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Laetitia

Inscrit le: 20 Oct 2006 Messages: 3514 :
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Posté le: Vendredi 16 Mars, 2007 23:50 Sujet du message: La Charité envers les ennemis |
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INSTRUCTION SUR LE PARDON DES INJURES (Œuvres complètes de saint Jean Chrysostome, traduites en français, chez M. Louis Guérin à Bar-le-Duc.)
| Saint Jean Chrysostome a écrit: | Vous n'avez pas jeûné à cause de la faiblesse de votre santé ; à la bonne heure; mais pourquoi ne vous êtes-vous pas réconcilié avec vos ennemis ? Pourriez-vous ici prétexter la délicatesse du tempérament ? Si vous nourrissez au-dedans de vous des sentiments d'envie et de jalousie, quelle défense vous restera-t-il, je vous le demande ? Vous ne pouvez pour ces défauts recourir à la faiblesse de votre constitution. Et c'est un effet de la bonté du Sauveur de n'avoir point fait dépendre de cette faiblesse les préceptes les plus essentiels, les plus nécessaires pour régler notre conduite. Puis donc que nous avons également besoin de tous les préceptes de l'Evangile, et surtout de celui qui nous ordonne de ne pas avoir d'ennemi, de ne garder aucun ressentiment du mal qu'on nous a fait, je vais vous entretenir aujourd'hui du pardon des injures.
Celui qui a un ennemi et qui garde contre lui de la haine, n'est pas plus en état de participer à la table sacrée que le fornicateur et l'adultère ; et cela doit être, sans doute. Dès que l'impudique a satisfait sa passion, il a consommé son crime, et si, touché de sa faute, il veut revenir sur ses pas, s'il en témoigne un sincère repentir, il peut trouver un remède à son mal ; au lieu que l'ennemi implacable pèche tous les jours sans jamais se délivrer de son péché. Dans l'un, la faute est consommée dès qu'elle est commise ; dans l'autre, elle se renouvelle à chaque instant. Quelle excuse aurons-nous donc si nous nous livrons nous-mêmes à un monstre aussi féroce ? Comment voulez-vous que le Seigneur soit doux et clément à votre égard, si vous êtes dur et inexorable à l'égard de votre frère ? Votre frère vous a outragé ; mais combien de fois n'outragez-vous pas Dieu ? Et quelle proportion entre le serviteur et le Maître ? Votre frère vous a outragé parce que lui-même peut-être a reçu de vous quelque injure, et cependant vous êtes animé contre lui ; vous, vous outragez le Seigneur, qui, loin de vous avoir fait aucun mal, de vous avoir causé aucun tort, vous comble tous les jours de biens. Songez que si Dieu voulait examiner à la rigueur nos offenses envers lui, nous ne vivrions pas un seul jour. Seigneur, dit le Prophète, qui pourra tenir devant vous, si vous examinez rigoureusement nos fautes (Ps., CXXIX, 3) ?
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à suivre... |
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Laetitia

Inscrit le: 20 Oct 2006 Messages: 3514 :
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Posté le: Samedi 17 Mars, 2007 22:52 Sujet du message: |
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INSTRUCTION SUR LE PARDON DES INJURES (suite)
| Saint Jean Chrysostome a écrit: | Sans parler de ces iniquités secrètes qui sont connues du pécheur, que sa conscience lui reproche, et dont Dieu seul est le témoin, si ce Dieu nous demandait compte des fautes que nous commettons sous les yeux de nos frères, et dont ils sont instruits, pourrions-nous en obtenir le pardon ? S'il examinait notre négligence et notre inattention dans la prière, cette irrévérence qui fait que nous nous tenons devant Dieu et que nous l'invoquons avec moins d'égard et de respect que n'en montre un esclave en parlant à son maître, un soldat à son chef, un ami à son ami : oui, sans doute, si vous entretenez un ami, vous le faites avec attention ; au lieu que quand vous parlez au Seigneur de vos offenses, quand vous lui demandez qu'il vous pardonne vos fautes et vos iniquités, vous êtes souvent inattentif; et tandis que vos genoux sont en terre, vous laissez souvent votre imagination s'égarer dans la place publique ou dans votre maison ; votre bouche prononce de vaines paroles, auxquelles l'esprit n'a aucune part ; et cela ne nous arrive pas une fois ou deux, mais tous les jours : si donc le Seigneur voulait examiner cette partie de notre vie, aurions-nous quelque excuse à apporter, quelque pardon à espérer ? Je ne le pense pas.
Et s'il rappelait les paroles injurieuses que nous nous permettons les uns contre les autres, les jugements désavantageux que nous hasardons contre notre prochain, jugements téméraires, formés uniquement par un esprit de médisance et de critique, que pourrions-nous dire pour notre défense ?
Et s'il examinait cette imprudence qui nous fait promener nos regards sur tous les objets, les pensées honteuses et les sentiments criminels que cette indiscrétion de nos yeux fait naître dans notre esprit et dans notre coeur, quelle peine ne mériterions-nous pas de subir ? S'il nous demandait compte des invectives par lesquelles nous outrageons nos frères (Celui, dit l'Evangile, qui dira à son frère : Vous êtes un fou, méritera d'être condamné aux flammes éternelles), pourrions-nous ouvrir la bouche, prononcer une seule parole pour nous justifier ? |
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Laetitia

