du Christ, il pensa d'abord qu'il devait restaurer la chapelle Saint-Damien. Il offrit tout de suite au prêtre de quoi acheter une lampe et de l'huile, pour qu'un luminaire décent brûlât devant l'image de Jésus en croix (2). Mais où trouver les ressources nécessaires à la reconstruction du sanctuaire ?
Qu'à cela ne tienne ! François songe à son cheval et aux coupons de drap qui sont à la maison. Il rentre chez lui, fait un ballot des étoffes les plus précieuses, puis, muni du signe de la croix, il monte en selle et se dirige au grand trot vers Foligno. Là, comme à l'ordinaire, il rencontre des clients qui lui achètent sa marchandise; il leur vend aussi son cheval, de sorte qu'il dut refaire à pied les trois lieues qui le séparaient d'Assise (3).
Le desservant de Saint-Damien était dans la chapelle, quand il revint. François lui baise les mains, lui développe ses projets et veut lui remettre le produit de sa vente. Mais le prêtre crut d'abord à une mauvaise plaisanterie. N'était-ce pas de l'argent suspect qu'on lui apportait là et qui pouvait lui attirer des affaires avec la famille ? |
(2) II Celano, 11; Très Socii, 13.
(3) I Celano, 8; Très Socii, 16; Bonaventura, II, I.
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Inscrit le: 23 Jan 2007 Messages: 5825 : Localisation: Canada-Français
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Posté le: Jeudi 18 Septembre, 2008 0:11 Sujet du message: |
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Chapelle Saint François d'Assise
Saint François est une figure marquante pour Vézelay :
Vézelay est le lieu de la première implantation franciscaine en France.
CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | Et puis comment croire à la conversion soudaine du jeune gandin qui, par ses folles, hier encore, scandalisait toute la ville ? François ne parvint donc pas à lui rien faire accepter. Il gagna pourtant sa confiance et obtint de rester avec lui. Quant à la bourse, qui lui brûlait les doigts, il la jeta, comme une chose encombrante, dans l'encoignure d'une fenêtre et cessa d'y penser (1).
Bernardone fut outré de colère et profondément triste, en apprenant ce qu'avait fait son fils. Rassemblant ses voisins et amis, il accourut à Saint-Damien « afin d'empoigner le fugitif et de le ramener à la maison ».
Heureusement, le nouvel ermite « avait pris soin de se ménager un refuge : une sorte de fosse sous une maison, dont personne, sauf son ami, ne connaissait le chemin. A l'approche des conjurés, il courut s'y cacher et les laissa crier. Il se terra tout un mois, mangeant dans sa cave le peu de nourriture qu'on lui portait et suppliant Dieu de l'aider à réaliser ses projets. Le Seigneur lui envoya d'ailleurs, en ce noir réduit, des délices et consolations comme il n'en avait jamais goûté jusqu'alors (2) ».
Le jour vint, cependant, où, rougissant de craindre, il quitta sa cachette, et, résolu d'affronter le combat, se dirigea vers la ville. Ses austérités l'avaient exténué. A le voir hâve et défait, lui naguère si brillant, on pensa qu'il avait perdu la tête et l'on se mit à crier : « Au fou ! » Des gamins lui jetaient des pierres et de la boue; mais lui allait son chemin, sans avoir l'air de remarquer leurs injures.
« Le bruit de ce carnaval vint aux oreilles de Bernardone qui sortit de chez lui et constata que c'était son fils qu'on brimait de la sorte. Il devint comme enragé et, se jetant sur lui, tel un loup féroce sur un innocent agneau, il l'entraîna à la maison où il l'enchaîna et le fourra dans un cachot. Il n'épargna ni les arguments ni les coups pour venir à bout du rebelle, mais celui-ci ne se laissa point ébranler (1). |
(1) I Celano, 9; Tres Socii, 16; Bonaventura, II, 1.
(2) I Celano, 10; Tres Socii, 16; Bonaventura, II, 2.
(1) I Celano, 11 et 12; Très Socii, 17; Bonaventura, II, 2.
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Posté le: Jeudi 18 Septembre, 2008 23:35 Sujet du message: |
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Chapelle Saint François d'Assise
Saint François est une figure marquante pour Vézelay :
Vézelay est le lieu de la première implantation franciscaine en France.
CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | « Cependant, des affaires personnelles obligèrent le père à s'absenter et la mère en profita pour tâcher à son tour de fléchir son fils. Quand elle vit qu'il restait inébranlable, un jour qu'elle était seule à la maison, elle rompit ses chaînes et lui rendit la liberté. La fureur du père fut extrême quand, au retour, il constata l'évasion du prisonnier. Il éclata en reproches contre sa femme » (2), puis tenta d'une dernière démarche à Saint-Damien où François s'était réinstallé.
« Mais l'épreuve avait trempé son courage; il allait et venait maintenant avec assurance, le cœur en paix et l'air joyeux. Il s'avança tranquillement vers son père et lui déclara que les fers ni les coups ne lui faisaient désormais plus peur et qu'il était prêt à tout endurer, pour l'amour du Christ (3). »
Sentant, cette fois, que tout espoir était momentanément perdu, Bernardone ne se préoccupa plus que de récupérer l'argent de Foligno et d'envoyer en exil le révolté. L'honorable bourgeois comptait de la sorte éloigner celui qui faisait sa honte et, en lui coupant les vivres, le ramener peut-être un jour au foyer (4).
« Toujours vociférant, il se précipite au palais de la commune », et dépose plainte entre les mains des consuls. Ceux-ci chargèrent un crieur de sommer François de se présenter devant eux. Mais le jeune homme, qui ne se souciait ni d'être exilé ni de rendre l'argent destiné à Saint-Damien, fît opposition, et, sous prétexte qu'étant passé au service de Dieu, il ne ressortissait plus à la juridiction civile, il refusa de comparaître. Les consuls reconnurent leur incompétence et déboutèrent le plaignant, auquel il ne restait qu'à se pourvoir devant la juridiction religieuse (5). |
(2) I Celano, 13; Tres Socii, 18; Bonaventura, II, 3.
(3) I Celano, 13; Bonaventura, II, 3.
(4) I Celano, 14.
(5) Tres Socii, 19.
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Posté le: Vendredi 19 Septembre, 2008 23:14 Sujet du message: |
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Chapelle Saint François d'Assise
Saint François est une figure marquante pour Vézelay :
Vézelay est le lieu de la première implantation franciscaine en France.
CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | L'évêque d'Assise était alors le seigneur Guy, qui occupa son siège jusqu'après la mort du bienheureux. Dans toutes les formes, il invita l'accusé à se présenter à son tribunal : « J'irai devant l'évêque, répondit François, parce qu'il est le père et le seigneur des âmes. »
Le jugement devait être rendu en public, sur la place Sainte-Marie-Majeure, devant le palais épiscopal :
— Mets ta confiance en Dieu, dit l'évêque à l'accusé, et montre-toi courageux. Cependant, si tu veux servir l'Eglise, tu n'as pas le droit, sous couleur d'œuvres pies, de garder un argent que tu t'es procuré de la sorte. Rends donc ce bien mal acquis à ton père pour le calmer.
— Volontiers, Seigneur, répondit François, et je ferai davantage encore.
« Il s'alla déshabiller à l'intérieur du palais, puis, ses vêtements dans les mains, il reparut presque entièrement nu devant la foule : « Écoutez tous ! s'écria-t-il. Jusqu'ici, « j'ai appelé Pierre Bernardone mon père; mais maintenant « que je veux servir Dieu, je lui rends non seulement cet « argent qu'il désire tellement, mais encore les habits que « je tenais de lui. » Il jeta le tout par terre : « Et c'est ainsi, ajouta-t-il, que désormais je pourrai m'avancer nu devant le Seigneur, disant, en toute vérité, non plus : Mon père Pierre Bernardone, mais : Notre père qui êtes aux cieux. »
« Au comble de l'émotion, l'évêque avait attiré François dans ses bras, l'enveloppant des plis de son manteau. Les assistants, apercevant le cilice que le jeune homme portait sur la peau, étaient bouleversés. Beaucoup sanglotaient. Quant à Bernardone, irrité et malheureux, il s'était promptement retiré, emportant la bourse et les vêtements (1). » Et ce fut ainsi que François se sépara des siens. On voudrait penser qu'il revit encore sa mère et donna de loin en loin quelque marque de tendresse à cette femme qui l'admirait et avait pressenti son destin sublime. Mais peut-être Pica succomba-t-elle vers cette époque au même mal qui devait emporter prématurément son fils, car les biographes, désormais, ne feront plus mention d'elle.
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(1) I Celano 14-15; II Celano, 12; Tres Socii, 19-20; Bonaventura, II, 3-4.