Inscrit le: 20 Oct 2006 Messages: 3514 :
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Posté le: Samedi 17 Mars, 2007 22:54 Sujet du message: |
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| Saint Jean Chrysostome a écrit: |
Si nous examinions (car je ne parle pas de Dieu, mais de nous-mêmes, pécheurs), si nous examinions ce vain orgueil qui nous fait tirer gloire de nos jeûnes, de nos aumônes, de nos prières, pourrions-nous lever les yeux au ciel. Si nous examinions cet esprit de fausseté par lequel nous nous trompons mutuellement, louant notre frère en sa présence, lui parlant comme à un ami, et le déchirant en son absence, soutiendrions-nous la punition d'une pareille perfidie ? Que dirai-je des serments, des mensonges, des parjures, des emportements injustes, de cet esprit jaloux qui nous fait porter envie à la gloire de nos amis mêmes, qui nous fait réjouir du mal qui arrive aux autres, et regarder les malheurs d'autrui comme une consolation dans nos infortunes personnelles ? Mais si Dieu nous demandait compte de la négligence avec laquelle nous venons entendre la parole sainte (vous savez, sans doute, que lorsqu'il nous parle à tous par son prophète, nous sommes occupés à nous entretenir longuement avec notre voisin sur des choses qui ne nous regardent pas), si donc laissant tout le reste, il voulait nous punir de cette unique faute, quel espoir de salut nous resterait-il ? Et ne regardez pas cette faute comme légère ; pour comprendre ce qu'elle est, examinez-la par rapport aux hommes, et alors vous verrez combien elle est grave. Lorsqu'un des principaux magistrats vous parle, ou même un ami d'un certain rang, manquez pour lui d'égard jusqu'à parler à votre esclave, sans daigner l'écouter, et vous verrez alors combien la même irrévérence vous rend coupable envers Dieu. La personne de marque à laquelle vous auriez manqué chercherait sans doute à se venger d'une pareille insulte ; tandis que Dieu outragé tous les jours, non par un seul homme, ni par deux, ni par trois, mais par presque tous les hommes, nous supporte avec patience, quoiqu'il reçoive de nous de bien plus grands outrages que ceux dont nous parlons. Ceux-ci sont manifestes, connus de tout le monde, et communs à presque tous les hommes ; il en est d'autres beaucoup plus graves, qui ne sont connus que de chaque pécheur.
Pesez sur toutes ces considérations, et quelque durs, quelque cruels que vous soyez, lorsque vous envisagerez la multitude de vos fautes, la crainte et l'effroi ne vous permettront pas même de vous ressouvenir des offenses que vous avez reçues de vos frères.
Rappelez-vous cet étang de feu, ce ver rongeur, ce jugement redoutable où tous les crimes des mortels seront exposés au grand jour. Songez que ce qui est caché maintenant sera alors dévoilé. Si donc vous pardonnez à votre prochain, vos péchés, qui doivent être dévoilés, alors, seront tous effacés dès cette vie, et vous paraîtrez devant le tribunal du souverain Juge sans y traîner aucune de vos fautes; de sorte que vous recevrez beaucoup plus que vous ne donnez.
Oui, je le répète, vous avez commis des péchés qui ne sont connus que de vous ; et lorsque vous pensez que dans le dernier jugement ils seront exposés aux yeux de tous les hommes sur le théâtre du monde, pressé et tourmenté par votre conscience, cette humiliation vous parait plus insupportable que le supplice même. Mais tous ces péchés secrets, vous pouvez les effacer, cette punition et cette honte, vous pouvez vous en garantir, en pardonnant à votre prochain. Non, il n'est point de vertu qui égale le pardon des injures.
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à suivre... |
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Laetitia

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Posté le: Dimanche 18 Mars, 2007 23:32 Sujet du message: |
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INSTRUCTION SUR LE PARDON DES INJURES (suite)
| Saint Jean Chrysostome a écrit: | Voulez-vous apprendre combien son pouvoir est merveilleux ? Quand Moïse et Samuel, dit Dieu dans Jérémie, se présenteraient devant moi pour me prier, mon coeur ne se tournerait pas vers ce peuple . Cependant ceux que Moïse et Samuel n'auraient pu soustraire au courroux du Seigneur, l'observation du précepte dont nous parlons les y a soustraits. Aussi Dieu, que nous venons de voir si animé contre son peuple, l'exhortait-il sans cesse en lui disant : Pardonnez à votre frère ses fautes, ne conservez pas dans votre coeur le souvenir de ses injures : que nul de vous ne songe aux offenses de son prochain . Le prophète ne dit pas seulement, pardonnez l'offense, mais ne la conservez pas dans le coeur, n'y songez pas, oubliez tout ressentiment, bannissez toute aigreur de votre âme. Vous croyez vous venger de votre ennemi, et vous vous tourmentez plutôt vous-même ; votre ressentiment est un bourreau que vous portez en tout lieu au dedans de vous, c'est un vautour qui déchire vos entrailles. Qu'y aurait-il de plus à plaindre qu'un homme qui serait continuellement agité par la colère ? Un furieux ne peut jouir de la paix ; celui qui a un ennemi et qui conserve contre lui de la haine, n'en jouira pas davantage.
Continuellement enflammé, enfonçant de plus en plus par ses réflexions le trait de feu qui le dévore, il se rappelle les actions et les paroles de l'ennemi qui l'a offensé, il ne peut même entendre prononcer son nom, et si on le prononce, il s'emporte, et souffre les plus grandes douleurs. Il appréhende de le voir; il tremble en le voyant comme s'il éprouvait des maux extrêmes. Aperçoit-il quelqu'un de ses proches, son vêtement, sa maison, la rue où il a établi sa demeure, la vue de tous ces objets le tourmente. En effet, comme la figure, le domicile, les vêtements de ceux que nous aimons, réveillent en nous l'amour que nous avons pour eux, de même si nous voyons l'esclave de notre ennemi, son ami , sa maison, la rue qu'il habite, l'aspect de tous ces objets est pour nous un supplice, et ils nous font des blessures continuelles à mesure que chacun se présente à nos regards.
Qu'avons-nous besoin de ces tourments, de ces inquiétudes et de ces peines ? Quand les vindicatifs ne seraient pas menacés des feux de l'enfer, ils devraient pour leur propre tranquillité pardonner les offenses qui leur sont faites ; mais si des flammes éternelles les attendent, qu'y a-t-il de plus insensé que de se punir soi-même dans cette vie et dans l'autre; en croyant se venger de son ennemi ? Si nous le voyons heureux, son bonheur nous afflige et nous désole; s'il est dans la disgrâce, nous craignons qu'un changement favorable ne le ramène à un état de prospérité : or, cette double disposition nous attire les châtiments les plus rigoureux. Ne vous réjouissez pas quand votre ennemi sera tombé, dit l'Écriture ( Prov. XXIV). Et ne m'alléguez point la gravité des offenses qui vous ont été faites; car ce n'est point à cause de cela que vous conservez du ressentiment, mais parce que vous ne vous rappelez pas vos propres fautes, parce que vous n'avez pas devant les yeux les flammes de l'enfer et la crainte du Seigneur.
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Laetitia