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Posté le: Dimanche 21 Septembre, 2008 2:07 Sujet du message: |
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Chapelle Saint François d'Assise
Saint François est une figure marquante pour Vézelay :
Vézelay est le lieu de la première implantation franciscaine en France.
CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | François fut ensuite quelque temps sans s'occuper de Saint-Damien. Les fonds, sur lesquels il comptait, avaient disparu et lui-même n'avait pas encore appris comment la pauvreté supplée à tout.
Il lui fallait d'abord se mettre en quête d'un vêtement convenable, vu qu'il n'avait sur la peau que le petit manteau troué dont lui avait fait don, après la scène de la veille, le jardinier de l'évêque. Il y avait dessiné une croix à la chaux, en guise de blason; puis s'était engagé dans la forêt en chantant à pleine gorge les louanges de Dieu (1).
Son cœur débordait de joie. C'en était fait, à présent, des ménagements et tâtonnements; un chemin de lumière courait droit devant lui; il s'était voué au service du Maître, venait d'être armé chevalier du Christ, avait solennellement épousé madame la Pauvreté; et Dieu le récompensait en le rendant heureux.
« Il faisait retentir les bois de ses chants », écrit Celano, quand, flairant une proie, des brigands accoururent. L'homme avec son manteau minable, les déçut :
— Qui es-tu ? demandèrent-ils.
— Je suis le héraut du grand Roi ! répondit François avec assurance.
Comme il n'était pas encore en possession d'apprivoiser les fauves, les brigands le rouèrent de coups et le jetèrent dans la neige au fond d'un ravin. |
(1) Bonaventura, II, 4.
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Posté le: Lundi 22 Septembre, 2008 22:17 Sujet du message: |
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Chapelle Saint François d'Assise
Saint François est une figure marquante pour Vézelay :
Vézelay est le lieu de la première implantation franciscaine en France.
CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | — Tiens, paysan ! Reste là, héraut de Dieu ! dirent-ils en s'en allant.
« Il ne sortit de la fondrière qu'au prix de grands efforts ; et quand ces brutaux furent loin, il reprit sa route en chantant de plus belle » (1).
Alors, il se dirigea vers un monastère où, pensait-il, on consentirait à l'habiller, en échange de son travail. « Les moines l'engagèrent comme aide de cuisine et lui firent don d'une grossière et insuffisante capote. Pour sa nourriture, ils lui permirent de prélever un peu de ces eaux grasses qui sont la part des porcs.
Dans la suite, il est vrai, quand sa réputation de sainteté commença de s'établir, le prieur eut honte de l'avoir traité de la sorte et vint lui demander pardon. » Et il l'obtint aisément, car le bienheureux disait avoir gardé le meilleur souvenir des quelques jours passés dans sa cuisine (2).
Ce fut à Gubbio qu'un ancien ami lui donna de quoi se vêtir. On le vit alors porter la tenue des ermites : une tunique serrée à la taille par une ceinture de cuir, des sandales aux pieds, un bâton à la main (1). Il lit ensuite un séjour chez les lépreux, vivant au milieu d'eux, lavant leurs plaies, épongeant le pus de leurs ulcères, leur rendant les soins les plus affectueux pour l'amour de Dieu (2). Puis il revint à Saint-Damien (3).
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| Citation: | (1) I Celano, 16; Bonaventura, II, 5,
(2) I Celano, 16; Bonaventura, II, 6; Henricus Abrincensis, Legenda versificata, liber IV. — Cet épisode mit en verve Henri d'Avranches qui, dès 1229, rimait la vie de saint François en 2589 vers. D'après lui, la tempête et les inondations empêchèrent pendant quelques jours le bienheureux de s'en aller : « Que va devenir François sans vêtement, sans nourriture ? Les moines ne lui permettent point de rester, le temps ne lui permet point de partir. La pauvreté le place dans une alternative vraiment fâcheuse. La dureté de ses hôtes l'accable, autant que la fureur des éléments. Les hôtes sont plus cruels ; les éléments plus redoutables. Ix; prieur du couvent, comme réduit à cacher nn indésirable, le tolère ; ce réfugié misérable que les eaux empêchent de partir, il lui permet d'attendre en ce lieu que cesse l'inondation. Cependant que François, retenu par la tempête, remet son départ de jour en jour, son léger vêtement, par le temps élimé, tombe en loques ; les fils ne tiennent plus aux fils ; ce n'est plus qu'un lambeau d'étoffe. Comme un jongleur, il reste près du foyer ; mais quand il se chauffe par devant, il gèle par derrière, et vice-versa. Plus encore que le froid, la faim le tourmente ; le pain qu'on lui donne en dix fois, il le mangerait en une. On lui refuse le peu de bouillon qui lui servirait à amollir ses vieux croûtons ; les moines dévots préfèrent en engraisser leurs cochons. Et comment donneraient-ils un vêtement à celui auquel ils refusent l'aliment des pourceaux ? »
(1) I Celano, 16. — L'ami charitable de Gubbio s'appelait, dit-on, Frédéric Spadalunga. Cf. P. Cavanna, L'Ombrie franciscaine, p. 259.
(2) Bonaventura, II, 6.
(3) I Celano, 18; Bonaventura, II, 7. |
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Posté le: Mardi 23 Septembre, 2008 0:25 Sujet du message: |
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CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | Là, le chapelain se souvenait encore des récents incidents, et il fallut que François le rassurât en lui faisant part des approbations et encouragements de l'évêque. Après quoi, la restauration de la chapelle put commencer.
Comme on n'avait plus de quoi payer les matériaux, force était de les mendier. François parcourut la ville en criant : « Qui me donnera une pierre, recevra du Seigneur une récompense; qui m'en donnera deux, aura deux récompenses; qui m'en donnera trois, aura trois récompenses. » Parfois, tel un jongleur qui se fait entendre afin de mériter son salaire et récompenser ses bienfaiteurs, « le quêteur s'interrompait dans sa tournée pour chanter à la gloire du Très-Haut ».
Et qu'il s'adressât aux hommes ou à Dieu, qu'il mendiât des pierres de taille ou qu'il célébrât les attributs divins, toujours, observent les biographes, le petit Pauvre « s'exprimait de façon familière, sans recourir aux termes doctes et ampoulés de la sagesse humaine (4) ». Est-ce une allusion au jargon et à la fausse science qui florissaient dans les écoles ? Toujours est-il que voilà définis l'homme et le style, qui vont de pair en saint François.
Simple il fut dans sa personne, n'ayant qu'un but et y tendant en droiture et à découvert. Simple il fut dans son langage, sachant ce qu'il disait et ne disant que ce qu'il savait, évitant les longueurs, la pompe et l'obscurité, parlant, comme Jésus dans l'Évangile, en vue de se faire entendre et d'être utile aux autres. Pittoresques et sublimes, lyriques et ingénus, ses discours, sortis du cœur allaient aux cœurs, arrachant les hommes à leur tristesse et à leurs péchés et leur révélant la félicité qu'on goûte à être à Dieu. |
(4) Tres Socii, 21.
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Posté le: Mercredi 24 Septembre, 2008 1:17 Sujet du message: |
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CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | Du reste, si plusieurs tenaient encore le nouvel ermite pour un fou et persistaient à l'outrager, beaucoup déjà commençaient à le comprendre, et remués jusqu'au fond du cœur, pleuraient en l'entendant. On le vit porter les pierres sur son dos et tâcher d'intéresser tout le monde à son projet.
Debout sur son échafaudage, il interpellait joyeusement les passants : « Venez donc un peu, vous aussi, criait-il, m'aider à reconstruire Saint-Damien. » Il se peut qu'à ses appels des équipes de maçons se formèrent qui, sous sa direction, l'aidèrent à restaurer les églises. Toujours est-il, ajoutent les biographes, qu'il prédisait dès lors que des vierges consacrées à Dieu viendraient bientôt s'abriter à l'ombre du sanctuaire relevé de ses ruines (1).
On imagine les fatigues qu'il s'imposait, lui qui avait toujours été choyé et ménagé par ses parents. Pris de pitié, le prêtre, son compagnon, se mit, tout pauvre qu'il était, à lui préparer une nourriture meilleure que celle dont lui-même se contentait.
François, d'abord, se laissa faire; puis s'apercevant qu'on le gâtait : «Est-ce que, par hasard, se dit-il, tu comptes trouver partout un prêtre qui soit aux petits soins pour toi ? Ce n'est pas là, la vie de pauvreté que tu as embrassée. Non, non ! Tu vas faire comme les mendiants. Pour l'amour de celui qui voulut naître pauvre et vivre indigent, qui fut attaché nu à la croix, et ne possédait pas même le tombeau où il fut déposé,, tu vas prendre une écuelle et aller demander ta nourriture de porte en porte (1)».