Inscrit le: 20 Oct 2006 Messages: 3514 :
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Posté le: Lundi 19 Mars, 2007 23:35 Sujet du message: |
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INSTRUCTION SUR LE PARDON DES INJURES (suite)
| Saint Jean Chrysostome a écrit: | Est il rien de plus facile, dites-moi, que de pardonner à celui dont vous avez reçu une offense ? Faut-il pour cela faire un long voyage, prodiguer l'or, recourir à d'autres ? Non : il suffit de vouloir, et la chose a son parfait accomplissement. Quelle peine ne mériterions-nous donc pas, si nous, qui, dans les affaires du siècle, nous nous abaissons à des fonctions serviles et aux plus indignes flatteries, si nous, qui, à prix d'argent, achetons d'un portier le misérable avantage de ramper devant des hommes pervers, si nous enfin qui faisons et disons tout pour réussir dans nos projets, nous ne pouvons nous résoudre pour la loi de Dieu à faire une démarche auprès de notre frère qui nous a fait quelque peine, nous rougissons d'aller à lui les premiers ? Vous rougissez, dites-moi, de chercher le premier ce qui vous est avantageux ? vous devriez rougir, au contraire, de persister dans ce sentiment, et d'attendre que celui qui vous a offensé vienne vous demander une réconciliation ; car c'est là pour vous une honte, un déshonneur, un dommage insigne. C'est celui qui cherche le premier à se rapprocher qui recueille tout le fruit de cette démarche. Si vous pardonnez une injure parce que vous : êtes sollicité par un autre, c'est à cet autre qu'il faut attribuer le mérite du pardon, puisque c'est pour lui plaire et non pour obéir à Dieu, que vous avez accompli le précepte. Mais si, sans que personne vous sollicite, sans que celui dont vous avez à vous plaindre vienne vous prier, vous allez de vous-même au-devant de lui sans consulter une mauvaise honte, sans employer de délai, si vous faites volontiers le sacrifice de votre ressentiment, vous aurez tout le mérite de cette action, vous en recevrez toute la récompense.
Si je vous dis : jeûnez, vous me prétextez toujours la délicatesse du tempérament ; si je vous dis : donnez aux pauvres, vous m'objecterez le nombre de vos enfants et la modicité de votre fortune; si je vous dis : fréquentez l'Eglise, vous vous rejetez sur les affaires du siècle ; si je vous dis : écoutez nos discours, tâchez de comprendre la force de nos instructions, vous m'exagérez votre ignorance ; si je vous dis : corrigez votre frère, vous me dites qu'il ne veut pas vous écouter, et que souvent il a méprisé vos avis quand vous avez voulu le reprendre. Toutes ces raisons sont de vains prétextes; mais enfin vous pouvez en faire usage. Si je vous dis : pardonnez une injure, lequel de ces prétextés pourrez-vous alléguer ? Vous ne pourrez m'objecter ni la délicatesse du tempérament, ni la pauvreté, ni l'ignorance, ni les occupations, rien en un mot; mais c'est de toutes les fautes la plus impardonnable. Comment pourrez-vous lever les mains au ciel, ouvrir la bouche, demander à Dieu qu'il vous pardonne ? Quand il voudrait vous pardonner, vous vous y opposez vous-même en refusant de pardonner à votre frère.
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Laetitia