Il s'en alla quêter par la ville, une grande écuelle à la main, y mettant tout ce qu'on lui donnait. Le cœur lui leva quand il dut goûter à cette mangeaille. Il réussit cependant à l'avaler et la trouva meilleure que les friandises dont il se régalait naguère à la maison. Alors il rendit grâces à Dieu de ce que, maladif et exténué comme il était, il pût s'accommoder d'un tel régime et il défendit au prêtre de rien lui préparer de spécial à l'avenir (2).
Qu'on ne s'imagine pas, cependant, qu'il n'eût, parfois, des retours de fausse honte. C'est ainsi qu'un jour, ayant besoin d'huile pour la lampe de la chapelle, il se dirigea vers une maison où une fête avait lieu, qui débordait dans la rue. Reconnaissant là d'anciens amis de plaisir et rougissant de paraître en mendiant devant eux, il retourna d'abord sur ses pas. Mais, il rebroussa bientôt chemin, vint s'accuser devant tous de sa lâcheté, puis, ayant présenté sa requête en français, il repartit avec son huile.
Celano observe ici que « c'était toujours en français que François s'exprimait, quand il était rempli du Saint-Esprit, comme s'il eût prévu le culte particulier dont la France l'honorerait un jour » et voulu par avance s'en montrer reconnaissant (3).
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(1) Tres Socii, 21; I Celano, 18. — P. Sabatier, Etudes inédites, pp. 177-192.
(1) II Celano, 14; Tres Socii, 22.
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(3) II Celano, 13.
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Posté le: Jeudi 25 Septembre, 2008 1:27 Sujet du message: |
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CHAPITRE III
LE BATISSEUR D'ÉGLISES
| Citation: | Personne, cependant, n'aima plus que lui son pays natal ni n'en fut plus aimé. Mais la vénération de ses concitoyens ne lui fut pas acquise dès le premier jour. Nombre d'entre eux commencèrent par le brocarder à plaisir, y compris l'un de ses frères qui voulut, une fois, se montrer spirituel à ses dépens.
C'était, sans doute, dans une église, où, par un matin d'hiver, François priait, secoué de frissons sous ses haillons légers. Passant près de lui avec un ami, son frère dit à celui qui l'accompagnait : « Tiens, voilà François ! Demande-lui donc un peu s'il ne veut pas te vendre pour un sou de sa sueur ! » François ne put s'empêcher de sourire : « Elle n'est pas à vendre, répondit-il gentiment, je préfère la garder pour Dieu qui me la paiera beaucoup plus cher que vous (1). »
Les traits méchants ne l'atteignaient plus. Une chose seulement continuait de déchirer son cœur, c'était le comportement de son père à son égard. « Chaque fois, en effet, que Pierre Bernardone rencontrait son fils, il redevenait furieux et lui lançait sa malédiction. »
Un enfant comme François ne pouvait rester sous le coup des anathèmes paternels. Aussi alla-t-il faire à un vieux mendiant, nommé Albert, la proposition suivante : « Adopte-moi comme fils, lui dit-il, et je partagerai avec toi les aumônes que j'aurai reçues. Seulement, quand nous rencontrerons mon père et qu'il me maudira, toi, tu feras sur moi le signe de la croix, en me donnant ta bénédiction. »
L'arrangement était avantageux pour Albert et l'on pense bien qu'il ne se fit point faute d'accorder autant de bénédictions qu'il y eut de malédictions à conjurer. S'adressant alors au marchand déchaîné, François lui disait : « Tu vois bien que Dieu a trouvé moyen de te suppléer, puisqu'il m'a envoyé ce nouveau père pour me bénir (2). » Il faut croire que Bernardone était sensible au ridicule et finit par se calmer, car il ne sera plus désormais question de lui dans les biographies.
Sans doute vécut-il assez pour assister à la gloire naissante du petit Pauvre. Et qui sait, quand il vit son fils honoré par les plus grands personnages, s'il n'apporta pas autant d'ardeur à le reconnaître qu'il en avait d'abord mise à le renier ? |
(1) II Celano, 12.
(2) II Celano, 12; Tres Socii, 23; Anonymus Perusinus dans Miscellanea Francescana, t. IX, p. 37.
ABBÉ OMER ENGLEBERT
VIE DE Saint François D'ASSISE
EDITIONS ALBIN MICHEL
22, rue Huyghens
PARIS
Nihil obstat : André COMBES cens. dep.
Lutetiae Parisiorum, die 9 Aprilis 1946.
Imprimatur : A. LECLERC vie. gen.
Lutetia; Parisiorum, die 15 Apriiis
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Posté le: Vendredi 26 Septembre, 2008 3:12 Sujet du message: |
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DÉCOUVERTE DE L'ÉVANGILE ET PREMIÈRES RECRUES
CHAPITRE IV
| Citation: | On ignore combien François répara d'églises pendant les deux ou trois ans qu'il se livra à cette occupation, en même temps qu'il continuait de soigner les lépreux. Les biographes en mentionnent trois, qui toutes se trouvaient dans la banlieue d'Assise : Saint-Damien, que nous connaissons déjà; Saint-Pierre qui s'élevait non loin des remparts et fut ensuite réuni à la ville; et enfin la Portioncule, perdue, alors, en pleins bois, et aujourd'hui renfermée dans l'enceinte de la basilique Sainte-Marie-des-Anges (1).
Cette chapelle, qui mesurait sept mètres sur quatre, possédait trois noms : le premier, Notre-Dame de Josaphat, lui avait été donné, disait-on, par les ermites palestiniens qui l'avaient construite au IVe siècle; le second, Notre-Dame-des-Anges, lui venait de ce qu'on croyait que les anges y descendaient parfois la nuit pour chanter les louanges divines ; le troisième, Notre-Dame de la Portioncule, passait pour lui avoir été imposé par saint Benoit, lorsque celui-ci avait acquis un bout de terre (portioncula terreni) à côté du sanctuaire, afin d'y établir quelques-uns de ses moines.
Le fait est que la Portioncule appartenait toujours à l'abbaye bénédictine de Mont-Soubase; mais les moines l'avaient quittée depuis longtemps et s'en désintéressaient de plus en plus. « La chapelle était donc entièrement délaissée et personne n'y mettait plus les pieds, écrit Celano, quand, peiné de ce délabrement, François, le dévot zélateur de la Vierge Marie (1), résolut de s'y fixer et de la restaurer. »
La Portioncule, qui allait devenir le berceau de l'épopée franciscaine « fut le lieu que François aima le plus au monde », écrit saint Bonaventure. Tout concourait à le lui rendre cher dès cette époque; son nom qui associait l'idée de pauvreté au nom de la mère de Dieu, son isolement au sein de la grande forêt silencieuse, sans compter le voisinage des lazarets Sainte-Madeleine et Saint-Sauveur situés à deux kilomètres de là, et tous deux proches d'Assise (2). |
| Citation: |
(1) Celano écrit que « François aimait d'un amour indicible la mère de Jésus », parce qu'il voyait en elle « celle qui nous a donné pour frère le Dieu de majesté ». Le même auteur ajoute qu'il la choisit comme protectrice de son ordre et mit sous ses ailes, pour qu'elle les réchauffât et les défendît jusqu'à la fin, les fils que lui-même devait abandonner ». (II Celano, 198). Sa tendresse pour Marie n'était pas seulement fondée sur la maternité divine, mais encore sur ce que la Vierge avait partagé la vie pauvre de son Fils, vivant comme lui d'aumônes et endurant avec lui les plus dures privations. (I Régula, IX; II Celano, 200). Il avait composé en son honneur une Salutation charmante (Opuscula, p. 123) et des sortes de litanies qu'il récitait au moins sept fois le jour (Opuscula, pp. 126-147).
(2) Pour l'histoire de la Portioncule, voir Edouard d'ALENÇON : Des origines de l'église de la Portioncule et l'Abbaye de saint Benoit au Mont-Soubase, Couvin, 1909. |
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Posté le: Samedi 27 Septembre, 2008 0:24 Sujet du message: |
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DÉCOUVERTE DE L'ÉVANGILE ET PREMIÈRES RECRUES
CHAPITRE IV
| Citation: | Ce fut en entendant une messe matinale dans la chapelle restaurée, que François eut la révélation de sa vocation définitive. L'événement se produisit soit le 12 octobre 1208, en la fête de saint Luc, soit le 24 février 1209, en celle de saint Mathias (1), alors que le prêtre « lisait le passage de l'Évangile où Jésus trace leur règle de conduite à ses apôtres » :
« Allez, dit le Sauveur, et annoncez partout que le royaume de Dieu est proche. — Ce que vous avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement. — N'emportez ni or, ni argent dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaussures, ni bâton; car l'ouvrier mérite qu'on pourvoie à son entretien. — En quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous qui est digne de vous recevoir et demeurez chez lui jusqu'à votre départ. Entrant dans sa maison, saluez en disant : Paix à cette demeure (2). »
François avait réalisé de grands progrès spirituels et reçu bien des lumières depuis qu'il menait la vie de pénitence et de charité que nous savons, mais, cette fois, il eut l'impression que Dieu déchirait devant lui les derniers voiles et achevait d'éclairer sa route.