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Posté le: Mercredi 21 Mars, 2007 23:46 Sujet du message: |
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INSTRUCTION SUR LE PARDON DES INJURES (suite)
| Saint Jean Chrysostome a écrit: | Mais c'est un homme dur, cruel, féroce, qui ne songe qu'à faire du mal, qui ne respire que la vengeance. — C'est pour cela surtout que vous devez pardonner. Vous en avez reçu beaucoup d'injures, il vous a fait tort dans vos biens, dans votre réputation, dans les objets qui vous sont les plus chers, c'est un ennemi mortel que vous voudriez voir puni ; eh bien ! c'est pour cela même qu'il vous est encore utile de pardonner ; car si vous poursuivez votre offense, si vous la vengez vous-même, soit par des faits, soit par des discours, soit par des imprécations, Dieu ne la poursuivra pas, puisque vous en tirez raison vous-même. Et non seulement il ne la poursuivra pas, mais il vous demandera compte comme étant outragé.
En effet, si parmi les hommes, lorsque nous frappons l'esclave d'autrui, le maître se fâche et regarde les coups donnés à son esclave comme une insulte personnelle; si lorsque nous sommes offensés par des esclaves ou par des hommes libres, nous devons attendre la décision des maîtres ou des magistrats; si, dis-je, parmi les hommes il n'est pas sûr de se venger soi-même, à plus forte raison lorsque Dieu est constitué juge. Mais votre frère vous a offensé, il vous a causé raillé peines et mille maux. Ce n'est pas encore une raison de le poursuivre vous-même, si vous craigniez d'outrager votre maître. Abandonnez tout au Seigneur, et il arrangera les choses beaucoup mieux que vous ne le désirez. Il vous ordonne de prier pour celui qui vous a fait de la peine, quant à la manière de le punir, il s'en charge. Vous ne vous vengerez jamais autant vous-même qu'il se dispose à vous venger, pourvu que vous lui abandonniez le soin de votre vengeance. Ne faites pas d'imprécation contre ceux qui vous ont offensé, mais laissez Dieu maître de prononcer sur leur sort.
Quand nous leur pardonnerions, quand nous nous réconcilierions avec eux, quand nous prierions pour eux, Dieu ne leur pardonnera qu'autant qu'ils changeront eux-mêmes et qu'ils deviendront meilleurs. Et c'est pour leur avantage qu'il ne leur pardonne point. Il vous donne des louanges et applaudit à votre sagesse ; mais il poursuit votre ennemi, afin que votre modération ne le rende pas pire. Ainsi rien de plus frivole que cette raison qu'allèguent la plupart des hommes. Lorsque nous leur faisons des reproches, lorsque nous les excitons à se réconcilier avec leurs ennemis, ils nous disent pour excuser leur indocilité et pour couvrir leur esprit vindicatif : Je ne veux pas me réconcilier avec mon ennemi afin de ne point le rendre pire, de ne point lui inspirer plus de férocité, et du mépris pour moi. On croira, ajoutent-ils, que c'est par faiblesse que j'ai été le trouver et que je l'ai engagé à se réconcilier. Vains prétextes que tout cela. Cet œil toujours ouvert sur les actions des hommes, lit au fond de votre coeur. Vous ne devez donc pas vous embarrasser de ce qu'on dira dans le monde, pourvu que vous vous rendiez favorable le souverain Juge qui doit prononcer entre votre ennemi et vous. Si vous craignez de le rendre pire, cet ennemi, par votre modération, apprenez que ce n'est pas en vous réconciliant que vous le rendrez pire, mais en ne vous réconciliant pas.
[...] Ainsi montrez-vous doux et humain à l'égard de votre frère, et pardonnez-lui ses fautes, non par le désir d'en tirer une plus grande vengeance, mais par tendresse et par bonté d'âme. Sachez que plus il dédaignera vos démarches pour l'apaiser, plus il s'attirera une punition rigoureuse. Vos soins et vos égards, dites-vous, le rendent plus méchant. Eh bien ! Ce qui fait votre éloge, c'est que vous, qui le connaissez tel, vous ne cessez pas de le ménager pour plaire à Dieu ; et ce qui le condamne, c'est que votre douceur et votre patience ne l'ont pas rendu meilleur. Il vaut mieux, dit saint Paul, que les autres soient blâmés à cause de nous que nous à cause des autres.
N'employez pas ces froides raisons : Il croira que c'est par crainte que j'ai été le trouver, et il m'en méprisera davantage. Ce sont là les frayeurs d'une âme puérile et déraisonnable, d'une âme esclave des discours du monde. Eh bien ! Qu’il croie que c'est par crainte que vous avez été le trouver, votre récompense n'en sera que plus abondante, si ayant prévu que l'on prendrait ainsi votre démarche, vous l'avez toujours faite pour l'amour du Seigneur. Celui qui se réconcilie pour plaire aux hommes, perd la récompense céleste ; au lieu que celui qui, bien persuadé que plusieurs condamneront sa facilité et y insulteront, se réconcilie toujours, recevra une double et triple couronne. Et tel est surtout le chrétien qui pardonne pour l'amour de Dieu. Ne me dites pas, il m'a fait telle et telle offense ; quand il aurait épuisé sur vous tous les traits de la malice humaine, Dieu vous ordonne de lui pardonner tout.
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Laetitia