Pour mieux entendre les versets sacrés, il pria le prêtre de les lui expliquer et commenter. Ce prêtre, un bénédictin de Mont-Soubase peut-être, lui exposa ce qui se trouvait en effet dans le texte évangélique, à savoir que les disciples du Christ avaient reçu l'ordre de prêcher partout la pénitence, sans rien emporter avec eux, et de compter sur Dieu seul pour pourvoir à leurs besoins
François tressaillit de bonheur à cette révélation et s'écria, enthousiasmé : « J'ai enfin découvert ce que je cherchais ! Voilà ce qui répond à mes désirs les plus profonds et ce que j'observerai désormais de tout mon cœur ! » Il jette à l'instant son bâton, ôte ses souliers, dépose son manteau pour ne garder qu'une tunique, remplace sa ceinture de cuir par une corde et se confectionne un vêtement rugueux, si pauvre et si mal taillé qu'il ne pouvait vraiment faire envie à personne (1).
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(1) Quant à ces dates, v. Analacta Franciscana, t. III n 2 et Etudes Franciscaines, t. XVIII, p. 388.
(2) Matth., X.
(1) I Celano, 22; Tres Socii, 25; Bonaventura, III, I.
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Posté le: Dimanche 28 Septembre, 2008 1:58 Sujet du message: |
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DÉCOUVERTE DE L'ÉVANGILE ET PREMIÈRES RECRUES
CHAPITRE IV
| Citation: | Jour mémorable et décisif que celui où, comme le rappelait François dans son Testament, « le Très-Haut en personne daigna lui révéler qu'il devait vivre selon le saint Évangile » et où lui-même, dans sa candeur d'enfant et sa loyauté chevaleresque, adopta pour toujours cette façon littérale d'interpréter les recommandations du Sauveur. Car, observe ici Celano, « ce n'était pas à la façon d'un sourd qu'il entendait les paroles du Seigneur », d'un sourd avisé qui ouvre ou ferme ses oreilles, au gré des circonstances et des commodités ; quant à lui, « non seulement il avait appris par cœur tout ce qu'a dit Notre-Seigneur, mais encore il ne le perdait jamais de vue et s'appliquait sans cesse à l'observer au pied de la lettre (2) ».
François savait donc maintenant que ce n'était pas à rebâtir des chapelles, mais à coopérer à la restauration de l'Église que Dieu le conviait; « aussi, sans plus de retard, se mit-il joyeusement à prêcher la pénitence ».
Les gens qu'il rencontrait, il leur adressait désormais le salut évangélique : « Que Dieu vous donne la paix ! » Venant d'un homme auquel sa pauvreté volontaire permettait de jouir de ce bien suprême, ces paroles produisaient leur effet, car « beaucoup de ceux auxquels elles s'adressaient firent la paix avec leurs ennemis et avec leur propre conscience (3) ».
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2) I Celano, 22.
(3) I Celano, 23; Tres Socii, 26; Bonaventura, III, 2.
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Posté le: Lundi 29 Septembre, 2008 17:54 Sujet du message: |
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DÉCOUVERTE DE L'ÉVANGILE ET PREMIÈRES RECRUES
CHAPITRE IV
| Citation: | Certains pensent que François voulut aussitôt essayer de prêcher en public et que ce fut à ce moment qu'il prononça son premier sermon. Celui-ci eut lieu dans l'église Saint-Georges. « Il commença, dit Celano, par souhaiter la paix à l'auditoire, parla sans apprêt, mais avec une telle ardeur que tous en furent transportés. »
Désormais, les railleurs se taisaient. Le rayonnement du pauvre de Jésus-Christ et du chanteur de Dieu s'étendait. On se prit à écouter ce prophète optimiste qui annonçait aux pécheurs la rédemption et aux cœurs tristes le secret de retrouver la joie.
Au rebours des réformateurs laïcs qui pullulaient alors, il ne maudissait point son temps, n'invectivait contre personne. Il se bornait à réciter l'Évangile avec tant d'humilité, de charme et d'assurance qu'il lui rendait son efficace et sa première fraîcheur. Il est vrai que, cette fois, le disciple rappelait vraiment le Maître et que la vertu du prêcheur accréditait son message. Depuis trois ans, ne l'avait-on pas vu vivre comme le dernier des indigents et se vouer au soulagement des lépreux ?
On assista donc, en ces jours-là, à une sorte de révélation; ce fut comme un éveil et un nouveau départ. Et comme l'habit que portait François le désignait pour guide, certains pensèrent qu'une nouvelle forme de vie religieuse était née; et des disciples, désireux de le suivre, se présentèrent.
Il en eut onze ou douze, en quelques mois.
« Le premier fut un homme d'Assise, simple et bon », dont on ne nous dit pas autre chose et qui disparaît aussitôt comme une ombre (1). |
(i) I Celano, 24.
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Posté le: Mardi 30 Septembre, 2008 0:46 Sujet du message: |
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DÉCOUVERTE DE L'ÉVANGILE ET PREMIÈRES RECRUES
CHAPITRE IV
| Citation: | Le second fut Bernard de Quintavalle (1); le troisième, Pierre de Catane; le quatrième, Égide; puis, dans un ordre incertain : le prêtre Sylvestre, le croisier Morico, qui avait soigné les lépreux à Saint-Sauveur (2), Barbaro, Sabbatino, Bernard de Viridante, Jean de San Costanzo, le chevalier Ange Tancrède, de Rieti, Philippe le Long, qui « prêchait admirablement et interprétait parfaitement les Écritures sans avoir étudié dans les écoles », et, enfin, le Judas du nouveau collège apostolique, ce Jean-au-Chapeau qui, d'après les Fioretti, « apostasia et se pendit par la gorge ». Il était, paraît-il, très désobéissant et refusait notamment d'aller sans chapeau, alors que les autres frères se contentaient de leur capuce (3).
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| Citation: | (1) Bernard est effectivement considéré comme le premier disciple de saint François. Saint Bonaventure dit même en parlant de lui : «Patris beati primogenitus esse promenait, tam prioritate temporis quam privilegio sanctitatis. » (III, 3).
Bien que la tradition l'affirme, certains contestent que le frère Pierre, deuxième disciple de saint François, soit le même personnage que Pierre de Catane, docteur ès lois, devenu plus tard vicaire général de l'ordre. — Cf. P. Gratien, Histoire de la fondation..., pp. 5-6.
L'identité de Jean-au-Chapeau ou de la Chapelle reste aussi mystérieuse; il s'agit peut-être du même personnage que Jean de Compello, cité par Giano, 13-14.
(2) Lui-même, d'après saint Bonaventure (IX, 8), avait été soigné et guéri par saint François.
(3) Cette liste est la liste traditionnelle, celle qu'on trouve dans Barthélémy de Pise (De conforptitate, IV) aux yeux de qui François devait avoir douze disciples comme Jésus avait eu douze apôtres.
Pour la Chronique des XXIV Généraux, les onze premiers frères mineurs furent : Bernardus, Petrus Cathanii, Aegidius, Sabbatinus, Moricus, Johannes de Capella, Philippus Longus, Johannes de sancto Constantio, Barbarus, Bernardus Vigilantis de Vida, Angélus Tancredi de Reatc (Analecta, IV).
Pour les Tres Socii, les six premiers disciples furent : Bernard, Pierre, Égide, Sabbatino, Morico et Jean de Capella.
Celano et saint Bonaventure sont un peu plus vagues dans leur énumération, mais, sauf quant au premier compagnon du Poverello qui disparut sans laisser de traces (quidam pium ac simplicem spiritum gerens), leurs listes s'accordent entre elles, comme le montre le tableau suivant :
Celano
Quidam pium ac simplicem spi-
tum gerens. Bernardus.
Vir alter... qui... post modicum
consummavit. Aegidius.
Unus alius appositus. Philippus. Alius bonus vir. 8. 9. 10. 11. Alii quatuor viri boni et idonei.
Saint Bonaventure
1. Bernardus.
2. 4- 5- 6. Quinque... inter quos tertium sortit us est locum... Aegidius.
Alius bonus vir. 9- 10. 11. Quatuor viri honesti.
Le Liber exemplorum, 110, considère aussi Egide comme le quatrième compagnon de saint François. |
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