Inscrit le: 20 Oct 2006 Messages: 3514 :
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Posté le: Jeudi 22 Mars, 2007 22:06 Sujet du message: |
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INSTRUCTION SUR LE PARDON DES INJURES (suite)
| Saint Jean Chrysostome a écrit: | Pour moi, voici ce que j'annonce de sa part, voici ce que je déclare, ce que je publie à haute voix : Qu'aucun de ceux qui ont un ennemi n'approche de la table sainte, et ne reçoive le corps du seigneur. Vous avez un ennemi, n'approchez pas ; vous voulez approcher, réconciliez-vous, et alors venez participer au banquet sacré. Ou plutôt, ce n'est pas moi qui vous parle, c'est votre Maître, qui a été crucifié pour nous. Il a consenti à être immolé, à répandre son sang pour vous réconcilier avec son Père ; et vous, vous refusez de prononcer une parole, de faire une première démarche pour vous réconcilier avec votre semblable! Ecoutez ce qu'il dit de ceux qui sont disposés comme vous l'êtes : Si vous offrez votre don à l'autel, et que là vous vous rappeliez que votre frère a quelque chose contre vous (Matth, v, 9.3). Il ne dit pas : Attendez qu'il vienne vous trouver, ni : Adressez-vous à un médiateur, ayez recours à un autre ; mais : Allez le trouver vous-même. Allez, dit l'Evangile, allez auparavant vous réconcilier avec votre frère. Ô folie étrange ! Dieu ne regarde pas comme une insulte qu'on laisse le don qu'on va lui offrir ; et vous regardez comme un affront de faire la première démarche pour vous réconcilier ! Une telle conduite est-elle pardonnable ?
Lorsque vous voyez une partie de votre corps coupée et prête à se séparer du reste, que ne faites-vous pas pour l'y rejoindre ? Faites la même chose pour vos frères. Lorsque vous les voyez séparés de votre amitié, courez au plus vite pour les embrasser étroitement, n'attendez pas qu'ils viennent les premiers, empressez-vous d'obtenir le premier la récompense. Le démon est le seul qu'on vous ordonne d'avoir pour ennemi, c'est avec lui seul que vous ne devez jamais vous réconcilier ; mais ne conservez jamais d'inimitié dans le coeur contre votre frère : Si vous avez contre lui quelque léger ressentiment, que ce ressentiment ne dure pas plus d'un jour, qu'il ne se prolonge pas au-delà d'une journée. Que le soleil, dit saint Paul, ne se couche point sur votre colère (Ephés.). Si vous vous réconciliez avant que le jour finisse, Dieu vous excuse en quelque sorte et vous pardonne ; si vous persistez plus longtemps dans votre inimitié, ce n'est plus un premier mouvement de colère qui vous emporte, c'est la méchanceté réfléchie d'un esprit vindicatif qui vous anime.
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à suivre... |
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Laetitia

Inscrit le: 20 Oct 2006 Messages: 3514 :
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Posté le: Vendredi 23 Mars, 2007 22:54 Sujet du message: |
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INSTRUCTION SUR LE PARDON DES INJURES (suite)
| Saint Jean Chrysostome a écrit: |
Ce qu'il y a de terrible, c'est que non seulement vous vous privez vous-même de tout pardon, mais qu'il vous devient de plus en plus difficile de vous réconcilier. Avez-vous laissé passer un jour, vous avez dès lors plus de honte à le faire. La honte augmente au second ; du troisième et du quatrième elle vous porte au cinquième. De cinq jours elle vous fait bientôt passer à dix ; de dix à vingt, de vingt à cent, jusqu'à ce qu'enfin la blessure devienne incurable, et le retour impossible ; car plus nous laissons écouler de temps, plus nous nous éloignons. 0 mon frère ! ne vous laissez pas dominer par des affections déraisonnables, n'ayez pas de honte, ne rougissez pas, ne dites, pas à vous-même : Quoi! Il n'y a qu'un instant que nous nous sommes accablés mutuellement d'injures, et je courrais aussitôt à la réconciliation ! Qui ne blâmerait pas mon excessive facilité ? Non, aucun homme sage ne blâmera votre facilité ; mais vous serez moqué généralement si vous vous opiniâtrez dans votre haine, et vous donnerez un grand avantage sur vous au démon, parce que ce n'est plus alors simplement le temps qui rend l'inimitié implacable, mais une foule de circonstances arrivées dans l'intervalle. En effet, si la charité couvre une multitude de péchés (Pierre IV, 8), la haine imagine et forge une infinité de fautes chimériques. Ces hommes, qui se réjouissent des maux d'autrui, qui se plaisent à révéler les ridicules et les faiblesses des autres, nous paraissent croyables dans tous leurs rapports contre ceux que nous haïssons. Pénétré de ces vérités, prévenez votre frère, saisissez-vous de lui avant qu'il vous échappe entièrement, quand il faudrait parcourir toute la ville le jour même, quand il faudrait sortir des murs, quand il faudrait traverser de vastes campagnes : interrompez tout le reste, et ne soyez occupé que de vous réconcilier avec votre frère. Si la démarche vous parait pénible et difficile, songez que c'est pour Dieu que vous la faites, et que vous en recevrez une grande consolation.
[...]C'est Dieu qui nous ordonne de nous réconcilier, préférons ses ordres à tout.
La réconciliation qu'il nous commande est un trafic spirituel ; ne négligeons pas de nous enrichir par ce trafic, n'usons pas de remise : que notre ennemi apprenne que c'est pour plaire à Dieu que nous avons montré un tel empressement. Quand il devrait nous outrager de nouveau, nous frapper, nous maltraiter de la manière la plus atroce, souffrons tout avec courage moins pour son intérêt que pour le nôtre, parce que le pardon des injures est de toutes les vertus celle qui nous sera la plus utile dans le jour des vengeances. Nous avons commis une infinité de péchés, et de péchés graves ; nous avons irrité notre Maître par mille offenses ; sa bonté divine nous a ouvert cette voie de réconciliation. N'abandonnons donc pas le trésor précieux que nous avons entre les mains. Le Seigneur ne pouvait il point nous ordonner simplement de nous réconcilier avec nos ennemis, sans nous promettre une récompense ? Qui est-ce qui aurait contredit et réformé ses ordres ? Mais par un effet de son infinie bonté, Il nous a promis une grande et ineffable récompense, celle que nous pouvons désirer le plus, le pardon de nos fautes ; et par là il nous rend plus facile l'exécution du précepte.
Quelle excuse nous restera-t-il donc, si, lorsqu'une telle récompense nous est promise, nous refusons d'obéir au Législateur suprême, nous persistons à le mépriser ? Car notre désobéissance est un vrai mépris ; en voici la preuve : Si le prince ordonnait par une loi à tous les ennemis de se réconcilier ensemble, sous peine de perdre la tête, ne nous empresserions-nous point tous de nous réconcilier les uns avec les autres ? Je n'en doute pas. Quelle excuse aurons-nous donc si nous n'avons point pour le souverain Maître les mêmes égards que pour nos semblables ? C'est pour cela qu'on nous ordonne de dire : Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Quoi de plus doux et de plus agréable que ce précepte ? Dieu vous fait l'arbitre du pardon de vos fautes. Si vous pardonnez peu, on vous pardonnera peu ; si vous pardonnez beaucoup, on vous pardonnera beaucoup ; si vous pardonnez sincèrement et du fond du cœur,' Dieu vous pardonnera de même ; si vous devenez l'ami de celui à qui vous pardonnerez, Dieu sera disposé de même à votre égard : ainsi plus notre frère sera coupable envers nous, plus nous devons être empressés de nous réconcilier avec lui, parce qu'il nous vaut le pardon d'un plus grand nombre de fautes.
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Laetitia

Inscrit le: 20 Oct 2006 Messages: 3514 :
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Posté le: Vendredi 30 Mars, 2007 22:41 Sujet du message: |
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INSTRUCTION SUR LE PARDON DES INJURES (suite et fin)
| Citation: | [...]Si vous remettez à votre compagnon une dette médiocre, Dieu vous remet lui-même tout ce que vous lui devez. Qu'est-ce qui le prouve ? La prière même de l'Evangile : Si vous remettez aux hommes ce qu'ils vous doivent, votre Père céleste vous remettra ce que vous lui devez (Math., VI, 14). Or, il y a aussi peu de proportion entre ce que les hommes vous doivent et ce que vous devez à Dieu, qu'entre cent deniers et dix mille talents.
[...]De quelle punition ne serez-vous donc pas digne, si, devant recevoir dix mille talents pour cent deniers, vous refusez même à ce prix de remettre une dette légère, vous tournez contre vous la prière que vous adressez à Dieu ? En effet, lorsque vous dites : Pardonnez comme nous pardonnons, et que vous ne pardonnez pas, c'est comme si vous demandiez à Dieu de vous ôter tout moyen de défense et de pardon.
[...]Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père céleste ne vous pardonnera pas non plus (Matth., 6, 15). Ne regardez donc point comme un trait de prudence de ne prononcer qu'une moitié de la prière, mais priez comme il vous est ordonné de prier, afin qu'effrayé chaque jour par l'obligation que vous impose la formule même de la prière, vous soyez porté à pardonner à votre ennemi. Ne me dites pas : Je l'ai sollicité, prié, supplié, et il s'est refusé à toute réconciliation ; ne le quittez point que cette réconciliation ne soit faite. L'Evangile ne dit pas : Laissez votre don, et allez supplier votre frère ; mais : Allez vous réconcilier avec lui. Ainsi ne vous lassez pas de le supplier, ne le quittez pas que vous ne l'ayez déterminé. Dieu nous sollicite chaque jour, et quoique nous fermions l'oreille à ses sollicitations, il ne cesse point de nous solliciter.
[...]Non, rien ne souille autant la conscience que de nourrir au-dedans de soi des sentiments de haine. L'esprit de douceur ne peut venir dans une âme dominée par le ressentiment et par l'esprit de vengeance.
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Arthur

Inscrit le: 30 Jan 2007 Messages: 561 :
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Posté le: Mardi 10 Avril, 2007 0:21 Sujet du message: |
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| Merci Leaticia pour l'Instruction du Pardon des injures. Que Dieu vous garde. Arthur |
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Anne-Marie

Inscrit le: 15 Fév 2007 Messages: 10695 :
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Posté le: Lundi 16 Juin, 2008 16:42 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | Sujet. Alors son maître le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur, je vous ai remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en avez prié. Ne fallait-il donc pas avoir pitié de votre compagnon, comme j'ai eu pitié de vous? Sur cela, le maître indigné le livra aux exécuteurs de la justice.
N'attendons pas un traitement moins rigoureux de la part de Dieu, si nous ne pardonnons pas les injures que nous prétendons avoir reçues.
Première partie. Dieu a droit de nous ordonner en faveur du prochain le pardon des injures que nous en avons reçues, et il l'exige en effet de nous comme maître, comme père, comme modèle, comme juge.
1° Comme maître. Il y a un précepte du pardon des injures, précepte fondé sur les plus solides raisons : mais sans autres raisons, l'autorité seule de Dieu nous doit suffire, et voilà d'abord la réponse la plus courte et la plus décisive pour renverser tous nos prétextes. Dieu le veut, c'est assez.
2° Comme père et bienfaiteur. Cet homme ne mérite pas que vous lui pardonniez ; mais Dieu, qui vous le demande, le mérite pour lui, après vous avoir comblé de ses grâces. Ce n'est pas à celui-ci ou à celui-là que vous accorderez ce pardon, mais à Dieu, qui veut bien se mettre en leur place. Quel avantage pour vous de pouvoir donner à votre Dieu ce témoignage de votre reconnaissance et de votre amour!
3° Comme modèle. Que ne pardonne-t-il point dans tout le monde à tant de pécheurs, et que ne vous a-t-il point pardonné à tous en particulier? ne peut-il donc pas bien vous dire : Omne debitum dimisi tibi, nonne oportuit et te misereri. J'ai pardonné, et je vous ai pardonné; pourquoi ne pardonnez-vous pas comme moi?
4° Comme juge. Peut-être doutez-vous que Dieu vous ait pardonné jusques à présent. Eh bien! voici le moyen d'obtenir dans la suite le pardon de toutes vos fautes, et cette rémission dont vous ne pouvez être encore certain. Dieu, en qualité de juge, tous dit : Pardonnez, et je vous pardonnerai moi-même : Dimittite, et dimittemini. Cette parole est précise et formelle. |
À suivre...
Bardaloue _________________ Maranatha
Anne-Marie
Levez-vous Seigneur ! Confondez ces traîtres de V2, par l’avènement de votre règne, afin que soit exalté, à la face tous ses ennemis, Notre Mère la Sainte Église, pour votre plus grande gloire et le salut des âmes. |
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Anne-Marie

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Posté le: Lundi 16 Juin, 2008 23:01 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: |
Deuxième partie. Si nous refusons au prochain le pardon que Dieu nous ordonne et qu'il exige indispensablement de nous, nous donnons à Dieu un droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes. Car alors nous nous rendons singulièrement coupables, et coupables en quatre manières : envers Dieu, envers Jésus-Christ, Fils de Dieu, envers le prochain substitué en la place de Dieu, et envers nous-mêmes.
1° Coupables envers Dieu. Nous violons un de ses préceptes les plus essentiels. Or, comment pouvons-nous espérer alors qu'il fléchir en notre faveur? Point de miséricorde à celui qui n'a pas fait miséricorde.
2° Coupables envers Jésus-Christ Fils de Dieu. Nous le renonçons en quelque manière dès que nous renonçons au caractère le plus distinctif du christianisme, qui est le pardon des injures et l'amour des ennemis. Or, par là n'obligeons-nous pas ce Dieu sauveur à se tourner contre nous et à nous renoncer; et si Jésus-Christ, notre médiateur, nous renonce, à qui aurons-nous recours ?
3° Coupables envers le prochain substitué en la place de Dieu. Nous lui refusons ce qui lui est dû, en conséquence du transport que Dieu lui a fait de ses justes prétentions contre nous. Car Dieu lui a en effet transmis tous ses droits.
4° Coupables envers nous-mêmes. Nous nous démentons nous-mêmes et la prière que nous faisons tous les jours à Dieu, en lui disant : Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Ainsi nous prononçons contre nous-mêmes, par cette prière, notre propre condamnation. Dieu nous répond alors : C'est par vous-mêmes que je vous juge. Parce que vous n'avez pas pardonné, ne comptez point que je vous pardonne. Méditons bien ce funeste arrêt, et prenons sur cela notre parti. |
À suivre...
 _________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

Inscrit le: 15 Fév 2007 Messages: 10695 :
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Posté le: Mardi 17 Juin, 2008 15:05 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: | Alors son maître le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur, je vous ai remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en avez prié : ne fallait-il donc pas avoir pitié de votre compagnon comme j'ai eu pitié de vous ? Sur cela, le maître indigné le livra aux exécuteurs de la justice. (Saint Matth., chap. XVIII, 32-34.)
Jamais reproche ne fut plus convaincant, ni jamais aussi châtiment ne fut plus juste. Pour peu que nous ayons de lumière et de droiture naturelle, il n'y a personne qui ne sente toute la force de l'un, et qui n'approuve toute la rigueur de l'autre. Car, que pouvait répondre ce serviteur impitoyable et si dur à se faire payer sans délai une somme de cent deniers, lors même que son maître, touché pour lui de compassion, et ayant égard à sa misère, venait de lui remettre jusques à dix mille talents ? Si donc, irrité d'une telle conduite, le maître ne diffère pas à punir ce misérable ; s'il le traite comme ce malheureux a traité son débiteur, et s'il le fait enfermer dans une obscure prison , c'est un arrêt dont l'équité se présente d'abord à l'esprit, et dont la raison est évidente.
Voilà, mes chers auditeurs, la figure ; et dès que nous en demeurons là, nous n'y voyons rien qui nous surprenne, ni rien qui ne soit conforme aux lois d'une étroite justice. Mais laissons la figure, et faisons-en l'application. Jésus-Christ l’a faite lui-même dans notre évangile, et il y a sans doute de quoi nous étonner. Car c'est ainsi, dit le Fils de Dieu, que votre Père céleste se comportera envers vous : Sic et Pater vester cœlestis faciet vobis (1). Quelle menace, et à qui parle le Sauveur du monde? à vous, Chrétiens, et à moi, si nous ne pratiquons pas à l'égard du prochain la même charité que ce Dieu de miséricorde a tant de fois exercée en notre faveur, et qu'il exerce encore tous les jours ; si, dans les offenses que nous recevons du prochain, nous nous livrons à nos ressentiments et à nos vengeances; si nous ne pardonnons pas, si nous ne remettons pas libéralement toute la dette, ou si nous ne la remettons pas sincèrement et de bonne foi : Sic et Pater vester cœlestis faciet vobis, si non remiseritis unusquisque proximo suo de cordibus vestris.
| À suivre...
1 Matth., XVIII, 35. _________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

Inscrit le: 15 Fév 2007 Messages: 10695 :
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Posté le: Mardi 17 Juin, 2008 22:59 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
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De là, mes Frères, vous jugez de quelle importance il est de vous exhorter fortement au pardon des injures; or c'est ce que j'entreprends aujourd'hui. Matière d'une conséquence infinie ; matière où je n'aurais pas la confiance de m'engager, si je ne comptais, Seigneur, sur l'onction divine et l'efficace toute-puissante de votre parole. Soutenez-moi, mon Dieu, dans un sujet où votre grâce m'est plus nécessaire que jamais. Je la demande par la médiation de Marie. Ave, Maria.
Si je parlais à des païens et en philosophe, je pourrais trouver dans les principes mêmes de la prudence du siècle de quoi réprimer les saillies de la vengeance, et de quoi condamner les excès d'une passion aussi aveugle qu'elle est violente et emportée. Mais, du reste, mes chers auditeurs, convenons qu'avec toutes les preuves de la philosophie humaine, je discourrais beaucoup et avancerais peu ; et que les plus spécieux raisonnements n'aboutiraient tout au plus qu'à satisfaire votre curiosité, et non point à convaincre vos esprits ni à toucher vos coeurs. Il faut donc prendre la chose de bien plus haut, et c'est à la religion que je dois avoir recours. Il faut vous parler, non en sage du monde, mais en prédicateur de Jésus-Christ. Il faut pour vous soumettre employer l'autorité de Dieu même ; et pour vous engager, vous proposer un intérêt éternel. Appliquez-vous, s'il vous plaît, à mon dessein, que j'explique en deux mots. Je viens vous entretenir d'un des plus grands commandements de la loi; et afin de vous en persuader solidement la pratique, je viens établir deux propositions qui partageront ce discours.
Dieu a droit de nous ordonner en faveur du prochain le pardon des injures que nous en avons reçues : c'est la première proposition et la première partie. Si nous refusons au prochain ce pardon, nous donnons à Dieu un droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes : c'est la seconde proposition et la seconde partie. Prenez garde, mon cher auditeur. Voulez-vous disputer à Dieu son droit? je vais le justifier. Prétendez-vous que Dieu vous pardonnant, après que vous n'aurez pas pardonné , se relâche ainsi de son droit? c'est de quoi je vais vous détromper. Il n'est point ici question de belles paroles, ni des agréments de l'éloquence chrétienne : mais il s'agit de vous faire vivement comprendre deux des plus grandes vérités. Commençons. |
À suivre...
 _________________ Maranatha
Anne-Marie
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Anne-Marie

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Posté le: Jeudi 19 Juin, 2008 15:22 Sujet du message: |
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| Citation: | | SUR LE PARDON DES INJURES. |
| Citation: |
PREMIÈRE PARTIE. Je l'avoue, Chrétiens : le pardon des injure est difficile, et il n'y a rien dans le cœur de l'homme qui n'y répugne. C'est ce que le christianisme a de plus sublime, de plus héroïque, de plus parfait. Pardonner sincèrement et de bonne foi, pardonner pleinement et sans réserve, voilà, dis-je, à en juger par les sentiments naturels, la plus rude épreuve de la charité et l'un des plus grands efforts de la religion. Mais après tout, je soutiens que Dieu a droit de l'exiger de nous, et je dis qu'il l'exige en effet: comment cela? comme maître, comme père, comme modèle, comme juge. Comme maître, par la loi qu'il nous impose; comme père, par les biens dont il nous comble; comme modèle, par les exemples qu'il nous donne; et comme juge, par le pardon qu'il nous promet. Tout ceci est d'une extrême importance : n'en perdez rien.
Pardonner les injures et aimer ses ennemis, c'est un précepte, mes chers lecteurss, fondé sur toutes les lois divines, et aussi ancien que la vraie religion. Dans la loi de nature, dans la loi écrite, dans la loi de grâce, cet amour des ennemis a été d'une obligation indispensable ; et quand on disait aux Juifs : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi, ce n'était pas Dieu qui le disait, remarque saint Augustin, mais ceux qui interprétaient mal la loi de Dieu. Ce n'était pas une tradition de Moïse, mais une tradition des pharisiens, qui, corrompant la loi de Moïse, croyaient que le commandement d'aimer le prochain leur laissait la liberté de haïr leurs ennemis. Jésus-Christ n'a donc point établi une loi nouvelle, lorsque, usant de toute sa puissance de législateur, il nous a dit : Aimez vos ennemis, et pardonnez-leur ; mais il a seulement renouvelé cette loi, qui était comme effacée du souvenir des hommes; il a seulement expliqué cette loi, qui était comme obscurcie par l'ignorance et les grossières erreurs des hommes ; il a seulement autorisé cette loi, qui était comme abolie par la corruption où vivaient la plupart des hommes. |
_________________ Maranatha
Anne-Marie
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